‹ Les origines de la diatribe romaineChapitre 29 sur 88 · ONUS · texte numérisé non relu

ONUS

plus ou moins riches en sentences diatribiques, suivant les modéles qu'ils ont choisis et la plus ou moins grande fidélité avec laquelle ils les ont suivis.

Térence feint d'ignorer l'oeuvre de Philémon ' et, quoi qu'on en ait dit, il a plus de liberté que Plaute à l'égard de ses sources. Sans doute respecte-t-il davantage «l'esprit» hellénique des chefs-d'eeuvre qu'il adapta; il transpose suivant le goût grec, mais il transpose tout; il ne traduit que rarement, et se garde bien de faire passer dans son texte les hardiesses de pensée qui auraient mécontenté ses élégants amis. Les maximes dont il aime à parsemer ses dialogues sont apparentées à la morale sociale des Péripatéticiens; ce n'est guère que dans l'Eunuchus qu'une ,série de vers contre les courtisanes et la passion de l'amour? parait remonter à une source philosophique plus populaire. Les autres exemples qu'on peut citer de lui sont peu caractéristiques; c'est souvent une pensée appartenant à toutes les écoles (« tout est commun entre amis?» ; «la fortune est inconstante 1»), souvent un thème diatribique utilisé surtout par les Epicuriens populaires («il faut restreindre ses désirs à ce qui dépend de nous ^; se résigner à son sort?^; se conformer aux circonstances?; se préparer à subir les infortunes *»). Parfois Térence, comme Plaute, utilise avec une ironie fort plaisante un apophthegme de la diatribe. Le pacifisme du sage devient de la couardise :

Omnia prius experiri quam armis sapientem decet".

L'emploi du miroir pour maitriser ses passions, spécialement la

! Seuls, l'Hécyre et le Phormion ne remontent pas à Ménandre mais à Apollodore.

? Eun. v. 933 (th. 32 5); 59 sq. et 73 (th. 84 et 37); 225 (th. 74 b). Le vers 643 des Ade/phae (Erubuit, salva res est!) semble un écho de la phrase de Diogéne sur la couleur de la vertu (DioG. L. VI 54); le vers 441 sq. des Ad. reprend le th. 32.

? Ade/phae, v. 804.

* Andr. v. 716; Phorm. v. 241 sq.; Hec. v. 406.

? Anar. v. 305 sq. : th. 41.

6 Hec. v. 608; Phorm. v. 138 et 172; Ade/phae, v. 138 th. 42.

'* Heautontim. v. 666 : th. 45.

Phorm. v. 241 sq.: th. 44.

? Eun. v. 789 : th. 72 b.

PELO νον ES

colère !, est souvent conseillé par les moralistes populaires, qui

accordent une haute importance à la physionomie des vicieux. Aussi bien que Plaute (Æpidicus, v. 382 sq.), Térence connait cette recommandation; mais apres l'avoir rappelée presque sérieusement dans une exhortation de beau style moralisant,

inspicere tanguam in speculum in vitas Omnium iubeo atque ex aliis sumere exemplum sibi (Adelph. v. 414 sq.),

un insolent esclave parodie le sermon et le rend grotesque en

l'appliquant à l'art culinaire ?.

L'indifférence de Térence à l'égard des passages diatribiques qu'il trouvait chez Ménandre est trés symptomatique; si rien d'humain ne lui est étranger, il ne s'intéresse à l'homme qu'en artiste; il peint les âmes telles qu'elles sont et ne- cherche jamais à rendre meilleures celles de ses auditeurs. Les sentences qu'il traduit sont des ornements qu'il croit indispensables; il y met tout son esprit mais jamais son cœur.

Le caractère amoral des pa///atee est évident”; les auteurs de fogatae s'y conforment généralement. TiriNIUS blâme les mariages d'argent! et les exces de table”; AFRANIUS insiste sur la différence qui existe entre l'amour véritable et le vulgaire désir: « Amabit sapiens, cupient ceterif». C'est le signe d'une influence indirecte de Philémon et de Ménandre, rien de plus.

En fut-il autrement de la tragédie?

Avant de parler des pièces d'Ewmius, il nous faut rappeler quelques faits importants qui concernent ses autres œuvres.

! Cf. GEFFCKEN, Xynika und Verwandtes p. 28 sq. et voir plus loin notre chap. VIII 1 fine.

? Adelph. v. 428; PLAUTE (Pseudol. v. 868 sq.) emploie un procédé analogue. |

? Les fragments comiques anonymes ne présentent presque rien de diatribique : quelques vers contre l'amour (fr. 13; RIBB. p. 135); sur la richesse que donne la destruction de tout désir (fr. 65 et 66 ; RIBB. p. 147 sq.); sur le droit au suicide (fr. 75; RIBB. p. 150) ; c'est tout.

* Prilia, ir. 3 (RIBB. p. 169) ; cf. la note du th. 83 P.

5 [ncert. fab. fr. 12 (RIBB. p. 186); cf. aussi fr. 1 (RIBB p. 160) : contre les |

prodigues (voir la note du th. 46 a).

* Omen, fr. 1 (RIBB. p. 228); cf. Cinerarius, ir. 3 (RIBB. p. 198) : alius est amor, alius cupido.

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