‹ Les origines de la Compagnie de JésusChapitre 8 sur 49 · NÈSE DE LA COMPAGNIE · texte numérisé non relu

NÈSE DE LA COMPAGNIE

Jésuites, n'était connue en Occident que par ses côtés

dieux. À moins de ne voir dans Lovola qu'un fanatique dénué de sens RL il n'était guère possible d'admettre qu'il eût voulu bâtir sa société sur le plan de celle de

- Hassan-Ben-Sabah. Les honnêtes gens reculaient devant

une telle conséquence, et les Jésuites avaient beau jeu lorsqu'ils se refusaient à en discuter l'hypothèse. La question se pose tout autrement quand, au lieu des Haschischins, il s'agit des Chadelya, ou de tels autres Kouan!', dont Ignace avait pu admirer en Espagne

même les vertus morales et religieuses, l’organisation d

D ppose à ce qu'il se soit dit un jour : « Plût à Dieu

régulière, la force de résistance, et desquels rien ne

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« qu'étant ce que vous êtes, vous fussiez des nôtres. »

ne Au reste, et parvint-on à démontrer d’une façon absolue et péremptoire que l'étude des congrégations * arabes a suggéré à Ignace le plan de son Institut, et . que le livre des Æxercices, ou plutôt sa méthode d'appli-

cation, est inspiré des écrits et des procédés musul-

mans, que le fait n'aurait en soi rien de répréhensible?.

1 Soufi ou Kouan, noms génériques donnés aux membres des jongrégations musulmanes, Kouan signifie frère; c’est l'équialent de faqir ou de derwich (pauvre), mais avec une nuance qui marque la différence entre le soufisme occidental et celui de lorient. Faqir s'emploie surtout dans l'Inde et l'Extrème-Orient, lerwich en Turquie, et kouan dans le nord de l'Afrique,

2 La fondation des Pères Blancs a été inspirée au Cardinal Lavigerie par une pensée analogue à la pensée primitive d’Ignace : emprunter aux musulmans leurs propres armes pour les com-

Les dpobilles 1e ÉLnatene servirent à édifier à

tabernacle dans le désert, et il n’est pas douteux que l'Eglise catholique n'ait emprunté ses cadres à l’organi-

sation romaine. L'adaptation tentée par Loyola n'était.

ni moins légitime ni moins licite; à la condition toute-

fois qu'on ne prendrait à l'adversaire que des choses

bonnes, ou tout au moins indifférentes.

Cette condition sine qua non a-t-elle été rigoureu-t %

sement tenue? Je n’oserais l’affirmer. C’eët le propre de

l'homme de dépasser la mesure, même, et surtout peut-

être, dans ce qu'il croit être le bien. En admettant

qu'Ignace l'ait gardée, il n’en fut pas ainsi de ses disci- w

ples, auxquels j'appliquerai le mot de Bossuet touchant

à ï ; # 3 2 N les disciples de saint Augustin qui, dans l'œuvre du

maitre, choisirent l’écueil pour en faire le port. Malheu- M reusement, les limites que le fondateur des Jésuites dut

s'imposer tout d’abord nous sont aujourd'hui incon-

nues. Non seulement l’œuvre d'Ignace ne nous est livrée

que refondue, remaniée, corrigée, émondée, et tout

ensemble amplifiée par ses successeurs ; mais ces retour. ches successives et nombreuses étant inavouées, il reste M

d'autant plus impossible d'en préciser la portée que "

r LE : in à .

procéder a été absolument différente. Loyola, n’avouant pas, ne

pouvant pas avouer l'emprunt, dut écarter dès le début tout ce ti qui pouvait extérieurement le déceler : il prit à l'ennemi ses! cadres, sa méthode de formation, et, dans une mesure, son esprit.

Lavigerie, au contraire, agissant au grand jour et avouant hau- À tement son but, habiïlla ses moines en Arabes, mais se borna aux !

ressemblances matérielles et extérieures.

raires, demeurent jusqu'ici éncontrôlés et insaisis- -sables'. L’historien, quel que soit d'ailleurs son désir

‘de lPespagnol en latin, non sur les te Vie mais sur … une copie faite après sa mort, sous la direction de Lainez par son À secrétaire Palanco, et imprimées en 1558-1559, c’est-à-dire plus de - deux ans après la mort du fondateur, Elles ont d’ailleurs subi un nd nombre d’autres refontes, sans que jamais les manuscrits a Ignace, dont on prétendait se rapprocher, aient été mis au jour.

" Les Jésuites, pressés de les produire au XVII: siècle, affirmèrent même que ces manuscrits détruits par-l’usage (?) n’existaient . plus, et qu'ils étaient forcément et officiellement remplacés par la 12 a copie «authentique » de Palanco. Déclaration qui n’a pas empêché . Je P, Montezon au XIX° siècle d'affirmer par la plume de Crétineau - Joly que le manuscrit des Constitutions « écrit tout entier de la main d'Ignace », et « d’un seul jet », est conservé «intact dans les archives du Gésu », et d’en garantir la parfaite concordance avec le texte latin officiel. Enfin, et d’après les récentes publications

des Jésuites, ce ne serait plus, comme en 1838,.«un seul ma- De = nuscrit écrit d’un seul jet», mais trois textes de Loyola avec variantes qui seraient conservés aux archives du Gésu, (Monu- menta historica societatis Jesu, paraissant par fascicules in-8°, % En cours de publication),

Quant aux Exercices spirituels, « bien qu'Ignace les ait composés en espagnol, dit le P. Sommervogel, le texte n’en fut publié que longtemps après sa mort». (Bibl., t. V, art. Loyola). Le savant Jésuite parle du texte espagnol ; car il n’ignore pas, et Bartoli nous apprend (J, de L., t. [) que la traduction latine, pré- … sentée à Paul IE, fut imprimée à Rome en 1548, huit ans avant la mort d’'Ignace. Mais ce que ni Bartoli nile P. Sommervogel n'ont. ne ris soin de nous dire, c'est que le manuscrit espagnol conservé ans les archives du Gésu comme l'original d'Ignace n’est nullement écrit de sa main. Le P. Jennessaux, qui nous l’apprend, ajoute ingénuement que, nonobstant, la Ve Congrégation générale

DE JÉSUS de faire la part équitable des responsabilités, se voit. contraint d'adopter le langage des Jésuites, alors même : 5 qu'il est le plus convaincu de son inexactitude, et d'attribuer jusqu'à nouvel ordre à Ignace ce qui reviendrait #4 en toute Justice à Lainez ou à Aquaviva.

Cette réserve faite, et elle est nécessaire, — je prends tel quel le texte officiel des Constitutions et des Exercices pour y relever quelques-uns des emprunts faits à l'Islam. Je dis quelques-uns : en premier lieu, parce que les signaler tous m’entraînerait au delà des bornes que je me suis fixées dans cette étude ; en second lieu, parce que toutes les ressemblances ne sont pas également probantes. Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que les Congrégations musulmanes ayant elles-mêmes emprunté certains usages, certaines formes aux ordres religieux chrétiens, les analogies que la Compagnie de Jésus offre avec elles sur ces points spéciaux s'expli- . quent ainsi naturellement ‘et ne peuvent être alléguées en faveur- de la thèse musulmane. J’insisterai donc "4 exclusivement sur les traits par lesquels l'Institut d’'Ignace, s’écartant des traditions monastiques et des. préceptes canoniques respectés jusque-là par tous les fondateurs d'ordres chrétiens, se rapproche au contraire et semble leur substituer les traditions arabes et

musulmanes.

présidée par Aquaviva l’ayant déclaré autographe, le titre lui en est maintenu dans la Compagnie (Exercices spirituels annotés par le P. Roothaan, Général de la Compagnie, et traduits sur le texte ; espagnol par le P, Jennessaux, S, J, 1891). | QUE.

été HR Jésus

et dans Ja dure 4 l’obéissance

dre ses D. et dans l'occultisme qu ‘elle pra-

uatrièmement enfin, dans le but qu'elle se propose,

dans la confusion qu'elle établit entre l’ordre spiri-

1) et l ordre temporel.

Ces points, dont l'importance n'échappera à peronne, sont en effet ceux que les Jésuites appellent Les

0 ms fondamentaux et essentiels de l'Institut, ceux ls déclarent intangibles, et qu'une série de Souveins Pontifes, de Paul IV à Clément XIV, — a toujours vainement tenté de modifier. À ce double titre, il ne porte d’en préciser l’origine et la portée. : .

de! Des. Ho diffèrent entre eux ren le nombre et l'énoncé

À première vue, et pour l'observateur peu familiarisé

avec les lois canoniques et religieuses, le gouvernement …

des Jésuites ne paraît différer que par des points de :

détails du gouvernement des ordres monastiques OÙ

religieux érigés auparavant dans l'Église catholique.

« Les Jésuites sont des moines comme les autres, un »

peu moins crasseux que les autres », disait dédaigneu-

sement Voltaire, qui reprochait aux Ency clopédistes 4

d'avoir commencé par eux leur lutte « contre lintolé- #3

rance et le fanatisme ». Au fond, Voltaire se trompait.

Les Jésuites ne sont pas des moines comme les autres, :

et les encyclopédistes n'avaient pas mal choisi leur ter- …

rain d'attaque. La Compagnie de Jésus à, il est vrai, un

Général comme les Bénédictins, les Dominicans, les

Franciscains, les Chartreux ; elle a, comme eux encore, des provinciaux, des recteurs où supérieurs locaux, elle

a des assemblées ou Congrégations générales, etc., ete. ;

mais, sous des noms semblables, les personnages sont ‘différents. Dans les autres ordres religieux, l'autorité : du Général, alors même qu'il est élu à vie, est limitée, : contrôlée, en premier lieu par la Règle, dont il est en : définitive le premier sujet : règle que tous les religieux à ont tout entière dans les mains et sous les veux, en à

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