AS EP
certains caractères distinctifs de la forme diatribique. Ils nous offrent en effet un moyen pratique de délimiter un groupe d’écrits dont nous pourrons ensuite déterminer l'unité d'inspiration. L'observation de quelques particularités de style nous permettra de confirmer les conclusions auxquelles nous aurons pu arriver en comparant des doctrines de même origine. Il est donc indispensable de résumer ici les résultats définitifs des travaux de Wilamowitz, Weber, Müller, Hirzel, Diels, Wendland, Norden, etc. sur le style diatribique.
S 1. — L'emploi du dialogue.
Le débat avec un interlocuteur fictif! est le plus évident de tous les caractéres formels de la diatribe. Qu'un maitre rédige lui-méme la conversation qu'il eut avec ses disciples ou qu'un éléve raconte ses souvenirs d'une lecon morale, aucune indication de lieu ou de temps n'introduit le débat de la diatribetype; rien n'y vient préciser la personnalité de l'interlocuteur que le philosophe apostrophe véhémentement; c'est là un premier trait qui différencie littérairement les diatribes et les dialogues socratiques; l’adversaire, vaguement désigné par le pronom (<:: jou, moins explicitement encore, par le sujet sousentendu de l'incidente (r:!.) exprime l'opinion vulgaire que condamnera le maitre. Le plus souvent ses objections timides sont formulées d'une maniére si plate qu'elles ne paraissent destinées qu'à rehausser les phrases autoritaires du sage?. On trouve pourtant dans l'histoire de la diatribe quelques développements attribués à «l'opposition». Ce sont alors comme deux petits traités contradictoires, et le second réfute le premier ?.
ll va sans dire que ce moyen d'expression a été la cause de multiples confusions. Bien des contradictions signalées chez les auteurs de diatribes doivent étre attribuées à des lecteurs inattentifs qui prirent pour des thémes orthodoxes les propositions réfutées; certaines d'entre elles, d'inspiration hédoniste et
1 NORDEN (/ahrb. für cl. Philol., Supplbd. XVIII, [1891] p. 344sq.) a signalé que ce procédé est apparenté à celui des prosopopées dialoguées de Platon. PAS CE/TEEBS, 13, 13:et/26,15;
8. Cf. PLUTARQUE, eol τῆς ᾿Αλεξάνδρου τέχνης ἢ ἀρετῆς; Maxime de Tyr, Διαλέξεις 5 et 6; 23 et 24; 32 et 33; sur Lucien cf. Bruns, Lukians philosophische Satiren, Rh. Mus. 43, p. 86 et 161.
comme des apophthegmes diatribiques !.
Les fragments dialogués de diatribes ont été tirés de ΤῊ contexte par des compilateurs et, précédés d’une ou deux lignes d'introduction, sont devenus des anecdotes, des chries. Nous
reviendrons sur cette métamorphose.
8 2. L'influence de la rhétorique.
Le style diatribique est profondément imprégné de rhéto- UE DeL rique. Nous allons pouvoir, en étudiant ce second caractére, fixer
plus nettement les origines du genre.
Les plus anciens Cyniques, ancêtres spirituels des auteurs : de diatribes, subirent l'action des rhéteurs sophistes; Antisthéne fut l'éleve de Gorgias et l'auteur d'emphatiques déclamations
sur la mythologie et la morale?; mais il serait exagéré d'assie j
miler ses écrits, comme on l'a fait, à de véritables diatribes. Le
Clitophon apocryphe de Platon reste comme un témoin de cette étape préparatoire, oü le dialogue socratique devient parénétique
et populaire. Sur Diogene, on est réduit aux hypothèses ; il
semble néanmoins probable qu'il enseigna quelque temps la rhétorique ἢ et qu'il écrivit des dialogues où il mettait en scène divers personnages mythologiques‘; mais les diatribes qu'on cite de lui sont certainement ne recueils de ses disciples.
genre se dégager denen. du « dialogue » » en se parant b tous les procédés de la rhétorique. On ne peut avoir aucun
! Diog. L. IV 48: τὸν πλοῦτον νεῦρα πραγμάτων; IV 91 δυσγένειαν πονηρὸν σύνοικον T αρρησίᾳ, etc. Er ? BLASS (Attische Beredsamkeit,l 310, sqq.) considère avec raison « Ulysse et Ajax » pour authentique; cette déclamation contient plusieurs comparai-