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d'mdépeiidance et concoururent à préparer son entier affranchissement.
Cependant, avant de faire dans cette carrière de nouveaux pas, la petite peuplade se vit sur le point de perdre les faibles avantages qu'elle avait déjà obtenus, et d'échanger la liberté qu'elle pouvait entrevoir, contre la servitude dont étaient menacés le couvent de Zurich et ses ressortissants. L'avoué du monastère, Berthold V, duc de Zàhringen, marchant sur les traces de plus d'un des princes de son temps, se comportait, en effet, moins en fidèle protecteur qu'en souverain superbe. Tirant de son double titre de bailli impérial de Zurich et d'avoué du couvent la prétention de gouverner, comme sa propre chose, tout le domaine temporel de la maison religieuse qu'il appelait < son abbaye > (abbatiœ nostrœX il aurait probablement préparé pour sa famille, s'il n'en eût pas été le dernier membre, ime domination qui, dans le pays d'Uri en particulier, aurait eu comme conséquence de transformer les ressortissants plus ou moins libres d'une abbaye en sujets d'un prince '*.
C'est ce danger que sa mort, survenue en 1218, fit disparaître pour le couvent de Zurich et pour les territoires de sa dépendance. L'empereur Frédéric II les prit, en effet, sous sa protection immédiate, et il s'attribua à lui-même Tavouerie ecclésiastique, qui devait rester à perpétuité entre les mains de ses successeurs **. Uri se serait ainsi trouvé placé sous la souveraineté directe de l'Empire, ce qui était alors regardé comme équivalant à un entier affranchissement politique, car relever de l'Empire c'était en fait, sinon en droit, ne relever guère que de soi-même, puisqu'une communauté acquérait ainsi, ou finissait par acquérir tôt ou tard, le privilège de s'administrer librement par des magistrats
tirés de son propre sein. L'exercice de la haute justice et le droit d'exiger, avec un court service militaire, le paiement d'un impôt étaient les seules réserves faites au profit du chef de l'Empire ^•.
Toutefois, les gens d'Uri ne paraissent pas avoir acquis en ce moment-là cette situation privilégiée qui leur aurait conféré la prérogative de posséder un gouvernement communal de leur choix, sous la réserve des droits de propriété du couvent de Zurich et des droits de souveraineté de l'Empire. Ce fut très-probablement Frédéric II lui-même, plutôt que son fils le roi Henri, qui enleva à la vallée d'Uri des avantages qu'elle n'avait fait qu'entrevoir. Ce prince, que les nécessités de sa politique obligeaient de recourir à toute espèce d'expédients pour se procurer des partisans et des subsides, avait adopté le système d'aliéner ou d'engager, à titre de fiefs ou d'hypothèques, les droits et les biens de l'Empire aux divers seigneurs dont il pouvait attendre de l'argent ou des soldats. Dans le nombre de ceux qui s'étaient attachés à sa fortune et qui déjà lui avaient fait des sacrifices, se trouvait le comte Rodolphe de Habsbourg, l'un des membres importants de la noblesse féodale dans la Haute-Allemagne. C'est à lui que l'empereur transmit, soit comme gage, soit comme dédommagement des sommes qu'il en avait reçues, < la possession > de la vallée d'Uri, c'est-à-dire les droits de haute juridiction qu'il s'était d'abord réservés à lui-même. Cette vallée se transformait ainsi en un fief directement gouverné par le nouveau seigneur auquel il était concédé, et les habitants d'Uri, quelle que fût du reste leur condition civile, se voyaient de nouveau menacés d'être réduits, dans l'ordre politique, au rang de sujets d'une simple principauté *\
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Ce danger était pour eux d'autant plus grand, que la maison de Habsbourg, après avoir pendant près de deux siècles fait une fort petite figure dans le monde, commençait à prendre sa place à côté des principales dynasties seigneuriales du temps. Albert le Riche, père de Rodolphe, avait obtenu, par concession impériale ou par héritage, le landgraviat de la Haute-Alsace, Tavouerie du couvent royal de SecMngen, celle du monastère de Luceme, et le gouvernement du comté de Zurich. Indépendamment de ces grandes charges qu'il pouvait héréditairement transmettre à ses descendants, il possédait en propre, par succession ou par achat, outre les biens patrimoniaux groupés autour de Tantique et modeste berceau de sa famille, divers domaines plus ou moins considérables situés dans le centre même de la Suisse, et particulièrement à Schwyz et dans ITJnterwalden.
Son fils unique Rodolphe (plus tard surnommé le Vieux, pour le distinguer du cadet de ses enfants qui portait le même nom), Rodolphe recueillit toutes les possessions allodiales et féodales de son père, ce qui faisait de lui un grand propriétaire foncier, et toutes les prérogatives poUtiques attachées à ses dignités, ce qui faisait de lui, à bien des égards, un petit souverain. C'est seulement sous ce second point de vue qu'il faut envisager l'inféodation qui lui fut faite par l'empereur Frédéric de la vallée d'Un; il en devint possesseur au sens politique, en lieu et place de l'Empereur lui-même, pour y exercer les droits utiles de la souveraineté, mais sans porter aucune atteinte à la propriété de personne. Le pays reçut un maître, les terres restèrent dans les mêmes mains. Si cet état de choses avait duré, la vallée d'Uri aurait perdu toute chance d'affranchissement et aurait, par
cela même, non-seulement rendu impossible Témancipâtion de ses futurs confédérés, mais assuré le succès des tentatives des Habsbourg pour faire passer les autres Waldstatten sous leur domination. Au lieu d'une confédération d'Etats libres, la Suisse allemande serait devenue pour les Habsbourg un duché ou un royaume, et la Suisse romande, pour les comtes de Savoie, ces Habsbourg welches, un appendice de leur principauté.
Mais, grâce à l'une de ces heureuses conjonctures qui ont joué, dans les destinées des Waldstatten, un rôle si marqué, l'aliénation consentie par Frédéric H ne dura pas longtemps car son fils, Henri (VH), roi des Romains, racheta, en 1231, du comtjB Rodolphe les hommes établis dans la vallée d'Uri (homines in vàUe Uraniœ constUîUos)^ et il prit l'engagement de les maintenir à perpétuité sous la domination immédiate de l'Empire sans jamais les en détacher par inféodation ou par hypothèque (per concessùh nem seu per Migationem) *•. Ils échappaient ainsi une seconde fois au péril de devenir les sujets d'un prince, et ils rentraient, pour n'en plus sortir, dans la condition où Frédéric H semblait d'abord les avoir placés, c'est-à-dire sous la mouvance directe de l'Empira C'est de ce diplôme du roi Henri (VH), sur lequel nous aurons à revenir, que date, à proprement parler, l'origine de leur indépendance poUtique. Avant d'étudier les développements de celle-ci, nous devons jeter un coup d'oeil rapide sur l'état intérieur des deux autres Waldstatten, pendant cette première période de leur histoire.
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LA VALLÉE DE SCBTVVrYZ
Le nom de Schwyz apparaît pour la première fois dans un document de 970, où il est question d'une propriété du couvent de Pfeffers située in SuuUes, et cédée, contre échange, au couvent d'Einsiedeln, qui possédait déjà au même lieu quelques terres dont lui avait fait don le comte de Toggenbourg. Un diplôme de l'empereur Othon II (972) , qui énumère et garantit les diverses possessions d'Einsiedeln, mentionne Schwyz (Suuites) comme étant situé dans le duché d'Allémanie et dans le comté de Zurich (ZuricJigouue) *®. Ce comté, qui n'avait pas encore une existence entièrement distincte, lorsque Louis le Germanique fit donation d'Uri à l'abbaye de S*-Félix et S**-Régula, fut, peu après cette époque, définitivement détaché du comté de la Thur, dont il formait la portion occidentale, et il comprit dès lors les vallées d'Uri et de Schwyz et une partie du pays d'Unterwalden. Il eut à sa tête, comme comtes du Zurichgau, les mêmes seigneurs qui furent avoués du couvent des religieuses de Zurich, c'est-à-dire ceux de Nellenbourg et de Lenzbourg, et, plus tard, les comtes de Habsbourg ^^
Le pays de Schwyz, ne jouissant alors d'aucune immunité, devait être soumis au droit commun, et cette vallée, où ne se trouvaient qu'en petit nombre des propriétés nobles ou monastiques, relevait, par conséquent, de la juridiction immédiate du comte du Zurichgau. Ce fonctionnaire avait le droit d'exiger des hommes de condition libre certaines prestations personnelles et certains impôts (vogtei)^ et c'était
devant son propre tribunal ou devant celui de ses délégués qu'ils devaient eux-mêmes comparaître en justice. Toutefois, cette subordination n'excluait pas pour les hommes libres de Schwyz une sorte d'indépendance collective, dont les preuves se trouvent dans les rapports qu'ils entretenaient avec le couvent de Notre-Dame des Ermites. De tout temps, il régna entre eux et ce monastère voisin un esprit de rivalité et de lutte, d'où l'on peut conclure qu'à Schwyz existait une population qui, pour tenir tête à une maison religieuse aussi puissante qu'Einsiedeln, devait se sentir elle-même libre et maîtresse de ses faits et gestes.
Le monastère de bénédictins, fondé dans la solitude, où saint Meinrad avait, en 831, bâti son ermitage, jouissait, en effet, d'immunités et de privilèges proportionnés à sa renommée. Il s'était vu l'objet des faveurs et de la prédilection des chefs de l'Empire ; il avait comme avoués et protecteurs d'importants seigneurs du voismage; il pouvait lui-même, dans cette société féodale si morcelée, passer pour une puissance. En s'attaquant à lui, le petit peuple de Schwyz se faisait presque son égal Cette égalité mêîme ne semble pas contestée par les arrêts impériaux qui, tout en donnant tort aux pâtres contre les moines, rie refusent cependant pas de reconnaître aux premiers, dans les débats où ils se trouvent engagés, une position indépendante.
A la suite de longs conflits pour la possession de ces pâturages alpestres, qui forment l'objet essentiel des convoitises et des querelles de voisinage dans les hautes et sauvages régions du centre de la Suisse, était intervenue une seri^ tence suprême. L'empereur Henri IV, assisté du duc d'Allémanie ou de Souabe, et d'autres seigneurs formant sa cour,
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avait en 1114 prononcé à Bâle, d'après les règles que fixait < la loi des Allémans > (sicut docet lex JMemannorum)^ un jugement solennel sur les prétentions rivales des religieux dïîinsiedeln, d'une part, et des comtes de Lenzbourg et des citoyens de la vallée de Schwyz (cives de vaUe Suites)^ de l'autre. On a, il est vrai, élevé quelques doutes contre l'authenticité de ce jugement, rendu en faveur des moines ; mais l'état d'hostilité dont il suppose l'existence n'en demeure pas moins certain, car trente ans plus tard (1144) une décision royale prise < en conformité de la loi allémanique (lege etjvdicio Suevorvm quiet Jllemanni dicunùtùr) par le roi Conrad m, à l'occasion des querelles entre le couvent et ses adversaires, donne raison aux religieux contre les comtes de Lenzbourg et les gens de Schwyz. Ces derniers sont appelés, dans le texte du décret, < ceux qui habitent et possèdent le village de Schwyz > (qui in viUa Smtes habOanù et ejusdemviUœpossessores), Dans l'acte authentique, comme dans celui qui est douteux, chacun des deux princes s'autorise, pour justifier son verdict, du droit inhérent à l'autorité impériale de disposer, selon son gré, de toutes les terres en firiche, des forêts non exploitées et des territoires déserts **.
De quelque côté que, dans cette lutte, fftt la bonne cause, et quels que fussent, des religieux ou des laïques, les vrais coupables du délit d'empiétement, ce n'est pas là qu'est pour nous l'intérêt du débat. Cet intérêt résulte, soit du rôle mdépendant que jouent les <citoyens> ou les <possesseurs> de Schwyz, soit de la position qu'ils occupent à côté des comtes de Lenzbourg, comme parties au procès. C'est, en effet, à titre d'associés (competitores), et non de subordonnés de ces puissants seigneurs, qu'ils sont mentionnés dans les
actes impériaux; ils ont, les uns et les autres, indûment cherché à arrondir leurs propriétés aux dépens de celles du couvent^ et c'est cette faute commune qui les rapproche et leur vaut une égale censure. Les hommes de Schwyz semblent donc être sur le pied d'une certame égalité, soit avec le couvent impérial d'Ëinsiedeln, soit avec les principaux seigneurs laïques du voisinage:
Cette situation était pour eux un motif de ne point se soumettre à un arrangement territorial qui, dans leur opinion, lésait des droits de propriété que leur avaient légués leurs ancêtres. Les documents historiques nous font, il est vrai, défaut pendant près de quatre-vingts ans ; mais le premier acte écrit qui, dans Tordre successif des dates, nous reparle des Schwyzois, les montre encore aux prises avec leurs voisins d'Einsiedeln. Ce perpétuel antagonisme dénote chez les gens de Schwyz (comme chez ceux d'Uri), une persistance frappante dans le sentiment de leurs droits, et, de plus, une disposition marquée à les fah'e prévaloir par remploi de la force. Les lieux qui étaient le théâtre, comme Tobjet, de ces luttes violentes répondaient bien, par leur âpre nature et leur caractère sauvage, à la rudesse et à Tobstination des Schwyzois. On se battait, pour des forêts et des alpages, dans la montueuse région où prennent leur source TÂlpbach et la Sihl, et qui s'étend derrière les Mythen entre Schwyz et Einsiedeln. Souvent les seigneurs de Bapperschwyl, avoués du couvent, usèrent contre les libres paysans de représailles sanglantes. Enfin, après une guerre de trois années, où il y eut, des deux parts, beaucoup de pertes subies et de méfaits commis, les adversaires s'entendirent pour remettre l'arbitrage de leurs différends au comte de Habsbourg, Rodolphe le Vieux, celui-là même
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auquel, comme nous Tavons vu, l'empereur Frédéric II inféoda et le roi Henri (Vil) racheta la vallée d'Uri. Ce commun arbitre rendit, le 11 juin 1217, une sentence plus favorable aux prétentions des gens de Schwyz (Landilte von SchtoUz), que ne l'avait été la décision du roi Conrad ni **.
Mais cette sentence même n'eut pas le privilège de mettre un terme à des querelles que nous retrouverons encore sur notre chemin, et c'est moins le dispositif que les considérants du jugement arbitral qui doivent attirer notre attention. Le dispositif, en effet, n'a pour conséquence que de statuer provisoirement sur l'objet du débat, tandis que les considérants contiennent, relativement aux motife qui ont fait choisir pour arbitre le comte de Habsbourg, des informations qu'il nous importe de recueiUir et d'examiner. Nous nous trouvons ici en présence d'une question qui touche de près à l'origine de la Uberté politique des habitants de Schwyz, et qui, durant tout un siècle, reste indécise entre eux et la maison de Habsbourg. Elle mérite bien de nous arrêter quelques instants.
D'après le document que nous venons de citer et qui fut rédigé au nom du comte Rodolphe, nous apprenons que si ce prince s'est trouvé appelé à intervenir dans la querelle entre Einsiedeln et les Schwyzois, c'est que les deux parties l'ont choisi pour arbitre, < parce que je suis, dit-il, en vertu d'une légitime transmission héréditaire, avoué et protecteur légal des gens de Sehwyz. > Il s'exprime ailleurs dans les mêmes termes lorsqu'il dit : < Les gens de Schwyz sont venus se plaindre à moi en pleurant, comme à leur avoué et protecteur UgcH^ de ce qu'on portait atteinte à leurs droits héréditaires et à leur liberté. > Que signifient
donc ces expressions deux fois réitérées, et à quel genre de rapports entre le comte de Habsbourg et les honunes de Schwyz font-elles allusion ?
S'agit-il d'une souveraineté particulière, comme celle que Rodolphe a dû momentanément exercer, ainsi que nous l'avons vu, sur le pays d'Uri, et que ses auteurs lui auraient transmise sur celui de Schwyz ? S'agit-il des obligations attachées à l'office du comte de Zuricfagau, dont- Rodolphe était héréditairement investi, et qui plaçait les Schwyzois sous sa juridiction et sous sa garde? S'agit-il simplement, — comme c'est le cas pour les expressions identiques employées dans le même document afin de désigner la position des seigneurs de Rapperschwyl à l'égard d'Einsiedeln, — s'agit-il simplement d'un rôle de défense et de tutelle pris par le comte de Habsbourg, à l'exemple de ses prédécesseurs, sur l'expresse demande des intéressés?
De ces trois suppositions, les seules entre lesquelles on puisse choisir, nous croyons qu'on doit préférer la dernière. En effet, les Schwyzois sollicitent Rodolphe de protéger leurs biens et leur Uberté qui sont en péril, et ils sont représentés au débat par des témoins qui tiennent leur place, ce qui ne s'expliquerait guère si, comme le veut la première hypothèse, ils avaient été des sujets du comte, ou, comme le veut la seconde, ses administrés. Dans l'un et l'autre cas, c'eût été à lui d'intervenir spontanément, et il ne pouvait accepter le rôle d'arbitre entre ses subordonnés et leur partie adverse. Or, d'après ses propres paroles, on est venu des deux parts libriement solliciter son intervention, à laquelle on s'est ensuite librement soumis. H ne s'est point imposé lui-même et rien ne trahit, en ce qui le concerne, l'exercice d'une autorité officielle et d'une juri-
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diction établie. D dit expressément, au contraire, qu'il intervient seulement à titre de < protecteur, > et il n'y a aucun motif de s'écarter du sens naturel qu'exprime ce mot.
De même que plus d'une ville réclamait alors, dans des conjonctures difficiles, la protection momentanée d'un seigneur puissant, sans prétendre aliéner ses libertés intérieures, quoiqu'elle les compromît ainsi quelquefois, de même les Schwyzois revendiquaient aussi le protectorat du comte Rodolphe, héritier des Lenzbourg, leurs précédents défenseurs, pour mettre un terme à des conflits prolongés, sans qu'il dût en résulter nécessairement pour eux un état particulier de sujétion et de servitude.
Nous ne voulons pas dire, cependant, qu'ils fussent alors en possession d'une pleine indépendance et de la liberté politique proprement dite. Loin de là. Outre qu'ils étaient soumis, ainsi que nous l'avons vu, à la juridiction administrative du Zurichgau, exercée par le comte de Habsbourg, il est probable que celui-ci possédait de plus sur eux, comme < avoué et protecteur légal, > certains droits qui les mettaient plus ou moins dans sa dépendance sans les assujettir absolument à sa domination. Les Schwyzois n'étaient pas assez forts pour se dispenser de reconnaître les services qui leur étaient rendus, et la fable du cheval voulant se venger du cerf menaçait de devenir leur propre histoire, car ils donnaient prise sur eux à un dangereux patron.
Les dignités et les attributions dont la maison de Habsbourg était investie, les grandes propriétés en hommes et en terres qu'elle possédait dans la vallée de Schwyz semblaient rendre entre elle et les libres paysans la partie bien inégale. Cette partie engagée, d'un côté, pour la défense
d'une liberté ^mal définie, et, de l'autre, pour l'extension d'une autorité indéterminée et envahissante, provoqua la lutte dont l'issue aboutit à la victoire du Morgarten. C'est le récit des vicissitudes et des péripéties de cet antagonisme, où Schwyz eut pour modèles, pour auxiliaires et pour imitateurs ses voisins des deux autres Waldstatten, qui forme la portion principale de l'iiistoire que nous tentons d'esquisser. Nous y arriverons tout à l'heure, après avoir terminé, par quelques mqts sur le pays d'Unterwalden, ce qui concerne la période qui vient de nous occuper.