AR
É- fondateur était élu à l'unanimité ; une seule voix lui
he. « parle selon le sentiment profond de mon âme, comme si je . «devais mourir à cette heure même, —— je juge que Don Pierre |
milité d'Ignace, et en dépit du témoignage de ses fils, je me refuse à croire à son étonnement. Fondateur, et depuis six ans chef unique de la Compagnie, il n’eût pu
être exclu du gouvernement que par une sorte de coup.
d'état, que ses disciples avaient tout intérêt à ne pas È
risquer. D'ailleurs, la clause insérée par lui-même dans sa supplique, savoir que le droit de faire les constitutions de l’Institut appartiendraït au Général assisté de son conseil, avait évidemment pour but de lui permettre d'achever son œuvre, conformément aux instructions reçues et au plan révélé à Manrèze'!. Disons donc, pour l'honneur d’Ignace, qu'incapable de jouer la comédie. d'humilité que lui prêtent ses historiens, il dut avoir pour refuser et maintenir son refus des raisons que nous ne connaissons pas... Quei qu'il en soit, Ribadeneira et les autres biographes Jésuites rapportent qu'Ignace repoussa en pleurant le généralat, et qu'il exigea une contre-épreuve, un second vote auquel il ne permit de procéder que le 7 avril, après trois jours passés dans la pénitence et dans la prière. Ce nouveau scrutin donna le même résultat que le précédent; c'était certainement prévu, car les votes des absents ne pou-
vant être modifiés et celui d’'Ignace ne désignant per-
1 Évidemment, il faut faire ici, comme partout dans la vie d'Ignace, la part de la légende, et reconnaître tout au moins que le fondateur n'avait pas dans sa mission miraculeuse la foi absolue que lui prêtent ses historiens ; car il n'eût pu, sans résister à Dieu même, refuser le généralat, qui seul lui permettait de l'accomplir, *
sonne, aucun autre que lui ne pouvait obtenir la majorité nécessaire, tandis qu'il suffisait d’une seule voix pour la lui assurer. Le fondateur néanmoins ne se rendit pas encore, il fallut que Lainez vint déclarer que, bien loin de vouloir changer son vote, il était prêt à quitter la : Compagnie si on lui donnait un autre chef que celui qu'ils venaient d’élire librement, et que les quatre autres Jésuites présents répétassent cette affirmation. Ignace alors convint de s’en rapporter à l'avis de son confesseur, étranger à la Compagnie, lequel lui fit un devoir de se rendre au vœu général. Toutefois, par une sorte de précaution sans doute motivée, bien qu'elle nous semble un raffinement de «son admirable prudence », lonace exigea que le P. Théodore, — c'était le nom de religion de son confesseur, — motivât par écrit sa décision et en fit lecture aux Jésuites assemblés. Après quoi, il donna lui-même son acceptation. Il semble bien qu'il y ait eu là des tiraillements qu’on ne nous dit pas |
L'acte canonique de l'élection fut dressé le jour de Pâques, 2, 17 avril 1541 22 Cinq jours plus tard, le 22 avril, Ignace célébrait la messe à Saint-Paul-hors-lesmurs et, après avoir prononcé lui-même ses vœux, recevait ceux de ses compagnons, en présence du peuple . dont la foule servait de témoins. Mais, tandis que le . vœu d’obéissance émis par le nouveau général s'adressait directement au Pape, celui que prêtèrent les autres Jésuites faisait d’abord mention du Général, en subordonnant à son consentement la soumission jurée à
Paul HI et à ses successeurs.
Le
Ignace de Édvéls avait quarante- ou ans lorsqu' 1
prit officiellement en main le gouvernement de sa Con:
pagnie. Voici le portrait qu'en tracent ses historiens
d'après Ribadeneyra, qui l'avait connu à cette époque !:
1 Ribadeneyra, né à Tolède en 1527, entré dans la Compagnie de Jésus à treize ans en 1540, quelques mois avant l'approbation
de l’Institut par Paul HI, vécut dans l'intimité d’Ignace et fut son premier historien, Sa vie de Loyola semble avoir d'autant
plus d'autorité que, témoin oculaire des seize dernières années. d'Ignace, il a pu recueillir également les dépositions de ses pre-
miers compagnons; mais elle est absolument dépourvue de eritique historique, et témoigne, de lx part de l’auteur, de plus de
crédulité et de docilité d'esprit que des qualités qui font l’histo-. : rien, Il y a d’ailleurs une différence notable entre les éditions
publiées du vivant de Ribadeneyra et celle qui parut un an après sa mort, et qui est la seule reproduite aujourd’hui, Dans les deux premières (1572 et 1587), bien que Ribadeneyra, selon le mot de Dom Yepez, se joue des miracles dans ses récits sur Manrèze, sur la vision de Strada, sur les apparitions et révélations dont Ignace fut favorisé «pendant tout le temps qu’il écrivit les Constitu-
tions », 1l reconnait néanmoins «que Dieu n’a pas confirmé par
des miracles évidents une si grande sainteté de vie», I s'efforce, -
à ce sujet, de prouver que les plus grands saints ne sont point |
nécessairement des thaumaturges, et que d’ailleurs l'Institution de la Compagnie, «laquelle n’est point une invention humaine, mais toute divine », est un miracle (bien supérieur aux miracles corporels ». L'aveu de Ribadeneyra parut-il inopportun aux Jésuites qui s’occupaient de la canonisation ee ? — Chacun
sait que la Sacrée Congrégation exige au procès 2? ou 3 miracles
bien démontrés. — Persuadèrent-ils à Ribadeneyra, alors plus qu'octogénaire, de chanter la palinodie, ou retouchèrent-ils sous
son nom son ouvrage? Ce qui est certain, c'est que l'édition
de 1612, édition posthume, puisque Ribadeneyra mourut en 1611, condensée, est en même temps augmentée du récit d'une foule de miracles accomplis par Ignace, récit qu'ont reproduit, en M qiiee tant encore, tous les historiens du fondateur.
la pénitence, le front large et les yeux brillants dans leur pare orbite cHneRs un des ns à
4. esprit réfléchi, il était tellement parvenu ‘Ares «dominer que les médecins eux-mêmes le regardaient «comme flegmatique. La taille était moyenne, et il savait
«si bien composer et ménager sa démarche qu'il re
nt paraissait boiteux que le moins possible. Dans tout.
«cr ensemble de sa personne, il y avait comme une révés 40 lation du saint et du grand homn e.» |
< bonté Fi rôle de Cassandre, -Çaux is de
cs aquelle on pue foi qu après la prise et l'incendie
AE EURE EL EE EME 3 En Lens
d'Ilion!». Les travaux apostoliques de Xavier, le zèle. de Le Fèvre et de Canisius, l'héroïque dépouillement de François de Borgia, les missions politico-religieuses remplies avec des succès divers par Lainez, Salmeron, Le Jay, Pasquier-Brouet et d’autres encore, jetaient sur la Compagnie naissante un lustre rehaussé par la sainieté du fondateur. Aussi la voyons-nous se multiplier et s'étendre avec une rapidité que les Jésuites qualifient naturellement de miraculeuse, mais que les circonstances spéciales et critiques où se trouvait alors l'Église catholique suffisent à expliquer.
Ignace avait été bien inspiré lorsque, après avoir renoncé définitivement à Jérusalem et à la Palestine, il s'était présenté à Paul IIT comme suscité de Dieu pour . combattre le protestantisme. Du coup, il s'était assuré la protection des deux glaives, spirituel et temporel. Le plan qu'il exposait au Pontife et que Lainez faisait agréer par l’empereur entrait dans les vues secrètes de l’un et de l’autre. Ce plan, dont les grandes lignes se lisent à travers les ‘petites dans «les règles d’orthodoxie » annexées aux Exercices spirituels, et rédigées à l'usage
des Jésuites qu'Ignace envoyait en Allemagne ; ce plan,
1 Lettre de Melchior Cano, Dominicain, évêque des Canaries, au P. Jean de Regla, Hiéronymite, confesseur de Charles-Quint. « Plaise à Dieu, écrit1l, qu'il ne m'arrive pas ce que la fable dit «être arrivé à Cassandre, aux prédictions de laquelle on n’ajouta « foi qu'après la prise et l'incendie d’Ilion, Si les religieux de la « Compagnie de Jésus continuent comme ils ont commencé, Dieu « veuille qu'il ne vienne pas un temps où les rois voudront leur « résister et ne trouveront aucun moyen de le faire. »
dis-je, qui consistait à prendre en tout et partout le parti de l'autorité et à pallier ses faiblesses, qui s’atta-
. chait à nier les abus plus qu'à les réformer, à ramener les peuples à l’observance des pratiques du catholicisme plus encore qu’à celle de ses lois morales !; ce plan que .. nous verrons pousser Jusqu'au bout par Lainez au concile de Trente, dispensait Le souple et ondoyeux Paul IE . des efforts vigoureux qu’exigeait de lui le rétablissement de la discipline. Les églises pleines, le peuple ostensi- blement ramené sous la houlette des pasteurs, et quelques conversions plus éclatantes : tels étaient les
résultats déjà obtenus. Comment Ignace n’eût-1l pas
1 Exercices Spirituels: « Règles pour ne nous écarter jamais des sentiments que nous devons avoir dans l’Église militante. » Ces règles d’orthodoxie sont-elles bien d’Ignace ? Elles ont dû, en tout cas, être rédigées à l'usage des Jésuites d'Allemagne, Mais - comme elles manquent d'envergure et de véritable portée ! Quoi ! en plein XVI° siècle, alors que le feu est partout, que la nécessité
d’une réforme absolue des mœurs, et en particulier des mœurs ecclésiastiques s'impose à tous; que le Concile de Trente n'est réuni que pour cela, parce que cela seul peut sauver la foi catholique et confondre l’hérésie; ce sont ces règles minutieuses, puériles, bigotes, qu'Ignace songe à donner à ses disciples en les envoyant dans la fournaise, c’est-à-dire en plein centre luthérien ! H n’assigne pas d'autre but à leur zèle, que de louer ce qui existe
en niant sur tous les points l'abus ! Qu'on en juge par la 13° règle: - «Pour ne nous écarter en rien de la vérité, nous devons être - toujours disposés à croire que ce qui nous parait blanc est noir, AE l'Église Romaine le décide ainsi.» En vérité, n’était-ce pas faire la partie belle à Luther ? Mais je suis bien obligé de le redire, düt le lecteur s’en lasser: c’est la foi musulmane que l’on enseigne en ces termes, ce n’est pas la foi catholique.