‹ Les origines de la Compagnie de JésusChapitre 39 sur 49 · DS PR ES IR ENS PE PPS A · texte numérisé non relu

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des Jésuites, auraient un intérêt à relever au Conclaye la trace du Général de la Compagnie.

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Comment concilier ce silence avec les affirmations

des Jésuites? Sinon en faisant, ici comme ailleurs, la part de la légende et de cette sorte d’infatuation parti culière, qui fait qu'une erreur historique avancée par un de ses membres devient une vérité pour toute la

Compagnie. Il est possible d'ailleurs que la sincérité dé Ribadeneyra soit ici hors de cause. Entré à quatorze ; ans dans la Société de Jésus, devenu sexagénaire! sans … avoir entrevu d’autres horizons, il était admirablement

formé à sa besogne de «biographe de nos premiers

pères », et devait admettre sur parole tout récit tendant à la gloire de sa Société. Mais ce récit, de qui le tient-il? | : Le témoignage de Truchsess, le seul auquel il en réfère, se borne à une phrase, une louange d'oraison funèbre ;. et cette phrase, que ni lui ni les autres ne citent tex= s

/ Ribadeneyra est mort plus qu'octogénaire en 1611 ; mais | lorsqu'il publia à Madrid, en 1594, sa Vie de Laines, écrite em ÿ espagnol, il n avait que ere ans. Ne

tuellement, ne contient, — selon eux, — qu'un éloge de : l'humilité de Lainez se dérobant à la tiare, commeil s'était dérobé précédemment au cardinalat®. Où donc,

1 La mention de la candidature de Lainez par Truchsess fut-elle aussi explicite que le veut Ribadeneyra, et surtout que le veulent ses amplificateurs ? On est autorisé à poser la question en comparant le récit des témoins, les Jésuites de Dilingen, et la version

moderne du P. Boero,

Voici d’abord la traduction littérale du texte latin :

«A l’Académie (dans notre collège) le cardinal (Truchséss) à «célébré les funérailles de Notre Père Général défunt, Jacques «Lainez. Il a lui-même célébré la messe, revêtu contrairement à «l'usage d’ornements rouges. Interrogé ensuite par ses familiers.

- «sur la raison de ce fait, on dit qu’il a répondu qu’un tel homme «devait être vénéré plutôt avec joie que dans le deuil et la tris-

«tesse, Il voulut que les Nôtres prononcassent son oraison funèbre, «et non content de cela, il fit publiquement l'éloge de cet homme «en rapportant quelques choses remarquables, connues peut-être «de peu de personnes.» (Bibliothèque cantonale de Fribourg, ms. 109. Historia Collegit Dilingant Societatis Jesu, 3 vol. in-fol., reliés, Ad annum 1565, fol, 3, verso.)

Et voici maintenant le texte du P, Boero

«A Dilingen, le cardinal Othon Truchsess lui fit faire deux «jours de suite de solennelles obsèques. Il fit couvrir le catafalque «d’une riche tenture, non point noire, mais de couleur rose, «disant que pour un tel homme il fallait témoigner plus de joie «de sa gloire dans le ciel que de tristesse de sa mort sur la terre. «Il célébra lui-même pontificalement le divin sacrifice, Après «avoir entendu l'éloge funèbre du Père, prononcé par un habile «orateur, il se leva de son trône épiscopal, dit qu’il voulait ajoutér. «trois faits, connus de lui seul sur l'humilité de ce serviteur de «Dieu.

«Les deux premiers ont été rapportés... Le Père avait supplié «le cardinal, les larmes aux yeux, d'interposer son autorité pour «détourner Paul IV de lui conférer la dignité cardinalice. Puis il

«s'était enfut du Conclave dès qu’il avait soupçonné qu’on songeait

je le répète, Ribadeneyra et ses amplificateurs ont-ils puisé les autres détails? les douze voix acquises à.

Lainez, la pratique de Truchsess et des cardinaux, la formation d'un parti pour soutenir sa candidature ? Où cet entretien de Lainez, échappé du Conclave, avec

l'ambassadeur d'Espagne, Vargas, qui vient au nom de

son maître complimenter le nouveau pape‘, et reçoit

«à lui pour la papauté. Le troisième fait, cité par le bon cardinal,

«était que, lors du voyage de Lainez à Paris, pour accompagner

«le cardinal Légat, il lui avait offert son meilleur cheval, mais «que le Père Lainez l'avait constamment refusé. J’insistais beau- «coup, —- ajouta-t-il, — en exaltant les qualités de ma monture; «mais le Père me répondit qu'elle n'était que trop parfaite pour «lui, pauvre religieux, et que ses qualités mêmes l’obligeaient à la «refuser.» (Vie du P. Jacques Laïinez, par le P. Boero, chap. XITH, «pe 213.)

Je n’insiste pas sur ce que peuvent avoir de puéril les détails

ajoutés par le P. Boero, Il importe assez peu que le catafalque de.

couleur rose et le refus d’un cheval prouvent, ou ne prouvent

point, en faveur de l’envergure d'esprit du «bon cardinal» et de.

l'humilité de Lainez. La véritable question est celle-ci, pour le

P. Boero comme pour Ribadeneyra: où a-t-il puisé ces renseigne-

ments si précis ? Et, s’il ne les a pas connus «par induction»,

comme n0s premiers Pères les visions d’'Ignace, pourquoi n’en

indique-t-il pas l’origine ? Est-ce dans les Archives du Gésu, ou à

cette autre source, également incontrôlée d’ailleurs, que les

modernes historiens de la Compagnie désignent sous le nom d’ «Archives domestiques ? »

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