OÙ FUT CÉLÉBRÉE LA
Première Fête du Sacré-Cœur de Jésus
ETTE petite chapelle au rez-de-chaussée du premier monastère des Ursulines a une histoire des plus vénérables. Tout imprégnée du parfum des
souvenirs des temps héroïques de l'institut, et des saints personnages qui y ont prié et s’y sont offerts à Dieu pour le salut des âmes, ce modeste sanctuaire rappelle les cryptes et les catacombes de l'Eglise primitive. N'est-il pas, en effet, le plus ancien temple de la Nouvelle. France, postérieur seulement à la chapelle de Notre-Dame de la Recouvrance depuis longtemps disparue ? On y peut voir, comme en raccourci, toute l’histoire des origines de la foi au Canada.
Comme l'indique une des inscriptions placées de chaque côté de l’autel, le Vén. François de Laval et les Martyrs jésuites, les Brébeuf et les Lalemant, y ont célébré les saints mystères. Là aussi, se sont fortifiées dans la prière et la communion ces femmes vaillantes qui s’appelaient Marie de l’Incarnation, Mère Saint-Joseph, Mère Saint-Athanase, les autres pieuses fondatrices avec Mme de la Peltrie, et toute la phalange de leurs héroïques compagnes et de celles qui ont si dignement continué leur œuvre. Là encore se sont préparées pour leur noble mission dans le monde les Angélique de Verchères (1) et tant d’autres illustres cana-
(1) ‘* L'héroïne de quinze ans,’ comme l'appelle l’histoire des Ursulines, avec l’aide d'un seul soldat, réussit à défendre un fort et à tromper les Iroquois jusqu’à l'arrivée du chevalier de Crisasy, averti par un coup de canon tiré par la jeune fille
de venir la délivrer.
diennes destinées à tenir haut l’étendard de la foi et de la vertu. C'est dans cette modeste chapelle que Marie- Marguerite Dufrost de la Gemmerais, (1) qui devait plus tard s'appeler la Vénérable Sœur d’Youville, eut le boriheui de recevoir JÉsus pour la première fois dans le sacrement de son amour. Elle y puisa la dévotion du Sacré-Cœur de Jésus, dont elle devait être un jour une fervente zélatrice, comme le rapportent ses biographes. Le nom significatif de Marie-Marguerite, qu’elle portait en commun avec la voyante de Paray-le-Monial, semblait la prédestiner au culte de ce Cœur adorable.
C’est là que, le 21 novembre 1642, jour de la Présentation, fut célébrée la première messe dans le couvent bâti par la Mère de l’Incarnation à la Haute-Ville, sur le terrain concédé par la compagnie de la Nouvelle-France. (2) On y chanta une grand’ messe. L'officiant fut très probablement le Père Vimont, jésuite, alors supérieur des Ursulines. (3; Il les avait accompagnées ce jour-là depuis leur première résidence à la Basse-Ville, On a dû lui offrir l'honneur de célébrer la messe en cette mémorable circonstance, comme quelque temps auparavant, le 10 mai de la même année, il avait eu le privilège de dire la première messe à Ville-Marie, (4) le lendemain de la fondation de cette ville.
A différentes époques, cette petite chapelle a servi au culte, ayant été tantôt consacrée à d’autres usages, tantôt reprise, selon que les événements l’exigeaient.
La sainte messe y a été d’abord célébrée de 1642 à 1650. Incendiée avec le couvent, le 30 décembre 1650, et recons-
(1) Mile Dufrost passa deux ans chez les Ursulines, de 1711 à 1713. \Voir Madame Jetté, Vie de la Mère d Youvilie, p. 12.)
(2) On célèbre chaque année, le 4 décembre, à la chapelle dn couvent, une messe de fondation ‘‘ pour les Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France.’
(3) Le P. Vimont a été Supérieur des Ursulines depuis leur arrivée en 1639 jusqu’à 1646. î \
(4) On sait que c'est là le sujet du tableau, dû au pinceau d'Ernest Laurent, et que la République Française, par l'entremise de M. Hanotaux, alors ministre ces Affaires Etrangères, a gracieusement offert à Sa Grandeur Mgr Bruchési, pour la cathédrale de Montréal.
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