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« He par LL us, Ctas nes’en aperçut pas «d’abord, et, plus audacieux que jamais, il cita le Vicaire «Général par devant le cardinal Carpi'». Le cardinal
1 (Sacchini, Æ. $. d., livre I, p. 15 et 16). Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de prévenir ici le lecteur que, tout'en adoptant 4 pour base le récit de Sacchini, je ne me tiens nullement Por
| LAINEZ. di. PAUL AV:
avait pas eau cette citation, D Rafaiton cn inu=
e, si toutefois elle a été faite, — mais 1l était sans:
Lo. fort perplexe ; car le Pape, tout en lui recom-
mandant de juger selon la justice, n’entendait pas. )ousser Lainez à bout. Aussi, et lorsqu' il se décide
fin à se prononcer, sa sentence est- élle plutôt une - | combinazione qu'un jugement. Rendue en faveur de
Lainez, assurent les historiens Jésuites, elle donnait gain de cause à Bobadilla, s’il en faut croire leurs adverires. La vérité est qu’elle faisait la part des deux : en
naintenant à Lainez son titre de Vicaire Général, elle
l'obligeait à prendre conseil des premiers Pères et des utres profès. Au fond néanmoins, cette décision ne uvait ni ne devait satisfaire personne. Lainez, bien.
il déclarât l’accepter pour lui et pour les siens, par
amour de la paix », était fermement résolu à n’en tenir.
ompte que le moins possible ; et Bobadilla, qui pré-
yait qu’ elle serait éludée, parlait d'en appeler du | cardinal au Pape. s | I parlait trop, car Lainez averti le devance auprès
e Paul IV, lequel toutefois ne le reçoit pas du premier oup; ce n’est qu'après avoir essuyé plus d’un refus, le Vicaire Général est admis et entendu. La réponse
qu’ il obtient ne préjuge rien “quant à la non finale.
igé de reproduire en tout et partout ses appréciations, auxquelles il m’arrivera encore plus d’une fois de substituer celles ‘une critique rigoureuse me fait juger comme plus conformes à ité historique, autant du moins qu'on la Pue démêler entre cuments aussi contradictoires, >
238 ‘(LES ORIGINES DE LA CORNE Het
Le cardinal Alexandrin ! informera Fi cause à nouveau ;
mais le Pape se réserve de la juger en dernier ess
Et cette fois encore, Laïinez affecte de se montrer satisfait : tactique excellente.
Moins habile, ou plus sincère peut-être, Bobadilla perd chaque jour du terrain. Cependant, et malgré l'affirmation contraire de Sacchini, cette seconde enquête ne semble pas lui avoir été défavorable ?. Le cardinal Alexandrin, en se transportant dans la maison professe du Gésu, pour interroger les Pères et recueillir les témoignages, (sans mouvement et sans bruit», défendit, « il est vrai, aux Jésuites de parler entre eux de l'affaire, et d'en entretenir d'autres que lui; mais il s'agit Là d'une mesure très sage, toujours prise en semblable « occasion, et s'adressant aux deux parties, nullement d’une disposition particulière et sévère, édictée contre Ponce et Bobadilla, comme Sacchini voudrait le faire croire. Quant au nouveau «libellé», communiqué par lui, Bobadilla, à un de ses adhérents, et que son confident se hâte de porter à Lainez, j'avoue que, même en … admettant que Bobadilla l’eût écrit en dehors des prescriptions du cardinal Alexandrin, — ce qui n’est après
1 Le cardinal Alexandrin, ti futur Pie V. |
2 L’affirmation de Sacchini ne repose sur aucun document, soit du cardinal Alexandrin qui ne communique qu’au seul Pape se conclusions, soit du Pontife lui-même qui ne rendit aucun juges ment. Quant aux autres historiens Jésuites, ils ne mentionnent. même pas l'intervention et la mission du cardinal Alexandrin; ce qui n’est pas, à mon avis, une médiocre preuve que cette mission. ne tourna pas à la gloire de Lainez. à
É tout nullement prouvé, — je suis plus frappé de la tra-
L hison dont il fut victime que de l'infraction dont il se
» serait rendu coupable. D'autant plus que la communi-
cation faite à Lainez était non moins contraire à la défense générale du cardinal.
Quoi qu'il en soit, ce triste incident avait ouvert les | yeux à Bobadilla. Le cardinal Alexandrin, € s’abstenant de prononcer», avait remis ses conclusions au Pape, + lequel ne se pressait pas de rendre la sentence dont les
* suites pouvaient être si graves. Ce que voyant, Boba-
à Rome : «Il craignait pour lui-même ! » dit Sacchini. - Que craignait-il au juste ! il est difficile de le dire; mais
à son éloignement, aussi bien qu’à celui de Ponce et de
ceux de leurs adhérents que Lainez n'avait point recon-
| du cardinal Alexandrin, Paul IV se signa pour témoi- * gner de sa stupeur en face d'un tel aveuglement, je ne puis ‘admettre que le très sévère Carafa eût hésité à punir Bobadilla s’il l’eût trouvé coupable. La mission de confiance, dont il l’investit aussitôt en le chargeant de pacifier certains couvents de l’ordre de Saint-Syl- » vestre, n’est point de celles que l’on confie d'ordinaire « un brouillon ». Il n’est pas jusqu'au «viatique de » deux cents à cinq cents Cécus d'or» que le Pontife fait
remettre à Bobadilla et à ses partisans, au fire et.
mesure de leur départ, - — viatique qui les affranchissait sur ce point du mauvais ‘ape Ron de Lainez,
ménager Tone il n’en avait, au contraire, aucune se : ménager Bobadilla. Dans ces conditions, et étant donné 4 que. l’habile Vicaire Général avait su retourner en sa faveur la majorité des Jésuites, le Pape, en $ ‘abstenant de prononcer, mais en protégeant ouvertement. Bobadilla et tous les siens, et en les mettant à l'abri de toutes représailles, agissait pour eux dans la mesure conciliable avec la prudence romaine !.
Si les Jésuites s’y sont trompés he. la suite, 6e
: que j'ignore, — ils ne s’y trompèrent pas alors, ne. Lainez moins qu'aucun d'eux. Aussi, n'osant plus différer la réunion de l'assemblée, et la paix venant de se con= clure entre le Pape et le roi catholique, convoqua-t- IF
les électeurs pour le mois de juin 1558. L'interrègne | ouvert par la mort d’ lenice avait duré près de deux au
Congrégation générale; tandis que nous dy voyons siéger et vo e sans ui aucun Jésuite, parmi les Hi eus partisans de Lainez,
Malgré la conclusion de la paix, Borgia et les autres Ne Roux “he s'étant pos excuser, A De
Lainez avait pris soin æ en élaborer d’avance le règle-
ment. bo titre ge Jo Général ne a autorisait Ans
in on et qu'on ne se héuviait à aucun ns édent, les Pères, trouvant la besogne toute faite, | LS d'autant plus aisément ie Lainez affectait
portait qu ‘aucune dou ne pourrait être. prise Éd assemblée avant la nomination du Su Het article
itre des délibérations et lutter avec nt d’ autorité.
st
nez, HS Pr mel Bobadilla et Rodriguez, que 4 autres profès, savoir les P, P. Canisius, Polanco, Natal, Winch, Domenech, Le re a Barma, de ni Vas, Goyson,
MT
22 LES ORIGINES DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS Go ne
contre les modifications que Paul TV prétendait imposer ë à l’Institut. + Le vieux Pontife, en effet, ne désarmait pas ; Lainez et Salmeron purent bientôt s'en convaincre. Députés | auprès du Pape par la Congrégation générale, pour. demander la bénédiction apostolique, les deux Jésuites F furent reçus, nous dit-on, «avec bienveillance », mais Paul IV leur déclara nettement qu'il exigerait certains « changements dans les Constitutions avant de les revêtir. de son approbation. Sur quoi, Lainez qui voulait détourner le coup, se hâta d'assurer qu'avant d’en venir à l'examen des Constitutions, l'assemblée procéderait à l'élection du Général. Paul IV insista fortement sur la pleine liberté qu'il convenait de laisser aux électeurs : QI voulait, disait-il, être au courant de la manière dont se ferait l'élection », etexigeait communication du règlement; après quoi, congédiant les Pères, il leur annonça qu'en l'absence du cardinal Carpi il déléguait le car- k dinal Pacheco pour présider au vote et lui en rendre … compte. 4 « C'était, dit le P. Boero auquel j'emprunte ces détails, «c'était prendre tout particulièrement la Compagnie «sous sa protection». Lainez pensa peut-être que c'était. la prendre sous sa surveillance; mais il n’en mit que “À plus d'empressement à satisfaire le Pape, en lui envoyant w «les règlements de l'élection tels qu'ils sont dans les.
Constitutions {». Paul IV ne se contenta pas de les lire,
FE
1 Cette affirmation du P. Boero est assez difficile à concilier £ d avec la thèse soutenue par les Jésuites, et par le P. Boero lai
il les fit examiner par quatre cardinaux, dont l'avis fut, paraït- -il, favorable, encore qu'ils aient exigé quelques bnodifications de détail!. :
L'élection se fit Le 2 juillet 1558. Les Jésuites, en prières dès le matin, entendirent une exhortation de
le dernier Soupir deux ans auparavant»; puis ils se
- Pacheco ne tarda pas à les rejoindre, et où ils furent
“tous mis sous clé par un profès des trois vœux*°.
même, savoir, que «tout dans les Constitutions appartient à Ignace t est l’œuvre de sa bénite main, aussi bien que de son saint œur»; car le règlement de l'élection constitue à lui seul un des lus longs chapitres des Constitutions, et s’il faut encore ÿ joindre, omme il parait vraisemblable, le chapitre suivant, du mode à uivre dans les délibérations, chapitre qui n’est que le complément u précédent ; voici deux chapitres, et certes des plus importants, | qui se trouvent sortis de la bénile main et du saint cœur de Lainez.
nstitutions laissa les choses en l’état où les avait mises ainez, Celui-ci s’est visiblement inspiré, pour l'élection du énéral, de la législation du conclave, mais en simplifiant le
our la validité de l'élection que la majorité absolue, la moitié plus un des suffräges émis, au lieu de la majorité des deux tiers equise pour l'élection du Pape, Le conclave des Jésuites est, a insi qu'il convient, un conclave au petit pied.
} 2: «Au son de la cloche, lisons-nous dans les Constitutions (Part, 8, ch. VI, v. 4), ceux qui ont droit de suffrage seront À ‘appelés au lieu de l'assemblée, L'un d'eux fera une allocution cet après qu'ils auront récité tous ensemble l'hymne Veni, Creaor Spirilus, l’un des Supérieurs ou des Recteurs, ou un membre
ÿ Canisius, «dans la chambre même où Ignace avait rendu
rendirent en la salle des délibérations, où le cardinal |
1 Ces modifications ne furent pas maintenues et le texte des
nécanisme et en diminuant les délais et les contrôles. Il n’exige
Pacheco, prenant alors la parole, assura asso des bonnes dispositions du Pape en faveur de l'Institut Paul IV ne prétendait nullement influencer un choix auquel les Pères devaient procéder en toute liberté et.
mission de les avertir que Sa Béatitude n’entenda point que la question de la durée du Généralat fût pré jugée par l'élection, le Pape étant lui-même en suspens. s’il convenait que le Général fût à vie, ou nommé pour irois années seulement. La décision devait être ajournée avec d’autres jusqu'à l'examen des Constitutions pars l'assemblée ; celle-ci formulerait alors son avis, sur ‘lequel le Pape prononcerait en dernier ressort. Le ? Cardinal termina son discours, qui parut long» au Jésuites, en leur annonçant qu'il remplirait lui-même « les fonctions de secrétaire de l'assemblée, dépositair des votes, et procéderait au dépouillement des suffrages tel était l'ordre exprès du Pape.
Les Pères étant au nombre de vingt, la mo Ë absolue se trouvait être de onze. Lainez obtint treize voix; quatre se portèrent sur Natal ; les trois autres s dispersèrent sur Borgia, Lannoy et Pasquier-Brouet. Lainez était canoniquement élu! et fut proclamé Général ':
«telle sorte qu'ils ne puissent ni sortir, ni recevoir autre chose. «pour leur nourriture que du pain et de l’eau, jusqu'à ce qu'ils «aïieñt élu un Général,» Il ya iei une réminiscence évidente de 1 clôture conclavaire. |
1 Cette faible majorité embarrasse un peu les historiens Jésuites qui s'efforcent d'en atténuer la portée en l’attribuant aux effort
TN, . LAINEZ ET PAUL IV. Se à Pacheco, tandis que ses compagnons venaient tour à à tour s 'agenouiller devant lui et lui baiser la main. F uis, ayant récité le Te Deum, les Pères s'empressèrent de notifier l'élection à la Compagnie.
* La joie fut grande, au dire des Jésuites ; elle dut
l'être au moins parmi les partisans de Laïinez, qui célé-
L prèrent sa nomination par trois jours de fêtes orga-: nisées au Collège romain. Le 6 juillet, le nouveau Général, accompagné de ses électeurs, fut reçu en audience par le Pape. Paul IV, après les avoir félicités
du bon ordre qui avait régné dans leur assemblée, les
faits par Lainez pour détourner de ses épaules «un fardeau écras ant». Sacchini, qui ne s'aperçoit pas qu'il accuse tout simples ment Lainez d’avoir violé les Constitutions, lesquelles interdisent tous et à chacun des électeurs, non seulement de préparer à il avance l'élection de tel ou de tel, ce qui est un cas d'exclusion formelle, mais «de déterminer en eux-mêmes, avant qu’on ne les enferme, à qui ils donneront leurs voix, » Sacchini, dis-je, attribue à Lainez le projet de faire élire Borgia et affirme sans sourciller que c’est dans ce but qu'il voulait passer en Espagne. La solution : “du P. Boero est encore plus simple: d'après lui, Lainez n’a pas obtenu 13 voix, mais bien 33, Car les vingt profès absents eussent assurément voté pour lui «à l'unanimité», Comment le sait-il ?
1 Le cérémonial de ce balse-main est évidemment calaué sur € celui de la première obédience des cardinaux lors de l'élection du L Pape. Ce qui n’existe pas dans le règlement de Laïnez, c'est la demande faite à l'élu et son consentement réclamé avant la proclamation du scrutin: on peut refuser le Souverain Pontificat et annuler ainsi l'élection ; on ne doit pas refuser le Généralat de la Compagnie de Jésus. «Celui qui aura été élu ne pourra refuser ni cette élection ni ces témoignages de respect: Qui vero electus rit, nec exhibitam reverentiam recusare poterit.» (Const. Part. 8, ch. VI).
246 LES ORIGINES DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS de
exhorta à continuer leurs travaux dans un même espr et confirma lélection de Lainez, qui, de son côté, pr ) testa, au nom de la Compagnie de Jésus, de son dévoue ment et de son obéissance filiale envers le Siège Apos tolique. De part et d’autre, on s’en tint aux cénéralités aux formules officielles ; aucune question litigieuse n fut soulevée. La trêve néanmoins ne devait Le être à ter ut
leur tee était, aussi hic que l’ Een du suc cesseur de Loyola, le motif énoncé de la convocation d la Congrégation générale. Cet examen, ajourné aw
séances interrompues depuis le 2 juillet ; mais de quelle. façon allait-on procéder ? Etant donné que l'assemblée“
commission de choix, ea restreinte pour Aa céder à une revision sérieuse des manuscrits et à l'éta blissement d'un texte authentique et indiscutable des lois élaborées par le fondateur. Mais ce n’était pas pour user d’une méthode si simple que Lainez, aidé d Polanco, — et peut-être de Salmeron, — travailla depuis dix-huit mois «la matière qui devait être traité :
par la Congrégation». Son but, il faut le redire, n 'étai pas de livrer intégralement l’œuvre d’'Ignace à l exame | et au jugement des profès de la Compagnie, mais de k mettre au point, à l'aide de retouches, de suppressio
et d’additions savantes. Que subsistait-il de l’œuvre
primitive du fondateur dans la copie espagnole et dans la version latine ! qui servirent de base au travail de la
1 Polanco avait fait une copie espagnole du texte d'Ignace, remanié et mis au point par Lainez. Cette copie, sur laquelle il fit ensuite la version latine dont j ai parlé plus haut, a été en diverses rencontres, s’il en faut croire les adversaires des Jésuites, substituée à l'original de Loyola. Quoi qu'il en soit, et malgré l’assertion de Bartoli, qui n’a d’ailleurs qu'un seul but: diminuer la responsabilité de Lainez, et qui veut en conséquence nous persuader que la version latine de Polanco fut faite «sur l’ordre de l'assemblée», il est certain, — Sacchini en convient, — que la version latine fut «préparée » avant la réunion de l'assemblée et sur l’ordre de Lainez; et il est vraisemblable qu’elle servit de base à la revision plus que sommaire de la première Congrégation, Celle-ci, en effet, était en majeure partie composée d'Ttaliens, d'Allemands et de Français qui ne savaient qu'imparfaitement l'espagnol ou ne le savaient pas du tout, tandis que le latin était la langue officielle et usuelle de leurs délibérations. Bartoli, qui reconnait d'autre part que le texte latin de Polanco fut approuvé et déclaré authentique par la première Congrégation, a négligé de nous dire par quel prodige Polanco aurait pu, dans l’espace de trois semaines environ qui s’écoulèrent entre l’ordre prétendu de l'assemblée prescrivant la version et l'approbation de cette même version par la même assemblée, mener de front une traduction de cette importance et les travaux de l'assemblée auxquels il ne cesse point de prendre part? Il est vrai que Suarez lève la difficulté en faisant approuver la version de Polanco par la seconde Congrégation générale ; mais outre que Suarez est formellement contredit par Sacchini et par Négroni, la vérité est que la troisième Congrégation ordonna de reviser la version de Polanco, ce qui n’est pas tout à fait la même chose que de l’approuver. D'ailleurs, et ceci est décisif, la première édition latine de Polanco, édition officielle et approuvée, est de 1558, de l’année même de la première Congrégation, antérieure de sept ans à la deuxième Congrégation réunie après la mort de Lainez en 1565,
Cortes » Il est difficile de le déérminere Évide ment, il en restait quelque chose, Laïinez et ses collaborateurs n ayant ni voulu, ni pu tout transformer, et se sentant les mains liées d’ailleurs par la promulgation restreinte des Constitutions qu'Ignace avait tenu à faire de son vivant. Mais, sans parler des Déclarations, dont Lainez s’est continuellement servi pour forcer ou altérer le sens du texte de Loyola, nous avons vu que toute la partie qui constitue la législation des Congrégations : générales, «telle qu'elle est insérée aux Constitutions! », Ù est l'œuvre propre de Lainez. Et en réalité, il a eu le à champ libre, non seulement pour toute cette huitième. . partie des Constitutions, mais pour une foule de détails à ï concernant le Général et réglant ses attributions, Ignace n ‘ayant pas eu à faire expérimenter, ni ie conséquent | à publier cette partie de sa législation. Lainez ne s ’est pas contenté ici de tailler en plein drap et de faire attri-
è buer, à perpétuité, au Général de la Compagnie les
droits et les privilèges qui eussent dû être restreints au fondateur, il en a exagéré la portée et les conséquences. Il a rendu le Général maître absolu et sans contrôle du
: temporel de la Compagnie, en lui conférant le droit de. passer ou d'annuler des contrats, sans avoir à consulter son conseil; plus maître encore du spirituel en lui attribuant le pouvoir de faire des règles, des directoires, de s donner de l'autorité et de l'authenticité (sic) aux com
mentaires, gloses, déclarations qui doivent fixer et, au » 5 Ù u0 |
1 Boero, Vie du P. Jacques Lainez.
LAINEZ ET PAUL IV besoin, changer le sens des Constitutions ; maître aussi : de la doctrine, en effaçant du texte d'Ignace qui preserit l’enseignement de saint Thomas le Auic non contrariam
placé là comme une barrière contre l’envahissement de
toute autre théologie! ; maître enfin de la personne de
1 Voici l’article des Constitutions qui prescrit l’enseignement de la doctrine de saint Thomas : « En théologie on lira l'Ancien et le Nouveau Testament, la doctrine scholastique de saint Thomas;
et dans celle qu’on appelle positive on choisira les auteurs qui paraitront convenir le mieux au but de la Société, (In theologia legetur Vetus et Novum Testamentum et doctrina scholastica divi Thomæ, et in ea quam positivam vocant eligentur ii auctores qui * ad scopum nostrum magis convenire videbuntur. Const, 4, e, 14, $ 1). La declaration ou explication qui y fut annexée du vivant d’Ignace était conçue en ces termes: « On expliquera encore le À Maître des sentences; mais si dans la suite des temps quelque » autre théologie non contraire à celle-ci était jugée plus utile aux È étudiants, comme s’il paraissait quelque ouvrage en ce genre plus - accommodé à nos temps, on pourrait l'expliquer après mûr exa- + «men,» (Perlegetur etiam Magister Sententiarum. Sed si videretur . temporis decursu aliam Theologiam, huic non contrariam, studentibus utiliorem fore; ut si aliqua conficeretur quæ his nostris tem- poribus accommodatior videretur, Const. IV, ch. 14, Décl, B.) Laiïnez la fit modifier ainsi «.,.., Mais si dans la suite des temps un auteur paraissait plus utile pour les étudiants, si par exemple, on composait une somme ou un livre de théologie scholastique * qui parut plus approprié à notre temps, alors après une mûre - délibération... et avec l’approbation du Général, on pourrait “ l'adopter..….» (...… Sed si videretur temporis decursu alius auctor “ studentibus utilior futurus, ut si aliqua Summa vel liber theologia scholastica conficeretur, qui his nostris temporibus accommodatior » videretur; gravi cum consilio...… cumque Præpositt Generalis F approbatione, prælegi poterit.…….» Const. 4 c., 14 déc. B.) À : Pour comprendre la portée de la modification insérée par - Lainez, il suffit de rappeler que lui-même projetait d'écrire la
ses frères, en lui reconnaissant le droit d'admettre et de
renvoyer les sujets sans procès, sans raison apparente, de disposer de toutes les charges, de nommer à toutes les dignités, et enfin d’avoir des prisons pour renfermer les coupables ou les récalcitrants, sans autre Jugement 4 que le sien. -
L’obscurité qui couvre les agissements de Lainez nous réduit aux conjectures touchant les moyens auxquels il a pu recourir, pour faire sanctionner par la Congrégation générale des modifications qui accentuaient de plus en plus, dans l'œuvre d’'Ignace, les M ressemblances musulmanes. Loyola, les Jésuites nous ! l’assurent, avait voulu se servir, non seulement de «ce qu'il avait appris à Manrèze», mais des règles des divers ordres religieux dont son secrétaire Polanco: lui. y . avait fait des extraits. [l avait sur sa table, lorsqu’ il rédigeait les Constitutions de la Compagnie, l'Évangile et l’Imitation de Jésus-Christ, et s’en inspirait bien plus encore que des œuvres des docteurs de l’Islam et des pratiques de ses congrégations ; mais, par cela seul
Somme, qu'avec l'approbation du Général on pourrait substituer. à celle de saint Thomas, et qu’il avait eu l’art, sinon de se faire donner par Ignace l’ordre de l'écrire, au moins de PERD eeE à ses partisans qu'il avait recu cet ordre du fondateur. | +
Les Jésuites, tout en reconnaissant aujourd’ hui que Lainez est. bien l’auteur de cette déclaration, affirment qu’elle fut approuvée par Ignace, dont ils passent sous silence la première rédaction.
1 On a vu que cette faculté s’étend même aux profès, c'est-à= dire aux Jésuites des quatre vœux, envers lesquels seuls la Compagnie reconnait, dit-elle, la réciprocité des engagements,
que Lainez et les siens ramenaient le gouvernement de l’Institut à l’absolutisme, lui donnant pour loi fondamentale la volonté du Supérieur, «à la fois arbitre et dépositaire de la règle», ils opéraient un retour en arrière et se rapprochaient davantage du souffisme. Dans quelle mesure Lainez en eut-il conscience luimême ? C’est le secret de Dieu, et peut-être des Jésuites. Îl est vraisemblable, d’ailleurs, qu’à part le petit nombre d'initiés plus ou moins naïfs qui travaillèrent sous lui et avec lui, et le groupe de plus en plus restreint de ses anciens adversaires, la majorité de l'assemblée en crut Laïinez sur parole. Son titre de Général lui assurait, avec voix prépondérante dans la discussion ®?, le droit de présider, de diriger les délibérations, de régler les initiatives, au besoin de les prévenir, et l’on peut croire qu'il en usa. Réclama-t-il l'adoption pure et simple des Constitutions par piété filiale envers la mémoire du fondateur, et comme une sorte d'acte de foi solennel en
son inspiration divine? Eut-il soin d'ajouter qu'une
approbation sans délai et sans phrase était le meilleur
1 Le R. P. de Pontlevoy, Conférences aux novices de la Com-
pagnie (Vie du R. P. de Pontlevoy, S.J., par le P. de Gabriac, de
la même Compagnie.)
2 «Chacun des Profès qui assisteront à l’Assemblée aura une «voix; le Général seul en a deux; s’il y a égalité, l'avis auquel se «sera rangé le Général, ou s’il est mort, son vicaire, l’emportera, « Car comme le secours de la grâce divine est plus nécessaire à «ceux-ci qu'aux autres, à cause de la charge qu'ils remplissent, il «est à espérer que le Seigneur la leur dispensera plus abondam- «ment,» (Const. 8, e. III, P. 2), ;
moyen, — peut-être l'unique, — de sauvegarder dans
son intégrité l'œuvre et la législation de Loyola?... Exploita-t-il la crainte qu'inspirait à une partie de la
Compagnie le vieux lion dont il avait réussi à endormir
un instant la défiance ?... Représenta-t-1il Paul IV comme prêt à (bouleverser, pour le seul plaisir d’une revanche rétrospective{, toute l'économie de l'institut d'Ignace » ? On peut le conjecturer, lorsqu'on voit l'assemblée décréter, coup sur coup,avec une précipitation fiévreuse qui exclut la possibilité d’un examen véritable, «l'authenticité» des Constitutions, celle des Déclarations, Sornmaire, Examen général, Règles communes et particu-
lières*, et jusqu'à celle «de certains règlements qui se
1 Paul IV, au dire de Sacchini, n'avait pas oublié «que certains actes de son cardinalat avaient été annulés par le Pape Jules III d'après les suggestions d'Ignace. »
2 Les Règles et Constitutions de la Compagnie de Jésus attribuées à Loyola comprennent: 1° Les Constitutions proprement dites, divisées en dix parties subdivisées toutes, — sauf la dernière, — en plusieurs chapitres, et suivies, des Déclarations ou
explications dont j'ai parlé plus haut. Un avertissement placé en. tête des Constitutions informe le lecteur que ces Déclarations ont
la même autorité que le texte et sont revêtues de la même authen-
ticité. 2 L'Examen Général, sorte de guide, ou de règle, à l’usage
de «celui auquel il appartient de recevoir dans la Société».
L'Examen fixe les conditions auxquelles «on peut être admis», les”
cas d’empèchement, l'interrogatoire que doit subir «celui qui se présente pour être recu», les épreuves à lui imposer, ce qu'il convient de lui apprendre, de lui prescrire ou de lui suggérer.
3° Le Sommaire, extrait choisi et discret des Constitutions, à
l'usage des novices auxquels on ne remet point les Constitutions
elles-mêmes, 4° Les Règles communes et particulières aux divers
Lt
ÉAINEZT ED PAUL IV 4e 2530 0
trouvèrent en dehors des Constitutions, et auxquels on ignorait si le saint avait mis ha dernière main»!. ‘Lio Congrégation, qui se prononce «sagement» pour leur insertion, ne s’en hâte pas moins de les attribuer au
seul Ignace, défendant, — pour conclure, et tant elle se sent, au fond, peu cértaine de la besogne qu'elle à tous et à chacun, de chercher désormais
: accomplit;
à distinguer dans cet ensemble ce qui peut être propre au fondateur, tout devant être reçu comme émanant. directement de lui. «Par un acte solennel et d’un con- | sentement unanime, écrit le P. Boero, les Pères décla- * =
rèrent les Constitutions authentiques, irréformables,
obligatoires pour toujours; puis ils passèrent aux affaires particulières proposées par les provinces. » Et Crétineau-Joly résumant à sa manière et d’un seul mot
Da lis ns TE. ad
ee
la situation : € Un décret admit les Constitutions, telles que Loyola les avait faites.»
C'était aller un peu vite et, pour des «fils de l obéis= sance », c'était oublier trop complètement qu’en fait de,
législation religieuse, le dernier mot, chez les catholiques, appartient au Pape, et que leur propre appro- A bation ne pouvait avoir toute sa valeur et tous ses effets . que par la sienne. Gardons-nous néanmoins de prendre :
au pied de la lettre certains termes ; ils n'ont pasune
- SEEN I EEE NE RTE Mere Pie Se
… emplois. (On ignore, dit Bartoli, si le saint y a mis la dernière: main; mais la Congrégation se prononça fort sagement à leur À sujet,» 5° Enfin, la Lettre sur l’obéissance, dont j'ai parlé précér demment.
‘4 Bartoli, Saint. Ignace et son Institut, tome I, p. 462,
signification aussi absolue sous la plume des Jésuites
que sous la nôtre ‘. La première Congrégation générale, en déclarant les Constitutions authentiques», entendait simplement que leur authenticité serait supposée et non discutée ; car à quoi s'appliquait sa déclaration? Était-ce aux manuscrits d'Ignace? mais elle ne les avait point examinés, et il est douteux même qu'ils lui aient été présentés. Était-ce à la version de Polanco ? mais en la paraphant et en la Cscellant de son sceau comme lois propres, immuables et perpétuelles de la Compagnie » ?, la Congrégation nommait des reviseurs chargés de s'assurer de sa fidélité; reviseurs dont le travail sera d’ailleurs revisé à son tour, aussi bien que le texte «authentique» de Polanco, par ordre de la seconde Congrégation générale. Et la seconde, la troisième, la quatrième, la cinquième, toutes les Congrégations successives nous donneront ainsi des versions et des-
éditions d’ DE authenticité toujours croissante, mais
toujours aussi peu démontrée.
«Irréformables», Cimmuables », «perpétuelles »! Eh!
sans doute! c'est la fin de non-recevoir que les Jésuites
1 C'est ainsi que le manuscrit espagnol des Exercices spirituels conservé au Gésu, manuscrit contemporain d'Ignace, affirment les Jésuites, mais qui n’est sûrement pas de sa main, est déclaré
autographe par la cinquième Congrégation générale, «exemple qui.
a été suivi depuis», nous assure le P. Jennesseaux. (Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola, annotés par le P. Roothaan
et traduit sur le texte espagnol par le P. Jennesseaux; 13e Ge
Poussielgue, 1891, préface, page 111.) 2 Bartoli, Saint Ignace et son Instilut, tome I, p. 462.
dom
y VA AU
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LAINEZ ET PAUL IV | 255 à ” opposeront aujourd'hui à Paul IV, demain à Pie V ou à Sixte-Quint; mais comment l’entendent-ils eux-mêmes et pour eux-mêmes ? Comme il y a des «mesures de sincérité », il y a aussi des mesures d’authenticité. Le P. Negcroni, qui a publié en 1617 un commentaire des Règles, va nous l’apprendre !:
«Le bienheureux Ignace de Loyola est l’auteur de
«toutes les Règles. Quoique, en effet, un petit nombre
Qaient été ajoutées après son départ pour le ciel, elles «sont cependant conformes à son esprit et reçues par «la tradition, en sorte qu'elles émanent de la même
«source de son saint cœur, et ainsi toutes se rapportent -
«au méme auteur. Il n’y a pas de doute pour les Règles «du Sommaire ; car elles sont tirées du livre des Consti-
«tuiions, aux endroits marqués en marge. Quant aux
«Règles communes et à celles des divers offices, la
«seconde Congrégation établit que celles qui commen-
«cent par les mots Summa Sapientiæ [c’est-à-dire celles
«du Sommaire) seront conservées en entier ; puis elle
«ajoute: Quant aux autres [les règles communes), elles