‹ Les origines de la Compagnie de JésusChapitre 31 sur 49 · RENE · texte numérisé non relu

RENE

0 «Nuper dicebatur de co (gnatio) mortuo ita locutus quasi mimio imperio societatem rexisset.» (Sacchini, ist. societaiis ri Part, * ( FE, n° 31, éd, de RE |

une mesure, l'opinion publique que les sévérités du: k

sont Jamais populaires, À Rome moins qu'ailleurs ; ; AUSSE les mécontents sont nombreux, même, et surtout, dans.

des appuis et :. Ho

Je raconterai cette guerre de trois ans d’après les

Jésuites eux-mêmes, ou plutôt d’après le Jésuite Sacchini, le seul qui nous en ait livré les détails Crétineau-

Joly, auquel les Jésuites préfèrent aujourd’hui nous de

1 Le premier historien de la Compagnie, Orlandini (1554-1606).

ne parle qu'incidemment des troubles qui se produisirent à la 4 mort d’'Ignace, Il écrivait sous Aquaviva, alors qu'une nouvelle guerre intestine, — maïs cette fois une guerre de trente ans! — . séparait la société en deux camps et faisait des Jésuites de vérie tables frères ennemis. [ne fallait pas jeter de l'huile sur le feuen ravivant le souvenir des querelles et des contestations antérieures, | lesquelles portaient justement sur les mêmes points. Orlandini leûtil voulu qu'Aquaviva ne l’eût pas toléré. Sacchini (1570-1625), secrétaire de Vitelleschi, successeur d'Aquaviva, écrivant vingt ans plus tard, sous un Général non plus contesté mais effacé, eut les coudées plus franches et put, selon le mot de Feller, compléter | Orlandini. Mais après lui les débats qui s ’engagèrent sur le véri- | table rôle de Lainez firent que les Jésuites ne permirent plus PR leurs historiens des aveux qui donnaient trop de prix à leurs . adversaires. La légende de Laïnez doublure de Loyola resta seule 4 à l’ordre du j Joie et acheva de s'établir peu à peu. SEE 4

nn son fondateur. Troubles et dissensions de.

quels on n’a véritablement pas la clé de son récit, où la foudre {les nr de Paul Al éclate sans cause, dans

0e Je n'ai personnellement aucune illusion sur l'écrivain son biographe et son ami, l'abbé Maynard, n'a pas craint de : S représenter comme excellant à falsifier, à supposer, au

oin même à voler un document, et à pratiquer l’art du chan

e, Un tel homme était plus propre à écrire les coulisses du itisme que l’histoire de la Compagnie de Jésus, et j'estime que: R. Pères ne le chargèrent pas de cette dernière œuvre sans

C’est sur le terrain des Constitutions que s'engage et se poursuit la lutte. [gnace les a laissées inachevées, non

éprouver une profonde répugnance..…. Mais, à l’époque où Créti-. neau leur engagea ses services (1840), les Jésuites étaient en quête d’un écrivain Français qui ne se rattachât à eux par aucuns liens

connus, et qui, tout en paraissant faire une œuvre impartiale et … parfaitement indépendante, consentit à écrire sous leur dictée. ! Dans ces conditions et cette mesure, Crétineau-Joly pouvait être

‘leur homme, L'affaire se traita comme un marché et fut conclue *

moyennant une somme versée au prétendu historien, somme dont M. Maynard ne précise pas le chiffre, mais qu’il reconnaît avoir été constituée, — en partie du moins, — en rentes sur l'Opéra

Quant à l'histoire de la Compagnie, écrite sur et d’après les docu-

ments puisés aux archives du Gésu, on mit à la tâche une légion. de Jésuites de toute origine, mais surtout de Jésuites français, — entre lesquels le P. Montezon, ou Demontezon, suivant le.

P. Sommervogel, qui avoue la collaboration, — légion qui compulsait, émondait, traduisait les pièces et fournissait de la copie. ss Au fur et à mesure, Crétineau, logé au Gésu, lisait au Général et: à son conseil l’œuvre collective dont il devait assumer, pour le.

public, la responsabilité, Pas une feuille ne fut livrée à l’impres-

sion sans avoir ainsi recu l'imprimatur. Il résulte de ces détails. parfaitement authentiques, en dépit-des désaveux dictés par l'in-. térêt et la politique, que l'Histoire religieuse, politique et littéraire … de la Compagnie de Jésus a juste la valeur d’un témoignage rendu

par les Jésuites sur eux-mêmes, Bien que les circonstances ne leur aient pas permis d'en désavouer la paternité, elle reste, jusqu'à nouvel ordre, ce qu’ils ont écrit de plus complet en ce siècle et en \ France sur leur propre Société: à ce titre, elle doit être consultée. J'ajoute que les Jésuites en ont multiplié les éditions françaises, … les traductions italiennes, espagnoles, anglaises et allemandes: qu'ils l’ont donnée en prix dans leurs collèges, et qu'aujourd'hui encore, bien que vieillie et démodée, — comme toute œuvre d'actua- W lité et de polémique, — ils en recommandent la lecture à ceux M dont ils jugent pouvoir ainsi rectifier ou former l'opinion touchant.

leur Société, (Grétineau-doly, sa vie politique religieuse et litlés M

revêtues de la double approbation du Pape et de la 4 ne

Congrégation générale de l’Institut, qui seule peut (it

doit les rendre obligatoires et définitives. À la vérité, Le ci ” #

fondateur a voulu qu'elles fussent promulguées dans les |

différentes provinces déjà constituées en Europe, mais cn

titre d'essai, afin que l'expérience en puisse révéler

Le lacunes et les inconvénients. Aux yeux d'Ignace

| comme au regard de tous, les Constitutions de la Com

| pagnie ne sont «ni entièrement finies, ni à jamais se

fixées® » : elles restent essentiellement Créformables et “

D » au gré des deux autorités (le Pape

ét l'assemblée générale), de la Aou Ra Ttan desquelles elles recevront force de loi.

D Toute la tactique de Lainez tendra à obscurcir cette

raire, d'après ses Mémoires, sa correspondance et autres documents inédits, par l'abbé U. Maynard; Paris, Firmin Didot, 1875, Dvol. in-8°). — (Histoire religieuse, politique, et litléraire de la Compagnie de Jésus, composée sur les documents inédits et authentiques, par J, Crétineau-Joly ; 3e édition, revue et augmentée. d’une préface, 6 vol. in-12; Paris, Lecoffre, 1859.)

4 «Douze provinces, dit Crétineau-Joly, formaient au 31 juillet «1556 la Compagnie de Jésus. Ces provinces étaient ainsi distri- . «buées : Le Portugal, l'Italie, la Sicile, la Germanie supérieure, la

«Germanie inférieure, la France, l’Aragon, la Castille, l’Anda-

«lousie, les Indes, l'Éthiopie, le Brésil, » eue de la Compagnie de Jésus, t. I.)

Bartoli nous apprend que, du vivant d'Ignace, les Constitutions e furent promulguées, — toujours à titre d'essai, — ae dans les seules provinces européennes, .

| 2 Bartoli.

# Sacchini, Hist, S, J. loc, cit.

222 LRS ORIGINES DE LA COMPA

repousse la direction, à la Compagnie elle-même, dont il

écarte le contrôle. £s ‘ARS

Certes, — et qui peut le savoir mieux que lui? — il. ya des retouches à faire, des DEPODpE RENE à apporter à l’œuvre d’ Ignace, ln coup de barre à donner au gouvernail de la barque qui porte l’Institut et sa fortune. Mais ces développements, ces retouches qui, dans lei pensée du fondateur, devaient être le faitde l'assemblée, Lainez entend y procéder seul et à son gré. Quant au. coup de barre, ce n’est pas au pilote actuel de la pure à de Pierre qu'il le laissera donner.

Paul IV est «un Pontife de très bonnes mœurs, habits

et versé, — c'est encore Sacchini qui le constate, —. dans certains points de la vie religieuse, pile religiosæ peritus in paucisy. Mais, parvenu à soixante-dix-neuf ans au rang suprême, il n’est pas rompu aux affaires, il ignore l'art de manier les hommes et manque de sens politique. C’est un cœur droit et pieux, un esprit rigide que Hans le qi d’une réforme | sincère de ;

dans la mesure où cet abandon n'est ue de l’aveuglement * ». Re son RO Es ESS ae

1 Sacchini, Hist, S. J, 2 Carlo Garafa, par Victor Duruy.

ux nn. ecclésiastiques dont il se fait ‘un Lou Fe nscience de S occuper RARE ai est die avec le.

est pas moins de reconnaître qu vil dans la lutte es qualités natives de zèle et de droiture, et cette con-

acchini. He a

Ilest vrai que c’est cette connaissance même qu'on

Ignace, rêve par une sorte de revanche posthume de

ransformer les Jésuites de Loyola en Théatins. L’argu- AA

apes qui ont voulu la réformer. A les croire, en He LAS obéissant à des ie analogues à celles

ts

que cependant pas comment le hou de À >s Fu ne s’en est ne prie de aux seuls Jésuites,

jours. abouti aux mêmes points, exigé, les mêmes ous Serait-ce one que ces points, — 1e

et ne se trouvent dans aucune dé différentes règles religieuses catholiques P Ée La vérité est que Paul IV, comme plus tard Pie v. Sixte- Quint, Clément VII et d’autres encore, ne voyait à pas sans inquiétudes les tendances de la Compagnie. Sa forme de gouvérnement lui paraît dangereuse et L l'autorité sans limites, — j'entends sans les limites ét les contrôles traditionnels et canoniques, — attribuée

au Général, est, selon lui, excessive. Dans les mains d'un

saint comme-Loyola, auquel son titre de fondateur assu-

rait des droits spéciaux, les avantages avaient pu com=

penser les inconvénients. Mais les saints sont rares, même dans la Compagnie de Jésus, et la prudence ne permet pas de tabler sur des exceptions. Aux mains d’un ambitieux, ou simplement d’un homme enclin aux passions humaines, cette autorité est une menace perpétuelle. Et cela, non seulement pour les Jésuites, | qu'aucune des garanties assurées par les lois canoniques aux autres religieux ne protège contre son despotisme, mais pour le Saint-Siège lui-même, qui se verra bientôt réduit à compter avec elle. Le remède à cette situation est, aux yeux de Paul IV, la modification

de certains points des Constitutions, modifications aux-

quelles Ignace s'était en quelque sorte soumis d'avance, et qu'il est du droit du Siège apostolique s'npossss toute congrégation religieuse. -

Malheureusement, les vues de Paul IV. n'étaient pas.

les vues de Lainez. Je l’ai dit plus haut, les points con=

testés par le Pape étaient justement ceux qu'Ignace

e vouloir retrancher à lautorité du Général, il s’ap- ; rêtait à y ajouter éncore en achevant de centraliser en es mains toutes les forces et tous les rouages, voire …

| tous des. détails de gouvernement. Paul IV Ton

1e dans lé voies qui avaient été Le celles de son fondateur : Lainez révait d’une organi- à sation puissante qui s’étendrait partout, et, selon RS

. parole de saint Charles Borromée, «voudrait gouverner

à les rois et les Pontifes, régir le temporel et le spirituel y. | En s’'armant de la lettre des Constitutions, — et de la lettre retouchée et modifiée par lui, — il allait, peutêtre ? à son insu, introduire ce que saint Charles appelle

encore. «un esprit étranger ue l'Institut Si picis !

d’ Race ».

ce

L Lettre de S. Charles Borromée à à son LE RS le P. Ardorne, S. J. Les Jésuites ont contesté à diverses reprises FOURENOS %

fixer la date de la Congrégation généralef. C'est ce que

fit Lainez, en convoquant à Rome les électeurs? « pour

le commencement de novembre 1526 ». En réalité, l'as-

semblée chargée de donner un successeur à Ignace et

de « mettre la dernière main aux constitutions © » ne se réunira qu'après deux ans d’interrègne; mais en ces

premiers jours le plan de Lainez n’est sans doute pas fixé dans son esprit; il tâte le terrain et n'ose pas recourir aux mesures dilatoires qu'il adoptera dans la

suite. Il consulte encore les anciens conseillers de

Loyola, et, s’il écarte Natal, en qui il voit un rival pos-

sible, il se sert de Madrid et de Polanco pour l'expé-

1 La convocation de la Congrégation générale, et la présidence de ladite Congrégation pendant l'élection et jusqu'à la proclamation du Général, telles sont les fonctions dévolues au Vicaire Général par le texte des Constitutions., Les commentaires connus sous le nom de Déclarations que Lainez joignit au texte, et qu'il fit adopter comme étant l’œuvre d’'Ignace par la première Congrégation, les Déclarations, dis-je, ajoutent que le Vicaire Général remplira le rôle du Général jusqu’à l'élection de celui-ci.

2 Les «profès des quatre vœux » peuvent seuls avoir voix active et passive (élire ou être élus) dans la nomination du Général, Les Constitutions portent qu’ils se rendront à l’assemblée au nombre

de trois par province, mais que, pour diverses raisons, ce chifire

ourra néanmoins être élevé jusqu'à cinq. Il fut, du reste, bien P | ,

loin d’être atteint lors de la première Congrégation générale, où vingt profès sur quarante se trouvèrent réunis. Plusieurs provinces, notamment celles de France et de Sicile, ne comptaient pas encore les deux profès qui doivent être adjoints au provincial pour former les trois délégués de la province,

3 «Summa erat manus imponenda Constitutionibus, » (Sacchini,

Hist. S. J.).

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