‹ Les origines de la Compagnie de JésusChapitre 38 sur 49 · A4 É AT · texte numérisé non relu

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de l'échec de Ferrare, alors que les cardinaux désespérèrent de s’accorder sur l’un d’entre eux, Truchsess prononce le nom de Lainez, et, désireux de montrer son candidat aux électeurs, il l'appelle au Gonclave sous prétexte Qd’un besoin urgent de conscience» !. Lainez accourt, mais tandis que Truchsess «s’est déjà assuré de douze voix des plus autorisées », le Jésuite comprend tout, et s'enfuit Gépouvanté», rompant les plans du cardinal, qui, (devant l'immense chagrin qu'il causerait à son ami», renonce à poursuivre l'élection.

Sacchini, qui écrit vingt ans après Ribadeneyra, cinquante ans après le Conclave dont les tenants ont

indifféremment sous l’un de ces trois noms, fut loin de jouer au

Conclave le rôle prépondérant que lui attribue Ribadeneyra, et ne

pouvait songer sérieusement & faire le Pape, ni même à grouper des voix sur un candidat de son choix. Sujet de l'empereur, il n'avait pas son secret, confié à son collègue de Trente, dont il n'acceptait pas toujours le mot d'ordre, En fait, il appartenait au groupe Farnèse-Carafa, mais ses sympathies personnelles et l'influence des Jésuites l’inclinaient vers le parti espagnol, dirigé par Vargas. C'était, en résumé, un étranger de distinction, que les vieux Romains traitaient avec courtoisie, mais qui n’avait point de prise sur leur sagesse, toujours un peu sceptique,

4 Ribadeneyra veut que la lettre de Truchsess à Lainez ait été écrite le 30 novembre, tandis que Sacchini dit formellement qu’elle date du 2 décembre. Tout en faisant mes réserves au sujet

de l'existence et de l’authenticité de ladite lettre, je tiens la date fournie par Sacchini comme la plus vraisemblable, non seulement

pour les raisons alléguées plus loin (Lainex et le Conclave, P. just. n° 2), mais parce que Sacchini est plus exact d'ordinaire et mieux renseigné que Ribadeneyra, lequel écrivit et publia en Espagne sa Vie de Lainez, loin des archives que sic eut à sa disposition.

achevé de disparaître, élargit le cadre en restreignant à proportion le rôle d'Augsbourg. A la vérité, c’est bien

encore Truchsess qui mande Laïinez au Conclave çpar un billet daté du 2 décembre », et pour lui communiquer des choses qu'il ne peut dire qu’à lui»; mais il ne pose plus sa candidature, dont l'initiative appartient «à quelques cardinaux», auxquels Lainez est apparu «comme un envoyé du ciel». Aussi, ne renoncent-ils pas «à leurs complots » aussi facilement que Truchsess après la fuite « du très humble Père, Humillimus pater » : mais €s’étant mis d'accord douze des plus graves, pour * Jui confier l'honneur suprême», ïl faut, pour les « dissuader », recourir «à des exemples invétérés et qui ne permettent pas de prendre le Souverain Pontife ailleurs que dans le Sacré-Collège.» Et tandis que Ribadeneyra ne s’autorise que du seul témoignage de Truchsess, Sacchini crée une sorte de notoriété publique autour de la Papabilité de Laïnez : « Cela fut, dans le | temps, connu de plusieurs à Rome», écrit-il, sans tou tefois en nommer un seul. D

Avec Crétineau-Joly, en qui nous entendons toute. 4 l’école des modernes, Truchsess n’est plus qu’un «des à cardinaux éminents » qui veulent Lainez pour Pape, et à l'élan qui, dans Sacchini, emporte « quelques-uns » vers

bien «d’une minorité pouvant facilement devenir une M majorité ». Quant à Lainez, il ne se contente pas de fuir w du Conclave; «il refuse d'y reparaître, malgré toutes »

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les sollicitations». Enfin, lorsque découragés par ses | refus, Ccontraints par un usage qui a force de loi» de choisir le Pape dans le Sacré-Collège, cles partisans de Lainez » renoncent à l’élire, leur faction ne se désagrège nine se disperse, tant elle est puissante et disci- . plinée, mais «ils reportent tous leurs voix sur Pie IV ».

On le voit, c’est bien d'une candidature en règle, sérieusement posée et soutenue, qu'il s’agitici; et quant

NEPRCTR ON TT AS Ve

aux détails, à l'entrée de Laïnez au Conclave, que Riba- 4 deneyra, Sacchini et Crétineau trouvent toute naturelle, | c'est un de ces incidents que chroniqueurs et conclavistes notent avec soin sur leurs tablettes, et dont les À ambassadeurs ne négligent assurément pas d'entretenir À leurs cours. Quel n’est donc pas l’étonnement de l’his- torien, qui croit sur la foi des Jésuites que tout cela est arrivé, de constater qu’en dehors d'eux il n’est question | nulle part, ni de la candidature de Lainez, ni de sa

À 1 venue au Conclave, ni des démarches de Truchsess, ni # d'aucune pratique» en sa faveur?

Et ce n’est point faute de documents, — le Conclave

de 1559 est l'un des mieux connus et des plus étudiés de nos jours, — c’est parce que ces documents sont tous muets sur Lainez. Muets, non seulement le récit » imprimé dans la vieille collection des conclavi, mais la relation encore manuscrite de Guidi; muettes les listes complètes et détaillées de'Panvinius, qui reproduisent le scrutin de chaque jour, et dans lesquelles ne figure pas un seul bulletin de vote — et Dieu sait s'ils sont » nombreux! — portant le nom de Lainez; muets les

ambassadeurs Espagnols, Français, Impériaux et Vénitiens, les agents de Florence, de Ferrare et de Mantoue,

dont les dépêches relatent les moindres faits divers, les :

rumeurs les plus inyraisemblables ; muets les historiens

Fe

dd: et in pe

anciens et modernes, allemands, italiens, espagnols, français ou anglais; muets enfin tous ces témoins d'époque, d’ opinion et de nations diverses, qui déposent à un titre quelconque, mais qui tous, amis ou ennemis

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