‹ Les origines de la diatribe romaineChapitre 28 sur 88 · o FOUR · texte numérisé non relu

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pinément leurs thèses en ridicule ! lorsqu'elles lui paraissent inadmissibles; il les souligne parfois d'allitérations sonores ?.

Entre toutes ses pièces, le 7r/mummus se distingue par l'abondance des sentences diatribiques. Personnifications allégoriques (v. 9), parodies tragiques (v. 942), exhortations pathétiques (v. 296; 635), examen de conscience (v. 223), les procédés les plus ordinaires d'exposition et de discussion des philosophes populaires y sont employés; en outre, de nombreux thèmes traditionnels sont traités avec quelque détail : le sage est indépendant de la fortune (th. 57; v. 309 ; 363); la mort rend égales toutes les conditions sociales (th. 25 d; v. 491); les désirs insatiables font le malheur des hommes (th. 78; 78 a; v. 671); toute passion est un mal (th. 84; 84 à; v. 308); il ne faut pas se marier (th. 13; v. 1184; cf. Philémon, ἦγ. 1ncert. fab, 105 et 106); une fàcheuse réputation n'est pas un véritable mal (th. 13a; v. 104); il faut revenir à la simplicité des primitifs (th. 29; v. 292; 1028), GIC: :

Le 7rinummus est tiré du Trésor de Philémon, de tous les poétes de la « nouvelle Comédie» celui qui fut le plus influencé par Euripide et les philosophes populaires. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que l'imitation de Plaute fourmille de traits diatribiques.

Le Mercator? et la Moste/laria^ sont empruntés au méme auteur et sont naturellement fort riches en souvenirs de la diatribe. Que résulte-t-il de ces constatations ? Une seule des autres piéces de Plaute nous fournit des passages caractéristiques de cette tendance en nombre aussi grand que les comédies empruntées sans aucun doute à Philémon : c'est le /V//es gloriosus. Faut-il attribuer l''AAzto», qui en est l'original, à Ménandre, à l'un de ses imitateurs ?», ou à Philémon £

! Pseudol. 687 : sed iam satis est philosophatum; 974: salvus sum : jam philosophatur.

? Captivi, 741: Post mortem in morte nihil est quod metuam mali. 3 Th. 90: v. 24-31 et 53; th. 77 a : v. 145 sq. (cf. PHILEM. ap. STOB. IV 34,

3); th. 81 : v. 652; th. 40: v. 852; th. 24 b : v. 984 (cf. PHILEM. /rcert. fab. fr.

88). L'attirail cynique est décrit, v. 920-927.

* Th. 90 : v. 142-145; th. 39 5 : v. 273; contre les mariages d'argent (cf. la note du th. 83 5) : v. 281 et 703-705 ; th. 50 d : v. 85-156.

* Thèse de LEO, P/autin. Forsch. p. 103.

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Les excellents arguments présentés par Dietze ! en faveur de ce dernier sont basés sur des faits d’un ordre très différent, mais se trouvent renforcés par nos observations. Un développement où l'amour pour les courtisanes ? est blâmé (v. 1284 sq.) a des paralléles dans le Mercator (v. 24 sq.; 53 sq.), la Mostellaria (v. 142 sq,) et le 7rznummous (v. 236-270; 665-673). D'autres passages (v. 1265; 1413; 1421) oü la divinisation des monarques est

tournée en dérision (th. 78c) ont la même origine. Quant au ré-

quisitoire de Periplectomenus contre le mariage (v. 685-700), il semble une transposition romaine d'un lieu commun (th. 73) que Philémon aimait à traiter avec plus de sérieux. -

Deux autres comédies contiennent, bien qu'en nombre inférieur, des passages diatribiques assez importants pour qu'on doive se demander s'il ne faut pas en chercher la source dans l'euvre de Philémon; les indices purement littéraires nous font ici défaut ; aussi ne pouvons-nous que poser la question.

I s'agit en premier lieu des Captivi dont diverses sentences d'inspiration ascétique sont sans raison considérées par Ranke comme étant d'origine épicurienne?. Si l'on pouvait faire d'aussi catégoriques distinctions entre les diverses tendances de la philosophie populaire, le trait suivant, relatif aux parasites, pourrait être à meilleur droit attribué au cynisme‘:

A: Prolatis rebus parasiti venatici sumus : quando res rediere, tur molossici odiossicique et multum incommodestici (v. 85-87).

Le texte traduit par Plaute remontait à la méme diatribe que cette chrie sur Diogéne : ᾿Ερωτηθεὶς ποδχπὸς εἴη χύων, ἔφη, πεινῶν μὲν Μελιταῖος, χορτασθεὶς δὲ Μολοττιχός; τούτων οὺς ἐπαινοῦντες οἱ πολλοὶ οὐ Tous σι διὰ τὸν πόνον. συνεξιέναι αὐτοῖς ἐπὶ τὴν θήραν (Dioa. L. VI 90).

Le 7ruculentus montre l'emploi de plusieurs tours familiers

aux diatribistes ^», en particulier la syncrisis de l'amour pour les

' De Philemone comico, p. 103.

? Th. 32 5; cf., pour le thème 32 a, les vers 1436 sq. 5

? Periplec. p. Ai, sur le vers 318: Odi ego aurum: multa multis saepe suasit perperam. On condamne ici la richesse parce que l'argent est dange-

reux pour la vertu (th. 20) et non parce qu'il empéche le bonheur.Il convient de :

rejeter de méme l'observation de Ranke (p. 13) sur le vers 941.

* Un vers du Persa (Cynicum esse egentem oportet parasitum probe, v 123) montre que les auteurs de la nouvelle comédie assimilaient les Cyniques mendiants aux parasites (cf. LEO, Hermes, 41, p. 441).

? Cf. v. 459, oü le poéte affirme que l'avidité est la cause de tous les crimes (voir la note du thème 83 6).

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femmes et de la pédérastie !; on y voit aussi un exemple de sagesse donné à l'homme par une souris (th. 30 a):

Cogitato mus pusillus quam sit sapiens bestia (v. 868).

Les pièces dont ilfaut attribuer l'original à Ménandre, les Bacchides, la Crstellaría, V Aulularia, fournissent aussi quelques exemples de traits de philosophie populaire *; mais ils sont moins caractérisés et voisinent avec de nombreuses sentences qui relèvent de l'épicürisme orthodoxe ou de Théophraste. |

Des réminiscences isolées se rencontrent cà et là dans d'autres comédies de Plaute ?; remarquons cependant que les imitations de Diphile (Casina, Rudens, Vidularia) en sont complètement dépourvues. ll y a là sans doute un indice à utiliser pour l'attribution de quelques œuvres également exemptes de souvenirs diatribiques (As/naria, Amphitruo, etc.). En cela comme sur d'autres points, Comédie nouvelle et Comédie moyenne sont aux antipodes.

Une dernière question se pose à nous au sujet de Plaute : dans les vers-oü, s'écartant de ses modèles, il se plait à oublier que l'action de sa comédie se passe à Athènes ou à Epidaure, pour faire rire davantage ses spectateurs en leur parlant de moeurs romaines, le poéte latin a-t-il été parfois entrainé à exprimer des pensées diatribiques telles qu'en reproduisaient ses sources grecques? — Nous avons rappelé plus haut des vers du Mrles gloriosus qui sont une adaptation au monde romain d'un passage de Philémon; dans le Curculio, on trouve une satire des moeurs politiques du forum; elle exhale comme un parfum anticipé de Lucilius :

Qui periurum convenire vult hominem, ito in comitium (v. 470).

Mais la rareté méme de ces exemples! nous prouve combien Plaute était personnellement réfractaire aux paradoxes de la philosophie populaire. Toute préoccupation moralisante lui

! Truculentus, v. 154-157; cf. PLUT. Amator. 4 (750 B-F).

? Bacch. v. 373 : th. 32 5; v. 654 :.th. 45 ; Cist, v. 69 et 203: th. 87 ; v. 194 : th. 12 a; Au. v. 508 : th. 39a ; 71 sq. : th. 46 a.

? Cf. Stichus, v. 690 sq. un passage très cynique.

* Cf. aussi Menæchmi, v. 519-584.

est étrangère ; les précheurs lui sont odieux. Il le déclare sans’

ambages :

Tum isti Graeci palliati capite operto qui ambulant... constant, conferunt SERMONES inter sese drapetæ, opstant, opsistunt, incedunt cum stis SENTENTIIS... tristes atque ebrioli incedunt... (Curc. v. 288, 290-291, 294).

Au début du IIme siècle av. J.-C., il y avait donc déjà à Rome des Grecs, prédicateurs vertuistes, qui mettaient à profit les diatribes (sermones) et les chries fsententiæ) des Cyniques d'autrefois; le peuple se moquait d'eux et Plaute ne se fait pas faute d'exciter à leurs dépens une facile hilarité.

En somme, le grand comique ne nous apporte guére de témoignage que sur les écrivains qu'il HAREROSS mais ce témoignage est de première importance.

Il en est exactement de même des auteurs dramatiques qui

l'ont suivi. Voilà pourquoi, sans nous attacher à suivre strictement l'ordre chronologique, nous dirons quelques mots des autres poétes comiques des temps républicains, avant d'étudier des écrivains contemporains ou méme antérieurs, qui, eux, ont consciemment recouru à la diatribe et tiennent une tout autre place dans l'histoire romaine de la morale populaire.

Les fragments de CÉciLIUS ne nous apportent qu'une maigre moisson; il ne s'agit que de quelques traits contre les ambitieux

qui font de riches mariages! et de pointes sceptiques contre les -

auspices ?. On ne peut rien voir là de spécifiquement diatribique; c'est Ménandre qui est sa source presque unique.

SEXTUS TURPILIUS dépendrait au contraire plutôt de Philémon, si l'on en juge par ses apostrophes contre les courtisanes ou par cette citation d'un philosophe populaire :

Profecto ut quisque minimo contentus fuit,

ita fortunatam vitam vixit maxime,

ut philosophi aiunt isti quibus quidvis sat est. (Lindia, ir. 4. RIBB p. 1222 ct. th. 32 5).

Les six comédies de TÉRENCE ne font que confirmer nos observations sur les pièces de Plaute: les auteurs de palliatæ sont

! Pfocium, fr. 1 (RIBB. 3"v* éd. p. 69); fr. 2 et 3 (RIBB. p. 71-72); cf. la note du th. 83 5.

? Plocium, ir. 14 (RIBB. p. 76); cf. th. 94. Le fragment 16 des /ncert. fab. (RIBB. p. 76) compare le sage à un dieu (th. 58).

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