‹ Les origines de la Compagnie de JésusChapitre 5 sur 49 · PES · texte numérisé non relu

PES

Abraham, François d'Assise et Sid Aboce Median,

dépassant la mesure, — il le reconnaîtra plus tard, =

là que la Compagnie croyait devoir substituer Ad Ma- | jorem Dei Glorian, le pédant inspiré dont Bartoli

fixera officiellement les traits.

Un instant l’on put croire qu’ils auraient joué la pré-.

dans son zèle de nouveau converti. Or, c’est à ce saint- 7

caution inutile. Is s'étaient gardés non seulement d'in-

terroger les Bénédictins, mais encore de les nommer

dans leurs premières vies d’Ignace; et voilà que les!

Bénédictins par laient d'eux-mêmes, qu’ils citaient Dom

Cisneros et Dom Chanones, et, persiflant doucement

Pübadeneira, établissaient avec autant de calme que de fermeté la tradition très assurée des Pères de Mont-

serrat et de «tout l’ordre de Saint-Benoît». Que disait.

cette tradition ?

Après avoir rappelé que Garcia de Cisneros, abbé de.

Montserrat, avait composé divers livres dé dévotion,

entre autres, — et c'était son œuvre maîtresse, — les

Exercices spirituels, Exercitatorium spirituale 1, im-.

dit la tradition de Montserrat, pour l'usage des pèlerins, les moines recourant plus volontiers au texte latin. Les deux éditions

de 1500 se trouvent à la bibliothèque de Barcelone (Provincial Eu universitaria) parmi les « incunables espagnols ». Je ne donne ici la description que du seul volume castillan qui nous intéresse

plus directement, C’est un volume de 268 pages imprimé en

caractères gothiques. Le folio I (frontispice) porte simplement en lettres majuscules et au-dessus des armes de l’abbaye: Exercita-

dates” de Dre > né De

{ Le texte castillan, — celui qu'Ignace eut dans les mains et: “qu'il emporta à Manrèze, — est le texte original ; il fut imprimé,

o Vu autèur des dr générales de l'Ordre

Dom Yepez!, 4

| ajoute : «Suivant la

AGE ES UE du Christ cou-.

ca de la . spirituel :

Pie dci -Sènor de mil Y quinientos a x de novembre, Deo Gratias. Amen. » <

C'est d' après un exemplaire castillan offert aux Bénédictins de t-Maur par l'archevêque de Toulouse, M. de Montclar, que . Thévart a fait en 1655 une traduction française in-12, qui se

ve us Hu à 3 ep à nationale. Quant à la traduc-

He encore à la “biblioth}que ide bise de Montserrat ; s le 1° feuillet manque à l exemplaire castillan, Bien que le

: latin ait été réimprimé il y a quarante ans par les soins des oo os 1850, in- - il gs encore du .

truire les Sn ouctoe de Ou 0$ « Doit où ils l'ont pu, afin. ; à nier. plus facilement le plagiat, ». ou f.

rene de ae ee . auteur des Chroniques géné- 3

nait le Jésuite Feller, —fit nommer Général de sa don A u le premier à signaler, avec une grande modération dans les

mes et dans le fond, les emprunts faits à Cisneros par Loyola, D YA e “es années oe tard, un autre Bénédictin, D. Constantin

< La

qu'on en pèse les termes, ne prouve rien, — sinon la peur qu'inspi-

« tradition de tous les religieux de Montserrat, le hi { LT « P, Jean Chanones communiqua à Ignace, son fils en « J.-C:, lès Exércices duP. Garcia de Cisneros qué “À « l’on pratiquait au Montserrat, lesquels le P. Ignace « porta allant à Manrèze..... et étant rempli de ferveur, «€ communiqua à plusieurs, jusqu’à ce qu'étant devenu “4 « homme parfait et bien versé en toute science, cl re- « trancha, altéra et ajouta quelque chose au livre du « P, Cisneros pour en former ses Exercices, confor- « mément à son Institut. En quoi, — ajoute D. Yepez, D « auquel on ne reprochera pas de se montrer agressif, : € — il ne faut point s’imaginer quelque diminution de « la gloire du P. Ignace ; car tout ainsi que S. Thomas

« n’a rien perdu de son crédit pour s'être servi à com-

« poser sa Somme de celle de son maître Alexandre de © « Halès ; de même, les Exercices du P. Ignace seront …

« toujours grandement estimés, encore qu'au commen:

par les P. P. Bénédictins, et du Livre des Exercices en grande

parlie emprunté (magna ex parte desumpto) à l'Exercitatoire du Vén. Serviteur de Dieu, Garcia de Cisneros », eut un retentisse à ment plus considérable que la révélation de D, Yepez faite incidem- 1 ment au courant de l'histoire de Montserrat, D'ailleurs, et par les conséquences vraisemblablement exagérées qu'il tirait d'un “ra fait indéniable, il prêtait le flanc à la critique ; aussi les Jésuites menèrent grand bruit contre lui; mais malgré le désaveu qu'ils arrachèrent à la Congrégation du Mont-Cassin, désaveu qui, lors

raient aux autres religieux l’inimitié de la Compagnie et son in: | fluence en cour de Rome, — l'accusation était tombée, sinon dans le domaine du public, au moins dans celui des érudits, et les ad-

vérsaires des Jésuites la ressuseitèrent plus d’une fois,

’ 4, ST Rs FAR Dre , rx re 0 Den CR nR, “ Die 7 ee M re ef QU Pere dan

€ cement de sa conversion il en 4e appris le dessein au

« monastère de Montserrat !:)

pol y avait bien entre no et Ignace cette diffé- ” rence capitale que le premier avait toujour s fait honneur es son maître de son enseignement... Mais D. Yepez.. |

| h eut le bon goût de ne point l indiquer. On ne lui sut pas

‘à autrement gré de sa courtoisie, non que les Jésuites Dr. aient bis de son vivant ; sauf une lettre de Ribade-

nd. neira, — lettre ou HÉpon se qui ne répond guère, mais

Le

qui permet. de dire qu'on à répondu, sais jugèrent

ne plus. prudent de ne pas provoquer à la riposte un

homme si bien armé. D’ ailleurs, le mieux n'était-1l pas

de faire le silence sur une révélation que peu de lec-

. teurs iraient chercher dans les in-4° bénédictins où elle

* était déposée? Yepez mort, on s'appliqua à traiter son

Dos Drouet, Chaudon, Peyron?, et d’autres 4 Chroniques jénérales de P'Ordre de Saint- Benoît ; Toul, 1649,

2 oi ue au récit de ses dote les détails suivants, $ dont j je lui laisse d’ailleurs toute la responsabilité: « Les Jésuites, «dit-il, n’ignoraient pas l’origine des Exercices par leur fondateur,

«puisqu ils ne mettaient entre les mains de leurs novices que les «gloses où commentaires dé Pinamonti, de Segneri, et autres « membres de leur Compagnie; et que peu à peu on a vu dispa- «raitre des bibliothèques les exemplaires de Cisneros et ceux te par Ignace. Le savant Navarro AS ee je npRree

«mérite, et qui lui était promis, » (Essais sur sans fait e en ER 1 1779 ; Tome [, p. 33, 3/4 et F3 Genève 1780.)

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encore le «ressuscitaient». «Fable », « inéptie », c'es es encore ainsi que le qualifie le’P, Sommervogel dans sa. nouvelle Bibliothèque des Jésuites. Il est vrai qu 1 VA trouve la lettre de Ribadeneira «fort bien raisonnée »,

ST et qu'il nous affirme qu'elle « convainquit D. Yépez ”. ious les points, si ce n’est sur le temps de la compo=

sition » !. eV ss 1 Ïl faut, je l'avoue, l’optimisme d’un Jésuite en tout ce qui

concerne sa Compagnie, pour apprécier ainsi les pièces que je. de * tiens à mettre sous les yeux des lecteurs. En réalité, Ribadeneira, : ‘ , qui s'était bien gardé de nommer D, Cisneros et D. Chanones dans © sa Vie de N, B. P, Ignace, y paraît en posture assez embarrassée ; mais surtout je serais curieux de savoir comment le P. Sommervogel, qui est assurément un galant homme, s'explique lui-même | que Ribadeneira, lequel avait vécu 15 ans dans l'intimité de É. Loyola, puisse soutenir sérieusement le miracle d'Ignace écrivant en latin, — langue qu'il ignore encore, — le livre des Exercices, d

alors que tous les manuscrits du saint sont espagnols, et qu’en ce # qui concerne en particulier les Exercices, Ignace avait dû les faire mettre en latin par le P, Frusius, afin de les présenter à Paul IL? Comment s'éxplique-t-il surtout que Lainez et les autres, qui contrôlèrent le livre de Ribadeneira et en attestèrent solennellement l'exactitude, aient aussi garanti une assertion dont ils con : naissaient mieux que personne la fausseté ?, An Are je laisse la parole à Ribadeneira : out ns «Mon sentiment, — écrit-il au sujet de la découverte * «Yepez — est en Pro tes lieu qu'il est bien probable que N. B. « Père prit connaissance à Montserrat du livre ou Exercitatoire RE «D, G. de Cisneros, et qu'il s’en servait au commencement pour 2 «l'adresse de son oraison, et même fut instruit en certains points 4 «par iceluy, D'où vient qu'il intitula l’œuvre qu'il composa : «Exercices spirituels, empruntant le nom de D. Garcie. Je ré- » «ponds, en second lieu, que le livre de N. B. Père est bien autre Fe

«que celui de D, Garcie: car, bien qu'il traite le même sujet, «toutefois les coACepnons sont PER diverses, n'étant puces

Exercices r: Manrèze, mais «seulement après avoir k

rs

ses

é ; dans la ire de D, Garcie des ho ne plus cet es Fi ê 4 livre des Leices e Fe B Père; comme de l'examen pe

divers ox n'avait pas dit 16 dre e), et que Le ui

pas été pris du premier. — Quant à ce que D. Yepez met eu- «avant, que N. B, Père n'avait pu composer ce livre, étant igno-. o : 1 des sciences 4 du latin, je réponds que quand Dieu enseigne elle n’a pas besoin ni d’études ni de

à l'égard de N. B. Père, lequel dicta

aus ses Exercices des dires “he es (et plus haut, ilne

s a point écrits par 1 la sciencé des livres ni par l'étude !), toute-

s, il n'était pas possible, humainement parlant, que des con- «ceptions tirées des écoles ét puisées dans des livres, bien que évots et ee s’en fussent suivis des changements de vie sa cs Jo ne se fût com-

nn est Ve précisement celui d un “homme ie se rend, Aprés

Êx

tout ce que je puis concevoir, sentir, comprendre de.

PE yÉ DE

: probable, pour plusieurs raisons que j'aurai lieu d’énumérer plus,

Venise 1536, — treize ans ne son départ de Manrèze, — ‘donne un grand poids à cette opinion. Le saint Ô

du moment que l'éloge s'adresse au livre d’un autre.

meilleur en cette vie, Soit pour l'avancement que.

«conclut-il, se joue des miracles, faisant lire à Ignace les Saintes «Lettres en espagnol et composer élégamment en latin; mais.

« Barcelone, aux premières règles de la grammaire ? S'il savait

«de nouveau? S'il ne le savait pas, comment est-ce qu'il com-

«très assurée de Montserrat. etc.» (Chroniques générales de

# : e Fu = AE ne. 5 sr * Pt F € # 32 LES ORIGINES DE LA Re IE DE on .

Sy exprime en des termes qui seraient inexplicables

s’il s'agissait de son propre livre, mais que tout justifie

«Les Exercices, écrit-il à un prêtre portugais, sont.

l’homme en peut tirer pour lui-même, soit pour les. fruits, les secours, les avantages spirituels qu'il en peut. tirer pour les autres !, » Les arguments de D. Yepez

«accordons-lui que ce saint personnage apprit le latin miracu-. «leusement, afin de lui faire composer son livre à Manrèze, «comment est-ce qu'après tant de lumières, de sciences, de théo- «logie et de latin, il le réduit, à son retour de Terre sainte à.

« déjà du latin et de la théologie, comment est-ce qu'il l'apprend

«pose un livre qui, outre le latin, demande l'intelligence de la « Sainte-Ecriture, de la théologie et de la doctrine ?.. Disons plu-

«tôt, pour sortir de ces ae que suivant la tradition

POrdre de Saint-Benoît, T. IV, p. 357-359.) 10

1 Lettres de S. Ignace ; traduction du P. Marcel Bouix, S. ii p. 90. Lettre du 16 novembre, Venise, 1536.., Bien que cette lettre semble confirmer absolument la thèse de D. Yepez, il me paraît

ar consiste

à soutenir qu'Ignace écrivit les Exercices à

anrèze, d'après le plan de la vision et par l'inspiration

recte de Dieu: mais à concéder en même temps que ndant les vingt- cinq années suivantes, y — c'est-à-dire

qu' en 1548, époque où ils furent présentés à Paul ET, | ne saint « + chRRenr les augmenta sans cesse, les.

oyons à Has »1, Cette version, dont la a

“rame l’ayant écrit alors qu'il était tee et sans les FRE t bien confesser que ses connaissances - ct ses lumières of

34 LES ORIGINES DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS dire bonnement la vérité, la vérité toute nue, il faut se

résoudre à plus d'une contradiction.

Cette vérité, les Bénédictins nous la donnent- ke tout

entière ? Évidemment, ils nous disent, eux, tout ce

qu'ils savent ; mais savent-ils tout? L'intérêt passionné que les Jésuites ont mis, — et qu'ils mettent encore, — à nier des emprunts dont il leur suffisait de convenir

pour terminer toute controverse, s'explique-t-il, peut-il

du moins s'expliquer suffisamment par une fausse con-

ception de la gloire de leur fondateur? gloire qu'ils ont cru imtéressée à ce qu'Ignace eût en même temps «tout puisé en lui-même, et tout appris à l'école de Dieu? » Je ne le crois pas.

Au fond, — et ils étaient trop intelligents pour ne pas le comprendre, — la gloire d'Ignace n'aurait rien perdu à la sincérité de ses disciples. Et quelle appa-

rence d’ailleurs que ceux-ci eussent voulu la fonder sur

une telle dissimulation, s'ils n’y eussent été en quelque

sorte acculés maloré eux, par un intérêt supérieur et.

capital, l'intérêt de la Compagnie elle-même ?

En déclarant les Exercices spirituels un livre inspiré, les Jésuites le plaçaient au-dessus et en dehors de toute discussion. Sans doute, l'Église catholique, qui a refusé de se prononcer sur l'authenticité des visions d'Ignace, celles de Manrèze et les autres, ne se portait pas davantage garant de l'inspiration des Æxercices; mais si

la discussion restait ouverte en droit, en fait les Jésuites

pensaient disposer des moyens de l’étouffer. Rien d’ail-

leurs n’y contribuerait davantage que la persuasion

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Bartoli, du . Sommervogel et des autres, « constitue justement

au dire de

ans Cisneros et «ce . »,

ssence et la substance des Exercices » !

4 Les Jésuites se décideraient-ils enfin à entrer dans la voie de a vérité historique? Les Études, rédigées par les PP, de la Compagnie, viennent de publier sous ce titre : La Genèse des Exercices e saint Ignace de Loyola, trois articles très documentés (voir s n° du 20 mai, du 20 juillet et du 20 octobre 1897) dans lesquels de Watrigant reconnait nettement les emprunts faits par nace à Cisneros et aux autres mystiques, en particulier à Gé-

rd de Zuphten et à Mauburnus dont Cisneros lui-même s'était rviet inspiré. Le R, P. abandonne non moins carrément la thèse

l'inspiration du livre des Exercices et en reconnait avec Yepez la composition successive. Selon lui la rédaction dans forme définitive remonterait à l’année 1541, près de vingt ans ès Manrèze! On ne peut qu'applaudir à la sincérité du : Watrigant, pie a on la désirat plus complète encore.

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