‹ Les origines de la diatribe romaineChapitre 38 sur 88 · DURE · texte numérisé non relu

DURE

Les satires ménippées de VARRON marquent une étape très importante de cette évolution. C’est, dans la littérature romaine, la première œuvre de forme et de pensée ouvertement cyniques. Si nous la connaissions autrement que par des fragments fort courts, bien des problèmes capitaux de l’histoire des idées se trouveraient résolus.

On s'est efforcé depuis plus de soixante ans! de reconstruire tant bien que mal la trame des 87 satires dont nous avons quelques mots ou quelques lignes; ce sont des recherches qui ne peuvent nous amener à aucune certitude. Comme la plupart des titres latins sont accompagnés d'un sous-titre grec *, imaginé par des grammairiens postérieurs pour définir le sujet principal de l’œuvre, on peut sans doute se rendre compte des idées essentielles défendues par Varron?; mais des suscriptions uniquement latines ou de celles qui ont la forme d'un proverbe grec, on ne peut qu'exceptionnellement tirer plus que des présomptions. Les échafaudages édifiés sur la réunion de fragments assez nombreux d'une méme satire autorisent parfois des hypothèses utilisables *; c'est cependant faire arbitrairement abstraction de la libre fantaisie (un des caractéres de la satire) que de toujours imaginer le lien le plus logique entre les traits que le hasard nous a conservés; nous baserons donc notre comparaison entre l'euvre de Varron et les sources diatribiques sur les textes isolés; ils nous permettent de comprendre pourquoi et comment Varron adapta au goüt romain la littérature et la philosophie cyniques.

Ce n'est pas dans sa jeunesse seulement que Varron composa des satires; sans doute les plus nombreuses de beaucoup

* VAHLEN, op. cit. 1858; RIBBECK, Rhein. Mus. 14, p. 102 et Gesc/. d. róm. Dicht. 1, 2"* éd. p. 243; NORDEN, /n Varror. sat. mernipp. observationes selec. Fleckeis. Jahrb. Suppl. 18, p. 265 et 19, p. 428; HIRZEL, Der Dialog, 1895, p. 436 ; HOLZER, Varroniana, Ulm, 1890; GERCKE, Hermes, 28, p. 135; CICHORIUS, Rómische Studien, Leipz. 1922.

? Cf. RIESE, Über die Doppeltitel Varron. Sat. Symb. philol. Bonn, 1867.

* Encore faudrait-il être sûr d'interpréter exactement le titre grec; on a dit que, dans le Desultorius περὶ τοῦ γράφειν, Varron a fait la satire de la composition diatribique où l'on « saute » sans cesse d'un sujet à un autre ; les fragments ne prouvent en rien qu'il y soit question de littérature plutót que de... peinture, par exemple.

* C'est le cas de Manius (édition BüCHELER, Petronii Saturae, adiect. Varr. relig. Berlin, 1904, ir, 247-268), Prometheus liber (423-436), Sexagesis (485-505), ταφὴ Mevirrov (516-539).

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remontent-elles à cette période de sa vie as cependant l'examen . de plusieurs uis ue montre que Técrivain avait repris dans

ses dernières années? un genre d' ouvrages où il pouvait défendre | avec la plus grande liberté les idées qui lui. étaient chères: il nous est donc permis dans bien des cas d'utiliser les renseignements fournis par d'autres écrits de Varron, pour rectifier ou confirmer nos jugements sur les satires.

Qu'est-ce qui poussa tout d'abord le jeune Romain à adopter la forme littéraire illustrée autrefois par Ménippe ?? La diversité des poésies morales qu'Ennius avait nommées Saturae, la variété des rythmes et des sujets dans l'euvre de Lucilius -avaient beaucoup plu aux lettrés; leurs esprits étaient tout disposés à admettre le genre plus complexe encore de la satire grecque ; le mime d'ailleurs, qui avait alors surtout la faveur des foules, ne devait-il pas sa vogue, pour une bonne part, à la fantaisie ahurissante de ses situations ?

Varron n'eut donc pas à atténuer les outrances de Ménippe ni le désordre voulu du plan de ses satires; bien au contraire, la

comparaison avec les dialogues de Lucien nous permet plutót de.

supposer dans l’œuvre latine une complication plus grande de la composition. Les changements de lieu et les épisodes s'y multiplient à l'infini; ils correspondent au nombre incroyable des sujets traités; Varron a rapproché du mime la satire ménippée.

1 Varron ap. CIC. Acad. post. 1 28: «In illis veteribus nostris, quas

Menippum imitati, non interpretati sumus...» CICHORIUS (Rômische St. p. 208 Sq.) place la composition de toutes les Ménippées entre 81 et 67.

? Cf. HIRZEL, I, p. 453, n. 4 sur la date des fr. 405-410; les fr. 183-185 me semblent contemporains des Rer. rust. libri ; il en est de méme du Manius que le fr. 256 (tum ad me ferunt quod libellionem esse sciebant) permet de situer aprés 48, c'est-à-dire aprés que Varron se fut consacré à la science et aux lettres. Je ne puis pas admettre non plus que τριχάρανος (fragment 556) ne soit pas une Ménippée sur les triumvirs (cf. WENDLAND, Philo und die kyn.-st. Diatribe, p. 49); la seule raison invoquée contre cette opinion est que Varron, son auteur, est désigné comme un συγγραφεύς (CICHORIUS, p. 211). Certains logistorici (en particulier Marius de fortuna, où l'histoire du guerrier romain illustrait le théme concernant la fragilité de la puissance) semblent étroitement apparentés aux Ménippées et sont postérieurs à 46; CICHORIUS (p. 223) a signalé lui-même l'identité d'inspiration de Catus de liberis, un /ogistoricus, et de la satire Sesculixes.

? C'est sans doute à Athénes, oü il étudiait, qu'il avait appris à connaitre l’œuvre du satirique (Cic. Acad. poster. 1 12); CICHORIUS (p..225) date ce ur entre 84 et 82.

# Varron semble avoir employé le procédé de la contamination ; il a par exemple, introduit dans 4 satires différentes la situation où un χατάσχοπος

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