‹ Les origines de la diatribe romaineChapitre 32 sur 88 · VES AK · texte numérisé non relu

VES AK

Un demi-siécle plus tard, avec Accius, le méme fait se reproduit. Bien que le grand dramaturge romain ait fait preuve d'une tout autre indépendance que ses prédécesseurs à l'égard de ses sources, celle de ses tragédies que l'on considére le plus généralement comme euripidienne, Me/eager, est la seule dont plusieurs fragments relèvent de la philosophie populaire. — .

Il énonce l'équivalence de la colère et de la folie d'une facon significative :

Heu ! cor ira fervit caecum, amentia rapior ferorque (Meleager, tr. 9; RIBB. 224; cf. p. 63, note 2).

Une apologie de l'éducation spartiate des jeunes filles est plus caractéristique encore ; elle commence par une critique des habitudes dont sont victimes les femmes qui doivent vivre cloitrées dans leur demeures :

Umbris occuluntur parietum...

Nihil horum similest apud Lacaenas virgines quibus magis palaestra, Eurota, sol, pulvis, labor, militia studio est quam fertilitas barbara.

Revendiquer pour les femmes la méme préparation à la vie que pour les hommes (th. 70), donner en exemple Sparte et ses . habitants (th. 51 5), chercher à renverser les plus tyranniques préjugés, n'est-ce pas, en quatre vers, faire à plusieurs égards | œuvre de diatribiste ?

On sent chez Accius une audace plus grande à exprimer de maniére personnelle des idées générales. Les imitations de Sophocle elles-mêmes ne sont pas exemptes de tout souvenir d'Euripide ?, sinon des moralistes populaires; c'est en effet, dans le domaine restreint qui nous occupe, par une sorte de contamination de sentences morales qu'il faut expliquer les interventions spontanées de l'auteur latin en morale. Accius ne doit guére plus que les autres poétes dramatiques remonter aux sources

1 Ce fragment (/ncert. incert. fab. 111; RIBB. 307 sq.) est gp attribué au Meleager.

? Cf. Astyanax, fr. 4 (RIBB. 182) contre les devins (th. 94); Medea, ir T (RIBB. 220) sur les prêts de la fortune (th. 12 à); cf. aussi C/ytaemnestra, ir. 7 (th. 25); Agamemnonidae, fr. 2 (th. 54 a); on ignore quelle est la source de ces deux piéces.

AD

diatribiques !; il se contente de mêler aux pièces qu'il adapte certains traits empruntés à d'autres œuvres. Il n'y a du reste pas lieu d’insister sur ces remarques ; nous connaissons les originaux tragiques grecs; les maigres fragments des imitateurs romains ne nous apprennent rien sur eux ; il n'en était pas de méme de la comédie où nous ne pouvons plus distinguer la lumière hellénique que dans son reflet latin.

La premiére poésie romaine ne nous a permis de noter qu'une influence indirecte de la diatribe. Il faut descendre dans le temps jusqu'à César et dans la hiérarchie des genres jusqu'au mime, pour rencontrer un moraliste.

PUBLILIUS SYRUS aimait, comme Ménandre et Philémon, à couper ses dialogues comiques de sentences oü il condensait sous une forme énergique et sans apprét sa propre sagesse d'expérience et celle des autres. A les étudier, on ne perçoit pas l'unité d'un système coordonné, mais on reconnait cependant l'orientation générale d'un esprit qui, sans étre apparenté aux diatribistes, leur fait parfois des emprunts directs. La plupart des sentences sont de fines et spirituelles remarques sur la vie et les vices humains ; quelques-unes sont l'expression fort précise de différents thémes de la philosophie populaire. On sent que cet affranchi asiatique apporta dans la tradition comique romaine une mentalité étrangére; éveillé et instruit comme il l'était?, Publilius n'avait pu passer son enfance en Syrie sans remarquer les propagandistes qui parcouraient sa patrie. Il est probable qu'il s'en souvint lorsque, rendu ambitieux par ses premiers succès, il voulut attirer sur lui l'attention des lettrés *.

L'idée centrale de la doctrine diatribique est l'une de celles sur lesquelles il revient le plus volontiers :

Levis est fortuna : cito reposcit quod dedit *. Alienum est omne quicquid optando evenit ?.

! Les Didascalicorum libri d'Accius présentaient-ils un mélange de vers et de prose (cf. BüCHELER. Rhein. Mus. 35, p. 401) ? Même si on l'admet, rien ne permet de voir dans cette œuvre philologique une imitation consciente de la forme ménippique.

* Cf. MACROBE, Saturn. M, 7, 6-7.

* La réputation qu'il s'est acquise se manifeste d'une manière instructive pour nous par l'admiration qu'exprime au sujet de ses oeuvres un grand diatribiste romain comme Sénéque (cf. ep. 8, 8; 94, 28; 108, 9, etc.).

* Sententiae, ed. WôLFFLIN, 295; cf. 352; 379, etc. (th. 12 et 12a).

5 Sent. W. 1. (th. 12).

Nee Nw nC TG ^em o f MN b TAPPA SERE ad ir E NE Dc m AD EN mM Psy ἮΝ A oon

v s Δ ES rare ea

Tous les biens qu'on souhaite sont sans valeur, puisqu'ils pourront être enlevés; nos désirs sont donc PERTE nos passions doivent étre vaincues.

Effugere cupiditatem regnum est vincere!.

LS

Il faut se préparer aux malheurs, s'exercer à supporter les épreuves et se résigner à tout subir :

Feras difficilia ut facilia perferas *.

Feras, non culpes, quod mutare non potes *.

Comme on le voit, il s'agit ici d'inspiration d'ensemble et non d'imitation précise!; on reste surpris que des vers ascétiques? aient trouvé place dans des mimes, les productions les plus grossiéres du théâtre romain; certains traits subtils de psychologie amoureuse nous y étonnent tout autant. Il n'y a sans . doute pas lieu de supposer qu'on ait attribué à Publilius les pensées d'autres moralistes; mais on doit reconnaitre que les vers du mimographe n'ont pas toujours été conservés dans leur forme primitive; un grand nombre de ses sentences ont été rajeunies en devenant des citations « classiques » *. Il est fort possible que le caractere diatribique de plusieurs de celles que nous avons signalées ait été postérieurement accentué.

Le théâtre romain n'a donc subi que trés tardivement l'influence immédiate de la philosophie populaire. Jusqu'à Publilius Syrus on ne perçoit que l'écho affaibli d'imitations antérieures. En est-il de méme des premiers prosateurs ?

! 154; cf. 237 ; etc. (th. 78 et 84); parmi les passions, c'est l'avarice (th. 46 a ; 83 a) que le mimographe accable le plus souvent de ses traits: 14; 23; 26; 46 (ed. MEYER A.); 47 (M. A); 234; 628; pour la victoire sur les passions (th. 84 a), cf. 654, etc.

? 188; cf. 9; 190 (th. 52).

? 176 (th. 42). |

^ GERHARD a signalé pourtant la sentence 33 (a/eator, quanto in arte melior, tanto est nequior) qui est une traduction du mot de Diogéne sur le kottabos (DioG. L. VI, 46); cf. GERHARD, Phoïinix, p. 280. m.

* PÉTRONE (Sat. 55) transpose, pour faire la satire de ses contemporains, un passage de Publilius: c'est fort instructif, car il stigmatise le luxe scandaleux des Romains (habitations, vétements, basse-cour: th. 35; 39; 31). Pétrone compare son modèle à Cicéron et le déclare Aonestior.

5 Cf. NORDEN, Einleitung, p. 338.

ΠΥ νον C2 ER TR RARE RS, ΩΝ » ^ » »" 3 ἊΝ x

Page 1