De Tocqueville, op. cit., liv. I, ch. v, p
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pareille afflrmation, si l'on songe que tous les écrivains de l'époque nous dépeignent l'état de la France sous les couleurs les plus sombres et que tous déplorent la dépression exercée sur la culture par le régime féodal '.
Les cahiers des Etats-Généraux peuvent d'ailleurs mieux que quiconque nous renseigner sur ce point : or c'est d'une voix unanime qu'ils s'élèvent contre les institutions féodales; partout ce sont des plaintes amères et des récriminations violentes contre des droits « odieux, oppressifs, contraires à la population ' », et les habitants des campagnes considèrent les droits seigneuriaux comme « autant de plaies par où leurs vies s'écoulent douloureusement ^ ».
Leurs doléances sont d'autant plus vives que cette seigneurie n'est plus la seigneurie du moj^en âge et qu'elle a cessé d'exercer toute influence sur le classement des personnes; le seigneur n'est plus le petit souverain local qu'il avait été, c'est maintenant un créancier d'une espèce particulière; sa situation « se résout toute dans l'ensemble des prélèvements ou des
1. Doniol, La Révolution française et la féodalité, liv. I, ch. x, p. 35 et suiv. ; Chercst, op. cit., t. 11, ch. xv, | IV.
2. Cahier de Saint Jean de Mauriennc, Arch. pari., t. VI, p. 416.
3. Tiers de Mirecoiirt, Arch. pari., t. IV, p. 8. — Cf. Communauté de Rochefort, Arch. pari., t. VI, p. 402; DailUaije de Vounant, Arch. pari., t. VI, p. 425; Tiers d'Anjou, Arch. pari,, t. II, p. 41; Tiers de Brest, Arch. pari., t. II, p. 470; Sénéchaussée de Clermont-Ferrand, Arch. pari., t. Il, p. 772.
LA PROPAGANDE PHYSIOCRATIQUE 171
services qui lui sont dus, et tout son intérêt consiste dans la faculté d'aliéner ou de transmettre comme une possession, ces prélèvements et ces services. On l'appelle une directe, autrement dit c'est un simple fisc, un fisc dont on hérile ou dont on fait commerce pour des parties ou pour le tout. Le seigneur n'est qu'un créancier de l'espèce particulière du fisc et le redevable, le censitaire comme il s'appelle, a plus que jamais les caractères d'un contribuable ' ».
Tout cela explique à merveille le succès remporté chez nous par les auteurs qui s'occupaient de droit naturel : comment, en effet, ne pas accueillir avec faveur des théories où tous les hommes sont proclamés égaux et libres, puisque justement c'est cette liberté et cette égalité qu'on réclame depuis longtemps dans l'abolition du régime féodal. Le Droit naturel apparaît à tous comme l'ennemi des institutions féodales et ce qui fait la force des Physiocrales c'est qu'ils n'hési> tent pas à montrer toutes les déductions dont ce Droit est susceptible.
En tant qu'Economistes, ils attribuaient à la terre une importance considérable : elle seule, suivant eux, était productrice de richesses, et les agriculteurs constituaient la classe la plus utile de citoyens ; aussi
1. Quesnay^ Maximes du gouvernement économique, § IV, cf. Onken, p. 332.
enseignaient-ils que la propriété du sol ne devait souffrir aucune entrave et l'on devine ce qu'ils pouvaient avec un pareil point de départ penser des institutions fjodales.
L'hostilité est sourde chez Quesnay qui se borne dans ses « Maximes du gouvernement économique » à poser des règles en contradiction formelle avec l'état de choses établi : partant de ce principe que la propriété des biens-fonds doit être assurée à ceux qui en sont les possesseurs légitimes, il s'élève contre les prélèvements de toutes sortes opérés par les seigneurs sur les récoltes ou les produits de leurs vassaux. « Il n'y a, dit-il ', que la puissance souveraine qui assure la propriété des sujets qui ait un droit primitif au partage des fruits de la terre, source unique des richesses. » Plus loin, c'est contre les tailles, les dîmes et les redevances féodales qu'il s'élève en disant que tout impôt « dégénère en spoliation » ^ lorsqu'il absorbe les revenus de l'agriculture; bref, l'opuscule entier n'est qu'une protestation à mots couverts au nom des laboureurs contre les « vexations qui leur font abandonner les campagnes et les déterminent à se retirer dans les villes ^ ».