‹ Les origines de la Déclaration des droits de l'homme de 1789Chapitre 76 sur 157 · Grotiusi, op, cit.. liv. I, cli. i, ^ X · texte numérisé non relu

Grotiusi, op, cit.. liv. I, cli. i, ^ X

2. Puffendorf, op. cit., liv. IV, cli. iv, ^ XIV : Loche, op. cil., ch. IV, § XX.

L'ÉCOLK du droit de la NATU.iE 117

Telles sont les déJactions qae suggérait à Gmtius et à ses. disciples l'hypothèse de l'état de nature : elle leur avait permis d'établir l'existence de droits « qui appartiennent originairement et essentiellement à l'homme, qui sont inhérents à sa nature, dont il jouit par cela même qu'il est homme, indépendamment d'aucun fait particulier de sa part * », droits qu'il doit conserver même après l'établissement des sociétés civiles.

Nous avons vu comment ces auteurs font intervenir ici Pidée du contrat social, mais ils n'y insistent pas bien longuement et c'est ce qui explique qu'au point de vue qui nous occupe ils ne soient pas arrivés aux mêmes conclusions que Rousseau. L'objet de leurs recherches est en effet beaucoup moins d'étudier en lui-même le passage de l'état de nature à la société civile que d'examiner ce que les hommes étaient avant cet établissement pour savoir ce qu'ils doivent rester après. Le contrat dont ils parlent n'est pour eux qu'aune manière de justifier la transition mais il ne sert que fort peu de base à leurs raisonnements: l'état de nature est toujours le point de départ de leurs déductions.

Aussi affirment-ils sans hésiter que si la création

1. Burlama'iui, Principes du Droit naturel, première partie, ch. vui, § VIII.

des sociétés civiles met fin à l'état de nature, elle n'interrompt en rien le règne de la loi naturelle ; au contraire, « le but principal de cette création c'est même de pouvoir sûrement pratiquer les lois de la nature qui sont le fondement de la paix du genre humain » *. Comment en serait-il autrement puisque ces lois sont tirées de notre essence même ; elles sont immuables ^ comme notre nature. Dieu lui-même n'y pourrait rien changer, « pas plus qu'il ne pourrait faire que deux et deux ne soient pas quatre », et il est impossible de ne pas les appliquer car elles nous sont révélées par la raison qui les impose; elles seraient vraies « quand même nous accorderions, ce qui ne saurait être concédé sans un grand crime, qu'il n'y a pas de Dieu ou que les affaires humaines ne sont pas l'objet de ses soins » '. C'était une idée hardie pour l'époque que cette distinction du droit naturel et de la religion ; Grotius fait en cela sortir la science du domaine théologique dans lequel elle disparaissait avant lui ; il enseigne que la loi naturelle s'impose de sa propre force. Il y a d'ailleurs une autre raison pour que les pré-

Page 1