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examiner quelles eussent été les conséquences pro-
1 Ce qui ressort, et de ce que disent les Jésuites, et de ce qu'ils ne disent pas, c'est que Lainez tint à accréditer dans sa Compagnie la légende de son refus de la Papauté, exactement comme les écrivains Jésuites tinrent ensuite, et tiennent encore aujourd'hui, à l’accréditer dans l'opinion, Certains détails de l’histoire de sa candidature : les douze suffrages acquis à sa cause, la démarche de Vargas, etc., etc., ne sauraient avoir été révélés par d’autres que par lui. Or, à cette heure, la situation de Laïnez était précaire, et son généralat tenait à un fil. Les décrets de Paul IV, bien que déclarés «de nulle valeur» par Laïnez et ses partisans, n'étaient: pas abrogés. Que le Conclave élût un Pape dans les idées de
Paul IV touchant la Compagnie, et Lainez serait soumis dans.
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quelques mois à une réélection toujours douteuse, étant donnée surtout la faible majorité qu'il avait obtenue dans la première Congrégation générale. Que si le Conclave nommait, au contraire, un Pontife disposé à modifier, voire à révoquer les décrets de son. prédécesseur, Lainez aurait encore à redouter, au sein même de la Compagnie, l'opposition dont il avait eu tant de peine à triom- 4 pher. En devenant Pape, il en finissait d'un seul coup, — et t combien glorieux! — avec ces difficultés ; mais puisqu'il ne pou- " vait le devenir, — il était trop habile pour ne pas l’avoir constaté, ; et, mieux encore que son humilité, sa perspicacité expliquerait suffisamment sa fuite du Conclave, — ne fallait-il pas au moins s'as- 4 surer du prestige que lui conférerait le seul fait d’avoir été dési- M gné comme Papable, prestige que doublerait ensuite la légende de M son refus,
LAINEZ ET PAUL IV. « 283 hables ou seulement possibles de sa réalisation; on peut dire et penser à cet égard beaucoup de choses... En fait, rien ne s’opposait, rien ne s'oppose à ce qu'il y ait un Pape Jésuite, comme il ya eu, comme il peut y avoir encore des Papes Bénédictins, Dominicains, Franciscains et autres. Néanmoins, le désir conçu par la Compagnie semble avoir un caractère spécial, résultant de l’idée qu'elle à d'elle-même et de sa mission politicoreligieuse ; et c'est pourquoi, obligés de renoncer jusqu'à nouvel ordre à faire d’un Jésuite le Pape, nous les verrons sous tous les pontificats travailler à faire du Pape un Jésuite.
Avec Pie IV, le cardinal Médici élu le 26 décembre 1559, ils trouveront des facilités qu'ils n’ont pas eues sous Paul IV. Le nouveau Pontife réalise, à bien des points de vue, l'idéal de Philippe IT. Il est vieux, malléable, désireux d'avancer sa famille, d'autant plus prévenu d’ailleurs en faveur des Jésuites que son prédécesseur les a moins favorisés. Le jeu de bascule qui se produit aux changements de règne, surtout dans un gouvernement et sous des princes électifs, s’accuse ici avec une sorte d’emportement. Pendant un siècle et plus, ce même jeu ramènera ces alternances régulières, en plaçant à tour de rôle sur la chaire de saint Pierre un Pape favorable aux Jésuites, et un Pape désireux de les contenir et de les réformer. La Compagnie de Jésus ‘est, à ma connaissance, le seul Ordre religieux dont la forme et les tendances soient ainsi devenues une ques-
tion d’état-et de gouvernement. Peut-être parce qu’elle
est le seul, je ne dis pas qui se soit occupé de politique, . mais en qui la politique et la religion se confondent de ‘4 telle sorte qu'il n’est pas au pouvoir des Papes eux- … mêmes de les séparer. 4
C’est néanmoins presque toujours sur des questions | canoniques et de gouvernement spirituel que le choc se produira entre les Papes réformateurs et l'Institut d'Ignace : toujours au sujet de ce que j'appelle let
points musulmans, les emprunts faits à l'Islam par la : Compagnie de Jésus. On l’a vu pour Paul IV, successeur du Pape des Jésuites, le Pape Marcel; Pie V, qui vient U. après Pie IV autre Pape selon le cœur des Jésuites, | prétend, lui aussi, détruire ou modifier ces mêmes points, corriger la tyrannie du gouvernement, sup- 1 primer les divers degrés, ramener la piété jésuitique aux sources catholiques. Grégoire XIII, en lui suc= cédant, reconnaîtra, au contraire, et confirmera en
quelque sorte par sa bulle Ascendente Domino l'exis- 4
tence de ces mêmes degrés, qu'à son tour Sixte-Quint. 1 tentera vainement d’abolir. La lutte que soutient contre, # eux Sixte-Quint a laissé des souvenirs ineffaçables dans À l'esprit des Jésuites ; aussi, leur triomphe est grand au Conclave suivant. Après Urbain VIT, qui ne règne que neuf jours, mais a le temps d'effacer du catalogue de . ! l'Index le nom de Bellarmin que Sixte y a placé, Ke Compagnie applaudit à la nomination de Grégoire XIV, lequel, durant un pontificat de quelques mois, cède tout. aux Jésuites et à Philippe IL. Son successeur Innocent IX
ne fait que passer sur la chaire de saint Pierre ; mais 1
| Clément VIII, élu le 10 janvier 1593, lutte pendant
treize ans contre le cinquième Général des Jésuites,
Aquaviva, et meurt sans avoir pu le réduire à l’obéissance. Léon XI règne trop peu de temps pour avoir l’occasion d'affirmer ses sentiments pour ou contre la Compagnie ; mais Paul V, qui vient ensuite, impose aux Jésuites un décret de réformation quia rejoindre après sa mort ceux édictés par Paul IV, Pie V, Sixte-Quint et Clément VIII. L’alternance ne sera plus aussi régulière à partir de Paul V jusqu'à Clément XIV ; mais bien que ses successeurs immédiats, — Grégoire XV qui canonise Ignace de Loyola et François Xavier, et Urbain VIII qui béatifie François de Borgia, — semblent plutôt favorables aux Jésuites, le nombre des Papes réformateurs ira grossissant vers la fin, où l'on verra une série de Pontifes multiplier les avertissements, les condamnations même, sans aboutir néanmoins à réformer, ou seulement à modifier l'Institut.
Étrange destinée que celle de ces prétoriens de la . Papauté, ostensiblement voués à son service et à sa
garde, mais au fond à la condition qu’elle marche avec
eux et gouverne par eux! Toujours prêts à faire et à défaire les Papes, comme leurs devanciers dans la vieille Rome faisaient et défaisaient les empereurs. Auxiliaires redoutables et redoutés, «trop puissants
pour conserver l’obéissance et la modération néces-.
saires»!, et dont les résistances, les prétentions, les
1 Lettre de saint Charles Borromée au Père Adorno, Jésuite.
échappatoires auront un jour raison de la longanimité
pontificale elle-même.
En 1559, ou plutôt en 1560, ce jour est encore loin;
mais Lainez le prépare à son insu en achevant d'effacer
toute trace de l’intervention de Paul IV. Il a multiplié
auprès de Pie [IV les protestations d’obéissance et les offres de service!; mais il ne se hâte pas de solliciter l'abolition des décrets qu'il a fait déclarer nuls et
périmés. Aussi bien, étant personnellement en jeu, il a.
le bon goût de ne pas vouloir paraître plaider sa propre cause. Les trois années qui, suivant le commandement de Paul IV, devaient marquer la fin ou la première étape
de son généralat?, étant sur le point d’expirer, il con-
voque ses quatre assistants, dont il sait par avance l'opinion, et leur expose d’abord la sienne. Il n’a par
lui-même aucun scrupule quant à la portée des décrets
du dernier Pape, &dont la prohibition orale était de
1 «Quelques jours après l'élection de Pie IV, le Père Lainez «alla se prosterner aux pieds du nouveau Pape. S'offrant à lui
«avec toute la Compagnie, il lui rappela le vœu exprès que font
«nos profès, d'aller, sur un signe du Pontife, en tous pays du «monde.» Dès cette première audience, Boero le constate, il obtint de Pie IV une rente de 600 écus pour l'entretien du collège Romain. Ce premier bienfait devait être suivi de beaucoup
d’autres. Jusqu'à l’année 1564, Pie IV se montra le Pape des :
Jésuites, et s’il se refroidit à leur égard sur la fin de sa vie, on peut dire qu’il ne leur devint jamais hostile. |
2 Paul IV avait concédé qu'après un premier triennat le Général sortant pût être renommé pour un second; mais les six années révolues, il ne pouvait plus être réélu avant un intervalle de trois ans.
nulle valeur »; mais, «indépendamment de ce qu'avait pu dire le Pontife, lui, Lainez, se reconnaissant tout à fait incapable d’un tel office, le déposait pour obéir à sa conscience, et y renonçait par un acte formel de sa volonté.» Les Pères ainsi consultés. protestèrent avec chaleur : selon Natal, Lainez serait réélu à l'unanimité, et «dès lors pourquoi mettre toute la Compagnie en mouvement ? » Polanco «en vint jusqu’à lui faire un cas de conscience du tort que sa démission causerait à la Société ». Tout ce qu'ils purent obtenir, ce fut une nouvelle consultation, cette fois sous forme de circulaire, que Lainez adressa à tous les profès de l'Europe, «leur : ordonnant à chacun en vertu de l’obéissance, de bien examiner la question, et de lui faire connaître par écrit son sentiment ». |
Cette lettre circulaire, conservée aux archives du Gésu, est un chef-d'œuvre de diplomatie et de profondeur jésuitique : il faut la lire en entier et en peser chaque mot, si l’on veut avoir une juste idée de : “e Lainez!. Jamais consultation n’a dicté plus adroitement sa réponse ; jamais l'ambition, l'amour du pouvoir ne se | sont déguisés sous plus d'humilité, — on a dit, de patelinage mystique. — C’est au point de se demander si Lainez n’a pas été sa propre dupe, et si, à force de. protester de son désintéressément, de son horreur du généralat et de l'autorité, il n’a pas fini par y croire luimême. : |
1 Voir Pièces jones n° 3. Lettre de Laines aux profès de $ la Compagnie. x
Quoi qu'il en soit, il obtint cette fois l'unanimité qu'il
n'avait pas eue lors de son élection. Mais tout en se prononçant, assure-t-on, contre l’abdication volontaire
du Général, un des profès, dont le P. Boero tait le nom
et dont il serait juste peut-être de louer le courage, soutenait la validité des actes de Paul IV. Cinq autres,
dont François de Borgia, sans se prononcer sur ce
point, émettaient l’avis de solliciter auprès de Pie IV,
«par convenance et pour plus de sûreté, l’abrogation formelle du décret de Paul IV.» Le reste, c'est-à-dire
la grande majorité, répondait suivant l'esprit de la circulaire. (Plusieurs motivaient leur opinion en dés termes si flatteurs, que son humilité, — l'humilité de Lainez ! — dut grandement en souffrir».
Peut-être souffrait-elle davantage encore des réserves.
des six indiqués plus haut; mais le nom de Borgia leur donnait une autorité dont il fallait tenir compte. En conséquence, Laïinez «laissa percer » son intention «de se jeter aux pieds du Pape,le jour même où expireraient les trois années de son généralat, et de se démettre entre ses mains.» Résolution que les assistants convinrent ensemble de prévenir, de peur «qu’à force de prières et de larmes», il n’obtint d’être déchargé. Polanco, toujours à la tête des affaires de Lainez, et Strada, se rendirent donc chez le Pape; et lui exposant toute la question, le supplièrent, «au nom même de la Com-
pagnie», d’interposer son autorité. Pie IV répondit.
«qu'il révoquait, autant que cela était nécessaire, les décrets de Paul IV», et que, quant à Laïinez, «il lui
dure ; |
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LAINEZ -ET PAUL IV 289 imposait le Généralat jusqu’à sa mort». La Compagnie n'ayant cette fois aucun intérêt à cé que la décision
restât verbale, décida, sur la demande des Jésuites et Çafin que nul ne püt la révoquer en doute », que le car- - dinal de Ferrare, présent à l'entretien, en rédigerait le | ; ? . , . 1 à témoignage écrit !, Cette fois, la revanche était complète, et Paul IV dut en tressaillir dans sa tombe : la dernière manche de la
partie qu'il avait engagée contre les Jésuites venait d’être gagnée par Lainez.
L'histoire de la Compagnie de Jésus se résume dans celle de son Général pendant les trois ans et demi où celui-ci dispose sans conteste du pouvoir absolu ; l’érection de six nouvelles provinces et de quatorze collèges marque les étapes d'un progrès constant. : Rassuré du côté de Rome, où il laisse en son absence | comme Vicaire-Général Salmeron, l’alter ego du tout. dévoué Polanco, et après lui un saint façonné à l’obéis- sance aveugle, François de Borgia, Lainez voyage sans
relâche, passant de la cour de Saint-Germain à celle de
1 Les cardinaux et les secrétaires de Congrégations ont seuls ‘qualité pour attester canoniquement les décisions rendues par le Pape en audience, les oracles de vive voix, oracula vivæ vacis. Urbain VIII a donné sur ce point une constitution qui consacrait et réglait définitivement l’usage établi, Cette constitution, qui a encore aujourd'hui force de loi, ainsi qu'il appert d’un - décret rendu en 1866 par la S, Congrégation des Évêques et 54 Réguliers, a été, à diverses reprises, violée par les Jésuites, qui » prétendaient avoir aussi qualité pour attester les oracles de vive voix rendus en leur faveur, On sait avec quel art ils savent d’ail- leurs éluder les autres, à
Bruxelles, de Poissy à Trente Il tn Cohen de Médicis! et au parlement la reconnaissance de sa Compagnie en France; et reçu avec enthousiasme dans les Flandres par la régente Marguerite de Parme*® dont ‘à il est le confesseur et l'oracle, il lui pérsuade aisément
que le véritable moyen de rendre les Pays-Bas catho- … liques consiste à y introduire les Jésuites. A Trente
enfin , il retrouve le cardinal de Lorraine qu'il vient de 4
1 Crétineau-Joly rapporte qu'au colloque de Poissy Énines rappela avec une telle véhémence ses devoirs de mère et de 4 régente à Catherine de Médicis que «la reine, outrée de dépit, ne ë put retenir ses larmes»: sur quoi le Prince de Condé, qui voulait ©
du bien au Jésuite, l’étant allé trouver pour le prévenir du courroux de la reine, et alléguant qu’elle avait pleuré: « Rassurez-vous, prince, aurait répondu Lainez en souriant, la reine Catherine est ‘une grande comédienne, mais elle ne me trompera pas. » Je. n’insiste pas sur l’invraisemblance d'un pareil récit: j'ignore si Crétineau l’a puisé dans les fameuses archives du Gésu, où il a trouvé le discours de Lainez écrit par Polanco; mais Je suis bien aise de constater que, dans la version que donne Boero de la . même conférence ce n’est plus Catherine, c’est Lainez qui a les.
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larmes aux yeux en la conjurant, et la prétendue réponse au prince de Condé a tout bonnement disparu du récit,
2 Marguerite de Parme, sœur naturelle de Philippe Il, était fille de Charles-Quint et d’une servante d’Oudenarde, L'empereur 4 la fit élever avec soin à sa cour, et la maria au duc de Parme, à:
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Octave Farnèse. C’est elle qui fut la mère du grand Alexandre 4 Farnèse, l'adversaire de Henri IV. Marguerite de Parme, que les # historiens de la Compagnie appellent à tort Marguerite d'Autriche et qualifient tour à tour d’Infante d'Espagne et d'Archiduchesse W d'Autriche, deux titres qui ne lui furent point conférés, était douée 1 de réels talents politiques. Nommée régente des Pays-Bas, en 4559, elle se démit de son titre en 1567, — deux ans après la mort 4 de Lainez, — lors de l’envoi du duc d’Albe dans les Flandres et ee de l'institution du Tribunal de sang. 4
LAINEZ ET PAUL IV ‘291 quitter à à Saint-Germain, et avec lequel il ébauche entre temps le plan de la Ligue. : Mais l’on s’use vite à vouloir tenir dans les mains et | diriger à la fois la politique des États et la conscience des Princes, le colloque de Poissy et le concile de Trente, la guerre de religion et la conversion des héré-. tiques! Aussi, Lainez rentrait-il à Rome vers la fin de 1564, «si épuisé de forces qu’à peine pouvait-il se tenir debout». On crut néanmoins à une sorte de conva-
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lescence durant l'Avent; mais le 1°’ janvier 1565, il
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s’alitait pour ne plus se relever : la lame avait usé le fourreau.
Le 19 du même mois, à une heure après minuit,
Lainez expirait dans.les bras de Borgia, sur lequel
êt-un ans, et il y en avait trente-et-un qu'il s'était donné
\ a L reposait son dernier regard. «Il était âgé de cinquante É pour compagnon à saint Ignace». Il avait gouverné la
1 Compagnie pendant huit ans et demi depuis la mort du
; fondateur, dont plus de six avec l'autorité et le titre de ? Général. Les Jésuites s'étaient multipliés durant cette
période. De mille qu'ils étaient à la mort d’'Ignace leur
4 nombre s'élevait maintenant à trois mille cinq cents. ” Mais les résultats acquis par son habileté avaient une | portée plus grande encore : Lainez avait fixé l'esprit politique et fondé la puissance temporelle de la Com- pagnie de Jésus. Vienne Aquaviva, et son œuvre atteindra
Texte de la Bulle
REGIMINI MILITANTIS ECCLESIÆ (27 septembre 1540).
D'après la traduction donnée par les Jésuites à Crétineau Joly.
Paul EÉvéque, serviteur des serviteurs de Dieu, En mémoire perpétuelle.
« Préposé, malgré notre indignité, par la disposition «du Seigneur, au gouvernement de l'Église militante, : «et pénétré pour le salut des âmes de tout le zèle que ; «nous commande la charge de Pasteur, nous envi= «ronnons de toute la faveur apostolique les fidèles, «quels qu'ils soient, qui nous exposent là-dessus leurs … . «désirs, nous réservant d'en ordonner ensuite, selon #, «qu’un mûr examen des temps et des lieux nous le fait à «juger utile et salutaire dans le Seigneur. ; “ QÇAinsi venons-nous d'apprendre que nos chers ils | «Ignace de Loyola, Pierre Lefèvre, Jacques Lainez,
«Claude Le Jay, Pasquier Brouet, François Xavier, À
. «Alphonse Salmeron, Simon Rodriguez, Jean Codure
«et Nicolas Bobadilla, tous prêtres, des villes et diocèses «respectifs de Pampelune, Genève, Siguenza, Tolède, «Viseu, Embrun, Placencia, tous maîtres ès-arts, gra- « dués dans l'Université de Paris et exercés pendant
- «plusieurs années dans les études théologiques : nous
__<avons appris (disons-nous) que ces hommes poussés,
«comme il est pieux de le croire, par le souffle de «l’Esprit-Saint, se sont rassemblés de différentes con- «trées du monde, et, après avoir renoncé aux plaisirs «du siècle, ont consacré pour toujours leur vie au ser- «vice de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de nous et des «autres Pontifes Romains nos successeurs. [ls ont déjà
«travaillé d’une manière louable dans la vigne du Sei-
« gneur, prêchant publiquement la parole de Dieu, après «en avoir obtenu la permission requise; exhortant les «fidèles en particulier à mener une vie sainte et méri- «toire du bonheur éternel, et les engageant à faire de
«pieuses méditations; servant dans les hôpitaux, ins-
«truisant les enfants et les simples des choses néces-
«saires à une éducation chrétienne ; en un mot, exerçant
«avec une ardeur digne de toutes sortes d’éloges, dans
. Ctous les pays qu'ils ont parcourus, tous les offices de … «la charité et toutes les fonctions propres à la conso-
«lation des âmes.
«Enfin, après s'être rendus en cette illustre ville, «persistant toujours dans le lien de la charité, afin de «cimenter et de conserver l'union de leur Société en «Jésus- Christ, ils ont arrêté un plan de vie conforme
¬re Société, que nous désirons être appelée Za Com-
Çaux true sans hadee aux décisions canoniques. e. «des Pères, selon ce que leur expérience leur a appris «être le plus utile à la fin qu'ils se sont proposée. Or; «ce genre de vie, exprimé dans la formule dont nons &avons parlé, à non seulement mérité les éloges Fe «d'hommes sages et remplis de zèle pour l'honneur de > «Dieu, mais il a tellement plu à quelques-uns d'entre. «eux, qu'ils ont pris la résolution de l'embrasser. |
(Or, voici cette forme de vie telle qu'elle a été conçue «(ce qui suit est le texte même d’Ignace intercalé dans. «la bulle) : |
«Quiconque voudra, sous l'étendard dé la croix, «porter les armes pour Dieu et servir le seul Soigneti | ç<et le Pontife romain, son vicaire sur la terre, dans |
«pagnie de Jésus, après y avoir fait vœu solennel de «chasteté perpétuelle, doit se proposer de faire partie «d'une société principalement instituée pour travailler «à l'avancement des âmes dans la vie et la doctrine | : «chrétiennes, et à la propagation de la foi, par des pré-. «dications publiques et le ministère de la parole de «Dieu, par des exercices spirituels et des œuvres. de. «charité, notamment en faisant le catéchisme aux ; « enfants et à ceux qui ne sont pas instruits du christia | «nisme, et en entendant les confessions des fidèles pour. «leur consolation spirituelle. 11 doit aussi faire en sorte «d’avoir toujours devant les yeux : premièrement Dieu, «et ensuite la forme de cet Institut qu ‘ia embrassés « C'est une voix qui mène à lui, et il doit employer tous |
{sa vocation, de crainte que quelqu'un ne se laisse
Er c C’est le Général, ou Prélat que nous choisirons, qui. 4 « décidera de ce degré propre à chacun, ainsi que des
| «emplois, lesquels seront tous dans sa main,(afin que ? «l’ordre convenable, si nécessaire dans toute commu-
4 :«nauté bien réglée, soit observé. Ge Général aura l'au- re «torité de faire des Constitutions conformes à la fin de à «l'Institut, du consentement de ceux qui lui seront 1 «associés, et dans un conseil où tout sera décidé à la
| «pluralité des suffrages. »
L «Dans les choses importantes et qui devront sub- F :
«sister à l'avenir, ce conseil sera la majeure partie de «dément ; et pour les choses légères et momentanées, «tous ceux qui se trouveront dans le lieu de la rési-
«dence du Général. Quant au droit de commander, il
«membres de la Compagnie sachent donc, et qu'ils se
ñ « rappellent, non seulement dans les premiers temps de
3 «toute cette Compagnie et tous ceux qui la composent … «combattent pour Dieu sous les ordres de notre très Hit
Csaint Seigneur le Pape et des autres Pontifes romains
«ses successeurs. Et quoique nous ayons appris de
En 00: eve 7 PIÈCES JUSTIFICATIVES : pe
«la Société que le Général pourra rassembler commo-
. Cappartiendra entièrement au Général. Que tous les
«leur profession, mais tous les jours de leur vie, que
«lEvangile et de la foi orthodoxe, et que nous fassions.
«ses efforts pour atteindre à ce but que Dieu même lui: | «propose, selon toutefois la mesure de la grâce qu'ila «reçue de l'Esprit-Saint, et suivant le degré propre de
«emporter à un zèle qui ne serait pas selon la science. …
296 LES ORIGINES DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS à à
«profession de croire fermement que tous les fidèles de « Jésus- Christ sont soumis au Pontife romain comme Es «leur chef, au Vicaire de Jésus-Christ, cependant, afin
«que l'humilité de notre Société soit encore plus «grande, et que le détachement de chacun de nous,
«l’abnégation de nos volontés soïent plus parfaits, nous de
Çavons cru qu'il serait fort utile, outre ce lien commun
« à tous les fidèles, de nous engager encore par un VŒU « particulier, en sorte que, quelque chose que le Pontife
«romain actuel et ses successeurs nous commandent
«concernant le progrès des âmes et la propagation de
«la foi, nous soyons obligés de l’exécuter à l'instant,
«sans tergiverser ni nous excuser, en quelque pays
«qu'il puisse nous envoyer, Soit chez les Turcs et les «autres infidèles, même dans les Indes: soit vers les - «hérétiques et les schismatiques, ou vers les fidèles : «quelconques. Aïnsi donc, quê ceux qui voudront se | «joindre à nous examinent bien, avant de se charger de «ce fardeau, s'ils ont assez de fonds spirituels pour. «pouvoir, suivant le conseil du Seigneur, achever cette Giour, c'est-à-dire si l'Esprit-Saint qui les pousse leur «promet assez de grâce pour qu'ils puissent espérer © «de porter avec son aide le poids de cette vocation ; et. quand, par l'inspiration du Seigneur, ils se seront à cenrôlés dans cette milice de Jésus-Christ, il faut que, $ «jour et nuit les reins ceints, ils soient toujours prêts à 4 «s'acquitter de cette dette immense. Mais afin que nous 24 «ne puissions ni briguer des missions dans les diffé & «rents pays ni les refuser, tous et chacun de nous. 4
CONTES Pure NE IT
; as OR RTE EE
«s'obligeront de ne jamais faire à cet égard, ni direc-. «tement ni indirectement, aucune sollicitation auprès | «du Pape, mais de s'abandonner entièrement là-dessus «à la volonté de Dieu, du Pape comme son vicaire, et «du Général. Le Général promettra lui-même, comme «les autres, de ne point solliciter Le Pape pour la desti-
«nation et mission de sa propre personne, à moins que - «ce ne soit du consentement de la Société. Tous feront
- «vœu d’obéir au Général en tout ce qui concerne l'ob-
«servation de notre règle, et le Général prescrira les
« Société ont eu en vue. Dans l'exercice de sa charge, «qu'il se souvienne toujours de la bonté, de la douceur «et de la charité de Jésus-Christ, ainsi que des paroles «si humbles de saint Pierre et de saint Paul, et que lui «et son conseil ne s’écartent Jamais de cette règle. Sur Ctoutes choses, qu'ils aient à cœur l'instruction des.
- Cenfants et des ignorants dans la connaissance de la
« doctrine chrétienne, des dix commandements et autres
«semblables éléments, selon qu'il conviendra eu égard «aux circonstances des personnes, des temps et des «lieux. Car il est très nécessaire que le Général et son «conseil veillent sur cet article avec beaucoup d'atten-
@tion; Soit parce qu'il n’est pas possible d'élever sans
«qu'il est convenable, soit parce qu'il est à craindre «qu'il n'arrive parmi nous, qu'à proportion que l’on
. «sera plus savant, l’on se refuse à cette fonction, comme . «étant moins belle et moins brillante, quoiqu'il n'y en
«fondement l'édifice de la foi chez le prochain autant
{choses qu'il saura convenir à la fin que Dieu et la
Qait pourtant point de plus utile, ni au prochain pour «son édification, ni à nous-mêmes pour nous exercer à «la charité et à l'humilité, A l'égard des inférieurs, tant
«à cause des era ts avantages qui reviennent de l’ordre
«que pour la pratique assidue de l'humilité, qui est une. *
«vertu que l’on ne peut assez louer, ils seront tenus « d’obéir toujours au Général dans toutes les choses qui | «regardent l’Institut, et dans sa personne ils croiront - «voir Jésus-Christ comme s'il était présent, et l'y «révéreront autant qu'il est convenable! Mais comme «l'expérience nous a appris que la vie la plus pure, do 4 «plus agréable et la plus édifiante pour le prochain este «celle qui est la plus éloignée de la contagion de l’ ava- | «rice et la plus conforme à la pauvreté évangélique, Et «sachant aussi de Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'il ‘ Gfournira ce qui est nécessaire pour la vie et le vête- «ment à ses serviteurs, qui ne chercheront qué le … «royaume de Dieu, nous voulons que tous les nôtres ete «chacun d’eux fassent vœu de pauvreté perpétuelle, ; «leur déclarant qu'ils ne peuvent acquérir ni en partis : «culier, ni même en commun, pour l'entretien et l'usage ‘4 «de la Société, aucun droit civil à des biens immeubles, «ou à des rentes et revenus quelconques; mais qu'ils. «doivent se contenter de l’usage de ce qu’on leur don= «nera pour se procurer le nécessaire. Néanmoins, ils. «pourront avoir dans les Universités des collèges pos. «sédant des revenus, cens et fonds, applicables à l'usage «et aux besoins des étudiants, le Général et la Société
«conservant toute administration ét surintendance SU 10
: Pièces. JUSTIFICATIVES. UNS AO
€choïx, refus, réception et exclusion des supérieurs et. LC des étudiants, et pour les règlements touchant l’ins- 4 ctruction, l'édification et la correction desdits étudiants,
«la manière de les nourrir et de les vêtir, et tout autre 5 . <objet d'administration et de régime ; de manière pour- @tant que ni les étudiants ne puissent abuser desdits «biens, ni la Société elle-même les convertir à son
* «usage, mais seulement subvenir aux besoins des étu-
« de leurs progrès dans la piété et dans la science, et «€ après une épreuve suffisante, pourront être admis dans
F « notre Compagnie, dont tous les membres qui seront
«€ dans les Ordres sacrés, bien qu'ils n'aient ni bénéfices, i ni revenus ecclésiastiques, seront tenus de dire l'office
LC divin, selon le rite de l'Église, chacun séparément et en particulier, et non point en commun ni en chœur. s. Éte Telle est l'image que nous avons pu tracer de notre «profession, sous le bon plaisir de notre Seigneur | 2 «Paul I et du Siège Apostolique. Ce que nous avons «fait dans la vue d’instruire par cet écrit sommaire, et «ceux qui s’informent à présent de notre Institut, et nc ceux qui nous succéderont à l’avenir, s'il arrive que, «par la volonté de Dieu, nous ayons jamais des imitans teurs dans ce genre oi lequel ayant de grandes et. |
. ee avoir été longtemps éprouvé
€ lesdits ue et sur Laits étudiants, à l'égard des
«diants. Et lesdits étudiants, lorsqu'on se sera assuré
«avec beaucoup de soin; et ce n’est que lorsqu'on se. «sera fait connaître pour prudent en Jésus-Christ, et M «qu'on se sera distingué par la doctrine et par la pureté | #
Le:
«de la vie chrétienne, que l’on pourra être reçu dans la. «milice de Jésus-Christ, à qui il plaira de favoriser nos «petites entreprises pour la gloire de Dieu le Père, «auquel seul soit gloire et honneur dans les siècles. « Ainsi soit-il. » . ES
(Ici s'arrête la supplique d’Ignace, que Paul III approuve par les lignes suivantes) : |
«Or, ne trouvant dans cet exposé rien que de pieux. «et de saint, afin que ces mêmes associés, qui nous ont «fait présenter à ce sujet leur très humble requête, «embrassent avec d'autant plus d’ardeur leur plan de «vie, qu'ils se sentiront plus gratifiés de la faveur du « Siège apostolique ; Nous, en vertu de l'autorité apos- «tolique, par la teneur de ces présentes et de science «certaine, Nous approuvons, confirmons, bénissons et. «garantissons d'une perpétuelle stabilité l'exposé pré- &cédent, son ensemble et les détails; et quant aux «associés eux-mêmes, nous les prenons sous notre «protection et celle de ce Saint Siège Apostolique; leur
«plein droit les Constitutions qu'ils jugeront conformes Q&à la fin de cette Compagnie, à la gloire de Notre= «Seigneur Jésus-Christ, et à l'édification du prochain, «nonobstant les constitutions et ordonnances aposto=
ca
4 eV «liques du Concile général et de Notre prédécesseur
F Và RE £ UT ANNE 7 7 * PTT a AT £ EME 1 ST RE DRE EMEA ALS € heureuse mémoire, le Pape Grégoire à
autres qui Y seraient contraires.
Nous voulons cependant que les personnes qui . sua faire pers de ce re oi vie ne
à A et. de notre nt La ueleu un osait % tenter, qu il sache qu'il encourra l'indignation du « Dieu Tout-Puissant et des Bienheureux or Pierre < et Paul. À * À Dom à es à At. Mare l'année de linear
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Lainez et le Conclave de 1559.
. L’assertion des Jésuites, touchant la candidature de
: Lainez à la papauté, n'est confirmée par aucun. des :
documents relatifs au Conclave de 1559, et semble
exclue par tout le cadre des péripéties et hs mouve= à ments de parti, durant les trois mois qui précédèrent | l'élection de Pie IV. Ame
Les cardinaux étaient au nombre de 48, VA eat « le
ne chiffre des bulletins inscrits par Panvinius, — répartis | en trois groupes ou factions distinctes. Les Français et ;
leurs partisans, dirigés par d'Este (Ferrare), Tournon | | et Gise; — l'ambassadeur de Philippe IT, Vargas les : évalue à 19; — les Espagnols et leurs alliés en nombre
‘équivalent, et enfin l’escadron volant du cardinal neveu
Carafa et de Farnèse, lequel ne dispose que d'une dou-
PIÈCES JUSTIFICATIVES 303 Chaque groupe d’ailleurs à ses candidats, et ceux-ci sont en trop grand nombre pour qu'on puisse songer, ii même incidemment, à une candidature étrangère au . Sacré Collège. Du côté français, la Cour et la reine Î recommandent en premier lieu d'Este (Ferrare), puis . | Tournon, et enfin Gonzague (Mantoue). C’est Henri II :