‹ Les origines de la Confédération suisse: histoire et légendeChapitre 25 sur 41 · LES LÉGENDES ETHNOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

LES LÉGENDES ETHNOGRAPHIQUES

yoisins qu'ils mirent au pillage, ils réunirent à eux bon nombre d'aventuriers et finirent par arriver sur les bords du Rhin, puis ils en remontèrent le cours, amsi que Pline, grand poète et versificateur, le raconte dans sa chroniquç. Là se trouvaient Priamus et Pierre von dem Moss, ducs de France, qui voulurent leur barrer le passage. Alors les exilés de Suède et d'Ostfrise se donnèrent trois chefe, dont l'un devait être le^supérieur des deux autres. Le T)remier était Schwyterus, avec son camarade Rémus, tous deux de Suède; le troisième s'appelait Wadislaus ; il était originaire d'une ville nommée Hassnis et située entre la Suède etl'Ost- Mse. Se mettant à la tête des leurs, ils battirent les Français, s'ouvrirent la route du Rhin, et parvinrent dans un pays appelé la montagne brisée, ou Frackmund, dans le duché d'Autriche. Ils trouvèrent que la contrée ressemblait à leur propre pays, ce qui les engagea à solliciter des comtes de Habsbourg l'autorisation de défricher ce territoire (die Wdstùeù), et, après l'avoir obtenue, ils s'y établirent à perpétuelle demeure.

< Schwyterus, originaire de la ville royale de Suède, et son camarade Rémus s'installèrent dans le pays du Frackmund (ainsi appelé à cause de la montagne qui porte ce nom et où se trouve le lac de Pilate), jusqu'aux Alpes lombardes. Wadislaus s'établit au delà de la montagne noire qu'on nomme le Brunig, près des sources de l'Aar, dans la vallée appelée Hassle, par altération du nom de Hassnis sa ville natale. Vers l'an 390, le pape Zesynius, le roi des Goths Alaric, et les empereurs Arcadius et Honorius, ayant ouï parler de la bravoure de ces peuplades alpestres, leur envoyèrent une députation, qui se rendit à Schwyz et au Hassle, pour offirir une grosse solde aux guerriers qui voudraient prendre part

à la guerre contre les Romains révoltés et conduits par le prince payen Eugène.

< Schwyterus, Rémus et Wadislaus acceptent la proposition, et partent avec un contingent pour rejoindre Alaric devant Rome, dont ce roi faisait le siège. Ds y font prouesses sur prouesses, s'emparent de douze bannières princières^et du château St-Ange. Le pape et les deux empereurs comblent d'éloges les montagnards et leur demandent comment ils peuvent reconnaître leurs services. Les gens de Schwyz répondent qu'ils désirent en premier lieu recevoir un drapeau qui soit entièrement rouge et écartelé, et sur leqtuel soient placés les symboles de notre Seigneur Jésus-Christ et de son martyre ; en second lieu ils demandent à relever directement de l'Empire et à être affranchis de tout vasselage et de touMmpôt, parce qu'ils sont nés libres. Les faveurs qu'ils réclament leur sont accordées, et ils emportent, avec les diplômes qui les consacrent, de nombreux et riches présents, ainsi que la bénédiction et l'absolution du pape ; en sorte, dit le narrateur en terminant, qu'ils quittèrent Rome tout remplis d'attachement et d'affection. >

Ce que nous avons dit de Piintiner et de ses inventions s'applique plus directement encore au secrétaire d'Etat de Schwyz et à ses fantaisies historiques ; il suffit de les avoir reproduites pour montrer ce que peut se permettre la légende, quand elle a pris son vol dans le pays des chimères. C'est pourtant là-dessus que s'appuie la créance, encore aujourd'hui répandue, sur les lieux mêmes et au dehors, que les habitants des Waldstâtten sont d'une autre race que les populations voisines, et que c'est dans les plus lointains parages du Nord qu'il faut chercher leur berceau. Mais il n'est plus nécessaire de réfuter ces puérilités ethno-

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graphiques, où tout est de pure invention, et l'on peut, sans scrupule comme sans discussion, reléguer Schwyterus là où sont allés Romulus, Francion et Lémanus. Schwyz n'y perdra pas plus que n'ont perdu Rome, la France et Genève, pour ne point parler de tant d'autres, à ne pas compter des fantômes parmi leurs aïeux.

Mais, du temps de Friind, on ne l'entendait pas ainsi,

, et un ennemi déclaré des Schwyzois, le chanoine Hem-

I merlin de Zurich, ne voulut pas laisser cette auréole pla-

ner sur leur berceau. Procédant par étymologie, comme le panégyriste de Schwyz, il établit dans son Dialogue sur la rusticité et la noblesse *®, dont un chapitre a pour titre :

! < De V origine^ du nom et de la confédération des Suisses^ > il

établit, disons-nous, que < c'est de switten (suer) que vient le nom de Stvitenses ou SwUzer^ > et que, bien loin d'être de melDeure race que leurs voisins, les montagnards suisses ne sont que les restes d'une colonie de prisonniers de guerre saxons, transportés par Charlemagne dans ce pays pour garder la route du S*-Gothard, en sorte qu'ils ont conservé toute la rusticité féroce du peuple dont ils descendent. < Mais comme ils se montrèrent, > ajoute Hemmerlin, < de fidèles défenseurs du passage des Alpes, le susdit empereur, voulant conserver la mémoire de la sueur de sang qu'ils avaient suée à son service, leur accorda de porter à perpétuité une bannière couleur rouge pur, telle qu'ils la portent encore aujourd'hui. > On voit que les notions historiques d'Hemmerlin valent

! celles de Piintiner et de Friind, et que, dans cette discus-

sion ethnographique à coups de légendes, on peut renvoyer les parties dos à dos. On peut mettre également hors de cours, sans débat, les diverses hypothèses qui ont succédé

aux leurs et qui toutes ont pour but d'assigner aux Waldstatten une origine nationale différente de celle des populations qui les avoisinent. Tous les historiographes suisses, jusqu'à Jean de Millier, ont soutenu cette insoutenable thèse, sur la vanité de laquelle il est inutile d'insister davantage *'. Laissant donc de côté les variations successives qu'elle a subies, nous pouvons passer des légendes ethnographiques aux légendes anecdotiques qui se sont enlacées autour de l'antique tronc des annales suisses.

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