‹ Les origines de la Confédération suisse: histoire et légendeChapitre 10 sur 41 · LES VALLÉES D'UNTERWALDEN · texte numérisé non relu

LES VALLÉES D'UNTERWALDEN

Avant le commencement du quatorzième siècle, où le nom d'Unterwalden paraît pour la première fois dans les documents historiques, son emploi est, un anachronisme que nous nous sommes cependant permis pour plus de clarté. C'est sous le nom de Stannes^ ou vallée inférieure, et de Samon (Sameùàl)^ où vallée supérieure, que sont d'abord désignées les deux portions de ce pays, qui paraît avoir renfermé, presque de tout temps, deux territoires distincts. Dans chacun de ces territoires, à côté du bourg principal qui leur donne son nom, on constate, dès le neuvième siècle, l'existence d'autres localités en assez grand nombre. Ce fait permettrait de croire, que, des trois Waldstatten, le pays d'Unterwalden, dont le sol est relativement plus fertile, fut peuplé probablement avant les deux autres. L'on peut également conclure des propriétés considérables qu'y posséda

CONSTIT. INTÉR. DBS WALDSTiETTEN. — UNTERWALDEN. 51

dès rorigine le couvent de Saint-Léger à Lucerne, que ce fat sous rinfluence et Taction de ce monastère de bénédictins, qui était dans la dépendance de Fabbaye de Murbach en Alsace, que se trouvèrent surtout placés les habitants de ce petit territoire •'.

Mais les documents historiques qui nous font connaître les localités de ITJnterwalden, ne renferment aucun de ces détails, aucun de ces traits qui révéleraient, à quelque degré, Fexistence en ces lieux d'une peuplade compacte et indépendante. Ce qu'ils constatent, au contraire, c'est un morcellement territorial et une multiplicité de juridictions^ qui empêchaient la formation de toute agrégation commune. Plus qu'ailleurs, dans l'étroit espace qui, du Briinig au lac des Quatre-Cantôns, s'enferme entre le Titlis et le Pilate, se montrent alors l'enchevêtrement et la confusi<»i d'une foule de possessions seigneuriales différentes, tant ecclésiastiques que laïques, au milieu desquelles apparaissent, comme les plus grands propriétaires, les comtes de Lenzbourg, de Frobourg, de Habsbourg, le couvent de Luceme, les abbayes de Mûri et de Munster en Argovie, et le monastère d'Engelberg, fondé dans le pays même d'Unterwald^ en 1122, par un seigneur du nom de Seldenburen ".

A côté des serfs ou vilains établis sur les domaines séculiers et sur les terres des maisons religieuses, on constate la présence d'hommes de condition libre, roturiers ou nobles, qui devaient former plus tard, tant à Samen qu'à Stanz, le centre de communautés indépendantes. Mais rien n'indique, avant 1250, nous ne disons pas l'existence régulière, mais même les rudiments de communautés semblables à celles qui se montrent plus ou moins développées chez les deux autres Waldstâtten. La majeure partie du pays d'Un-

terwalden appartenant au Zurichgau et sa moindre portion à TAargau, les hommes de condition libre relevaient au commencement du treizième siècle de la juridiction des comtes de Habsbourg, qui se trouvaient à la tête de ces deux comtés, et qui semblent avoir possédé, comme à Schwyz, le droit d'exiger de cette classe de personnes, en conséquence d'une suprématie particulière (jits advocatÛBy vogteiX des impôts et des corvées (taUia et servicia) ^*.

Dans l'ordre religieux, la vallée dépendait, de même que celles d'Uri et de Schwyz, de l'évêché de Constance, et elle possédait un plus grand nombre d'églises paroissiales que -chacun des autres Etats forestiers. En effet, tandis qu'à Uri on ne peut alors ranger dans cette catégorie que les églises d'Altorf, de Biirglen et de Silenen, et à Schwyz que celles de Schwyz même, de Steinen et du Muotathal, on trouve dans le Haut-Unterwald les paroisses de Samen et de Kems, avec les églises de Giswyl, Sachslen et Alpnach, et dans le Bas, celles de Buochs et de Stanz ". Par le chiffre de ses habitants, comme par la date probable de sa colonisation, le pays d'Unterwalden aurait donc occupé parmi les Waldstàtten le premier rang. Si, dans la hiérarchie historique, il ne tient que le troisième, sa situation intérieure, comparée à celle des deux autres pendant la première période de leurs annales, suffit à motiver cette infériorité, qui trouvera également son explication dans le récit de l'époque où nous allons entrer.

L'ÉMANCIPATION POLÎTIQUE DES WALDSTiETTEN

Page 1