LES PRÉLUDES DE L'AFFRANCHISSEMENT JUSQU'EN
Cette époque nouvelle, qui conduit chacun des Etats forestiers, par des voies différentes, à un affranchissement commun, se divise elle-même en deux périodes successives : Tune qui se termine en 1291, au moment où les trois vallées concluent leur premier pacte d'alliance et de confédération, l'autre qui, de là, s'étend jusqu'à la bataille du Morgarten et au renouvellement du pacte en décembre
Nous avons vu quIJri venait d'être replacé sous la souveraineté immédiate de l'Empire, que Schwyz oscillait entre l'indépendance communale et la sujétion dynastique, quIJnterwalden demeurait dans les limbes d'une condition plus complexe encore. Il nous reste à voir ce que sont devenues, dans ces situations diverses, les trois peuplades.
l'indépendance D'URI.
Lorsque, le 26 mai 1231, le roi Henri (VII) enlève les hommes d'Uri à la domination (possessio) du comte de Habsbourg, sous laquelle son père, l'empereur Frédéric II, les avait mis, et qu'il leur donne -l'assurance qu'ils ne seraient plus, sous aucun prétexte, soustraits à la juridiction directe de l'Empire, il s'adresse à eux comme à des gens qui forment une communauté (universitas vestra)^ et il les invite à s'acquitter entre les mains de son délégué, Arnold d'Aa, de l'impôt qu'ils n'ont plus à payer au comte de Habsbourg ^ Il semble qu'il veut ainsi leur conférer un important privilège pour recevoir d'eux un service immédiat. Henri méditait alors de s'affranchir de la domination de son père retenu en Italie, et de mettre entièrement sous sa propre dépendance le royaume d'Allemagne, dont Frédéric lui avait laissé le gouvernement. Il devait chercher, dans ce but, soit à affaiblir les partisans de l'empereur, soit à se gagner des auxiliaires. Jl arrivait à ce double résultat en eplevant au comte Rodolphe, l'un des adhérents de son père, la vallée d'Uri, pour tirer dç celle-ci des subsides, peut-être des soldats, et surtout pour tenir en sa possession les approches du S*-Gothard, qui commençait à être pratiqué du côté de la vallée de la Reuss. H attachait probablement d'autant plus d'importance à avoir la libre disposition de ce passage, qu'il pouvait en profiter pour tendre la main, de l'autre côté des Alpes, à la ligue lombarde ennemie de l'empereur, et, par conséquent, son alliée na-
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turelle. S'il ne parvint pas pour le moment à donner suite à ses projets de rébellion, il les reprit trois ans plus tard et forma alors, avec les villes de Lombardie une coalition séditieuse, dont Frédéric n eut promptement raison'.
Mais, quels qu'aient été les motife qui le portaient à reprendre au comte de Habsbourg les droits que ce dernier avait acquis sur les habitants de la vallée d'Uri, ces motifs devaient être d'autant plus impérieux, qu'en agissant de la sorte, le roi Henri se mettait en contradiction avec le décret qu'il venait de rendre quelques jours auparavant (1" mai 1231), pour garantir aux princes ecclésiastiques et séculiers l'entière et libre jouissance de leur souveraineté *. D'un autre côté, il est probable que le comte de Habsbourg, qui mourut dans l'année, avait reçu pour le rachat de ses droits (redemimm) une compensation qu'il jugea suffisante, car on ne voit pas que ses fils aient jamais adressé sui* ce sujet à Frédéric H, dont ils furent aussi les zélés partisans, aucune réclamation. Quoi qu'il en soit, ce qu'il nous importe surtout de constater, c'est que le diplôme d'affranchissement ou < d'exemption -> (vos eoçemimus) adressé par le roi Henri (VU) < à tous les hommes établis dans la vallée d'Uri, > doit être envisagé comme la cause prochaine de leur émancipation politique, de même que la cause lointaine de celle-ci doit être cherchée, nous l'avons vu, dans la donation qui fut faite à l'abbayè de Zurich du domaine que l'empereur Louis le Germanique possédait dans le petit district d'Uri.
Mais ni l'une ni l'autre de ces concessions royales n'aurait eu pour conséquence la création d'un peuple libre, si chez ce peuple même, tout chétif qu'il était, n'avait existé cette passion de l'indépendance qui, toujours éveillée et
toujours prévoyante, sait tirer parti de tout. Vimmunité et Yimmédioiteté, comme on disait alors, successivement octroyées par deux rois, devinrent ainsi le fondement de la liberté d'Uri, et, par suite, de la liberté suisse. Nul ne peut ravir au plus pauvre de tous les Etats confédérés le privilège qui, du reste, ne lui est pas contesté, d'avoir posé la première pierre dans la première assise de l'édifice fédéral.
Sans revenir sur les avantages attachés pour un territoire et une population à leur mouvance directe de l'Empire, il suffit de rappeler qu'alors c'était entre le maintien de cette forme de gouvernement et l'établissement des souverainetés particulières, que se partageait le développement politique du grand corps qu'on appelait le Saint- Empire romain. L'émancipation absolue, en droit et en fait, n'existait à aucun degré pour les peuples compris dans ce vaste et incohérent ensemble ; ceux qui étaient placés, comme on disait, < sous les ailes > de la suzeraineté impériale, travaillaient à rendre de plus en plus nominales la subordination et l'obéissance qu'ils lui devaient, ce qui, dans l'état de dislocation et de marasme où la lutte entre les derniers Hohenstaufen et la papauté allaient jeter l'Empire, rendait de jour en jour plus marqués leurs progrès vers l'indépendance. Ceux, au contraire, qui ne jouissaient pas de ce privilège, voyaient, par la même raison, s'approcher de plus en plus de sa réalisation définitive la transformation dès longtemps commencée, qui devait des hauts fonctionnaires faire des souverains, des ch'conscriptions administratives des principautés, et des ressortissants d'un grand empire les sujets de petites dynasties. Le treizième siècle est le moment où ces deux tendances se Uvrent une
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lutte suprême, qui se termina, suivant les lieux, avec des succès divers. C'est à ce conflit entre les souverainetés princières qui, comme des astres nouveaux, prennent leur place dans le ciel de l'Empire aux dépens du soleil impérial, çt les conununes bourgeoises et rurales qui, sans sortir du système, cherchent à y devenir, autant que possible, des satellites indépendants, c'est à ce conflit que se rattachent directement, en Suisse, l'origine comme les premiers développements de la Confédération.
Quelque important qu'ait été dans cette œuvre d'affranchissement le rôle des villes, qui, sur le territoire helvétique, suivirent l'exemple de celles de Lombardie et des bords du Rhin, ce ne sont pas elles, cependant, qui ont jeté les bases de cette Confédération. Bien qu'elles fussent parvenues les premières à la possession des franchises municipales, elles ne surent pas s'élever d'elles-mêmes jusqu'à former ce contrat d'assurance mutuelle, qui établit une perpétuelle union entre des communautés indépendantes. Après s'être isolément émancipées, les villes de Berne, Fribourg, Zurich, Soleure, formèrent bien entre elles, ou avec des voisins, de passagères alliances, mais elles ne constituèrent point une ligue aussi fortement organisée que celles des cités lombardes ou des villes rhénanes, bien moms encore conçurent-elles la pensée d'une perpétuelle fédération. C'était à des montagnards, et non à des bourgeois roturiers ou nobles, qu'était réservé, sur le sol suisse, le privilège d'en concevoir le dessein, et, ce qui fut plus étonnant encore, de le réaliser.
C'est là ce qui caractérise excellemment les origines de la Confédération helvétique ; car d'avoir, comme tant d'autres, formé et accompU le projet d'abriter sous une alliance
commune des libertés particulières, ce n'est pas de quoi distinguer la ligue des Waldstâtten de toutes celles qui surgirent alors. Mais d'avoir, dès le principe, déclaré cette ligue perpétuelle, et d'avoir réussi, d^uis près de six siècles, à lui conserver ce caractère, c'est ce qui la rend unique dans son genre et l'élève au-dessus de toutes les entreprise^ semblables dont pas une n'a survécu. Ce résultat est d'autant plus remarquable, que partout ailleurs les campagnes si elles ont essayé (ce qui fut rare*) de sauvegarder leur indépendance, l'ont perdue bien plus vite que les communes urbaines. Mais il est vrai de dire aussi que les rustiques peuplades des Waldstâtten se trouvaient, grâce à leur position géographique, dans une condition analogue à celle des habitants des villes. Renfei-mées dans l'étroite enceinte de leurs vallées comme dans les murailles d'un bourg ou d'une cité, plus concentrées sur elles-mêmes que les populations mêlées au mouvement général de la société contemporaine, , elles trouvaient dans leur situation particulière les occasions et les motifs de former ces groupes unis et compactes qui donnent à la vie publique sa consistance et sa durée.
Il semble qu'à cet égard la vallée dlJri était spécialement prédestinée à parvenir la première au rang d'une communauté libre. Que les hommes d'Uri aient sollicité le roi Henri (VII) de les affranchir de la souveraineté du comte de Habsbourg, ou que ce soit le roi lui-même qui ait spontanément cherché à les gagner à sa cause, en les plaçant sous la mouvance directe de l'Empire, il n'en demeure pas moins certain que leurs traditions, leur homogénéité, leurs intérêts, les préparaient tout particulièrement à inaugurer, parmi les populations des Waldstâtten, le régime de l'in-
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dépendance dans les conditions où il était alors possible. Nous avons indiqué plus haut de quels éléments se composait, selon toute vraisemblance, la communauté des gens d'Uri. Nous l'avons vue, pour ainsi dire, à l'état embryonnaire. Elle apparaît maintenant, sinon dans toute sa croissance, du moins dans toute sa vitalité. Son organisation intérieure comme corporation distincte est la condition indispensable de sa future émancipation politique.
Lors même qu'à côté d'elle le pouvoir royal s'exerce occasionnellement sur l'ensemble du pays soit par l'entremise d'un avoué ou d'un bailli (Beichsvogt)^ soit par celle de fonctionnaires à poste fixe (officiati et procuratores)^ auxquels est déléguée l'autorité executive, la communauté n'en jouit pas moins elle-même d'attributions qui lui appartiennent en propre. On en trouve la preuve dans un rescrit du roi Henri (VII), daté du 26 avril 1234, et où il interdit < au ministue et à tous les hommes d'Uri > (ministro et universis hominïbm Uraniœ)^ comme il le faisait l'année précédente (5 juin 1233) aux fonctionnaires que nous venons de mentionner, de soumettre à aucun impôt les personnes qui, dans la vallée d'Uri, dépendent du couvent de Wettingen fondé en Argovie, sept ans auparavant, par le seigneur de Rapperschwyl*.
Quoique le ministre (Ammann) placé à la tête de l'ensemble des gens d'Uri fût très-certainement élu par le roi, il était toujours pris parmi eux, et il paraît que ce fut presque constamment l'intendant des domaines que l'abbaye de Zurich possédait à Altorf ou à Silinen, qui revêtit cette charge •. L'existence de ce fonctionnaire, qui doit être considéré tout à la fois comme le représentant de l'autorité royale, et comme le chef de la communauté d'Uri, indique
déjà que celle-ci était en possession d'une organisation légale et d'une existence distincte, dont la consolidation et les développements sont confirmés du reste par d'irrécusables témoignages. La défense même qui lui est faite d'imposer les hommes de Wettingen, montre clairement qu'elle s'attribuait le droit de lever et de répartir les taxes locales ou les impôts royaux sur tous les habitants de la vallée indistinctement, et qu'elle avait la volonté de les faire payer par chacun d'eux, sans tenir compte d'aucun privilège. A l'égard des moines, le sentiment de l'égalité l'emportait alors chez les montagnards, tout religieux qu'ils étaient, sur celui de la vénération.
Il est même permis de penser que l'état de perturbation ' où la rupture entre l'Empereur et le Pape (1239) jeta bientôt la société et les consciences se fit sentir à Uri, et que là, comme dans les vallées voisines, l'amour de l'indépendance gagna à la cause de Frédéric n plus de partisans qu'à celle de l'Église. Qu'il en fut ainsi à Schwyz et à Unterwalden, c'est ce que nous apprennent des documents authentiques, comme nous le verrons plus loin ; qu'il en fut ainsi à Uri, c'est ce que d'autres documents authentiques nous autorisent à conjecturer. Lorsqu'on voit, en 1249, les moines de Wettingen réclamer et obtenir l'intervention du pape Innocent IV, ce grand adversaire de la maison de Hohenstaufen, parce que, disaient-ils , < on porte violemment atteinte à leur droit de propriété, que l'on retient les legs qui leur sont destinés, et que l'on exige la dîme^ non-seulement des terres qu'ils cultivent, mais des fourrages même qui servent à nomTir leurs bestiaux, > il est difficile de ne pas croire qu'Uri doit avoir sa part dans de tels réproches. De même quand on voit les religieuses de Zurich solliciter également.
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pour sauvegarder leurs intérêts menacés, l'intervention du chef de l'Église (1244 et 1247), et que celui-ci prend, spécialement et nominativement, sous sa haute protection les biens que leur abbaye possède à Uri, on est tout naturellement conduit à penser que les gens de la vallée ne se montraient pas plus disposés à respecter les prérogatives de ce monastère que les immunités du couvent de Wettingen ^
En cherchant, pour s'affranchir de plus en plus, à profiter du divorce survenu entre les deux maîtres du monde, ils prenaient parti pour l'Empereur, parce que c'était de l'Empire qu'ils tenaient leurs libertés, et ils se comportaient durement envers l'Église, parce que c'était l'Église dont les privilèges entravaient leur indépendance. Cet antagonisme et cette préférence éclatent surtout avec une irrésistible évidence dans l'histoire du peuple de Schwyz, chez lequel apparaissent, toujours marqués d'une plus forte empreinte, les traits qui lui sont communs avec ses voisins d'Uri et d'Unterwalden.
C'est ainsi que, jusque dans les derniers recoins des Alpes, la lutte qui ébranlait la chrétienté tout entière portait ses contre-coups, et ce désordre social, que vint aggraver, après la chute des Hohenstaufen (1254), l'impossibilité de donner à l'Empire un chef reconnu de tous, se révèle dans la petite vallée d'Uri, soit par les précautions de défense que l'on se croyait obligé de prendre à l'intérieur même du pays, soit par de violents conflits entre des factions intestines, qui attestent un état d'anarchie et de perturbation. En 1248, Conrad Niemirschin, qui était intendant (vitlicm) du couvent de Wettingen, prend des mesures pour assurer sa propre sécurité et celle d'autrui. Appuyé par bon nombre d'habitants de la vallée, et par les hommes de Wettingen en
particulier, il obtient des religieux de ce monastère qu'ils lui inféodent, sa vie durant, une métairie et une tour qu'ils possèdent à Schaddorf, et que lui-même se propose de transformer en une forteresse (municionem), afin de se garantir de toute a-gression dirigée contre sa personne et d'offrir, en outre, un asile aux moines ou aux ressortissants de Wettingen, dans le cas où quelque sédition viendrait à éclater parmi les habitants de la vallée ou les hommes même du couvent. Il s'engage, du reste, à ne jamais se servir de sa maison forte au détriment de la paix publique. Cette transaction est sanctionnée par l'apposition du sceau de la communauté d'Uri et de celui de l'abbesse de Zurich *.
Neuf ans plus tard on voit éclater des dissensions intérieures du genre de celles dont la perspective avait probablement motivé la construction des fortifications de Schaddorf. Deux familles nombreuses, les Izeli et les Gruoba, dont la première était cantonnée dans la vallée de la Reuss, et la seconde dans le Schachenthal, en étaient venues aux mains, le sang avait coulé, des citoyens avaient péri, la paix du pays était compromise. Ce fut, pour la rétablir, en opérant la réconciliation des deux parties, que, le 23 décembre 1257, le comte Rodolphe de Habsbourg, chef de la branche aînée de sa maison, intervint, sur la demande et avec le concours de la commune elle-même (mit der LancUate von Uren Bitte und Bote). Un accprd (suhne) fut conclu qui, sous peine d'excommunication et de bannissement (rekhsacM)^ obligeait par serment les membres de chaque parti à s'abstenir dorénavant de toute hostilité, et qui nommait quarante d'entre eux comme garants de cet engagement^.
Cela n'empêcha pas que, dès l'année suivante, cet accord
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fut violé par un attentat dont se rendit coupable la faction des Izeli (Izdvims et co^nplices)^ dans les rangs de laquelle paraît s'être trouvé Cuno, Ammann ou intendant de Wettingen, le même peut-être qui, dix ans plus tôt, s'était fortifié dans Schaddorf. Quoi qu'il en soit, le comte Rodolphe intervint de nouveau et rendit une sentence dans laquelle, < avec le consentement et le concours de la communauté de la vallée d'Uri > (cum consensu et conniventiâ universitatis vaUis Uraniœ)^ il déclare les parjures déchus de tous les biens qu'ils possédaient comme censitaires perpétuels (jure hereditario) de l'abbaye de Zurich et qui font retour à celle-ci '®. Il paraît que cette énergique répression mit un terme aux troubles intérieurs qui désolaient Uri ; mais il reste à savoir en quelle qualité agit, dans les deux cas, le comte de Habsbourg, concurremment avec les gens de la vallée. Le rôle de ceux-ci s'explique par tout ce que nous avons dit de leurs progressives conquêtes vers, l'autonomie; le rôle du comte, qui montre que cette autonomie n'est cependant pas suffisante pour tout régler chez eux, comment s'explique-t-il ?
Rodolphe de Habsbourg ne prend, en tête de l'une et de l'autre sentence, d'autre titre que celui de Landgrave d'Alsace; mais^il est évident que ce n'est pas en cette qualité qu'il tient les assises < sur la place, > et, c sous le tilleul d'Altorf > (cm der Qeèreitun — sub tUm); jamais aucune portion de la Suisse n'a été placée dans la dépendance du landgraviat alsacien. Ce ne peut pas être davantage en qualité da comte du Zunehgau, puisque Uri est exempté de cette juridiction. Est-ce comme avoué ou bailli impérial? C'est bien là, en effet, ce que semblent indiquer, soit les expressions solennelles qu'il emploie et qui ne conviennent
qu'à l'exercice de la plus haute juridiction, soit la mise au ban de l'Empire dont il menace les délinquants, soit la protection spéciale qu'il accorde au couvent de Zurich que Frédéric II avait placé sous la sauvegarde immédiate du pouvoir impérial. Mais l'Empire n'est-il pas alors vacant, ou du moins déchiré par un schisme politique qui ne permet point à Rodolphe d'intervenir comme son délégué d'une manière parfaitement légale, même sur la réquisition des gens d'Uri?
Il est probable que ce n'est pas, en effet, dans la légalité stricte qu'il faut chercher le motif immédiat de son intervention. Peut-être sous les Hohenstaufen, dont il avait épousé les intérêts avec un zèle qui lui valut l'excoEMnunication du Pape, le comte Rodolphe avait-il rempli dans la vallée d'Uri les fonctions d'avoué impérial. Peut-être la communauté, qui ne possédait pas le droit de rendre seule des jugements criminels, implora-t-elle, pour faire cesser l'anarchie dans son sein, l'assistance de celui qu'elle avait auparavant appris à respecter comme le représentant de l'autorité suprême. En tout cas, les gens d'Uri avaient entretenu avec le comte de Habsbourg de bien affectueux rapports, pour que, à peine monté sur le trône (1273), il pût leur écrire que < le souvenir de l'aimable placidité (graeiosa pluddUas), dont ils lui avaient donné tant de preuves, ne sortirait jamais de sa mémoire, et qu'il voulait tout faire pour assurer leur complète tranquillité (tranquiïlitatem omnvmodam), > Intéressant témoignage rendu au caractère de cette population, et qui s'accorde bien avec tout ce que le passé, avec ce que le présent même nous apprend sur la nature placide, en effet, et paisible, quoique énergique, de ses sentiments et de ses mœurs**.