A PAPE
l'académicien Clitomaque ! : le scepticisme de Carnéade s'était imprimé pour toujours dans son esprit?.
Ne nous attendons pas, par conséquent, à trouver en ce grand satirique un réformateur moral de la trempe de Caton; il est un improvisateur génial, qui voit plutót dans la littérature diatribique une source inépuisable d'efficaces procédés formels qu'une mine de sagesse à exploiter pour le bien des hommes.
Les Romains avaient déjà reconnu cette dépendance; on le voit par cette comparaison d'un scholiaste : « Sunt autem dis-
putationes Bionis philosophi quibus stultitiam vulgi arguit, cui
peene consentiunt carmina Luciliana » (Ps. ACRO, ad For. ep. ll 2, 60). Mises en scène mythologiques“, parodies tragiques, fables Ὁ, parallèles moraux’, comparaisons typiques (le sage assimilé au médecin : v.:642; th. 74 .c.; les vicieux aux malades ou δὺο t 74 D), tous les moyens d'expression diatribique les plus habituels se retrouvent dans les fragments de satires. Le dialogue? y apparait fréquemment; les exhortations? y sont nombreuses et presque partout se manifeste cette énergie réaliste ^ des poètes du σπουδογέλοιον qui ne reculaient devant aucune obscénité. Quelle fut pour Lucilius là répercussion philosophique de cette imitation littéraire? Si grand que soit le nombre des thèmes de
! Cic. Acad. II 32, 102. Cf. CicHORIUS, Untersuchungen zu Lucilius, 1908, p. 45.
? V. 31; 753-756; il y a des traces de polémique contre les Stoiciens, v. 747; 1225 sq. etc.
? On peut comparer par exemple les vers 857 sq. avec KERKIDAS, Ox Pap. 3, p; 23.
* V. 1-54; cf. LUCIEN, Deor. conc.; aux vers 140-141, le mythe de Tantale -
est utilisé suivant l'habitude diatribique (cf. la note du th. 78).
5 V. 597-602 ; 605-607 ; 653-657. Lucilius oppose avec aigreur ses vers réalistes aux tirades grandiloquentes de Pacuvius (v. 587-875).
^ La fable ésopique (Halm 246) du lion malade et du renard parait servir chez Lucilius (v. 980 sq.), à la défense du th. 87 (les dangers de l'amour).
? V. 635-643: parallèle de l'àme et du corps: th. 52a; 174-176 : Synkrisis de l'amour pour les femmes et de la pédérastie ; cf. PLUT. Arat. 4 E 9 F).
8 V. 620-623; 658 etc.
? V. 609-617 ; 696 etc.
10 V. 44 (description d'un débauché); 575 sq. (le visage d'un homme en colère :
iam disrumpetur, medius iam, ut Marsus colubras disrumpit cantu, venas cum extenderit omnis.
Cf. la note du th. 86). On lit des expressions obscénes ou vulgaires, v. 72 Sq.; 623 etc.; des injures violentes, v. 494.