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LES WALDST^TTEN PENDANT LE RÈGNE DE HENRI DE LUXEMBOURG

L'attentat qui, le l*'mai 1308, avait privé le fils de Rodolphe de Habsbourg de la couronne et de la vie, replaça les Waldstâtten dans la position où le trépas de son père les avait déjà mis, et, une fois encore, ils eurent la satisfaction de voir le trône d'Allemagne échapper à la maison d'Autriche. De même qu'Adolphe de Nassau avait succédé au roi Rodolphe, ce fut Henri, comte de Luxembourg, qui prit à la tête de l'Empire la place d'Albert d'Autriche. Il fut élu, le 27 novembre 1308, roi des Romains. Le moment était, pour les habitants des Waldstâtten, d'une haute gravité. De la politique de ce monarque dépendait, en effet, pour eux, l'alternative de voir leur indépendance reprendre un nouvel essor ou s'amoindrir de plus en plus. Les relations d'Henri Vn avec le» fils de son prédécesseur devaient exercer sur la double chance que les confédérés allaient courir une influence décisive, selon qu'il entrerait dans les intérêts de ce prince d'affaibUr la dynastie autrichienne, ou de se l'attacher. La mauvaise chance menaça d'abord de l'emporter,

Henri VH s'était engagé, en effet, trois jours après son élection, et il réitéra cette promesse six semaines plus tard, lors de son couronnement, non-seulement à maintenir les ducs d'Autriche dans toutes les possessions et tous les droits dont leur maison avait joui sous les trois rois précédents, mais encore à leur prêter assistance contre quiconque chercherait à leur résister ^^ C'était condamner d'avance

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toute tentative qu'auraient pu faire les Waldstàtten pour se soustraire à la dépendance de l'Autriche; c'était, en particulier, leur enlever tout espoir d'obtenir la confirmation des franchises impériales auxquelles le roi Albert avait déjà refusé sa sanction. Mais cette inquiétante perspective fut heureusement de courte durée. La promesse que le roi avait faite à deux reprises aux ducs d'Autriche demeurait inexécutée et semblait ne point devoir se réaliser. De promptes défiances s'étaient élevées dans l'esprit d'Henri VU contre l'ambition de ces princes, et les gens des Waldstàtten, chez lesquels subsistait toujours plus vivant et plus éveillé le désir de l'indépendance, se hâtèrent de profiter des premiers symptômes de ce refroidissement, pour solliciter du monarque le renouvellement et la confirmation des diplômes impériaux qui les plaçaient sous la suzeraineté immédiate de l'Empire ".

Henri, qui depuis deux mois séjournait dans la haute Allemagne, se trouvait alors à Constance; ce fut là que des députés de Schwyz, d'Uri et d'Unterwalden se présentèrent devant lui, pour lui soumettre leurs demandes et leurs réclamations. Outre le désir de voir leurs franchises de nouveau sanctionnées, ils exprimèrent celui d'être formellement soustraits à la juridiction de tout tribunal séculier (ad nuUius secularis Jiidicis ^nJe^waZ/ siégeant hors de leurs vallées ; ce, qui ne peut s'entendre que des tribunaux présidés par des délégués (LcmdricMer) des comtes (Landgrafen) du Zurichgau et de l'Aargau, c'est-à-dire des ducs d'Autriche. Les Waldstàtten voyaient, en effet, un péril permanent dans l'exercice de cette juridiction qui les plaçait sous la dépendance de la maison de Habsbourg. Déjà, dans leur pacte de 1291, ils avaient cherché à s'en affranchir, mais sous le roi

Albert ils s'y étaient trouvés de nouveau soumis. L'occasion étant redevenue favorable, ils priaient Henri Vil de mettre un terme à un état de choses qui était pour eux une source d'inquiétudes et de désagréments (vestris inquietudinibtis obviare commoditatUmsqiie prospicere). Ils en appelaient au chef suprême de l'Empire, parce que lui seul pouvait leur accorder le privilège qu'ils convoitaient et qu'ils ne possédaient pas encore. Il est manifeste que tout ce qu'ils réclamaient ne pouvait leur être concédé qu'au détriment de la suzeraineté dés ducs d'Autriche, auxquels serait enlevée, par la mouvance impériale et l'exemption des tribunaux extérieurs accordées aux Waldstatten, toute espèce d'autorité politique. Le roi Henri VH prêta à cette requête une bienveillante attention, et les confédérés obtinrent de lui plus de . faveurs que leurs communautés n'en avaient encore reçues d'aucun de ses devanciers.

Non-seulement, par ses diplômes du 3 juin 1309, il accorda aux gens de Schwyz et d'Uri la confirmation des chartes d'affranchissement par lesquelles l'empereur Frédéric H, en 1240, et le roi Adolphe, en 1297, les avaient déclarés sujets immédiats de l'Emphre ; mais il octroya, en o^jtre, à < tous les hommes d'Unterwalden, > un rescrit dans lequel, pour répondre, disait-il, à leurs instances (vestris suppiicationïbm)^ il leur assurait le maintien de < toutes les libertés, droits, privilèges et faveurs, que leur avaient auparavant octroyées les empereurs et les rois ses prédécesseurs *•. > Or, nulle concession de ce genre n'ayant jamais été faite aux gens d'Unterwalden, cette déclaration royale, dont le but était évidemment de placer ce petit pays dans les mêmes conditions politiques que les deux autres vallées, ne peut être considérée que comme une preuve de

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riinion toujours plus étroite qui existait entre les trois communautés ; ce qui permettait de demander pour l'une d'elles, comme si c'eût été le renouvellement d'anciennes prérogatives, un privilège qui n'avait appartenu jusque-là qu'à ses confédérés. En donnant ainsi aux Waldstâtten, par l'identité de leur situation dans l'Empire, une homogénéité et une cohésion qu'eux-mêmes avaient déjà cherché à réaliser dans leur commun pacte de 1291, le roi Henri Vn faisait faire à leur indépendance, comme à leur confédération, un immense progrès, en même temps qu'il rendait toujours plus difficile pour les ducs d^Autriche, la réussite de leurs projets d'agrandissement dans la haute Allemagne.

Mais il alla plus loin encore. A la mouvance impériale directe qui affranchissait en droit les Waldstâtten de la suprématie, quelle qu'elle fût, de la maison d'Autriche, Henri VE ajouta pour eux le privilège effectif de n'avoir jamais à comparaître devant aucun tribunal séculier (sauf le sien) hors des Umites de leur territoire, et d'être placés sous la juridiction immédiate de son bailli, tenant ses assises au milieu d'eux (coram Advocato nostro provindcHi intra fines vaUis). Ce bailli ou préfet impérial, étant le même pour les trois vallées, formait entre elles un lien de plus, et cette unité hiérarchique contribuait encore à leur assurer toujours davantage une existence à part, à côté de leurs voisins qui se trouvaient tous placés sous la dépendance indirecte ou immédiate de l'Autriche. Le comte Wemer de Homberg fut le premier spécialement investi de cette charge nouvelle (pMeger des Bœmschen Richs ih dien Wàltstetten), qui fut exercée plus tard, durant le règne d'Henri VH, par Rodolphe de Habsbourg-Laufenbourg, seigneur de Rapperschwyl et par Eberhard de Bûrg-

len, comme baillis de l'Empire dans la haute Allemagne *^. Le roi Henri Vil, qui avait promis aux ducs d'Autriche de les maintenir en possession de tous leurs privilèges, n'avait point tenu sa parole, cela est évidejit ; mais, la question de bonne foi réservée, outrepassait-il son autorité? Nous ne le pensons pas. Le chef de l'Empire était, ^n théorie, le suprême dispensateur du droit, et les princes qui lui demandaient la confirmation de leurs privilèges et l'inféodation nouvelle de leurs territoires reconnaissaient par cela même qu'il était le maître de ses décisions. Mais cette prérogative absolue du monarque était tempérée, en fait, par sa propre faiblesse et par l'espèce de prescription que l'hérédité, depuis longtemps incontestée, avait établie en faveur des possesseurs actuels. Néanmoins, quand cette prescription avait été plus ou moins rompue et qu'elle provoquait des protestations dignes d'être écoutées, le chef de l'Empire pouvait se croire permis (surtout si en agissant ainsi il nuisait à des adversaires), d'écouter les plaintes qui lui étaient adressées et d'y faire droit. C'est ce qui était arrivé dans le cas des Waldstàtten. Henri VH, qui avait des motifs bien ou mal fondés de se défier de l'Autriche et par conséquent de l'affaiblir, saisissait l'occasion d'atteindre ce dernier résultat, en accueillant les réclamations de populations qui ne s'étaient jamais franchement soumises à la domination de cette maison, et qui, en demeurant soustraites à son autorité, l'empêchaient d'établir, au centre de la Suisse une principauté héréditaire. C'était l'intérêt du monarque, et c'était aussi son droit, de satisfaire les vœux de ces petites communautés, qui (deux d'entre elles du moins) avaient déjà vu plus d'une fois leur indépendance reconnue et consacrée par ses propres prédécesseurs.

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Mais les ducs d'Autriche ne l'entendaient pas ainsi, et ils auraient été infidèles aux traditions comme aux prérogatives de leur famille, s'ils avaient laissé s'accomplir, sans mot dire, ce qu'ils regardaient comme une spoliation. Toutefois ils étaient, en ce moment, assez mal avec Henri Vil, pour ne pas songer à réclamer l'exécution des engagements qu'il avait contractés envers eux, et pour avoir plutôt à prendre leurs précautions contre les hostilités dont ils se croyaient menacés de sa part. Ils se trouvaient engagés dans la poursuite des meurtriers de leur père, que ce monarque n'avait point encore voulu, malgré leurs instances, mettre au ban de l'Empire, et dont ils avaient résolu de tirer euxmêmes vengeance, sans miséricorde ni merci. Mais, en entreprenant cette expédition impitoyable, ils voulurent se mettre à l'abri des attaques auxquelles les Waldstâtten, sur l'instigation du roi Henri VII , auraient pu se livrer contre eux.

Ce fut dans ce but qu'ils conclurent, le 2 août 1309, avec Zurich, qui tenait alors leur parti, un traité d'alUance défensive *\ D'après jce traité, cette ville s'obUgeait à fermer ses marchés aux gens des Waldstâtten, dans le cas où, sous la conduite du bailli impérial Werner de Homberg, ils entreraient en campagne contre l'Autriche, pendant que les ducs faisaient le siège du château de Schnabelbourg, sur l'Albis, résidence de Walter d'Eschenbach, l'un des assasins de leur père. Mais Zurich était relevée de son obligation, si le roi Henri lui interdisait de s'y conformer : supposition qui prouve, conune le prouve aussi le commandement militaire dévolu sur les Waldstâtten au bailli impérial, que c'était bien pour le service de Henri VH, et non par suite d'une hostiUté particulière (démentie d'ailleurs

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par la déclaration de < bonne amitié > donnée par Uri deux mois plus tôt), que les Waldstâtten prenaient les armes. Le nouveau roi ne leur avait témoigné tant de faveur, que pour arriver à tenir en échec, par leur moyen, les ducs d'Autriche dans la haute Allemagne.

Mais le conflit armé, que le traité avec Zurich laissait prévoir entre la maison d'Autriche et les partisans du roi, ne se réalisa point. Les péripéties mobiles de la politique, après avoir momentanément envenimé les rapports des princes autrichiens avec ce monarque, finirent par amener entre eux un rapprochement définitif. Réunis ensemble à Spire, pour les funérailles des rois Adolphe et Albert, ils se firent de mutuelles concessions, à la suite desquelles Henri VU rendit, le 17 septembre 1309, diverses décisions par lesquelles il s'engageait, pour la troisième fois, à maintenir les ducs d'Autriche dans la possession de tous leurs biens, leur abandonnait la propriété deâ domaines confisqués sur les meurtriers du roi Albert, et mettait ceux-ci au ban de l'Empire. La réconciliation paraissait complète: un point restait pourtant, qui la rendait boiteuse, et c'était encore les Waldstâtten. Les ducs d'Autricl^e pensaient que les trois vallées devaient être comprises dans le nombre de ces biens dont le roi Henri VH venait de leur reconnaître et de leur garantir la possession, et que les diplômes de Spire annulaient ceux de Constance, qui, trois mois auparavant, avaient placé les États forestiers sous la souveraineté immédiate de l'Empire. Mais en tranchant la question dans ce sens, l'Autriche devait s'attendre à voir son interprétation contestée par ceux qui en auraient été les victimes.

En effet, si les circonstances avaient été particulièrement

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favorables aux confédérés, les confédérés n'avaient pas faiUi aux circonstances. Dès qu'ils avaient cru à la possibilité d'obtenir pour leur affranchissement commun la sanction royale, nous avons vu qu'ils avaient sollicité celle-ci avec autant d'empressement que de succès, et, quand ils eurent obtenu d'Henri Vn plus de faveurs peut-être qu'ils n'osaient espérer, ils ne mirent pas moins de zèle à en tirer parti. Trois semaines ne s'étaient pas écoulées depuis l'octroi des rescrits qui leur conféraient à tous la mouvance directe de l'Empire et les plaçaient sous l'autorité d'un seul et même bailli impérial, que nous voyons le landammann et les gens de Schwyz, d'accord avec ce haut fonctionnaire, Wemer de Homberg, prendre sous leur protection, tant en leur nom qu'en celui des gens de leur ressort (die uns cm hoerent), ce qui ne peut guère s'entendre que des autres confédérés, la navigation du lac des Quatre-Cantons, et garantir aux marchands de Luceme et à leurs obbarcations le libre passage jusqu'à la douane de Fluefeo**. Cette garantie, stipulée dans un acte signé à Stanz le 22 juin 1309, constitue un acte d'autorité qui étend, plus que cela ne s'était encore vu, la sphère d'action et la compétence des confédérés. On y saisit en quelque sorte sur le fait l'influence que devait avoir, pour consacrer leur indépendance et leur unité politique, cet assujettissement à l'Empire qui était interprété dans son vrai sens, malgré l'apparente contradiction des termes, quand on lui donnait aussi le nom de < franchise impériale. >

De son côté la communauté d'Uri, dont un des membres avait été arrêté à Brugg sur le territoire des ducs d'Autriche, puis emprisonné à Luceme, consent, précisément vers la même date, le 23 juin 1309, tant en son nom qu'en

celui du captif relftché, à ne pas exiger de satisfaction des auteui*s et des complices de ce méfait. Le langage qu'elle emploie à cette occasion envers les enfants du roi Albert trahit un sentiment de dignité et d'égalité qui attesterait, au besoin,* que les gens d'Uri n'avaient rien perdu de leur esprit d'indépendance, de même qu'il atteste, ainsi que nous l'avons déjà vu, qu'entre eux et < leurs bons amis > les ducs d'Autriche n'était point survenue de rupture irréparable *". D'un autre côté ils n'avaient pas perdu davantage cette < placidité > que le roi Rodolphe se plaisait à leur attribuer, et, de même qu'ils pardonnaient les torts qu'ils avaient reçus, ils cherchaient à réparer ceux qu'ils croyaient avoir faits. C'est ainsi qu'ils avaient renoncé d'eux-mêmes, en novembre 1308, à prélever, sur l'abbaye des religieuses de Zurich, les taxes auxquelles ils avaient soumis les biens nouvellement acquis par cette abbaye dans la vallée d'Un*'. En revanche, là où ils se tenaient pour lésés dans des droits auxquels ils ne pouvaient renoncer sans nuire aux intérêts, communs, ils ne reculaient pas, afin de soutenir leurs prétentions, devant les moyens qu'ils croyaient les plus propres à les faire triompher.

En querelle avec les moines d'Engelberg pour l'usage des vastes alpages et des forêts qui s'étendent sur les deux flancs des Surènes, ils n'avaient pu parvenir à s'entendre avec leur partie adverse en suivant la procédure fixée entre eux à ce sujet, en 1275, par le juge arbitral qu'avait nommé le roi Bodolphç. L'emploi de la force avait remplacé le recours au droit, et on s'était livré des deux parts à des voies de fait et à des violences qui n'avaient pas mieux réussi. Ce fut pour mettre un terme à cet état de guerre (krieg imd misséhdli)^ que le débat fut porté devant des

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arbitres. Parmi ceux d'Uri se trouvaient son propre landammann, Wemer d'Attinghausen, et Rodolphe Stauffach, de Schwyz. Parmi ceux du couvent d'Engelberg se trouvaient des honunes de chacune des deux vallées de ITFnter- ^alden. Le sur-arbitre, choisi d'un conunun accord^ était Conrad Ab Iberg, landanmiann de Schwyz. La sentence qui &isait droit aux justes réclamations des deux parties fut rendue le 25 juin 1309^. Mais le texte même du jugement nous intéresse moins que la composition du tribunal. On y voit la mise en pratique des principes déjà posés par le pacte fédéral de 1291 pour Taction commune des confédérés dans le règlement de leurs intérêts. Ici, comme en ce qui concerne la libre navigation du lac, la nouvelle confédération s'affirme et prend, pour ainsi dire, possession dans lliistoire de la' place qui ne lui sera plus ôtée.

Dans les deux cas, c'est Schwyz qui tient la tête; cette primauté entre ses pairs confirme tout ce que nous avons déjà appris sur le caractère des Schwyzois, sur la promptitude et l'énergie de leurs résolutions, sur leur initiative et leur activité, qui Msaient d'eux les représentants naturels de la petite société politique qui devait, en grandissant, s'appelej un jour la Confédération suisse, mais à laquelle on commençait alors à donner le nom collectif de Waldstatten. C'est le titre de < gouverneur pour l'Empire romain dans les Wàldstalttm^ > que prend Wemer de Hom« berg. C'est contre < les Wdtstett^ > que les ducs d'Autriche ont conclu leur traité du mois d'août 1309 avec Zurich, dont il a déjà été question ci-dessus. C'est avec < les WM* stettm > que Luceme qui, du fait de l'Autriche, s'était nécessairement trouvée impliquée dans cette querelle passagère , conclut une réconciliation (soene) , qu'elle célèbre

comme un bienfait divin, et qu'avait déjà précédée, le 11 novembre 1309, un accord de bon voisinage avec les Petits Cantons **. Et, ici encore, c'est Schwyz qui a le pas sur les deux autres vallées, quoique ce fdt aux deux autres vallées seulement que s'étaient adressés les bourgeois de Lucerne, pour régler une transaction dont leurs rapports plus directs avec elles leur faisaient sentir la nécessité. Mais, fidèles à leur esprit d'union, les confédérés ne voulaient point agir séparément les uns des autres, car ils sentaient que c'était en resserrant toujours davantage le faisceau de leur alliance, qu'ils le rendraient tout à la fois plus fort et plus respecté.

Ce n'est pas à dire qu'ils ne conservassent point, les uns et les autres (nous venons de le voir pour Uri), la liberté de leurs mouvements et leur indépendance distincte, quand il s'agissait d'intérêts particuliers à l'un d'entre eux. Chacun prenait alors soin, comme bon lui semblait, de la conduite de ses affaires. Mais, tandis que les gens d'Uri, lors même qu'ils se trouvaient en possession de plus de libertés, en usaient toujours avec ménagements, les choses ne se passaient pas de même à Schwyz. Ici, l'énergie républicaine dégénérait trop aisément en brutalité, le vif sentiment de son droit en iiqustice, la passion pour l'indépendance en mépris de ses engagements. La vigueur de caractère qui les a faits libres laisse éclater chez les Schwyzois, plus que chez d'autres, les défauts de leurs qualités.

Dès après la mort du roi Albert, se sentant, si l'on peut dire, la bride sur le col, les gens de Schwyz avaient repris, avec une vivacité nouvelle, contre Einsiedeln, ces luttes de voisinage, ces incursions violentes, dont nous avons vu le début au douzième siècle et qui, pour s'être de temps à.

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autre assoupies, n'avaient jamais entièrement cessé. L'importance toujours croissante de ce monastère, dont l'abbé iavait été élevé par le roi Rodolphe au rang de prince de l'Empire, n'intimidait guère les Schwyzois qui, s'il faut en croire les moines, se livraient à une sorte de brigandage organisé. < Depuis trois ans, > disaient ceux-ci en 1311, < les gens de Schwyz se permettent chaque année contre nous quelques nouveaux méfaits. Us envahissent nos terres, dépouillent nos fermes, enlèvent notre bétail, ou se saissisent de nos serviteurs, Pierre Locholf et d'autres hommes de la vallée, ne tenant compte ni des décisions royales, ni de leurs propres engagements, commettent d'incessants empiétements sur nos propriétés. Des bandes armées, conduites par le landammann Ab Iberg, par Stauffach et Reding, se livrent dans nos domaines à tous les excès, et notre monastère même n'est pas respecté. Trois fois son euceinte a été forcée, et les agresseurs marchant, dans lîne procession dérisoire, avec la croix et la bannière, ont non-seulement pillé nos caves, mais porté la main sur les offrandes que renfermait le sanctuaire de la très-sainte mère de Dieu *•. >

Ces plaintes, qui font peu d'honneur aux gens de Schwyz, et auxquelles leur conduite ultérieure ne donne que trop de vraisemblance, ces plaintes furent tour à tour portées, par les moines, devant le roi Henri Vn et devant l'évêque de Constance, chef du diocèse. Elles provoquèrent, de la part du monarque, le renvoi de l'affaire à im tribunal d'arbitres, et, de la part du prélat, une sentence d'excommunication fulminée contre ceux des gens de Schwyz qui s'étaient rendus coupables des actes incriminés *'. Mais les Schwyzois, contestant la compétence de la cour épiscopale, en avaient appelé au pape, qui résidait alors à Avignon, et auprès

duquel s'était rendue une ambassade, dans laquelle figurent ces mêmes Ab Iberg, Locholf, Stauffach et Reding, signalés par les religieux d'Einsiedeln comme les principaux auteurs des spoliations et des voies de &it dont leur monastère avait été victime. Clément V, faisant accueil, sinon droit, au recours des Schwyzois, donna, le 12 septembre 1309, un bref qui suspendait, jusqu'à plus ample informé, les effets de l'interdit et qui nommait trois commissaires ecclésiastiques pour examiner de nouveau l'affaire**. Ce n'est pas à l'occasion de cette démarche des gens de Schwyz, qu'on peut leur reprocher d'avoir outrepassé les limites du droit : elle est, au contraire, un signe irrécusable de l'esprit de résolution et de perspicacité, avec lequel les membres de cette communauté politique savaient reconnaître et employer les moyens légitimes pour se faire écouter des papes et des rois.

En même temps, ils prenaient chez eux les précautions que leur lutte avec Einsiedeln (qui pouvait recourir à la protection de ses avoués, les ducs d'Autriche) rendait nécessaire afin de mettre leur territoire à l'abri d'une attaque année. Le 25 juin 1310, ils vendaient à l'un des leurs ime portion des terres communales, pour en employer le produit à fortifier le plateau de l'Altmatt (dos gut ist geleit cm die mur ze Jltun mattaX sur lequel débouchent les chemins qui viennent d'Einsiedeln, de Zug et de Rapperschwyl*®. Ces précautions furent alors superflues : les ducs d'Autriche s'abstinrent, durant la querelle entre le couvent et les Schwyzois, de toute espèce d'intervention.

Les moines, devant renoncer à cet appui temporel et voyant leurs armes spirituelles devenues inutiles, soit par la décision du pape, soit surtout par l'interdit dont l'arche-

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vêque de Mayence avait frappé Tévêque de Constance, son suflfragant**, les moines, disons-nous, prêtèrent volontiers l'oreille au conseil que leur donnèrent les bourgeois de Zurich de s'entendre avec les gens de Schwyz, et ces derniers ne voulurent pas, en repoussant des ouvertures qui ne les engageaient à rien, mécontenter les Zurichois, aveclesquels ils étaient alors en très-bons termes. On convint donc, en mars 1311, de soumettre, comme déjà le roi Henri VII l'avait décidé, l'afiEaire à des arbitres. Chacune des deux parties choisit les siens et s'engagea, dans le cas où elle ne voudrait pas se conformer au résultat de l'arbitrage, à payer à l'autre une dédite (angewette) fixée d'avance à la somme de deux cents marcs d'argent. Pour garantir le paiement de cette sonune, les Schwyzois désignèrent comme , cautions dix citoyens zurichois**. Les arbitres se mirent à l'œuvre, nommèrent sur-arbitre le chevalier Rodolphe MiUlner le vieux, l'un des personnages les plus importants de Zurich, et, n'ayant pas réussi à s'entendre pour une décision commune, lui laissèrent le soin de prononcer seul la sentence arbitrale. Mulhier rendit, le 19 juin 1311, un arrêt qui ne satisfit pas les gens de Schwyz et auquel, en conséquence, ils refusèrent de se soumettre*'. Ds avaient, en effet, d'après l'arrangement conclu avec Einsiedeln, le droit strict de ne pas accepter la sentence arbitrale, mais, dans ce cas, ils devaient payer la dédite pour laquelle les dix bourgeois de Zuridi leur servaient de garants. Ils prétendirent se soustraire également à cette obtigation. C'était^ de leur part, un acte d'égoïsme aussi peu louable dans son principe que dangereux dans ses résultats.

Ils en firent immédiatement l'expérience, en ayant tout à la fois sur les bras Einsiedeln et Zurich**. L'abbé de No-

tre-Dame des Ermites, qui ne pouvait faire guerroyer ses moines, et que les ducs d'Autriche ne défendaient pas, chercha, parmi ses ressortissants et ses voisins, des auxiliaires dont il pût disposer pour tenir tête à ses ennemis. La Marche et les bords du lac de Zurich furent surtout le théâtre de cette lutte, dont les gens de Schwyz prirent toutefois moins de souci que de leur rupture avec les Zurichois. Le refus qu'ils avaient fait de payer à Einsiedeln la dédite convenue avait autorisé l'abbé à exiger ce paiement des dix citoyens de Zurich qui en étaient garants pour Schwyz, et à les obliger de donner leurs personnes en otage jusqu'à parfait acquittement de la dette. La ville de Zurich prit, là-dessus, fait et cause pour ses bourgeois, bien mal récompensés du service qu'ils avaient voulu rendre aux Schwyzois, et elle rompit tout rapport avec ces derniers.

C'était le prélude d'un état de guerre d'autant plus inquiétant pour Schwyz, que les villes de Constance, de Saint- Ga-U et de Schaff house, qui avaient récemment conclu une alliance avec Zurich (24 mai 1312), prirent immédiatement le parti de leurs combourgeois, et sommèrent les Schwyzois, avec beaucoup de politesse, mais tout autant de fermeté, d'avoir à tenir leurs engagements **. Il fallut bien s'exécuter, et ce fut par la médiation du bailli impérial pour la haute Allemagne, Eberhard de Btirglen, récemment revenu d'Italie, que la réconcihation entre Zurich et Schwyz s'opéra, comme < entre d'anciens et bons amis. > Le 24 avril 1313, il rendit une sentence arbitrale par laquelle les Schwyzois furent astreints à payer à Zurich, outre les deux cents marcs d'argent de la dédite, cent soixante autres marcs destinés sans doute à dédommager les otages des désagréments qu'ils avaient essuyés, et ils durent donner pour eau-

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tion huit des leurs, et de plus six de leurs confédérés, dont quatre d'Uri (dans le nombre desquels Walter Fiirst) et deux dIJnterwalden". En voulant se soustraire illégitimement à une obligation, onéreuse peut-être, mais librement acceptée, les Schwyzois avaient été forcés d'en subir une plus onéreuse encore pour leurs intérêts et très-blessante pour leur orgueil. Il était bon qu'ils apprissent à leurs dépens que l'exclusive préoccupation de soi-même et le peu de souci des autres ne forment pas l'un des caractères de la vraie liberté.

L'intervention de leurs confédérés, comme garants de l'engagement qu'il leur a fallu prendre envers Zurich, est, en revanche, un heureux symptôme de l'union toujours plus grande qui existait entre les trois vallées, et qui, ainsi que d'autres signes nous l'ont déjà montré, avait fait, pendant le règne du roi Henri Vn, des progrès sensibles. De plus en plus, avec l'indépendance, croissait dans des conditions bien modestes, il est vrai, mais suffisantes, la puissance de leur confédération. Il fallait compter avec eux: — les voisins, c'est-à-dire principalement les villes de Zurich et de Luceme, parce que les rapports journaUers et les intérêts du négoce leur commandaient de maintenir ou de rétabUr la bonne harmonie avec les habitués naturels de leurs marchés et les maîtres de la route du Saint-Gothard, l'une des voies commerciales entre l'Allemagne et l'ItaUe ; — les adversaires, c'est-à-dire surtout les ducs d'Autriche, parce que les confédérés étaient assez forts et assez protégés, pour qu'il fallut choisir, afin de les réduire, entre la violence qui peut manquer son but, ou la temporisation et la patience qui souvent l'atteignent encore moins. Nous avons l'exemple d'un cas où l'Autriche, n'osant pas recourir

iS4 TROISIÈME ÉPOQUE.

au premier de ces moyens, et ne sachant pas se résigner à adopter Tautre, échoua devant la résistance des Waldstâtten. Ceci nous ramène à une époque un peu antérieure aux derniers événements dont nous venons de parler.

Il s'agissait de faire faire, dans les vallées de Schwyz et d'Unterwalden, un terrier (TJrhar), c'est-à-dire un inventaire des droits de propriété et de juridiction qu'y possédait la maison d'Autriche. Ce travail entrepris, par les ordres' du roi Albert, pour tous les biens de sa famille situés dans la haute Allemagne, et dont on possède encore le résultat, ne renferme aucun renseignement sur ce qui concerne, à cet égard, Schwyz et Unterwalden'*. Il paraît évident que les gens des deux vallées, dans lesquelles l'opération n'aura dû commencer qu'après la mort du roi, s'opposèrent à l'enquête publique qui était nécessaire pour constater par témoins, selon Tusage, la nature et l'étendue des propriétés et des privilèges possédés chez eux par l'Autriche.

En agissant ainsi, il n'est pas douteux que les gens des Waldstâtten mettaient obstacle à l'exercice légitime du droit de propriété, qui permet, apparemment, de constater l'existence des objets mêmes auxquels il se rapporte. Mais il y avait à craindre qu'il ne s'établit ici une dangereuse confusion entre ce droit, qu^en fait ne contestaient nullement les confédérés, et les droits de souveraineté revendiqués par les ducs d'Autriche, en sorte que la confection du terrier, si on l'eût tolérée, aurait eu pour conséquence de constater, authentiquement et sur place, la suprématie politique des princes autrichiens. Les gens de Schwyz et d'Unterwalden, que le roi Henri -Vil avait affranchis de cette suprématie, ne pouvaient donc pas hésiter à repousser toute investigation de ce genre entreprise sur leur territoire, sans s'oppo-

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ser, du reste, à ce que les fils du roi Albert continuassent à , jouir, conune propriétaires fonciers, des domaines qu'ils possédaient 'dans les vallées (ir hœfe^ die in unsem Lendem gdegt sint, niessen*^). Mais ces princes n'entendaient ni se contenter, ni profiter de cette concession. Du moment où leur souveraineté était méconnue, ils se trouvaient lésés dans chacun de leurs droits, et ils les réclamaient tous indistinctement, comme si tous ils avaient été contestés. De là, entre eux et les Waldstatten, une absolue mésintelligence et un irréconciliable dissentiment.

C'est probablement au nombre des incidents provoqués par les revendications autrichiennes, qu'il faut placer la requête qu'en 1310 une partie des habitants de Schwyz adressèrent au roi Henri Vn, pour être mis au bénéfice des libertés octroyées aux autres hommes Ubres de la vallée. Faisant immédiatement droit à cette demande, le roi, par un rescrit daté de Zurich le 5 mai 1310, plaçait les requérants sur le même pied que tous ceux qui, < dans leur vallée ou dans les vallées voisines, jouissent des franchises impériales ^^.> En quelque portion du territoire schwyzois que ces hommes fissent leur demeure, il n'est pas invraisemblable que ce fut pour se défendre contre les agents de l'Autriche qui voulaient, en essayant d'opérer chez eux le travail dont nous avons parlé, les ranger parmi les ressortissants de cette maison, qu'ils eurent recours à la protection du roi, et que celui-ci, poursuivant son plan de faire des Waldstatten une sorte de contre-poids à l'influence autrichienne dans la haute Allemagne, n'hésita point à fortifier leur ligue par un nouvel élément de population libre.

Mais les ducs d'Autriche, qui [avaient tenté de rétablir, au moyen de l'enquête territoriale avortée, l'exercice mo-

i56 TROISIÈME ÉPOQUE.

méntanément suspendu de leur autorité, considérèrent cette intervention du roi, qui les arrêtait court, comme une violation des engagements qu'il avait pris envers eux, et ils sollicitèrent l'évêque de Strasbourg, leur intime ami, d'intercéder auprès de lui pour qu'il ne persistât pas dans son déni de justice.N < Le roi notre seigneur, > écrivait à ce prélat, en juillet 1310, l'aîné de la famille, le duc Frédéric le Beau, < le roi notre seigneur s'oppose à ce que nous jouissions de ce qu'il nous a lui-même accordé par ses lettres-patentes. On nous en^êche, en effet, dans les États forestiers et en plusieurs autres lieux (in dvitatibm silvanis et joierisqm cHiis)^ d'user des droits et des biens qui nous appartiennent. Si ces obstacles étaient levés, nous mettrions beaucoup plus d'empressement à nous acquitter envers le roi notre seigneur, sans réserve ni délai, des services que nous sommes tenus de lui rendre ***. > C'est donc d'un dissentiment, dont la conduite du roi est la cause, qu'il s'agit : ce n'est pas une insurrection, c'est l'intervention royale qui prive les ducs d'Autriche de ce qu'ils regardent comme l'exercice légitime de leurs droits, non-seulement < dans les Waldstâtten , > mais encore < dans plusieurs autres lieux. > Il ne peut pas y avoir une différente manière de comprendre leurs plaintes et leur requête.

Celle-ci demeura sans effets, et la temporisation n'ayant pas jusque-là réussi aux princes autrichiens, pour se remettre en possession de leur juridiction comtale et de leurs droits seigneuriaux dans le» Petits Cantons, il ne leur restait que la force pour se faire à eux-mêmes justice. Mais, en face du roi et malgré lui, ils n'osaient rien entreprendre; ils espéraient toujours parvenir à vaincre son mauvais vouloir, à capter sa bienveillance et à obtenir enfin la

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concession désirée. Ce fut probablement avec cet espoir, et en vue de ce résultat, que le duc Léopold consentit à l'accompagner dans son expédition dltalie, au mois de novembre 1310. L'événement sembla justifier les calculs du prince autricbien. Après avoir donné à Henri VU des preuves non équivoques de son dévouement et réprimé, au péril de sa vie, Témeute de Milan, Léopold, au printemps de 1311, pendant que Tannée royale assiégeait Bresda, pensa que Toccasion était venue de faire auprès d'Henri une nouvelle tentative pour recouvrer dans les Waldstâtten et ailleurs, en raison de ses services, les propriétés et les privilèges qu'avait possédas sa famille. Il adressa, dans ce but, au monarque une requête en forme, où il exposait : < que sqs frères et lui sollicitaient d'être remis en possession des biens et des droits (bonorum eL jurium) qui leur appartenaient, soit en Alsace, soit dans les vallées de Swit^; et d' Urach^ y compris les hommes libres habitant ces vallées, soit dans les domaines et les bourgs (bonis et opidis) vulgairement appelés Waldstet^.y

En mentionnant, dans cette énumération, la vallée d'Uri, le duc Léopold élevait évidemment une prétention qu'il aurait eu de la peine à justifier, et qui provenait sans doute d'une fausse interprétation, soit du droit qu'avait eu son père d'intervenir à titre de roi dans le gouvernement de ce petit pays, soit, peut-être, de l'inféodation qui en avait été faite à son ancêtre, Rodolphe de Habsbourg, dit le Vieux, par l'empereur Frédéric H. En désignant sous le nom de WaMstet un territoire qu'il distingue de ceux de Schwyz et d'Uri, et par lequel il entend, selon toute vraisemblance, les vallées de l'Unterwalden, dont les habitants étaient appelés WoMeute^ il commet une erreur moins

grave, et dans laquelle il est permis de voir une confusion qui s'explique aisément.

Le roi Henri VII, tout en accueillant avec bienveillance la demande du duc et de ses frères, ne se h&ta cependant point d'y accéder sans réserve. Il voulut constater d'abord, par une enquête en règle, 'ce que pouvaient valoir les assertions de Léopold et quels étaient, dans cette affaire, les droits de l'Empire et ceux de la maison d'Autriche (de jure sïbi et Imperio competentiJ^KCBX^ au fond, répétons-le, c'était entre cette maison et l'Empire qu'existait le conflit; ce n'était pas entre elle et ses subordonnés, en Alsace, ou dans les Waldstâtten. H ne s'agit pas ici de sujets qui se sont soustraits à son obéissance par la révolte et qu'elle voudrait, grâce à l'influence du roi, faire rentrer sous sa domination; il s'agit d'une question de droit politique et de la légitimité des actes par lesquels Henri YII avait fait passer sous la mouvance directe de l'Empire des populations et des territoires précédemment soumis à la juridiction de l'Autriche, soit dans la haute Allemagne, soit ailleurs.

La réclamation faite au sujet de l'Alsace par les ducs d'Autriche suffirait à prouver que c'était seulement entre eux et le roi qu'était engagé le débat, et qu'il faut en chercher la cause dans des mesures prises par Henri VII à leur détriment. Nous ignorons de quelle nature avait été^ dans cette province de l'Empire, l'usurpation dont se plaignent les requérants qui portaient, il ne faut pas l'oublier, le titre de < landgraves d'Alsace. > Mais on ne s'écarterait peutêtre pas beaucoup de la vérité, en pensant que les difficultés qui avaient surgi prenaient leur origine dans le remplacement, comme bailli impérial d'Alsace, de Jean de Lich-

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tenberg, zélé partisan de rÂutriche, par Geoffroy de Linange, grand favori de Henri YII. Ce haut fonctionnaire avait reçu, peu avant que le duc Frédéric transmtt ses doléances à révéque de Strasbourg, des pleins pouvoirs pour récupérer en Alsace tous les biens impériaux aliénés par hypothèque (2 avril 1310). Il est probable que les princes autrichiens, qui possédaient dans ce pays des terres et une juridiction politique, eurent à subh* des revendications qui prirent à leurs yeux le caractère d'empiétements, et contre lesquelles ils protestèrent auprès du chef de TEmpire, qui là, comme dans la haute Allemagne, était tout à la foisTauteur et le juge suprême des torts dont ils avaient à se plaindre *^ Les deux fondés de pouvoir, auxquels le roi, d'un côté, et le duc Léopold, de l'autre, remettaient le soin de les représenter dans Tenquéte, Eberhardde Bilrglen, noble thurgovien, et le comte de Toggenbourg, féal de l'Autriche, étaient chargés de s'entendre pour présenter à Henri YH un rapport circonstancié sur le vu duquel il prendrait une décision. Le monarque s'engage d'avance, si ce rapport lui parait concluant, < à replacer le duc Léopold et ses frères en possession de tous les biens et de tous les droits qu'ils réclament: — tels qu'ils ont été possédés héréditairement, tant par eux que par leurs auteurs; — tels que le roi Rodolphe, quand il était encore comte, et le roi Albert, comme duc d'Autriche, en ont jHmibiemenù jom (m pacificâ possessione fuerunt)^ soit à titre de comté, soit à titre de patrimoine (rations camUatus et hereditatis)^ — et tels, enfin, que les dits rois et les ducs d'Autriche actuels les ont possédés en vertu d'actes authentiques d'achat (justo emptionis tiMo) ;> ce que l'on peut, en ce qui concerne les Waldstatten, rapporter à l'aliénation faite par le comte Eberhard de

Habsbourg à son cousin Rodolphe. Dans le cas où toutes ces conditions se trouveraient remplies, le roi Henri VH se déclare prêt à satisfaire les vœux de Léopold (rdocare vo- Imms et tenemur); avec cette réserve, toutefois, que, <si Ton vient à découvrir, sous son. propre règne ou sous celui de l'un de ses successeurs, qu'un droit quelconque appartient à l'Empire sur les biens restitués, Léopold et ses frères seront obligés de se conformer envers le monarque à ce qu'exigera la loi (ordo juris)^^. > Ici encore apparaît avec évidence le caractère du débat, où l'Autriche se trouve en face, non des usurpations commises à son préjudice par les Etats forestiers , mais des prérogatives royales qui font échec à ses propres prétentions.

Ce décret de Henri VH, daté du camp devant Brescia le 15 juin 1311, est d'une grande importance pour préciser la condition politique des Waldstàtten, et il confirme tout ce que nous en avons dit. La définition qu'il donne de la double origine des droits de l'Autriche dans les vallées, en rattachant les uns à la dignité comtale (ra^ione ccymitatus), et les autres à la possession de biens patrimoniaux (ratùme hereditatis), cette définition résume les témoignages antérieurs de l'histoire et leur imprime le sceau d'une irrécusable exactitude ®*. D en est de même pour ce qui concerne les relations entre les Waldstàtten et l'Empire.

Le soin que met le rescrit royal à distinguer entre les actes de juridiction des deux premiers Habsbourg, selon qu'ils auront agi comme rois ou comme comtes, atteste, d'un côté, que c'était sur la confusion de ce double pouvoir dans une même personne que reposaient en partie les réclamations de l'Autriche. La réserve exprimée sur ce point, et celle qui est relative à l'inaUénabilité des droits royaux,

ÉMANCIP. POLIT. DES WALDSTiETTEN.— 1308-1313. 161

montrent, d'autre part, que c'était toujours de l'Empire représenté par son chef, et de l'Empire seul, que les Waldstatten avaient obtenu et pouvaient attendre des garanties d'indépendance. Là se trouvait pour eux, en regard des prétentions autrichiennes, le souverain arbitre de la question politique. Aussi, quoique l'enquête ordonnée par le roi Henri Vil semblât remettre en doute les franchises qu'il avait naguère» plus libéralement qu'aucun de ses prédécesseurs, accordées aux confédérés, l'insistance avec laquelle il maintenait les imprescriptibles prérogatives de la puissance impériale devait leur rendre confiance. Qs devaient se dire que, ne pouvant songer à vivre en dehors de ce grand Empire d'Allemagne dont ils faisaient de tout temps partie, mais pouvant y secouer le joug d'une souveraineté secondaire, ils continueraient encore à trouver dans le chef suprême de cette vaste société politique, l'appui nécessaire pour devenir eux-mêmes l'un de ces groupes indépendants dont l'ensemble constituait le corps impérial, en sorte qu'à côté des princes, des évêques, des villes, qui formaient les Etats de l'Empire, ils parviendraient un jour à obtenir une place pour la libre confédération des montagnards de la haute Allemagne.

Leur attente ne fut pas trompée. On ne sait quel aurait été, pour leur indépendance, le résultat de l'enquête qu'Eberhard de Biîrglen et le comte de Toggenbourg avaient reçu l'ordre d'entreprendre; mais cette enquête n'eut pas lieu. Le premier de ces commissaires, celui du roi, était, quand il fut nommé, retenu en Italie ; d'autres causes de délais survinrent ensuite, si bien qu'un an après le décret de Brescia, le duc Léopold, revenu de ce côté-ci des monts, en était encore à soUiciter le roi Jean de Bohême, fils de Henri VII,

et qui remplaçait son père dans le gouvernement de l'Allemagne, de faire commencer l'enquête. Il n'obtint de ce prince, le 25 juillet 1312, qu'une promesse qui resta aussi vaine que l'engagement qu'avait pris Henri Vn, et celui-ci mourut le 24 août 1313, sans avoir satisfait à la demande des ducs d'Autriche, ni donné aucune suite à la recherche et à la reconnaissance de leurs droits •*. Quels qu'aient été les motifs de cette politique d'atermoiements, elle était tout au profit des Waldstâtten, qui conservèrent ainsi, durant le règne d'Henri VH, la position privilégiée où ce prince les avait mis presque aussitôt après son accession au trône d'Allemagne. C'était la première fois que l'Autriche se trouvait aussi longtemps et aussi complètement exclue de toute ingérence souveraine dans les affaires intérieures des trois vallées ; c'était la première fois que la puissance impériale intervenait, par l'entreinise d'un seul et même haut fonctionnaire, dans le gouvernement de ce nouveau groupe politique, et consacrait ainsi l'indépendance comme l'unité de la Confédération.

Après avoir déjà signalé Louis le Germanique, le roi Henri fils de Frédéric H, et cet empereur lui-même comme ayant efficacement concoi^ru à préparer pour les Waldstâtten, et par conséquent pour la Suisse, les .voies vers la liberté, nous devons, à côté d'eux, placer le roi Henri VH qui, plus qu'aucun autre, a contribué à favoriser l'émancipation politique des premiers confédérés. Mais cet hommage ne saurait nous faire perdre de vue le vrai caractère de cette émancipation. Ni les donations, ni les diplômes, ni les faveurs des princes, n'auraient suffi pour rendre libres les habitants des Cantons primitifs, ou ceux des pays et des villes qui plus tard entrèrent dans leur alliance, si Fardent amour

ÉMANCIP. POUT. DES WALDSTiBTTEN.— 1308-J313. 163

de la liberté ne les avait pas perpétueDement inspirés, leur enseignant à profiter des circonstances, à user tour à tour de prudence ou de résolution, à savoir attendre comme à savoir persévérer, à avancer à petits pas, mais à avancer toujours, à ne se rebuter point et à ne désespérer jamais. Ce sont là des qualités qui ne se donnent ni ne s'octroyent, mais qui seules, dans la lutte pour l'indépendance, finissent tôt ou tard, pourvu qu'elles persistent, par donner la victoire.

Cela ne s'est jamais mieux vu que dans la ibndation de la Confédération suisse, et, pour l'avoir déjà dit, nous ne voulons pas moins le redire. Jusqu'ici aucun coup d'éclat, disons le mot, aucun coup de théâtre, n'est venu dénaturer le caractère essentiellement politique de l'émancipation des Waldst'âtten. Ce n'est point par une violente et subite secousse qu'ils ont brisé la domination de l'Autriche. Il n'a point fallu que celle-ci fit peser sur eux, pour lasser leur patience, une oppression barbare, et qu'à force d'abus, elle les contraignît, en quelque sorte, à devenir libres. A ce travestissement de la réalité, la véritable histoire oppose le sobre mais irrécusable témoignage des faits, et elle montre par la gradation même des événements, que ce n'est point dans les excès de la tyrannie, mais dans l'amour de la liberté, qu'il faut chercher l'origine de la Confédération. Ce n'étaient pas d'intolérables despotes que les Habsbourg, mais c'étaient, pour les Waldst'âtten, des étrangers et des maîtres, dont à ce double titre ils ne voulaient pas.

Voilà l'explication tout à la fois naturelle et authentique de leur affiranchissement national ; voilà ce qui rend si instructive et si digne d'intérêt l'histoire de leurs efforts et de leurs succès. Ramenée à la taille ordinaire des choses, cette

histoire se montre sans doute moins dramatique et moins piquante, que si, devenant infidèle à son rôle, elle donnait place dans ses récits aux émouvantes mais mensongères peintures d'une lutte purement imaginaire entre dïnnocentes victimes et d'odieux tyrans. Heureusement la vérité vaut ici mieux que le mélodrame, pour ceux, du moins, qui savent discerner les traits auxquels se reconnaît la virilité des peuples, et qui préfèrent prendre, pour type de leur patriotisme, les solides et pratiques vertus de leurs véritables ancêtres, dont l'imitation demeure toujours possible, plutôt que de poétiques chimères peu faites, par leur étrangeté même, pour servir d'exemple, quelque puissante, quelque légitime, si l'on veut, que soit leur prise sur l'imagination.

Si, dans l'histoire des premiers confédérés, l'arène où se déployent leurs efforts est étroite, si les mtérêts enjeu sont loin d'être grandioses, si la conduite n'est pas irréprochable, si les détails sont chétifs et les incidents de bien médiocre importance, tout se relève et s'anoblit par le sentiment énergique, intelligent et vivace de la liberté, qui respire d'un bout à l'autre de cette modeste histoire, et qui suffit à en donner la clef. En se produisant sur un plus vaste théâtre, ce sentiment aurait eu sans doute et plus d'ampleur et plus d'éclat, mais il ne saurait être ni plus sincère, ni plus résolu, ni plus persévérant. Pour n'avoir point eu à s'inspirer de stimulants extraordinaires et de conjonctures exceptionnelles, il n'en est que plus propre à servir de modèle et de leçon. C'est un bel exemple donné sur une petite scène. Achevons de Tétudier.

ÉMANaP. POLIT. DES WALDSTiETTEN.— 1313-1318. 165

LES WALDSTiETTEN PENDANT L'INTERREGNE ET LE SCHISME DE l'empire (1313-1315).

Henri Vn était mort en Italie le 24 août 1313, quatorze mois après avoir été revêtu, le premier des rois d'Allemagne depuis Frédéric n, du titre d'empereur. Il fallait lui choisir un remplaçant. Ainsi se rouvrait pour l'Empire une nouvelle ère d'incertitudes et d'agitations ; pour les Waldstatten, par contre-coup, une période nouvelle d'angoisse et d'inquiétudes. Du choix qui allait être fait dépendait leur sort : un adversaire de l'Autriche sur le trône achevait de consolider et de consommer leur affranchissement; la couronne d'Allemagne rendue aux Habsbourg remettait en question tout ce qu'ils avaient jusque-là conquis d'indépendance, n ne semblait pas, puisque l'Empire ne pouvait avoir qu'un chef, que ce ne fftt pas l'une de ces alternatives qui dût se réaliser. Nous verrons bientôt que les choses se passèrent différemment, et qu'après avoir attendu plus d'un an pour donner un roi à l'Allemagne, les Électeurs finirent par lui en donner deux.

Durant cet interrègne, où tout pouvoir central était comme suspendu et où chacun des membres de l'Empire reprenait sa pleine liberté, les Waldstàtten pouvaient craindre que l'Autriche ne mît le temps à profit pour se tourner contre eux et les ramener sous sa dépendance. Mais l'Autriche avait, heureusement, en ce moment même, de plus pressants intérêts qui lui faisaient porter ailleurs son attention et ses forces. Elle ajournait du côté des Wald-

statten une revendication qu'elle se croyait sûre de faire réussir, lorsqu'elle le voudrait sérieusement. Ce qui, pendant l'interrègne, se passa dans les trois vallées, nous ne le savons que très-imparfaitement, mais le peu que nous en savons nous est mieux connu qu'aucun des événements antérieurs.

Ce sont encore les gens de Schwyz qui sont en scène, et c'est encore à l'occasion d'Einsiedeln que leur humeur batailleuse se donne libre carrière. Le déplaisir que doit causer cet épisode de leur histoire est racheté d'avance par la perspective du brillant fait d'armes qui devait bientôt le suivre et l'éclipser. Si c'est un triste moyen d'affirmer son indépendance et sa bravoure, que de se mettre en campagne contre des moines sans défense, ce sont des mœurs grossières qu'il en faut accuser et non pas une sorte de lâche brutalité. La bataille du Morgarten devait, deux ans plus tard, prouver que les Schwyzois ne mesuraient pas leur courage à la faiblesse de leurs adversaires, et, en triomphant de l'Autriche, ils se lavaient, sinon du reproche, du moins de la tache, de leur razzia d'Einsiedeln. Mais n'eussent-ils pas pris cette revanche contre eux-mêmes, que nous devrions, puisqu'il se trouve sur notre chemin, donner à cet épisode une place dans notre récit. Nul part ne se montrent, avec une plus cynique franchise, ces allures d'intempérante rudesse, dont le caractère et les annales des gens de Schwyz offrent des exemples si frappants, et qui font contraste avec la débonnaireté trop gratuitement attribuée aux premiers confédérés.

Ce que l'on appelait jadis la dignité de l'histoire aurait souffert, sans doute, d'avoir à décrire une maraude à main armée, où la plaisanterie se mêle à l'outrage, et qui semble

ÉMANGIP. POLIT. DES WALDSTJETTEN.— 1313-1315. 167

plus propre à inspirer (ce qui, en effet, a presque été le cas) la muse légère de la poésie héroï-comique, que sa plus grave sœur. Mais aujourd'hui Thistoire ne dédaigne ni ne dissimule rien de ce qui a été. La vérité lui importe plus que sa propre noblesse. Racontons donc l'expédition burlesque des Schwyzois qui (jiéjà, dans Tun de ceux mêmes qui en furent victimes, a trouvé son narrateur, il faudrait dire son poëte, si les vers latins où il Ta célébrée pouvaient prétendre à tenir une place à côté de la Secchia rapita ou du Lutrin. Le mérite littéraire du poëme de Rodolphe de Radegg, directeur de Técole d'Einsiedeln, qui avait été, comme les moines, emmené captif à Schwyz, est aussi médiocre, que la valeur en est grande comme témoignage historique immédiat et contemporain.

Quoique le tableau soit naturellement un peu enlaidi par l'indignation et les ressentiments de l'écolâtre, rien ne saurait donner une plus exacte idée des mœurs du temps et du caractère des fondateurs de la Uberté suisse, que les incidents et les détails tour à tour empreints de violence ou purement grotesques, qui nous permettent de saisir sur le fait cette rude et primitive nature des hommes libres de Schwyz. Tout ce que nous avons dit de l'organisation de leur communauté y trouve également sa pleine confirmation. Nous n'avons donc rien de mieux à faire qu'à laisser parler Radegg, dont le témoignage est aussi recevable que généralement peu connu. Sa narration, que nous allégeons des ornements de pure rhétorique et de quelques détails superflus, débute ainsi ** :

< Il est une vallée fertile, qu'entourent de toutes parts des lacs et de hautes montagnes, c'est Schwyz, terre aussi généreuse que ses habitants sont perfides. Ce peuple n'o-

béit qu'à lui-même, et ne reconnaissant ni lois ni maîtres, il agit comme il lui plaît. Satan Tinspire, et le crime est exécuté aussitôt que conçu.

< Notre monastère est Tobjet de leur fureur. Réunis en assemblée le jour même de rEpiphanie [Icmdsgemeinde du 6 janvier 1314], où TËglise entière implore du Seigneur la bénédiction de la paix, ils ont décidé, après de longs débats, d'entreprendre contre nous une expédition guerrière. Pour que le secret en soit mieux gardé, ils interceptent les chemins, appellent immédiatement aux armes tous les habitants de la vallée, et se mettent en marche de vive nuit, divisés en trois troupes, pour attaquer le couvent de trois côtés diflféreifts.

< Tout à coup, au milieu des ténèbres, la cloche nous avertit du danger ; mais il est trop tard p6ur échapper ; de tous côtés nous sommes investis. Chacun alors cherche, comme il peut, à s'évader de sa cellule pour gagner le sanctuaire, que les agresseurs n'oseront sans doute pas envahir; mais ce n'est qu'au sommet du clocher que nous pouvons réussir à trouver un refuge.

< Quelques-uns des nôtres, égarés dans leur fuite, tombent aux mains des ennemis qui les font prisonniers ; il en est d'autres auxquels un essai de résistance menace de coûter la vie ; mais le chef de la bande [W. Stauffach ?] et son gendre usent de leur autorité pour prévenir de trop grands excès. Nos archives sont en revanche livrées impitoyablement aux flammes: ils s'imaginent ainsi détruire tous les titres du monastère, mais notre abbé [Jean de Schwanden, retiré au château de Pfâffikon] les avait d'avance mis en lieu de sûreté.

< Cependant l'intérieur entier de notre paisible demeure

ÉMANGIP. POLIT. DES WALDSTiETTEN.— 1313-1315. 169

est liyré au pillage ; rien n'est respecté. Bientôt le sanctuaire même voit ses portes brisées à coup de hache. Ses ornements, comme ses trésors, les ustensiles du culte, comme les vêtements des prêtres, deviennent la proie de ces sacrilèges, qui ne craignent pas, ô douleur! de jeter au vent et de fouler aux pieds les saintes hosties et les reliques des martyrs. Devant de telles horreurs, on vit la lune se voiler et les étoiles s'envelopper de nuages, pour n'être pas témoins d'une si terrible profanation. D faut taire d'autres souillures immondes par lesquelles ces insensés, que l'ivresse rendait encore plus fous, transformèrent en un cloaque le temple de Dieu.

< Le jour avait paru, et le clocher qui nous servait de refuge va subir un assaut. Les torches et le fer à la main l'ennemi s'en approche. Notre valeureux portier, qui se trouve avec nous, veut soutenir le siège et se charge de protéger avec sa hache l'entrée de l'étroit escaher, par lequel un seul agresseur peut passer à la fois. Nous refusons ce secours, qui ne convient pas à des moines, et nous nous en remettons à la volonté de Dieu. Les envahisseurs, ne rencontrant nul obstacle, se précipitent sur nous ; nous les accueillons par des paroles de paix. < Il ne s'agit pas de vous ôter la vie, répond l'un d'eux ; notre chef nous a seulement commandé de nous emparer de vos personnes et de vos biens. > Heureux d'en être quittes à ce prix, nous les suivons sans résistance, et l'on nous conduit dans une maison particulière qui devient notre prison.

c C'est là qu'une nouvelle troupe ennemie, récemment arrivée et qui ne trouvait pas à manger, se porte avec fureur, réclamant sa part du butin et des prisonniers. Une violente querelle s'élève alors entre nos gardiens et les

nouveaux venus, et nous voyons le moment où c'est nous qui serons victimes de ce combat pour le partage de nos dépouilles. Mais bientôt le tumulte s'apaise et le chef de l'expédition, qui est lui-même venu nous prendre, donne le signal du départ. Laissant derrière lui les religieux âgés ou malades, il ordonne de former des autres moines, des serviteurs du couvent et du bétail, trois convois différents. C'est en vain que les femmes, dont on emmène les maris, font retentir l'air de leurs gémissements et adressent à Dieu d'ardentes prières. L'ennemi, ne se laissant fléchir ni par leurs larmes, ni par leurs injures, se met en route avec son butin.

< Lorsqu'il fallut gravir la montagne [le Katzenstrick], bientôt nous n'en pûmes plus, et je serais moi-même resté sur la route, si un cavalier, ému de compassion, ne m'avait permis de saisir, pour m'aider, la queue de sa monture. Après avoir achevé la montée et traversé la forêt, nous arrivâmes à l'endroit où sont élevés des retranchements [l'Altmatt]. Là on fit halte, et nos serviteurs obtinrent, à prix d'argent, qu'on les relâcherait. Pour nous, nous sommes retenus prisonniers dans la maison de Wemer Ab Acker. Nous y restons cinq jours, au bout desquels le chef du pays [le landammann Wemer Stauffach] vient nous chercher pour nous conduire à Schwyz ; il nous fait marcher à pied, sauf les prêtres, auxquels on donne des chevaux; notre chantre, en costume officiel, ne peut faire entrer sa large chaussure dans l'ouverture de l'étrier. C'est ainsi que nous devons descendre, au milieu des risées de la foule, dans la maison commune, où les principaux vont délibérer sur ce qu'il faut faire de nous. Pendant ce temps le curé de Schwyz, avec la permission du landammann, nous offre à sa table un copieux repas. §

ÉMANCIP. POLIT. DES WALDSTiETTEN.— 1313-1315. 171

< Le soir venu, le même magistrat, accompagné d'un nombreux cortège, arrive chez le curé, et nous informe que nous allons être remis à la garde de Pierre Locholf, ce qui nous consterne, car il est sans comparaison le plus méchant de tous. A peine sommes-nous entrés dans sa maison, qu'on nous fait asseoir, et le landammann, après avoir demandé à chacun de nous son nom, nous laisse au nombre de neuf, sept religieux et deux laïques, entre les mains et sous la responsabilité de Locholf. Celui-ci nous invite à souper, mais nous soupons de nos larmes, et quand nous quittons la table, il nous faut endurer de la part des femmes, pires que les hommes, un torrent d'injures. < C'est trop de bonté, s'écrient-elles, car ce sont eux qui ont voulu injustement nous frapper d'excommunication et nous ôter la nourriture ; ils n'ont qu'à soufirir à leur tour la même faim que nous, et à porter la peine de leur inique conduite.

< Après avoir subi pendant six semaines un étroit emprisonnement, nous voyons nos deux compagnons de captivité, l'intendant et le portier, livrés à une détention encore plus sévère dans la maison de Schiilhart. Bientôt, toutefois, il nous est permis de choisir parmi nous un député qui aille préparer les voies à notre élargissement, et Rodolphe de Wunnenberg se charge de cette mission. Trois jours après son retour, le landammann convoque toute la landsgemeinde; notre député y assiste, et l'on y entend lire les lettres dans lesquelles les comtes de Toggenbourg et de Habsbourg intercèdent en notre faveur. Nous comparaissons nous-mêmes et nous sommes remis en liberté par considération pour ces deux seigneurs.

< Le curé de Schwyz qui, onze semaines plus tôt, nous avait fait asseoir à sa table pour calmer nos ennuis, nous

oflfre de nouveau un repas splendide en signe de réjouissance. Après avoir amplement fait honneur à ses mets et à son bon vin, nous nous empressons de revenir auprès de notre cher abbé. Le plaisir de nous revoir l'émeut jusqu'aux larmes, et pour mieux témoigner sa joie, il nous fait servir un copieux banquet, où circulent les coupes pleines. Ainsi reconfortés, nous laissons s'écouler lajouméeavecun plaisir sans mélange.

< J'ai fini; ô mes vers, reposez-vous, il en est temps. Je n'ai point voulu faire une œuvre savante, je n'ai point cherché par de faux ornements à embellir la vérité. Comme les choses se sont passées, je les ai écrites; que ce soit de même qu'on les lise, et veuillent les critiques pardonner à Fauteur les péchés de sa muse. >

Rodolphe de Radegg ne se trompait pas en pensant que ce serait l'intérêt historique de ses vers qui les sauverait de l'oubli. Sans doute les mœurs que décrit son poëme forment un frappant contraste avec les complaisantes peintures de la tradition nationale, et avec l'auréole fantastique dont elle aime à entourer le berceau de la liberté helvétique. Mais ce tableau, peint d'après nature, nous place en face de la réalité, et il nous faut bien rabattre quelque chose de cet esprit de dévotion et d'attachement à l'Eglise que l'on prétait aux premiers confédérés, comme aussi de cette longanimité et de cette mansuétude,- dont les excès de leurs oppresseurs les auraient en quelque sorte forcés de se départir. Ce qui reste entier et incontestable, c'est leur passion pour la liberté ; mais il est permis de penser qu'ils ne mettaient pas à la satisfaire tous les ménagements possibles.

Cependant, il ne faut pas perdre de vue que si, dans un sentiment d'irritation très-excusable et qu'égayé pourtant

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plus d'un éclair de jovialité, le maître d'école d'Einsiedeln n'a rien dissimulé de la brutalité excessive des gens de Schwyz, il n'en laisse pas moins entrevoir que, dans leurs violences, il entrait plus de sauvagerie que de méchanceté. Après tout, les choses ont souffert beaucoup plus que les hommes, dont aucun, à ce qu'il seml^e, n'a même reçu une égratignurè. Se venger de l'interdit, se faire craindre des moines, se mettre à l'abri des contestations juridiques en brûlant leurs archives, voilà sous quelles inspirations un amour déréglé de l'indépendance avait poussé les Schwyzois à ime expédition où ils devaient recueillir plus de butin que de gloire.

Ils ne purent, il est vrai, enlever aux religieux l'emploi des armes spirituelles, mais ils n'en avaient pas moins réussi à se faire redouter, et nul n'osa, en se déclarant contre eux le champion du monastère, leur demander raison de leurs excès, n faut voir avec quelle expression de courtoisie et quel ton plein de ménagements, les seigneurs du voisinage intercèdent, auprès du landammann Wemer Stauffach et des gens de Schwyz, en faveur des moines prisonniers. Bien loin de faire entendre aucune menace, ils garantissent aux Schwyzois que nulle conséquence fâcheuse ne résultera pour eux de ce qui s'est passé. Cependant le seigneur de Regensberg avait son fils parmi les captifs, Rodolphe de Habsbourg un de ses vassaux; mais ils se contentent, comme le comte de Toggenbourg et Ulrich de GUttingen, d'implorer la générosité des agresseurs ^\ Us ne songent nullement à' invoquer contre ces derniers une autorité supérieure, telle qu'aurait pu l'être celle du duc d'Autriche, qui était à la fois leur propre suzerain et l'avoué d'Einsiedeln, et Us rendent par conséquent honunage àtla pleine

indépendance des hommes de Schwyz. En appeler au chef de TEmpire était impossible, le trône était toujours vacant. Il ne fut occupé de nouveau que six mois plus tard, le 20 octobre 1314.

La coiûpétition pour la royauté s'était d'abord étabUe entre le fils de l'empereur Henri VII, Jean, roi de Bohême, et le duc Frédéric le Beau, fils aîné du feu roi Albert d'Autriche; mais, à la suite de longs démêlés et d'intrigues entre les Électeurs, Jean fut écarté d'un commun accord, et la majorité des voix proclama Louis de Bavière roi des Romains. La minorité s'était prononcée en faveur de Frédéric d'Autriche, et elles refusa de reconnaître l'élu de la majorité **. L'Allemagne avait deux rois, et à l'interrègne succéda un schisme qui dura huit ans. Il fut pour les Waldstâtten de grande conséquence. Entre le souverain régulièrement élu et le duc d'Autriche, qui usurpait le titre de roi, la lutte ne comportait pas de ménagements, et chacun d'eux devait tout faire pour attirer à lui et détacher de son rival le plus grand nombre possible d'adhérents. Les Waldstâtten se retrouvaient ainsi dans une position semblable à celle qu'ils avaient occupée lors de l'avènement d'Henri VII, quand ce souverain était encore 9.ux prises avec la maison d'Autriche. U y avait toutefois cette différence entre les deux situations*, que, dans le cas présent, la réconciliation des antagonistes était infiniment moins probable, et que, par conséquent, les circonstances offraient aux trois États forestiers beaucoup plus de chances favorables pour mener à bon terme leur entreprise d'émancipation politique.

Déjà, pendant l'interrègne qui leiîr rappelait l'époque où, à la suite de la mort du roi Rodolphe, ils avaient conclu le

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pacte du l"' août 1291, ils avaient dû s'entendre pour remettre celui-ci en vigueur et pour continuer, comme cela leur avait été possible pendant le règne d'Henri VII, à associer leurs destinées. Les progrès qu'ils avaient faits sous ce prince, pour parvenir à former une unité fédérative, devinrent encore plus marqués quand, tout pouvoir central manquant, ils se sentirent livrés à eux-mêmes et éprouvèrent de plus en plus le besoin de resserrer les liens de leur confédération pour faire face aux périls que courait leur liberté. Il semble même que, comprenant tout le parti qu'ils peuvent tirer de l'anarchie de l'Empire, ils cherchent, en quelque sorte, à la faire durer pour ce qui les concerne, en ne s'empressant pomt, comme dans d'autres circonstances^ de requérir de l'adversaire de la maison d'Autriche, appelé au trône par la majorité des Electeurs, la confirmation de leurs privilèges et de leurs franchises. C'est Louis de Bavière, au contraire, qui fait vers eux les premiers pas, et eux-mêmes n'en appellent à son intervention joyale, que lorsque eelle-d leur parait nécessaire pour tenir en échec leurs propres ennemis.

Le 17 mars 1315, le roi Louis, mal assis sur le trône et qui cherchait à se concilier des partisans, adressa à tous les hommes d'Uri, de Schwyz et d'Unterwalden une lettre par laquelle il les informe qu'il était résolu à réprimer < l'audacieuse arrogance des ducs d'Autriche, qui mettaient en péril le bien public et menaçai^t de tout bouleverser. > Dans ce but, il convoquait à Nuremberg une diète impériale pour le jour de la Pentecôte, et il engageait les hommes des vallées à demeurer, en attendant, de fidèles et fermes adhérents de sa cause". Les Waldstâtten, que Louis de Bavière envisageait ainsi comme formant dans leur

triade une unité politique, les Waldstatten répondirent à cet appel du roi en reconnaissant sa suprématie et en invoquant immédiatement son intervention, afin d'être relevés des effets de Texcommunication religieuse et de Tinterdit politique que l'abbé d'Einsiedeln, pour se venger de leurs hostilités, avait réussi à faire lancer contre eux'**. A cette requête le roi Louis répondit le 25 mai 1315, que l'archevêque métropolitain de Mayence s'était engagé envers lui à lever l'excommunication, et qu'annulant lui-même le décret par lequel ils avaient été mis au ban de l'Empire, il les rendait à leur liberté première (in staùum pristinœ lir hertâJtis restUuentes). H les assurait, du reste, qu'il donnait à tous ses adhérents les ordres les plus précis pour les secourir et les défendre chaque fois qu'ils en seraient requis. Cette missive royale n'ayant pas suffî, toutefois, pour mettre les Waldstatten à l'abri des désagréments que leur causait le décret de proscription dont Frédéric le Beau les avait frappés, Louis de Bavière rendit, le 17 juillet 1315, un arrêt solennel, par lequel il fait savoir < à tous les fidèles du saint Empire romain, > qu'il a relevé de cette injuste sentence d'interdit < la communmUé des honmies d'Urach, de Switz et d'Unterwalden, > et que, vu leur attachement persévérant pour sa personne et pour l'Empire, il veut les mettre à l'abri des ennuis ou des dangers (t€edmn seu perictda)^ qui peuvent en résulter pour eux'*. Nous avons ici le premier acte authentique, étranger aux États forestiers eux-mêmes, dans lequel leur confédération est comprise sous une appellation commune et reconnue comme constituant une société politique distincte. On voit, du reste, que leurs adversaires pensaient de même, puisque l'abbé d'Einsiedeln et, sur sa demande, Frédéric d'Autriche avaient

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procédé contre les trois vallées réunies, et non pas contre celle de Schwyz seulement, quoique seule elle eût été en lutte avec Notre-Dame des Ermites. On regardait dès lors les confédérés comme solidaires les uns des autres dans leurs relations avec l'étranger. Cette solidarité allait être mise à une rude et décisive épreuve.

Le pouvoir de Louis de Bavière était encore trop mal affermi pour que son assistance pût être d'un grand secours pour les Waldistatten, auxquels il n'avait pas mâne envoyé de bailli impérial afin de protéger ses droits et les leurs contre les menaces de rAutriche. Il est permis de croire que ce fut alors que Frédéric le Beau rendit, en vertu de son autorité royale, un décret qui, mettant à exécution ce que Henri Vil avait laissé en suspens, attribuait à sa famille la possession des trois vallées". Les confédérés pouvaient donc se dire que le moment n'était plus éloigné où, à de simples réclamations, succéderaient, de la part des ducs d'Autriche, des mesures plus énergiques et plus efficaces. Dans la haute Allemagne, la cause de Louis de Bavière ne comptait pas un seul adhérent. Berne et Soleure n'avaient reconnu aucun des deux rois, et les plus proches voisins des Petits Gantons se déclaraient d'une manière plus ou moins prononcée en faveur de Frédéric. C'était sur cette situation que les Waldstâtten devaient régler leur conduite. Tandis qu'ils sont en mésmtelligence ouverte avec ceux des partisans ou des subordonnés de l'Autriche qu'ils ne peuvent pas se flatter d'attirer à eux, ils usent de ménagements envers les voisins dont ils espèrent gagner la neutralité.

La ville de Luceme et le comte de Strassberg, qui gouverne pour l'Autriche dans l'Oberland, sont du nombre des

ennemis que les trois vallées ne peuvent espérer de détacher de la cause autrichienne, et envers lesquels elles démeurent, durant tout Tété de 1315, dans un état d'hostilité plus ou moins déclarée ". Les préparatife de guerre qui se faisaient alors à Lucerne, et dont les détails sont consignés dans les registres du Conseil, auraient seuls suffi pour justifier les mesures de précaution que les confédérés jugeaient bon de prendre. Les gens dlJri, redoutant tout ce qui aurait pu favoriser chez eux les prétentions de la maison d'Autriche, s'opposent à ce que Wemer de Homberg, ancien bailli des Waldstatten, prenne possession du péage impérial de Fluelen, dont le roi Frédéric lui avait confirmé l'inféodation '*. Menacés par Lucerne du côté du lac, ils s'efforcent en outre de conjurer les attaques dont leur vallée aurait pu être l'objet sur leurs frontières de l'est et du sud, et, en même temps qu'ils travaillent à s'attacher les habitants du bailliage autrichien d'Urseren, ils concluent, le 25 juillet 1315, avec ceux du bailliage autrichien de Glaris, une réconciliation dans laquelle sont compris < tous les gens de bien > que cela concerne (mit allen dim erbem liiten die darsu hoerenty^. Cet engagement, auquel prennent part, entre autres signataires, Wemer d'Attinghausen et Walter Fiirst, trouve son parallèle, à Schwyz, dans l'alliance que les Schwyzois se préparent à contracter avec le bailliage d'Art, pour le détacher de la suzeraineté autrichienne et s'en faire un rempart qui protège à l'ouest l'entrée de leur territoire '^ Les gens d'Unterwalden s'entendent, de leur côté, avec ceux d'Interlaken pour une trêve, qui leur laisse néanmoins la liberté de repousser, le cas échéant, du côté du Brunig, les agressions du comte de Strassberg ". Toutes ces mesures défensives n'étaient pas superflues,

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I car si Forage, en vue duquel elles étaient prises, tf avait pas

encore éclaté, on Téntendait déjà gronder dans le lointsùn. L'automne de 1315 ne devait pas finir, avant qu'il eût fondu sur les Waldstâtten. C'était le duc Léopold d'Autriche qui avait pris sur lui la tâche d'exécuter le décret par lequel son frère, le roi Frédéric, avait placé les trois vallées sous la dépendance de sa maison. Profitant d'une sorte de suspension d'armes entre les deux prétendants au trône et de l'impossibilité où était Louis de Bavière d'intervenir dans la haute Allemagne, Léopold se décida à s'y rendre luimême vers la fin du mois d'octobre, et à trancher, par la force des armes, une question que, malgré ses instances auprès d'Henri Vn et de Jean de Bohême, il n'avait pu réussir à faire résoudre selon les formes du droit.

Nous n'avons pas à juger ici le fond d'un procès où chacune des parties pouvait, sans se tromper, croire avoir pour elle la raison et la justice. La querelle entre la maison d'Autriche et les Waldstâtten n'était qu'un des épisodes de cette longue période de transformation politique qui remplit les derniers siècles du moyen âge, et où l'on voit aux prises, avec des succès divers, la liberté républicaine et l'autorité princière. Les principes du droit public étaient alors trop incertains, les règles de la jurisprudence politique trop arbitraires, la compétence de l'autorité suprême trop mal établie, pour que, dans cette grande crise historique, on doive se préoccuper beaucoup de l'observation plus ou moins correcte d'une législation perpétuellement contestée. Chacun obéissait aux instincts et aux instigations de son ambition particulière, profitant à qui mieux mieux du désarroi des institutions pour se faire la place qui convenait à ses intérêts et à ses goûts. Les princes devenus

souvemins voulaient étendre leur puissance; les peuples devenus libres voulaient conserver leur liberté. Qui peut dire qu'ils n'eussent pas les uns^ et les autres également raison? L'histoire enregistre, plus qu'elle ne prétend juger, ces tendances contraires. Mais il n'est pas interdit à l'historien d'avoir ses préférences, quand il raconte une lutte entre un pouvoir qui veut rester ou devenir le maître, et un peuple qui pense qu'en fait de maître il ne doit pas en avoir d'autre que lui-même. Réjouissons-nous donc du fond du cœur de ce que, dans le conflit qui s'éleva il y a plus de cinq siècles au berceau de la Suisse, ce ne soit pas le peuple qui ait succombé !

L'objet du débat n'était d'ailleurs pas si clair, que les contemporains eux-mêmes ne le considérassent déjà de points de vue différents. Aux yeux des uns, la résistance des confédérés était juste : < C'était, disaient-ils, une race de montagnards qui, soùs la simple mouvance de l'Empire, vivaient libres du joug de tout maître, et qui, sans rien savoir du métier de la guerre, à'occupaient du soin des troupeaux et du travail des champs. Léopold, frère du roi Frédéric, désirant augmenter la puissance de sa maison, voulut les soumettre par la force à sa domination. La défense de leur liberté leur mit les armes à la main'*. > Aux yeux des autres, la résistance des confédérés constituait une rébellion : < On avait affaire à des rustres qui, se croyant en sûreté derrière leurs montagnes, s'étaient soustraits à l'obéissance et aux obligations auxquelles ils étaient tenus envers le duc Léopold et qui prenaient les armes pour lui résister '^. > Si les contemporains que nous venons de dter ne s'entendaient pas sur le fond de la question, ils en présentaient du moins très-exactement les deux aspects con-

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traires, et ils s'accordent à montrer comment remploi de la force était le seul moyen qui restât de résoudre les prétentions de l'un et de l'autre parti.

Bien que les Waldstatten fussent moins ignorants du métier des armes que ne le suppose celui de ces deux témoignages qui leur est favorable, ils n'en devaient pas moins entrevoir avec inquiétude une lutte où toutes les mauvaises chances semblaient être de leur côté. Conmient auraient-ils pu envisager, sans une perplexité mêlée d'eflfroi, d'une part, les faibles ressources dont ils pouvaient disposer, de l'autre, les redoutables moyens d'attaque que leur ennemi avait dans sa main. Aussi, bien loin de prendre eux-mêmes le rôle d'agresseurs, se renfermèrent-ils strictement dans la défensive et cherchèrent-ils même à obtenir, par des concessions, que le coup dont ils étaient menacés fût détourné loin d'eux. Ds avaient toujours su mesurer leur audace à leur force, et ils préféraient sacrifier quelque chose plutôt que de risquer de tout perdre. Mais les intentions de leur adversaire devaient être précisément l'opposé des leurs. Le duc Léopold ne pouvait douter de sa prépondérance, ni par conséquent de son succès, et il devait préférer l'absolue soumission, qu'il se croyait sûr d'obtenir, à une transaction qui aurait encore laissé aux Waldstatten une partie de lem* indépendance.

< Les montagnards, > dit à ce sujet celui des chroniqueurs déjà cités qui tient pour l'Autriche, < les montagnards eurent recours, afin que la paix ne fût pas troublée, à la médiation du comte de Toggenbourg, qui fit, en eflfet, tous ses efforts pour amener entre les deux parties une complète réconciliation. Mais, après avoir mis tous ses soins à tenir équitablement compte des intérêts de chacune d'elles, il

échoua auprès du duc Léopold, qui, trop indigné contre les gens de Schwyz (Swicenses) et trop enflammé de colère, refusa d'accepter leurs humbles propositions (pacta humilia ipsorum), telles que les lui transmit :1e comte de Toggenbourg, et ne voulut se contenter de rien moins que de leur écrasement et de leur totale ruine ®^. > Léopold, qui avait tous les sentiments des princes de sa race, était résolu à en finir avec d'insolents paysans dont la résistance blessait son amour-propre non moins que ses intérêts. Il lui importait de faire sur eux un exemple qui prévînt toutes les velr léités d'affranchissement qu'aurait pu éveiller, dans d'autres lieux de la haute Allemagne appartenant à la maison d'Autriche, la résistance prolongée, et plus encore l'émancipation impunie, des Waldstâtten. Les préparatife qu'il fit dans ce but étaient de nature à lui inspirer toute confiance dans la réussite de son entreprise. < H réunit, > dit un historien contemporain, < une forte et brijlante armée, composée de soldats et de nobles, se croyant assuré de subjuguer par ce moyen les montagnards et de les assujettir à sa domination et à celle du roi son frère ^'. >

Arrivé dans les derniers jours d'octobre 1315 à Badenen Argovie, le duc Léopold s'était immédiatement adressé à tous les nobles et aux bourgeois de toutes les villes qui relevaient de lui dans la haute Allemagne, et dont les territoires formaient autour des trois vallées comme une enceinte continue hermétiquement close. Il leur avait enjoint de lui fournir sans délai le contingent miUtaire auquel ils étaient tenus comme ses vassaux, ses alliés ou ses sujets. Zurich, Winterthur, Zug, Lucerne, Sempach et les villes de ' l'Ai'govie s'empressèrent de réunir et d'envoyer leurs levées de fantassins. Les membres de la haute et de la petite no-

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blesse ne mirent pas moins de zèle à s'enrôler sous la bannière du duc : on voyait dans leurs rangs des comtes de Habsbourg, de Kibourg, de Toggenbourg, des Bonstetten, des Hallwyll, des Landenberg, et un grand nombre de simples chevaliers vivant dans les villes ou dans leurs châteaux ".

Le duc d'Autriche ne dissimulait point le but en vue duquel il rassemblait cette armée, et Ton peut encore lire dans l'accord fait à cette occasion, le 3 novembre, entre lui et le comte de Kibourg, que c'était d'une attaque < contre Switz et tous les Wàltstetten > qu'il s'agissait*'. La ville de Zug fut désignée comme le lieu du rendez-vous des troupes, et le 14 novembre comme le jour où il fallait qu'elles s'y trouvassent réunies. De là devait partir le principal mouvement d'agression, ayant pour objectif le territoire de Schwyz. Un autre mouvement simultané, partant de l'Oberland et dirigé par le comte de Strassberg, devait avoir lieu contre l'Unterwalden du côté du Brunig, pendant que le bas de la vallée serait tenu en échec par des forces venues de Luceme. Quant à la vallée d'Uri, on la négligeait pour le moment, parce que, d'un côté, la soumission de ses confédérés devait entraîner la sienne, et que, de l'autre, elle pouvait être empêchée, par les embarcations lucemoises qui tenaient le lac , de leur porter efficacement secours **.

Le plan d'attaque étant ainsi conçu, il pouvait s'exécuter de deux manières différentes pour ce qui concernait la direction du principal mouvement. De Zug, en effet, l'armée autrichienne pouvait se porter contre le territoire de Schwyz, soit en côtoyant du nord au sud la rive orientale du lac de Zug, afin de déboucher sur le village d'Art, dont les habi-

tauts avaient définitivement pris parti pour les Schwyzois, soit en suivant à l'est la route qui longe le lac d'Ëgeri et qui vient aboutir au passage de Schomo, près des pentes du Morgarten. Que ce soit, connue le veut une tradition locale, un avertissement, lancé dans les retranchements d'Art par une main amie, qui ait appris aux confédérés que l'attaque viendrait du côté d'Egeri, ou bien qu'ils l'aient conclu de paroles échappées au comte de Toggenbourg, conune le. prétend un narrateur contemporain, toujours est-il qu'ils furent informés à temps de l'endroit par lequel ils seraient attaqués ^^. Les hauteurs et le défilé du Morgarten, qui couvrent au nord-ouest l'entrée de leur territoire, devinrent l'objet principal de leur attention

Ds avaient du reste pris d'avance toutes les mesures propres à repousser l'attaque dont ils étaient menacés. Quoiqu'ils eussent sollicité du roi Louis de Bavière, dont les intérêts étaient semblables aux leurs, son secours contre l'entreprise du duc d'Autriche, leur demande était jusque-là restée sans réponse, et ils ne devaient plus compter pour se défendre que sur leurs propres ressources ®*. Leur armée se composait de tout ce qui, dans la population, était en état de porter les armes et du faible contingent que les gens d'Uri et d'Unterwalden avaient pu leur envoyer. Le tout ne montait probablement pas à deux mille hommes ; mais il y en avait, dans le nombre, qui ne prenaient pas les armes pour la première fois et qui avaient puisé, non pas seulement dans de petites guerres de voisinage, mais sur de véritables champs de bataille, l'expérience des combats *^ D'ailleurs, la disposition des Ueux venait en aide à la résistance.

Sur toute la frontière occidentale du territoire de Schwyz,

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de Brunnen au Katzenstrick, le pays n'était accessible que sur trois points : au sud, par la route d'Art à Steinen le long du lac de Lowerz, au centre, par celle de Zug à Sattel en suivant le lac d'Ëgeri, au nord, par celle qui aboutit à TAltmatt et à fiothenthurm en franchissant la montagne de Saint-Jost. Les contre-forts du Righi et du Bossberg, ainsi que la chaîne des hauteurs qui séparent le pays de Schwyz du lac d'Egeri, formaient sur toute cette étendue une suite de fortifications naturelles, et les Schwyzois avaient, de leurs propres mains, construit ou relevé d'autres défenses, à Lowerz, à Schomo et à TAltmatt, près de rissue de chacun des trois passages que nous venons d'indiquer**.

C'était derrière ces retranchements artificiels et le long de cette frontière fortifiée par la nature, qu'ils veillaient jour et nuit, depuis qu'ils avaient appris quel péril ils avaient à craindre, attendant d'un instant à l'autre l'agression dont les préparatifs venaient d'heure en heure redoubler leur anxiété. Pour eux, en effet, le moment était arrivé de < vaincre ou de mourir ; > car si jamais l'alternative exprimée par ces deux mots a eu sa signification, ce fut dans cette lutte suprême, dont l'issue devait nécessairement entraîner pour les confédérés le triomphe ou la ruine de leur indépendance.

L'occupation du village d'Art, que les Schwyzois avaient couvert de retranchements du côté de Zug, suffisait pour protéger l'espace compris entre le Rossberg et le Righi, surtout depuis qu'on savait qu'on n'avait pas à craindre de ce côté-là une véritable attaque. Restaient les deux routes, dont l'une débouche à Sattel et l'autre sur le plateau de l'Altmatt. C'était évidemment là qu'il fallait se trouver en

force, et c'est là que les confédérés attendirent Tennemi. Le chemin qui longe le lac d'Egeri, et par lequel seul pouvait marcher la cavalerie, aboutissait au déôlé d'Hauptsee ou de Schorno, sur l'extrême frontière du territoire schwyzois. Ce défilé formait comme la porte du pays de Schwyz, et il avait été fortifié, en conséquence, par des retranchements et une tour. Le gros des confédérés, établi près de Sattel, surveillait ce poste important. Du côté de l'Altmatt et de Rothenthurm, où des fortifications analogues protégeaient la position, il suffisait d'une troupe moins considérable, soit pour observer et contenir les adversaires qui auraient pu venir d'Einsiedeln, soit pour repousser les premiers pelotons d'infanterie autrichienne qui tenteraient, en débouchant par le passage de St-Jost, de franchir le torrent de la Biber. Une chaîne d'éclaireurs, établie au pied du revers oriental de la montagne qui domine le lac d'Egeri, devait servir de liaison entre ces deux corps, placés à environ deux lieues de distance l'un de l'autre.

Pendant la nuit du 14 au 15 novembre (ce dernier jour était un samedi), le duc Léopold quitta la ville de Zug avec son armée, qu'il avait divisée en deux colonnes, l'une de cavalerie, qui renfermait le contingent de la noblesse, l'autre de fantassins, qui était composée du contingent des villes. Comme il n'aurait pu tirer aucun parti de son infanterie dans l'espace resserré entre le lac d'Egeri et la montagne, où il allait s'engager avec ses cavaliers, il est probable qu'il lui fit suivre, dès le village d'Egeri le haut, le sentier de St-Jost, pour aller prendre à revers le plateau de l'Altmatt, et compléter ainsi l'envahissement du territoire ennemi ***. Luimême, demeurant à la tête du reste de ses troupes, continua de cheminer le long du lac.

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En se voyant entouré d'un si brillant cortège, le duc d'Autriche ne pouvait concevoir que les plus flatteuses espérances. Dans les files nombreuses qui se déroulaient derrière lui, chevauchait une jeune et bouillante noblesse qui, partageant Tindignation et la colère de son prince, avait hâte d'infliger à des rustres mal-appris une correction bien méritée. Ne doutant pas un instant du succès de son entreprise, elle se faisait suivre d'une provision de grosses et petites cordes destinées à emmener les troupeaux dont on se promettait le butin. Pour ces beaux seigneurs l'expédition était, en effet, une chasse plutôt qu'une guerre. Aussi, dans leur dédain pour les paysans rebelles qu'ils allaient châtier, se souciaient-ils peu de prendre les plus simples précautions que commande toute entreprise militaire.

S'avançant joyeusement et étourdiment sur la route qui côtoyait le lac d'Egeri, leur tête de colonne arriva, sans avoir rencontré d'obstacles, mais sans avoir éclairé sa marche, jusqu'au bas des pentes du Morgarten, entre le ravin, qui débouche près des maisons de Haselmatt, et la plaine basse de Hasslem à l'extrémité méridionale du lac. Déjà l'avantgarde de Léopold pouvait entrevoir, sur la route qui se relevait devant elle, l'endroit où le chemin, resserré entre le Veryberg à droite et la Figlerfluh à gauche, forme le défilé de Schomo, et elle pouvait se demander, si c'était avec de la cavalerie qu'on forcerait ce passage retranché, quand tout à coup, des hauteurs du Morgarten, lancés par des mains invisibles, des blocs de pierre et des troncs d'arbres roulent et se précipitent au milieu des cavaliers qui ont dépassé le ravin d'Haselmatt, blessant les uns, renversant les autres, écrasant hommes et chevaux, encombrantla route, et por-' tant, jusque dans les rangs qui ne sont pas atteints, le

désarroi et la confusion. Il n'importe pas de savoir si cette embuscade avait été dressée, à Tinsu même des Schwyzois, comme le prétend la tradition, par des exilés qui voulaient ainsi rentrer en grâce auprès de leurs concitoyens, ou (ce qui est beaucoup plus probable) si elle ne fut pas une manœuvre tout naturellement suggérée aux confédérés par la disposition des lieux. Ce qui est certain, c'est qu'elle eut tout le succès qu'on en pouvait attendre ••.

Avant d'avoir eu le temps de se remettre de la surprise et du désordre où les a jetés cette irruption subite, les guerriers autrichiens voient, du même côté que les pierres et les troncs d'arbre, descendre comme une avalanche et fondre sur leur tête de colonne les confédérés eux-mêmes, qui, poussant leur cri de guerre et brandissant leurs grandes épées, fauchent, transpercent, taillent en pièces chevaliers, chevaux et valets. Chaussés des crampons qui leur servent à affronter dans les montagnes les rampes les plus abruptes, ils se dévalaient, le long de pentes escarpées où ni cavaUer ni fantassin ne pouvait tenir, < comme l'eussent fait des chamois, > dit un chroniqueur du temps. Si quelques-uns d'entre eux succombèrent devant la première résistance de l'ennemi, cette résistance ne fut pas longua

L'inattendu de l'attaque, la pesanteur des armes, l'encombrement de l'espace, tout concourait à jeter dans la stupeur des guerriers dont on ne pouvait cependant pas suspecter le courage, et à transformer leur défaite en un massacre effrayant et en un irrémédiable désastre. On eût dit, selon la pittoresque expression d'un contemporain, < des poissons pris et assommés dans une nasse. > Ceux qui échappaient aux coups des montagnards trouvaient pour la plupart leur mort dans le lac, vers lequel une

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frayeur éperdue ou la poursuite de rennemi les précipitait comme malgré eux. Bientôt répouvante se communiquant au reste de la troupe, demeurée hors de Tétroit champ de bataille sur lequel elle eût inutilement cherché à venir porter secours à ses compagnons, chacun ne songea plus qu'à fuir, et le duc lui-même, incapable de rallier les siens, fut entraîné dans la déroute commune, non sans avoir couru le risque d'être pris. L'infanterie qu'il avait détachée du cdté de St-Jost, fut instruite, avant d'avoir vu l'ennemi, de la débandade du reste de l'armée, et elle regagna ses foyers sans aucune perte.

n n'en fat pas de même pour les chevaliers et les nobles, ni pour les gens de pied qui les accompagnaient; le nombre des morts fut considérable et la renommée se plut encore à l'exagérer; les chroniqueurs contemporains le portent à deux mille, ce qui est un chiffire aussi étrangement enflé que celui de vingt mille hommes auquel on estima le nombre des soldats de Léopold. Les confédérés n'avaient pas perdu vingt des leurs. La consternation fut grande chez tous les partisans de la maison d'Autriche, et cette défaite passa pour un des coups les plus funestes qu'eût reçus la cause du roi Frédéric le Beau. Le duc Léopold ne put se consoler de cette ignominieuse et cruelle infortune, et il porta toujours en son cœur, sinon sur son visage, les traces du désespoir dont il avait été saisi au moment de la déroute. < Je l'ai vu, > disait un témoin oculaire, < je l'ai vu revenant sain et sauf de sa personne, mais comme à demi mort de tristesse: on lisait sur ses traits assombris et lugubres toute l'étendue de ses pertes ^^ > Son échec avait été si grand, qu'il ne songea pas même à le venger.

Pendant que l'armée conduite par Léopold avait trouvé

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au pied du Morgarten des Thermopyles plus heureusement, sinon plus vaillamment défendues que celles de la Grèce, l'attaque dirigée par le comte de Strassberg pour prendre à revers les confédérés avait pleinement réussi. Le Briinig avait été franchi sans encombre, et tout TUnterwalden allait être envahi, quand la nouvelle de la défaite de son maître et la résistance que cette nouvelle même lui fit rencontrer, déterminèrent le gouverneur de FOberland à repasserimmédiatement la montagne par où il était venu. Mais tandis que ceux des confédérés qui avaient eu affaire au duc d'Autriche en personne s'étaient abstenus de sortir de leur territoire pour poursuivre son armée dans le plat pays, et s'étaient contentés de faire sur le champ de bataille un riche butin, les gens d'Unterwalden, au contraire, tirèrent une éclatante vengeance de l'agression tentée contre eux. Franchissant le Briinig à leur tour, ils se jetèrent sur le territoire de l'abbaye d'Interlaken, dont les vassaux formaient la plus forte partie des troupes de Strassberg, et là, ^ mettant les biens au pillage, livrant les maisons à l'incendie et les personnes à la mort, ils firent payer cher à leurs voisins le tort d'avoir servi d'instruments aux projets avortés de l'Autriche**.

Toutefois la vengeance ne fut pas le seul sentiment que la victoire fit naître dans l'âme des confédérés. Leur délivrance inespérée réveilla au fond de leurs rudes cœurs les émotions de la reconnaissance et de la piété. Offrant à Dieu, à la vierge et aux saints, les honunages que nous les avons vus refuser aux moines, ils s'empressèrent de consacrer le souvenir de cette glorieuse journée par une commémoration religieuse perpétuelle. < On fait savoir à tous, > dit l'un des textes relatifs à cet anniversaire, < que les habitants

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des vallées d'Uri, de Schwy tz et d'Unterwalden Dnt décidé et sanctionné de solenniser à perpétuité, par un jeûne, le premier vendredi après la St-Martin, et de chômer le lendemain samedi comme la fête d'un apôtre, en Thonneur de la sainte et indivisible Trinité, de la bienheureuse vierge Marie et de tous les saints, parce que le Seigneur a visité son peuple, en le délivrant par son immense miséricorde de ses ennemis. Qu'à Lui soit louange et gloire, aux siècles des siècles! Amen 'M >

Quel noble et simple langage ! Combien cette sobriété de sentiments et de paroles est d'accord avec la mâle énergie dont elle célèbre le triomphe ! Combien cette sorte de modestie nationale, qui rapporte tout à une cause suprême, est en harmonie avec les secrets ressorts de la vraie liberté ! Les confédérés avaient raison de rendre grâces, et leur satisfaction devait être d'autant plus complète, qu'après Dieu, c'était à eux-mêmes et à eux seuls qu'ils devaient leur triomphe. Les secours qu'ils avaient sollicités de Louis de Bavière leur avaient manqué, et ils ne leur étaient déjà plus nécessaires quand ils reçurent de lui une promesse qui équivalait à un refus •*. Ce.fut pour eux un grand bonheur d'avoir montré qu'abandonnés à leurs seules forces ils pouvaient, malgré leur petit nombre et leur chétif territoire, légitimement prétendre 'à prendre leur place parmi les peuples indépendants, si, du moins, pour occuper ce rang et mériter ce titre, il suffît» aprè3 avoir acquis la liberté, de se montrer capable de la défendre. Leurs persévérants eflbrts, ralentis quelquefois mais jamais suspendus, aboutissaient enfin à cette pleine émancipation politique vers laquelle ils n'avaient cessé de diriger leurs vœux. Ils se hâtèrent de mettre sous la protection d'une commune alliance le bienfait que leur procurait une commune victoire.

Renouvelant, sans en parler, Tacte de confédération, conclu entre eux vingt-quatre ans plus tôt, les gens d'Uri, de Schwyz et d'Unterwalden (mr die Lant Lute von Ure, von Stmùs, und von Underuxddm) donnèrent à leur pacte, daté de Brunnen le 9 décembre 1315, un caractère et une portée que n'avait pas le traité fédéral du 1*' août 1291. Sans attacher à la différence des langues employées pour la rédaction de ces deux pactes une importance exagérée, on peut cependant l'envisager comme un indice de la part plus ou moins grande qu'y avait prise l'ensemble de la communauté. Celui de 1291, écrit en latin, paraît avoir été destiné au petit nombre, celui de 1315, écrit en allemand, était mis au contraire à la portée de tout le monde. Il est permis de penser que Morgarten, où tous les citoyens avaient payé de leur personne, donnait à chacun d'eux le désir et le droit de savoir ce qu'on stipulait pour lui On sent d'ailleurs, en comparant ces deux actes, les progrès déjà faits par les confédérés durant l'intervalle qui les sépare, et surtout ceux qu'ils se préparent à faire encore pour entrer en complète possession de l'autonomie politique. La révolution, qu'ils avaient tenté, sans y plemement réussir, d'accomplir après la mort de Rodolphe de Habsbourg, se consomme et s'achève après la défaite de son petit-fils, Léopold d'Autriche. Aux stipulations que renfermait le pacte de 1291, et que retient toutes celui de 1315, ce dernier ajoute des clauses nouvelles qtii ont pour objet d'étabhr sur un fondement plus solide Findépendanee des personnes, celle des cantons et celle de la confédération elle-même ••.

Mais on n'y trouve rien qui indique que la constitution intérieure des vallées ait subi quelque changement essentiel, ou se soit modifiée sous l'influence d'une révolution violente, i

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Sentement les progrès mêmes que^ grAce i la protection iPHenri VII, les Waldstatten ont pn Uôêm vers leur émaii'cipatioii les rendent plus jaloux encore et plus inquiète du maintien de leurs libertés. Et, comme c'est par TAutrichè surtout que, depuis Morgarten, ils doivent les croire menacées, c'est contre rAutriche évidemment qu'ils prennent de nouvelles précautions, soit que les princes de cette maison veuillent faire valoir ce que les con£âdérés regardent comme < des exigences iiqusteâ , > soit que le rc^aume d'Allemagne tombe aux mains de l'un d'entre eux , auquel cas les vallées se réservent de ne pas reconnaître sa souveraineté.

Ainsi, quoique les obligatifms résultant du droit seigneurial soient toujours maintenues < dans ce qu'elles ont de juste et de convenable > (gélim]Mich&' twd cmdicher)^ tous les individus qui habitent les vallées, hommes et femmes (ez si wib oder man), sont cependant dispensés de s'y conformer, dans le caâ où celui envers lequel ils en sont tenus voudrait attaqua les confédérés ou les soumettre à d'iiQUStes exigences (mit gewatt (mgrifen wcMe oder tmrech' ter dinge gmodm wdde). Lors même qu'on doit voir, avant tout, dans cette clause, une précaution prise directement contre tout retour agressif de l'Autriclie, elle n'en a pae moins pour effet de relever le sentiment de l'indépendance individu^e, d'atténuer les conséquences du vassela^ et d'effacer les différences entre les divises classes de la population, en appelant tou3 leâ individus qui les composent à user ^indistinctement du droit de résistance contre l'usurpation.

D'un autre côté, chacune des conununautés contractantes est envisagée comme conservant son existence poUtique / 13

distincte, puisqu'on prévoit même le cas où Tune d'entre elles peut se trouver en lutte avec un autre des États confédérés. Elles n'aliènent de leur juridiction particulière que ce qu'elles jugent bon de placer sous la garantie du pacte commun. Celui*ci étant conclu en vue < de maintenir le mieux possible la paix et la concorde et de protéger, aussi complètement qu'il se peut faire, les personnes et les biens, > c'est pour atteindre ce résultat que non-seulement les confédérés s'engagent a se défendre les uns les autres, au dedans et au dehors, contre les agresseurs quels qu'ils soient qui chercheront à leur nuire, mais encore que chaque canton consent à remettre à la Confédération les pouvoirs dont celle-ci peut, dans son ensemble, plus utilement £siire usage que chacun de ses membres en particulier.

A l'intérieur, les règles déjà posées pour l'intervention d'arbitres, à l'occasion de dissentiments entre des confédérés, sont maintenues, et l'on ajoute que si, à la suite d'un différend ou d'une guerre entre deux cantons, l'un de ceux-ci se refuse à entrer en accommodement avec l'autre, le troisième prendra le parti de celui qui veut suivre les formes du droit. La sanction fédérale continue à être accordée à tout ce qui concerne l'exercice de la justice pénale, et le principe de n'avoir aucun juge étranger aux vallées est de nouveau consacré.

Quant à l'extérieur, le pacte ne renferme aucune stipulation d'où l'on puisse déduire que les confédérés s'envisageaient comme dégagés de tout rapport avec l'Empire germanique et comme ne relevant absolument que d'eux-mêmes. Le pacte suppose, au contraire, qu'il doit exister au-dessus d'eux une autorité suprême : seulement ils s'engagent à ne reconnaître pour dépositaire de cette autorité, que le mo-

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narque dont ils auront, d'un commun accord et après une entente réciproque, constaté les droits (dekeinen herren nemen ane der ander tcUlen tmd cm ir rat\ et il est difficile de ne pas croire que cette clause repose sur la prévision (qui pendant un siècle ne se réalisa point) de Taccession au trône d'ÂUemagne d'un prince de la maison d'Autriche. En faisant cette réserve, les confédérés donnent la mesure du degré dindépendance auquel ils se croient parvenus. Ils s'interdisent, en outre, la faculté de contracter aucune alliance particulière, si ce n'est de l'aveu commun, et ils s'obligent également à n'avoir aucun pourparler avec des étrangers, tant que les Waldstâtten n'ont pas eux-mêmes reconnu le chef de l'Empire, et qu'ils demeurent, par conséquent^ sans mattre au-dessus d'eux (die tmle urde daz dm Lender unbeherret sint). Ceux qui manqueraient à ces engagements, ou qui trahiraient l'un des États confédérés, seront déclarés parjures , et leurs personnes comme leurs biens deviendront la propriété des cantons (sd sin lip und sin gtiot dien Lendem gevàUen sin) ••.

Ces précautions prises par les confédérés contre les périls que pouvait leur faire courir toute ingérence étrangère, attestent que, dès l'origine, l'esprit de liberté s'associa chez eux à un sentiment de salutaire défiance, et que c'était en se concentrant toujours davantage sur eux-mêmes, qu'ils espéraient mettre le plus sûrement à l'abri leur indépendance nationale. Us persistaient, du reste, sous l'influence d'un patriotisme plein de foi, à donner à leur pacte et aux conditions qui s'y trouvaient contenues une imprescriptible et étemelle durée (da/s die vorgeschribene sicherheit tmd diu gedinge ewig und stete bdiben). De favorables circonstances et un invincible amour de la liberté ont jusqu'ici permis que

leur luidacîeu^ préviem i^'ait pasétédémentie* C'est sous l!iafliieiice et selon Tesprit des principes qui étaient posés dans cet acte d'alliance, (jue la Confédération suisse s'est définitivement constituée*

Résister inflexiblement et à tout prix aux prétentions politiques de VAutricbe, et entrer tour à tour avec elle, selon qu'elle oède ou qu'elle insiste, en acoaninodement ou m lutte ; -- atténuer de plus m^ plus les conséquences de la suzeraineté impériale, en relâchant peu à peu des liens que la force des choses contribuait d'ailleurs à rendre de jour en jour moins sensibles; — arriver par ce double duemin à obtenir de l'Autriche d'abord, puis de l'Empire, la pleine et absolue reconnaissance de Tindépendance politique et nationale de la Confédération successivement agrandie par de nouvelles alliances et consolidée par de nouvelles victoires ; -- parvenir en&i à faire prendre à la Suisse, sous la sanction du droit public, une place parmi les Etats, inégalement puissants, mais également souverains, qui composent l'Europe ; — voilà de quelle manière Ub confédérés ont, dans le cours des siècles, compris et accompli la tâdie qu'ils s'étaient donnée en plaçant leurs libertés sous la sauvegarde de leur perpétuelle union.

L'insuffisance et l'existence précaire du premier pacte de 1291 avaient instruit, sans les déoQurager, ceux qui en avaient été les auteui^ Ils avaient reconnu que ce n'était pais assez, pour assurer la perpétuité dHine libre alliance, de lui attribuer ce caractère sur un parcbeimin. Ce qu'il y fallait de plus, ils venaient de l'acquérir, La victoire du Morgarten leur avait enseigné à quel prix et par quels moyens un peuple s'assure, autant qu'il est en lui, dans ce monde où tout passe, une durable existence et un long

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avenir. C'est cette rictoire qui, pour la première fois, donna à la Confédération sa plaee dans le mo&d^ et qui forme, si Ton peut ainsi parler, la date certaine de sa naissaiiGe* Aussi le Morgarten doit-il être, aux yeux de tant patriote éclairé, le vrai berceau, le vrai symbole de la liberté suisee. Cest là qu'aboutit, par une progression ansi natureUe quindttbitablement attestée, tout le développement dea Waldstâtten marchant à la conquête de leur indépendance* C'est là que devait trouver son dénouement k conflit poli-* tique qui s'était âevé depuis trois quarts de siècle entre eux et la maison des Habsbourg. Leur liberté pouvait y périr; c'est là qu'elle a triomiphé.

Sur ce champ de bataille, où s'est afiSrmée si glorieuse^ ment notre indépendance nationale, le pied foule un sol vraiment historique; Pœil contemple un paysage dont ton» les traits rappelent les épisodes d'un merveilleux et incon* testable triomphe ; l'esprit évoque le souvenir authentique de ces vertus viriles qui lont préférer le sacrifice de la vie à celui de la liberté; et l'fanagination reçoit amsi de la réa?lité un ahment qui vaut Uen celui dont la repaissent les fables. Voilà ce qui fera toujours, pour celui qui étudie l'histoire de son pays avec les scrupules du critique et le cœur du citoyen, voilà ce qui fera toujours du Morgarten un nom sacré ; un nom qui est plus qu'un type imaginaire, qu'rai poétique emblème ; un nom qui réveille la mémoire d'une lutte réelle, d'une vivante énergie, d'un dévouement effectif à son pays.

Puissent tous ceux qui aiment à chercher, pour leur patriotisme, des exemples et des mobiles dans le passé, attacher leurs regards sur ce généreux modèle? Puissent-ils apprendre des Suisses de 1315, à toujours mettre leurs actes

en accord avec leurs paroles, de quelque nature que doivent être les sacrifices qui leur seront demandés. Si, comme le disait naguère un iUustre historien moderne, < le droit des peuples se fonde sur leur sang, > la Confédération suisse reposera sur une base inébranlable, aussi longtemps qu'au sang versé dans les triomphantes journées de Morgarten, de Sempach, de Nœfels, de Morat, ou dans les journées non moins glorieuses , quoique moins récompensées , de Saint- Jacques, de Bothenthurm et de Neueneck, elle sera prête à mêler celui que peut exiger encore la défense de son territoire et de ses libertés.

Mais plus heureuse sera-t-elle si, reportant les yeux nonseulement sur la bravoure guerrière, mais sur l'inébranlable persévérance, le constant patriotisme, Tintime union, la fermeté prudente des premiers confédérés, elle se rappelle que c'est surtout par l'emploi de ces qualités civiques, qu'ils sont parvenus à créer une alliance assez solide et asséz puissante dans son essence et dans son fond, pour avoir triomphé, non-seulement des obstacles formidables qui la menaçaient du dehors, mais des éléments de dissolution, plus redoutables peut-être, qui, trop souvent, ont été sur le point d'entraîner intérieurement sa ruine. Voilée, flétrie, compromise, dans les siècles qui ont suivi celui où elle est venue au monde et qui fut son âge d'or et d'héroïsme, la liberté suisse a toujours survécu, parce qu'elle avait poussé ses premières racines dans des âmes dont elle fut l'exclusive et dominante passion.

La Cionfédération s'est accrue par une triple pléiade de Républiques qui sont venues successivement se grouper autour du noyau primitif, et dont la plupart sont activement entréeâ dans les voies de la civilisation. Les Petits

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Cantons sont demeurés presque étrangers à cette culture des temps modernes, et ils ont, plus que d'autres, retenu Tempreinte des siècles écoulés; mais ils sont restés, par excellence, les représentants de la liberté. Quelque petite que soit leur place sur le globe, elle est grande dans le monde, par cela seul qu'en eux une idée slncame et se personnifie. Le berceau de leur confédération sera toujours le symbole de Tindépendance. C'est là ce qui donne à leur histoire tout son prix; c'est là ce qui nous a conduit à en rechercher les vraies origines avec un intérêt rempli tout à la fois de sympathie pour leurs efforts et de gratitude pour leurs succès.

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