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Par sa naissance et par l'instruction qu'il a recue, Ennius est un véritable Grec. Influencé par la lecture d'écrits pythagoriciens (ceux d'Epicharme, en particulier, un prédécesseur des parodistes diatribistes '), il voulut éveiller à Rome l'intérét pour la philosophie morale et traduisit, à l'intention des riches Romains qui l'employaient, un Protrepticus?.
Il fut aussi, mais sans fixer les caractères du genre, le premier auteur latin de Saturæ littéraires ὃ; dans l'esprit d'Ennius, ce titre collectif désignait des poésies métées de type σπουδογέλοιον ἐ; la forme dialoguée y dominait? et différenciait la satura des poèmes analogues (πχίγνιχ, Silles, parodies, iambes, etc.) où une conversation développée n'intervenait que trés exceptionnellement. Dans les Saturæ d'Ennius nous voyons en particulier un débat, en forme de syzkrisis, entre la mort et la vie*, et une fable de «morale » diatribique *, l'Alouette et ses petits. Le fragment
Malo herclz magno suo convivat sine modo (L. T, fr. 1 ; éd. VAHLEN, p. 204) est l'application des thémes diatribiques formulés contre la gloutonnerie * (th. 31) et pour la défense de l'ascétisme « hygiénique » (tb. 52 a). C'est dans le méme exposé que devait se trouver la comparaison des hommes et des singes :
Simia quam similis turpissima bestia nobis (L. 1, fr. 9). Si l'on rapproche ce vers d'un texte diatribique de Plutarque (De cupid. divit. 5-6; 525 E.-F. th. 49 a), oü se trouve un paral-
! Cf. WILAMOWITZ, Eurip. Heracl. I, p. 30; Ennius fit une traduction d'Epicharme (cf. KAIBEL, art. Epicharmus, Real-Enc. P.-W.).
? Cf. CHARIS. Gramm. lat. l, p. 54, 19; le mot « pannibus » (fr. 1 de VAHLEN) en est resté ; on s'en est scuvent servi plus tard pour faire l'éloge des sages cyniques en « haillons ».
?* Nous avons signalé plus haut une «comédie » de Naevius nommée « Satura » ; ce titre fut ensuite donné par Atta à une togata et par Pomponius à une Ate//ane. |
* Cf. BIRT, Zwei politische Satiren, Marburg, 1888, p. 18, note 1.
? Je ne veux pas reprendre ici la longue discussion sur l'origine de la satura dans ses rapports avec les drames populaires primitifs; le caractère dialogué a été reconnu par JAHN (Hermes, 1867), LEO (Hermes, 1889), FENDRIOK- SON (Americ. J. f. Philol. 1898), WEINREICH (Hermes, 1917), etc.
5 QUINTILIEN (IX 2, 36) le compare avec le fameux parallèle de Prodicus ; Epicharme avait fait de méme une syncrisis entre la terre et la mer; cf. DIE- TERICH, Pulcinella, p. 77.
7 AULU-GELLE (II 29) en donne un commentaire instructif : Sed quid aliud sanctiores libri philosophorum monent, quam ut in nobis tantum Ipsis nitamur, alia autem Omnia quae extra nos extraque nostrum animum sunt, neque pro nostris, neque pro bonis ducamus. C'est exactement le thème 12 a.
5 Cf. lib. VI, fr. 14 à 16 (VAHLEN p. 206).
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léle analogue, on devine que le fragment satirique du poète latin stigmatisait la soif insatiable des richesses !.
Préparé comme il l'était, Ennius aurait dà, plus que n'importe quel autre poète, faire servir le théâtre à la morale; s'il ne le fit pas, c'est que, pour une activité de ce genre, les circonstances étaient aussi défavorables dans la tragédie que dans la comédie; le parallélisme est parfait entre les histoires des deux formes dramatiques à Rome. C'était l'influence de Philémon qui se traduisait par des échos diatribiques sur la scène comique; ce sera maintenant celle d'Euripide qui se manifestera de la méme manière dans la tragédie ?.
Dansles pièces où Ennius imite ce poète, en le traduisant parfois mot pour mot, nous pouvons, par les fragments qui restent, déceler un scepticisme d'inspiration pragmatiste: il faut, dit-il, faire un choix entre les disciplines qui relévent de la philosophie :
Philosophari est mihi necesse, at paucis ; nam omnino haud placet ?.
Un fragment d'Iphigénie indique la nature du choix à faire: renoncons à la physique et à la métaphysique pour nous adonner à l'étude de la morale pratique :
Quod est ante pedes nemo spectat; caeli scrutantur plagas *.
Dans son éthique, nous l'avons vu, Ennius se préoccupait de distinguer ce qui est à la portée de l'homme et ce qui ne l'est pas; il agissait de méme en limitant le domaine des recherches humaines; ce sont là, on le sait, pour la diatribe, les bases de la philosophie positive (thémes 26 et 27) et négative (thémes 2 et 3).
A la suite d'Euripide, il condamne les devins avec énergie :
Missa sum superstitiosis hariolationibus ?.
Il affirme que tout désir est une folie (th. 78) :
Stultus est qui non cupienda cupiens cupienter cupit.
' Le vers « Meum non est ac si me canis memorderit» (fr. 2) peut être rapproché comme DIETERICH (op. cit. p. 78, note 2) l'a proposé, de l'expression cynique : « mordre par franchise» (th. 66).
? Cf. notre introduction p. 17.
? Fab. incert. ir. 1 (RIBBECK, 7ragicorum latinorum fragmenta, v. 376); cf. LEO, Gesch. der rôm. Litt. l, p. 200 sq.
^ [phig. fr. 12 (RIBB. v. 244).
? Paroles de Cassandre dans A/exander, fr. 8 (RIBB. v. 58); cf. le fr. 4 de Telamon, v. 319-323 de RIBB. p. 61. C'est l'interprétation du thème 94.
$ Phoenix fr. 1 (RIBB. v. 298) ; cf. Fab. incert. fr. 12 (v. 392 sq).