LES PREMIERS PROSATEURS
Les plus anciens annalistes romains avaient écrit en grec, au moment de l'enthousiaste prise de contact entre l'hellénisme et l'Italie; la première moitié du IIme siècle av. |. C. est l'époque décisive de cette conquête intellectuelle; mais c'est aussi celle où résista le plus fougueux adversaire des Grecs, CATON, le Romain entre tous les Romains !. |
Le célèbre censeur peut-il avoir subi l'influence dont nous faisons l'histoire ? Les objections se présentent en foule à l'esprit; elles sembleraient méme, à premiére vue, de nature à empécher de poser la question. Comment le chef de tous les opposants aux idées grecques aurait-il pu trahir son parti au point de se faire le propagateur de ces mémes idées?
Il nous faut d'abord exposer les faits qui autorisent une pareille hypothèse.
A l'exception du Carmen de moribus, du fragment encyclopédique Ad "Marcum filium (et peut-être aussi à l'exception des livres sur l'agriculture qui n'entrent pas dans le cadre de nos recherches) toute la production littéraire de Caton, c'est-à-dire la rédaction des Origines et des discours ?, appartient à l'extréme vieillesse? de l'auteur. Sa carriére politique antérieure l'avait obligé à entrer en rapports fréquents avec des penseurs et des écrivains grecs. À Tarente, il avait fait la connaissance du pythagoricien Nearchos^; sa préture en Sardaigne avait été l'occasion de sa rencontre avec Ennius dont nous avons signalé les études diatribiques; peut-étre, comme le rapporte une tradition? qui n'a rien d'invraisemblable, ce lettré l'a-t-il initié aux beautés de la littérature et de la pensée grecques.
' La fameuse bibliothèque de Persée fut transportée à Rome en 167. Le parti de Caton remporta une victoire éphémére aprés six années de luttes, lors de l'interdiction faite aux rhéteurs et aux philosophes de séjourner dans la ville. Six ans plus tard l'ambassade de Carnéade marquait la fin de cette réaction; Caton n'y survécut pas longtemps; il mourut en 149.
? Caton entreprit la rédaction de ses discours pour leur faire prendre place dans les Origines (NORDEN, Efnleitung, I. p. 334; BAUMGART, diss. Breslau, 1905).
ὃ Cic. Cato maior, 11, 38.
* PLUT. Vita Cat. 2.
? De Viris illustr. 47 : « ab Ennio graecis litteris institutus ». ll n'y a pas lieu, je le reconnais, d'accorder une confiance illimitée à ce texte anonyme.