‹ Les origines de la Compagnie de JésusChapitre 25 sur 49 · livre des Æxercices. Cette légende, à laquelle chaque · texte numérisé non relu

livre des Æxercices. Cette légende, à laquelle chaque

écrivain Jésuite se croit obligé d'ajouter un trait, atteint

son plein épanouissement à la fin du XVII® siècle dans

Bartoli, «l'historien officiel de l'Institut». Une courte

citation, glanée chez lui au milieu de pages incan-

descentes, donnera une idée du diapason auquel on se

monte, à l’occasion, dans la Compagnie. Après avoir |

énuméré «les visions célestes, les fréquentes apparitions

de la Sainte Vierge et de Notre Seigneur» ; les «visions

admirables de la divinité», les &extases et ravissements

1 «Bien que Sixte aima et favorisa Bellarmin, nous apprend.

«l'historien de la Société de Jésus Sacchini, néanmoins il vit de.

«mauvais œil le livre que celui-ci publia pour la défense de

«l'obéissance aveugle et le tint pour suspect ..… Ni les défenses

«ni prières des docteurs et des cardinaux (?) ne purent l'empêcher

«de le faire condamner par l’Index dont il fit à cet effet réimpri-

«mer le catalogue en y ajoutant le nom de Bellarmin, Mais Sixte 7

« mourut avant que cette nouvelle édition de l’Index parût et l’on +

«obtint de son successeur Urbain VII qu’elle serait supprimée et «le nom de Bellarmin délivré de toute note np (Hist, Soc.

«J, lib, X an, 1590). RE de ss Kai

«Dieu, flammes intérieures, ne de | lumière

«abondantes, vues si claires de e gloire qu ‘elles péné-

taient De<q aux a hauteurs du ciel;

Hi davantage...» ; après cette «liste presque sans fin de €faveurs Mur dont Ignace fut favorisé pendant &les quarante jours qu'il consacra à l'examen de cette seule question : les églises des maisons professes «doivent-elles être pourvues de revenus fixes, où uni- «quement entretenues par les aumônes des fidèles, » Bartoli s'écrie triomphalement : : (On peut en conclure

D cqu' ilnya pas, dans les Constitutions, un seul mot,

çune seule qe qu’il n'ait pour ainsi dire arrosés de «ses larmes, et sur lesquels Dieu n'ait répandu des C « flots de lumière. Le Saint-Esprit était descendu sur les

«apôtres en forme de langues de feu : Ignace reçut une grâce semblable. Lorsqu'il écrivait les Constitutions, 5 «on vit un jet de flamme d’une éclatante splendeur se re- « poser sur sa tête, comme pour attester qu il était alors : <rempli de la même lumière divine et du même feut.»

.. 1 (Bartoli, T. 1, p. 439) ll n’est pas toujours facile de faire accorder entre eux les Jésuites, encore qu'ils tendent au même ti et en réfèrent aux mêmes, pièces. Selon Bartoli, quelques ages seulement, échappées aux flammes dans lesquelles l’humi-

lité FEU lui fit ee, avant sa HHOEE plusieurs es où il

us de Re act pe d'en . Late

Je ne relèverai pas ce que peut avoir d’étrange cette assimilation de la fondation de la Compagnie de Jésus à

la fondation du christianisme lui-même; mais je con=

state, une fois encore, que lorsqu'on raconte de telles

merveilles, il faudrait des témoins un peu moins insai-

sissables que cet on irresponsable et imprécis auquel

nous recourons sans cesse. Est-ce lui encore qui nous garantit qu'Ignace Cpleura sept fois» et «fit sept fois oraison» avant de formuler ainsi les règles de la mo-

5 , ASS : ; Ë destie : «Tenir la tête un peu baïissée, sans la pencher

cupa que d'un seul point des Constitutions. Pour Ribadeneyra, il ne s'agit plus de quelques pages, mais de «tout un cayer » ; ni de quarante jours, ni d’un seul point, mais « de toutes les visions qu'Ignace recevait de Dieu pendant qu'il écrivait les Constitutions », aussi bien que de «l’ordre qu'il tenait pour bien examiner les points de difficulté qu'il avait à résoudre », Le P. de Bussières,

autre biographe d’Ignace et contemporain de Bartoli (Lyon, 1670),

lient pour «le cayer », tandis que le P. Bouhours assure, à la “même date, qu'il n'en subsiste plus que «quelques feuillets ». Mais, d'accord sur l'étendue du manuscrit, Ribadeneyra et Bussières ne le sont plus sur le contenu. L'un et l’autre, à la vérité, ÿ découvre «des visions merveilleuses » touchant « la Trinité, l’essence Divine, la procession des personnes », Mais Ribadeneyra - nous assure qu'Ignace «ne les voyait pas seulement des yeux «de l'âme, mais en avait plusieurs belles représentations et figures «sensibles qui duraient quelquefois des jours entiers » ; tandis que Bussières affirme, toujours d’après la même source, que «les visions et apparitions » dont Ignace était favorisé se produisaient sans aucune image sensible, par des élévations de l’entendement aussi hau'es que la faible créature peut le porter ». En vérité, comment choisir entre ces témoignages, tous basés sur les mêmes pièces et néanmoins si différents ? A qui croire ? à Ribadeneyra ?

à Bartoli ? à Bussières ? ou bien à Bouhours ? Peut-être, absolu-

ment, à aucun,

LA

déplorant, Mariana, Mendoca, Henriquez et ceux que l’on a appelé les Jésuites révoltés d'Espagne.

re

Qni d'un côté ni de l’autre; ne point lever les yeux, mais «les tenir au contraire toujours au-dessous des yeux de «la personne à qui l’on parle, de manière à ne la voir «qu indirectement ; ne faire rider ni le front ni le nez, et Gavoir l'air plutôt aimable et satisfait que triste; tenir «ses lèvres ni trop ouvertes, ni pincées ; marcher grave- «ment, etc.» Nous autres profanes, nous serions tentés de trouver que c'était beaucoup de temps et de larmes pour peu de chose; mais vos pensées ne sont point mes pensées, dit le Seigneur, et Bartoli éncore nous apprend que Dieu témoigna par un miracle éclatant» combien il avait pour agréables ces règles de la modestie, que les Jésuites observeront si bien dans la suite f. Entre temps et pendant qu'il travaille ainsi, Ignace obtient de nouvelles bulles?. Déjà en 1548, sur la

demande expresse du «Duc de Gandie, François de

Borgia», sur son témoignage et sur celui du cardinal de Tolède, de Mer Archinti, vicaire de Rome, du

4 Bartoli, T. Il, p. 123, 124.

2 La seconde bulle de Paul IIT, en faveur des Jésuites (14 mars 1543), abrogeait la clause qui réduisait à soixante les membres ou affiliés de la Compagnie. La troisième, celle de 1548, approuvait

simplement les Exercices; mais la quatrième (Licef debitum

- pastoralis officii) du 18 octobre 1549, et la Bulle de Jules IT qui la

suivit de près (Zæposcit pastoralis officii du 21 juillet 1550)

traitent de plusieurs points, et modifient d'une facon sensible lœuvre primitive d’Ignace. Données de son vivant et sur sa de- - mande, elles témoignent d’une sorte d'évolution qui s’accomplit

dans l'esprit d’'Ignace sous l’influence de son entourage et spé- : cialement de Lainez. C’est cette évolution que signalent, en la

Maître du Sacré-Palais, qu ‘Ignace a choisis pour examinateurs, Paul IIT à déclaré approuver, «comme 74 propres à procurer la consolation et l’avancement des âmes dans la perfection», les Exercices Spirituels. Le " texte ainsi approuvé était celui de la version latine de Frusius, Quant à la méthode d'application, malgré lim “ portance capitale qu'y attachait Ignace et qu'on n'ai? point cessé de lui attribuer, elle continua de demeurer secrète et né fut point soumise aux examinateurs; | Ignace et les siens redoutaient-ils que certaines pres- ; criplions, certains procédés n’en parussent trop exo= tiques? où voulurent-ils en conserver le monopole exclusif à la Compagnie, en évitant qu'elle ne fût connue du public?/3 Quoi qu'il en soit, ils inauguraient le. système qui sera, à proprement parler, le système dés Jésuites, et qui consiste à ne Jamais tout mettre au jour,

à garder en toutes choses un secret. Un an après cette approbation des Exercices, Paul IT confirmait, par une nouvelle bulle en date du 18 octobre 1549, certains privilèges, certains usages qu'Ignace désirait transformer en lois fondamentales de son institut. Le second article | de cette Bulle touche à un point fort obscur et fort

délicat, celui de la déposition possible du Général: il & 4 est ainsi concu : |

«Le préposé général! pourra et devra être révoqué

1 Le Préposé Général, c’est toujours le titre donné au Général des Jésuites par la Chancellerie romaine, Il équivaut à celui de Maître Général donné au Supérieur des Dominicains, de Vicaire- a Général à celui des Franciscains, etc, etc. | sal

en. |

«en certains cas exprimés par les Constitutions, par «ceux qui ont été autorisés à cet effet par la Compa- «gnie (?), et ils pourront créer un autre Général ou «prendre toute autre mesure qu'ils croiront expédient{.»

On a beaucoup discuté sur la portée de cet article. Les adversaires de la Compagnie ont cru y découvrir les traces de l'institution d’une sorte de Conseil des Der chargé d'une surveillance et revêtu d’une mission

occulte. Telle n’a pas été, je le crois, la pensée d’Ignace P J P gnace,

et moins encore celle de Paul III. Est-ce à dire cepen-.

dant que tout soit faux dans cette interprétation ? Je n’oserais l’affirmer. Les disciples de Loyola ont tiré plus d’une fois dés conséquences excessives des prescriptions du fondateur ; mais ici, ils n'avaient même pas

à compter avec la lettre de ces prescriptions. Les

Constitutions, auxquelles la Bulle réfère et qui doivent préciser tout ce qu'elle laisse en suspens: les cas de révocation, le nombre et la qualité des Jésuites qui seront les juges du Général, les mesures à prendre, les formes à garder, etc.?, ces Constitutions, dis-je,

: 1 Voici le texte mème de cet article: «Possitque et debeat dictus . «præpositus per personas ad id à dictà societate facultatem habentes «et ad id deputatos in certis casibus juxta dictas constilutiones

«amovert, et alius ipslus loco per easdem personas substitui, et

«alios prout personæ deputatæ prædictæ id in Domino conspexerint

» «salubriter expedire. »

2 «Les personnes autorisées par la Compagnie (?) peuvent révo-

… «quer le Général et en nommer un autre; elles peuvent prendre

| «toute autre disposition qu’elles jugeront utiles... Ceci ouvre la

«porte à une infinité de subterfuges. Par exemple les Dix pour-

ï | A RDS

st ” : me 1 Ut 25 FA 194 LES ORIGINES DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS

n'existaient pas en 1549. Ignace avait pu en présenter

une ébauche à Paul IT; mais il n’en considérait pas le texte comme définitif, même dans les parties qui avaient. 4 reçu une première rédaction. C'était un essai, rien de plus. Vienne Laïinez, viennent ses successeurs, et cet: essai séra remanié, transformé de telle sorte qu'il . restera peu, presque rien peut-être, du texte primitif : auquel référait la Bulle de Paul II. | ve Celle de Jules IE, obtenue l’année suivante (21 juillet 1550), quelques mois seulement après son élection au Souverain Pontificat, renvoie également aux Constitu= tions, mais aux Constitutions qui seront rédigées dans la suite, et auxquelles Tonace travaille. Sauf l’article cité dans le chapitre précédent, par lequel il accordait au Général le droit de recevoir à la profession, Jules HIT najouta pas, à proprement parler, aux privilèges accordés par son prédécesseur. Cependant, la diversité des degrés, qu'une obscurité complète couvre sous à Paul III, est indiquée dans la bulle de Jules HE, bien. °

«ront révoquer secrètement le Général, en laissant croire au «public et à l'Église elle-même, qu'il continue d’être le chef de la «Compagnie; puis, ils prendront l’autorité effective, ou ils nom- «meront un chef occulte, inconnu à la plupart des membres de «l'Institut.» (Pie VII ef les Jésuites, par J. L. Chaillot, 1879.) Sans doute, ces réflexions sont d’un adversaire, dont je n'accepte pas sans contrôle les affirmations; mais peut-on l’accuser d’exa-

gération, lorsqu'il énonce les conséquences extrêmes d’une légis-

lation aussi singulière et aussi mystérieuse? Peut-on même affirmer que ces conséquences n'aient jamais été tirées, au XVII°

siècle, par exemple, sous le généralat de Thyrse Gone ou."

plus récemment peut-être sous celui d’Anderledy ?

LA FONDATION DE LA COMPAGNIE DE sésus 195 qu'elle n’y soit pas clairement expliquée. Il y est quesà ton, en effet, des coadjuteurs spirituels et temporels, des scholastiques, des vœux de conscience et des vœux solennels, sans qu'il soit bien possible de déterminer ne ce qu'entend par là le Pontife, et ce qu'entendront les Jésuites. Il faut observer encore, quant à l'admission des sujets laissée à la décision du Général, que le texte de la Bulle porte qu'il y sera procédé au temps marqué & par les Constitutions. Jules IT comptait donc, lui aussi, ÿ sur des règles qui se préciseraient, non sur cette règle vague de «Putilité de l’Institut», laquelle devient celle du bon plaisir du Général.

En résumé, quelles que soient les concessions sollicitées par lonace et octroyées par les deux Pontifes, les bulles de Paul IIT et de Jules IT, les seules délivrées

| du vivant de Loyola, ne consacrent pas explicitement la forme de gouvernement, les points fondamentaux et - intangibles de l’Institut. Ni le pouvoir absolu et à vie e du Général, ni la suppression des chapitres généraux

ou provinciaux à échéances régulières, ni le pouvoir

sans l'assentiment du Saint-Siège, ni le renvoi des É sujets sans procès canonique, etc., etc., ne sont claire ment exprimés dans les actes pontificaux. Le germe de | tout cela existe sans doute dans les emprunts faits par Ignace aux ordres musulmans; mais, même dans la pensée du fondateur, ce germe doit-il être développé ?

d’ériger, unir ou démembrer les provinces de l'Ordre

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