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PLUTARQUE (de /ort. Roman. 3,
JI7 D)* Kzx- Miro ἔχει XixsoóAas τὴν φλεγομένην χεῖρα δείχνυσι βοῶν" ἘΠ Kit cx)vn9 τὴ νη yxpum ν᾿
Sénèque s’est souvenu de la même lecture quand il écrivait:
Ego dubitem quin magis laudem truncam illam et RETORRI- DAM manum Mucii quam cuiuslibet fortissimi salvam... Hoc bonum quidni inter prima numerem tantoque maius putem quam illà secura et intemptata FORTUNAE... (epist. 66, 51-52).
SÉNÈQUE (epist. 94, 63): PLURMIQUE (De fort. Rom. 13,
[A/exander] indignatur ab HERCULIS |. LIBERIQUE vestigiis victoriam flectere.
Il était question de Rome dans l'écrit qui a servi de source à Sénéque, ainsi que le prouve le texte suivant du rhéteur Moschus (Suas.1 2): Tempus est Alexandrum cum orbe et CUM SOLEdesinere... ultra LIBERI PATRIS tropaea CONSTITIMUS.
TA E , ' ' 326 A.B. Exo δὲ. τίθεμιχι χαὶ τὴν LA = ' er »
AE τελευτὴν... ὥσπερ ἄστρου , ' EN φερομένου... χαὶ ἡγεμονίας ζῆλον ἔσχε xat
MA hay ὑπερβαλέσθχ: τὰ Διονύσου xa
! Rolland rapproche avec raison de ce texte un fragment des Controversiae (V 2, 1), ce qui vient à l'appui de notre raisonnement.
On pourrait multiplier ces exemples, en citant ceux qui concernent Régulus, Décius, Tubéron, Scipion; ce serait inutile et fastidieux. Quant aux chries dont les héros sont des Grecs (c'est-à-dire des Spartiates !) ou Alexandre? (si l'on excepte les comparaisons de ce monarque avec les Romains), les analogies entre Sénéque et Plutarque sont trés nombreuses, mais ne nous apportent pas d'indices intéressants sur les Sextiens. La source de tous ces auteurs, comme celle de Sextius lui-méme, quand il cite ces exemples, c'est toute la tradition diatribique. On s'en assurera en se référant. aux themes-9Sf 5, 78 ο, etc. ^ Parce due ces moralistes furent au plus haut point les représentants de la philosophie populaire à Rome, nous nous trouvons empéchés d'utiliser, pour les connaitre davantage, la comparaison entre les auteurs qui les ont lus avec profit.
Il nous reste à examiner les questions de formé, Vu le nombre relativement restreint des fragments conservés, nous
1 On retrouve en particulier des dicta Lacedaemoniorum dans les Suasoires postérieures à Sextius. Cf. SEN. Suas. II 3; II 8; II 11.
? SÉNÈQUE nous donne la preuve d'une imitation sextienne à propos d'Alexandre, quand il dit : «//lius [A/exandri] ne ea quidem erant quae tenebat aut vicerat, cum... bella IN IGNOTO MARI quaereret. Non satis apparebat inopem esse, qui EXTRA NATURAE TERMINOS arma proferret? » (De benef. VII 2, 5). Fabianus s'était exprimé ainsi : «/GNOTI MARIS... Alexandrum rerum NATURÆ TERMINOS supergressum » (Suas. 1 10).
? Le De tranquillitate animi contient, contre l'ambition et la jalousie, un texte (chap. 10, 470 C-D) se rapportant, pour le vocabulaire, aux circonstances romaines et exactement parallèle à un passage de Sénàque (De ira III, 31, 2) qui précéde de quatre pages une citation étendue de Sextius (ch. 36). On a 'donc le droit d'y voir une imitation de Sextius, puisque Plutarque nous a appris (cf. p. 156), comme Sénéque (epist. 98), que Sextius avait mis en pratique ce précepte. Cependant, comme ces idées forment un /ocus communis de la diatribe (cf. FŒRSTER et SEIDEL, De a/iquot Plutarchi locis, p. 34 sqq.), cette attribution n'est nullement certaine.
SÉNÈQUE: Dedit mihi praetu- |. PLUTARQUE * * Ἄλλος dé cic Χῖος... οὐχ ἀγαπῶν ram, sed consulatum Sperave- εἴ τινος μερίδος ἣν ἢ δόξων ἢ δύναμιν ἐν τοῖς ἑαυram. Dedit duodecim fasces, τοῦ πολίταις εἴληχεν, ἀλλὰ χλαίων ὅτι μὴ φορεῖ παsed non fecit ordinarium consu- τροιχίους" ἐὰν δὲ xai og ἢ, ὅτε μηδέπω ΠΕ ὦ “Ῥωlém À me mumerari vohnt!an-: «8000. £9u. vs χαὶ FOOT TR RUE brarebes” xai num, sed deest mihi ad sacer- | ^. era Urt M πρῶτος AX socer E
dotium. Cooptatus in collegium sum; sed cur in unum? Consummavit dignitatem meam, sed...
etc:
devrons nous en rapporter aux jugements de deux des plus Srands stylistes du temps, les deux Sénèque.
Nous avons déjà parlé du ton parénétique de Sextius dans ses discours de propagande ! : nous savons l'impression profonde que ses traités faisaient sur leurs lecteurs; citons encore une phrase du plus célébre d'entre eux ; elle est assez éloquente pour nous dispenser d'insister : Cum . /egeris Sextium, dices: Vivit, viget, liber est, supra hominem est, dimittit me plenum ingentis fiduciae. In qua positione mentis sim, cum hunc lego, fatebor HD LIBET OMNES. CASUS PROVOCARE, : LIBET EXCLA- MARE : QUID CESSAS, FORTUNA? CONGREDERE ! PARA: TUM VIDES ! Illius animum induo, qui quaerit, ubi se experiatur, ubi virtutem suam ostendat... Libet aliquid habere quod vincam, cuius patientia exercear ?. Quand il veut résumer l'action littéraire et morale de Sextius, ce sont les expressions les plus essentiellement diatribiques qui viennent à l'esprit de Sénéque. Avec les mémes comparaisons guerriéres, il lance le méme défi que Bion à la fortune: Kx oe XyaUocisUmon mpeg; cn» doy «ἀλλ᾽ οὖν γε X»20x, χχὶ οὐ QAdxx?». Une citation de Sextius nous montre combien cette bouiisiian de pensée était justifiée: Sextium ecce cum maxime lego... Movit me imago ab illo posita : ire quadrato agmine exercitum, ubi hostis ab ommni parte suspectus est, PUGNAE PARATUM; idem, inquit, SAPIENS facere debet: omnes virtutes suas undique expandat, ut ubicumque infesti aliquid orietur, illic PARATA PRÆSIDIA sint et ad nutum regentis sine tumultu respondeant, etc, « Soyez préts », c'était là le texte sur lequel préchaient les propagandistes moralisants de la Gréce et les Sextiens; sur cet enseignement se fondait pour eux l'indépendance de l'ascéte. Pour rendre cette doctrine plus aisément compréhensible à la foule romaine, Sextius n'avait de prendre à ses modéles leurs comparaisons militaires *.
Fabianus s'est exprimé devant le peuple 5 dans le méme style diatribique. Gráce aux Sénéque, nous pouvons préciser davan-
! Cf. pages 157 sq.
* Epist. 64, 3-4.
3 TÉLÈS, 62, 2' UR ose 32:h).
EDISQ O90: cf. th. 92.15 lorsque TÉLÈS (53,17) veut montrer l’ adaptation du sage aux circonstances de la destinée, il dit : Aai ὥσπερ ἐπὶ στρατείας ὁ μὲν ἵππον ἔχων ἱππεὺς ἀγωνίζεται, ὁ δὲ ὅπλα ὁπλίτης, ὁ δὲ Bas ἔχων ψιλός.... etc.
* Disserebat populo Fabianus (SEN. epist. 52, 11).
tage. Ainsi que nous l'avons remarqué plus haut, le grand orateur, avant de devenir Sextien, n'était pas un déclamateur comme les autres. Ill avait une nature droite et sincère, un caractère où les élans du cœur jouaient le premier rôle; il ne pouvait donc pas accepter et reproduire tels quels les enseignements de la rhétorique romaine. Il renouvela l'éloquence de son temps en devenant le disciple de Sextius et en prenant comme modèles de style les grands prosateurs diatribistes. Malgré sa timidité et sa faiblesse naturelles, malgré la discrétion qu'il mettait dans son débit, il déchaina, autant par la grandeur de l'idéal moral que par la forme inattendue de l'exposition, le plus grand enthousiasme populaire. Erumpebat interdum magnus clamor laudantium, sed quem rerum magnitudo evocaverat, non sonus inoffense ac molliter orationis elapsæ !. |
Ses défauts, ce sont ceux de la diatribe. Sénéque le Pére lui reproche d'étre insuffisamment clair, parce qu'il sous-entend trop de choses: Sæpe minus quam audienti satis est eloquitur ?. Qu'est-ce là, sinon un effort vers cette concision qui est un des plus évidents caractères du style bionesque?? On se rend compte par ce fait seul de l'importance de Fabianus dans l'histoire du style latin réagissant contre la période cicéronienne. L'auteur des Lettres à Lucilius lui doit beaucoup à cet égard.
L'évolution a été si rapide que le goüt du fils est aux antipodes de celui du pére. Comme Fabianus semblait à Lucilius sans art en un temps οἷ le raffinement dans la tendance diatribique était parvenu à son comble, Sénéque le Philosophe excuse le disciple de Sextius de n'avoir pas prévu toutes les exagérations qui ont suivi. Ses concessions nous paraissent autant de litotes : Fabianus NON ERAT NEGLEGENS in oratione, sed securus ; itaque NIHIL invenies SORDIDUM ; ELECTA verba sunt, non captata.. SPLENDIDA . TAMEN QUAMVIS SUMANTUR E MEDIO. Sensus honestos et magnificos habes, non coactos in sententiam, sed latius dictos *. Humilia praeterea tibi videri dicis omnia et parum erecta : quo vitio carere eum iudico... sed
! SEN. Epist. 52, 11.
? Controv. ll, praef. 2.
? Cf. WEBER, De Seneca genere dicendi bioneo, no 26. * SEN. Fpist. 100, 5.
totum corpus, videris quam sit COMPTUM, honestum est ! ...Exibunt multa nec ferient... sed MULTUM erit IN OMNIBUS LUCIS, sed ingens sine tædio spatium ?.
Si nous nous rappelons qui parle ainsi, nous comprendrons que le style de Fabianus devait paraitre, en son temps, sinon au moment oü Sénéque écrivait, plein de recherches, éclatant d'antithéses, émaillé d'expressions populaires; bref, paré de tous les ornements de la diatribe ?.
Les fragments de Fabianus que nous avons cités plus haut, quand nous étudiions la pensée sextienne, confirment cette observation. Ce ne sont qu'interrogations pathétiques ', comparaisons à la navigation ὃ, à la guerre δ, aux animaux *.
Mais là n'est pas le secret de la victoire de Fabianus, l'apótre éloquent des Sextiens. Ce qui fit sa force irrésistible, c'est la sincérité. Et c'est aussi ce qui a touché Sénèque : ///ud præstabit, ut liqueat tibi illum |Fabianum] sensisse quae scripsit ὃ, Si Lucilius avait entendu le propagandiste émouvant, il eüt été conquis et n'aurait pu se maintenir dans son attitude de critique: Praeterea Ipso dicente non vacasset tibi partes intueri : adeo te summa rapuisset ?.
Nous comprenons maintenant pourquoi, suivant l'expression de Sénéque, les Sextiens ont «entrainé » tous ceux qui étaient en contact avec eux. Leur ingénuité d'honnétes hommes sans ambitions personnelles, le caractére sérieux de toute leur vie, la façon utilitaire, hygiénique et scientifique dont ils étayaient plusieurs de leurs théses morales, leur style méme qui paraissait simple en comparaison de tant d'excés des contemporains, mais ne négligeait pas certains artifices de forme toujours appréciés en Italie, tout faisait d'eux les restaurateurs moraux de la Rome antique. Est-il étonnant que le nom de Caton le Censeur se
' Epist. 100, 8.
* Cf. pages 12 sq.
^ Controv. Il 1, 11, etc.
* Controv. Il 6, 4: Navem in portu mergis.
* [b. : Quis imperator ob hoc ipse de proelio fugit, ut bene pugnaret exercitus ?
? Controv. I 1, 10.
S SEN. Epist. 100, 11.
RSEN SEmst.- 100, 3,
trouve si souvent dans les textes de Plutarque auxquels nous avons reconnu une origine sextienne? Ses écrits étaient en grande partie issus des sources mémes auxquelles puisaient les Sextiens ! ; il devait être pour eux le héros, l'autorité par excellence.
Voilà pourquoi, lorsque l'opinion publique encouragée par Auguste réclamait une réaction morale autant que politique, les Sextiens durent paraitre les hommes qu'il fallait, ceux que les
circonstances appelaient à jouer un rôle de premier plan. Ils n'ont |
été atteints par aucun des sarcasmes qui accablaient les prédicateurs populaires, leurs prédécesseurs immédiats. Ceux-là semblaient inutilement révolutionnaires, malgré leur stoicisme de façade; ils heurtaient maladroitement toutes les traditions, toutes les coutumes nationales. Les Sextiens, au contraire, semblaient les plus Romains des Romains; Sénèque le dit catégoriquement à deux reprises: Aomani roboris secta? et Romanis moribus philosophantem *.
Le róle de cette école a été court. Sa propagande exclusivement parénétique dépendait seulement de l'ardeur, de la conviction et de la valeur morale de quelques personnalités. L'abandon de toute théorie dialectique, de toute systématisation éthique condamnait la doctrine sextienne à paraitre inconsistante aussitót qu'auraient disparu ses protagonistes. D'autre part, le succés de ces derniers a été trop immédiat et trop grand # Leur enseignement a vite paru banal à force d'étre répété partout et le courant immense qu'ils ont déterminé a fait presque disparaitre de l'histoire leurs personnalités. Mais ce sont eux qui ont transformé la diatribe à Rome en l'adaptant aux besoins de leur temps et de leur pays; ils ont rendu ses enseignements moins intransigeants et plus humains; l’ascétisme méme s'est vulgarisé en devenant surtout une méthode pour vivre en bonne santé. Ce qui avait empêché jusqu'alors la philosophie populaire de prendre sérieusement pied à Rome, c'était son caractére individualiste et exceptionnel. Ses doctrines essentielles se sont, avec les Sextiens,
! Cf. p. 85 sq.
? SEN. Nat. Quaest. VII 32.
* Nat. Quaest. VII 32: Sextiorum nova... secta inter initia sua, cum magno impetu coepisset, extincta est. | :
ne 2
rapprochées des enseignements à tendances sociales du stoicisme !, ouvrant ainsi une artére nouvelle à la philosophie: le néostoicisme diatribique.
Devenu Sextien, Fabianus, nous l'avons vu, continua à déclamer. C'est dire qu'il est resté en contact avec les maitres de rhétorique de son temps et qu'il fut le véritable intermédiaire entre Sextius et l'Ecole. Gráce à lui, rhétorique et philosophie vont momentanément s'unir. Cette fusion, préparée, comme nous savons, par Porcius Latro et Arellius Fuscus, est désormais un fait accompli. Elle a donné aux maitres de l'art de dire une puissance sans limite dans le domaine de l'éducation et de la pensée ? : l'histoire, les sciences et la littérature pure en ont été profondément influencées, et sans réel profit pour Rome.
Il nous suffira, pour terminer ce chapitre, de caractériser briévement l'action des Sextiens, c'est-à-dire de la diatribe, sur les rhéteurs qui furent leurs propres contemporains ou furent ceux de leurs disciples immédiats.
Personne, parmi eux, ne se distingua par ses excès diatribiques autant qu'ArBUCIUS SILUS?; cet orateur avait en effet personnellement profité de l'enseignement de Fabianus, son cadet; Memini omnibus illum Albucium omissis rebus apud Fabranum philosophum tanto iuveniorem quam ipse erat cum codicibus sedere *. || aimait particulièrement à déclamer contre les richesses qui rendent esclave ; il reprenait donc l'exemple maintenant traditionnel de Fabricius : Munera, inquit, regra respuit : cum auro dominum noluit accrpere ». C'est surtout sur l'idée essentielle de la diatribe, l'instabilité des biens matériels, qu'il insiste ^; la prospérité apparente est la situation qui exige le plus de modération ?.
! SEN. Epist. 64, 2: Liber Q. Sextii patris, magni, si quid mihi credis, Viri et, licet neget, Stoici. Je rappelle que, si Sextius repoussa toute dialectique, il n'avait aucune répugnance, au contraire, pour l'étude des sciences physiques.
? Cf. LUCIEN, Somnium, 11. à
* Controv. VIII praef. 1 : [lle intempestiva in declamationibus eius philo-
. Sophia sine modo tunc et sine fine evagabatur. Albucius Silus naquit vers
99 av. J.-C. et se laissa mourir de faim vers l'an 10 ap. J.-C. (SuET. A/iet. 10). * Controv. ib., 4; cf. Controv. 1 3, 8; VII 6, 18. 5 Controv. I 1, 29.
$ Suas. 1 3 (cf. ROLLAND, op. cit. p. 36).
? Suas. 13: Magni pectoris est inter secunda moderatio. Cf. le mot de Fabianus (Suas. 1 9) : Modum imponendum esse rebus secundis.
Albucius n'en reste pas aux généralités théoriques ; il fait figure de révolutionnaire et, prenant parti dans la plus brülante des questions sociales de l'antiquité, celle de l'esclavage, il affirme, comme les anciens prédicateurs populaires: rremrnem natum liberum esse, neminem servum ,; haec postea nomina singulis imposuisse Fortunam. Denique, inquit, scis et nos nuper servos [luisse !.
De son style, nous ne savons rien qui le montre indépendant de l'influence sextienne; recherche des termes vulgaires et des petites phrases à effet, telle était sa caractéristique essentielle ?.
Le rhéteur Musa semble aussi avoir suivi les traces de Fabianus : on trouve dans les fragments conservés le méme abus des lieux communs philosophiques (Controv. VII 1, 14-15),le style à la fois compliqué et concis et les souvenirs historiques intempestifs (VII 3, 4; X 3, 5). Enfin, chose importante à remarquer, il est, comme les Sextiens, végétarien par hygiéne: Quidquid avium volitat, quidquid piscium natat, quidquid ferarum discurrit, nostris sepelitur ventribus. Quaere nunc cur subito moriamur: mortibus vivimus *.
SÉNÈQUE LE PÈRE, contemporain d'Albucius, est visiblement lassé, nous le savons, de ces sentences qui parurent vite des banalités * et de ces exemples historiques que son fils nommera les decantatee in omnibus scholis fabulae 5. Mais lui aussi a entendu souvent Fabianus et subi, comme les autres, la contagion désormais irrésistible. Les questions morales ont pris à tous les yeux une telle importance que le luxe et la débauche passent, au dire de Sénéque, pour les causes de la décadence oratoire *. Son caractere se montre proche parent de celui de Sextius, lorsqu'il oppose à l'apothéose de Caton l'Ancien et des Romains d'autrefois le tableau satirique des jeunes débauchés qu'il voit autour
' Controv. VII 6, 18; sur l'opposition d'Albucius à l'empire, cf. SUET. Rhet. 6. i ; |
* Controv. VII, praef. 3-4.
ὅ Controv. X, praef. 9-10.
* Cf. p. 185, note 3; il s'irrite méme contre les sentences à la maniére de Publilius Syrus (VII 2, 14) que d'autres orateurs du temps admirent et imitent au contraire (VII 3, 8-9).
? Epist. ad Lucil. 24, 6.
* Controv. 1, praef. 7.
de lui ! ; lorsqu'il insiste, dans ses peintures du luxe contemporain, sur la gloutonnerie de l'homme prorectus in omnia gulae libidinisque flagitia; i s'écrie alors: Vidi ebriorum sitim et vomentium famem (IV 1, 1). On peut signaler aussi, comme preuves de sa parenté spirituelle avec Fabianus, les expressions qu'il employa pour décrire la prodigalité des nouveaux constructeurs : /ntra aedificia vestra undas ac nemora comprehenditis... Scilicet ut domus ad caelum omne conversae brumales aestus habeant, aestiva frigora, et non suis vicibus intra istorum penates agatur annus, [ut sint] in summis culminibus mentita nemora et navigabilium piscinarum freta, arata quondam populis rura Singulorum nunc ergastulorum sunt latiusque vilici quam reges imperant. Maria proiectis molibus submoventur. ?.
Lui aussi reprend les exemples.les plus fameux de l'histoire romaine, Fabricius (Cozitrov. V 2, 1), Régulus, Crassus 5, etc. ; lui aussi développe les lieux communs diatribiques sur la fragilité des biens donnés par la fortune (ὁ. V 1, 1), sur les désirs (/b. V 5, 1) et sur les superstitions (/5. VIII 1 : 2).
Parmi les nombreux orateurs de ce temps que nous fait connaitre Sénéque le Pére, Labienus et Bassus paraissent de méme avoir subi directement l'influence de l'école sextienne. Le premier, violent républicain *, historien persécuté pour la franchise de ses.écrits et de sa parole, poursuivit, dit-on, avec véhémence les « saecu/i vitía»^; le second s'en prend aussi aux mœurs contemporaines {Controv. | 6, 5) et décrit avec un réalisme dont se souviendra Sénéque le Philosophe (Ep. 47, 5) le spectacle des orgies /nter temulentas reliquias sumptuosissimae cena et lastidiosos ob ebrietatem cibos$. D'autres traits de
: : Controv. Ι, praef. 9; comme Albucius, il fit partie de l'opposition politique et publia sous Caligula ses recueils de rhétorique oü l'on trouve un grand nombre de traits contre les tyrans et méme une citation de Cremutius Cordus, la victime de Tibére ; cf. Suas. VI 19 et 23. Caton l'Ancien est célébré l, praef. 9.
? [b. V 5, 1 et 2; la derniére expression est probablement un souvenir d'Horace : submovere littora.
* Comme Sénèque le Père (VIII 4, 1), il vante le courage de Caton d'Utique (Χ 3, 5). |
* Controv. X 4, 17-18. Sénéque nous donne des exemples de la maniére dont il attaque la pédérastie et la préparation des futurs gladiateurs.
* Controv. IX 2, 4.
Bassus, bien qu'ils soient diatribiques, sont alors exceptionnels à Rome : l'affirmation que le mari d'une femme riche est toujours un esclave !, et celle que la noblesse de naissance est sans valeur ?.
Cestius Pius, Capito, Q. Haterius, Asprenas, Cassius Severus, Montanus Votienus, Gallius Vibius, Gallio, etc., nous fournissent de nombreuses preuves qu'ils ont été influencés également par l'ambiance diatribique de leur époque : l'arsenal de leurs comparaisons suffirait à le démontrer; on y retrouve l'exemple des animaux ?, des médecins 4, d'Alexandre ὅ, des Spartiates *, d'Hercule 7, et, cela va sans dire, de tous les grands héros romains. Cestius Pius et Asprenas citent les poétes et développent avec zéle les
thémes concernant le droit au suicide et les malheurs de l'huma-
nité 9; Cassius Severus, l'admirateur de Publilius Syrus, reprend, dans son style háché et brillant, les lieux communs sur la crainte de la mort 19, la haine des tyrans !! et les droits des esclaves 13; Gallio s'éléve, en des phrases pleines de concetti et d'antithéses contre la religion anthropomorphiste!? et Gallus Vibius répéte, entre autres banalités enveloppées d'une savante obscurité, que la richesse n'est point un bien 1,
Dans tous ces fragments on voit la chrie date se dépouiller peu à peu de son contenu proprement philosophique et devenir le /acete dictum romain que les compilateurs recueillent et transmettent aux historiens, aux rhéteurs et aux hommes de lettres de méme qu'aux écoliers ; partout les thèmes de la morale
! Controv.]l 6, 5: Omnes uxores divites servitutem exigunt ; cf. la note
du μι 83 ὁ.
? Controy. 1 6, 33th. 16.
ὃ Controv. X 4, 9; Ill pr. 9: th. 30 a.
* CODteov. IX 55 6s th ΤΆΣ:
? Suas. 15; Cestius. Pius parla contre la divinisation des TROHAF QUES: ἐν moment où ce thème devenait à Rome d'une brülante actualité. 3 Had
of Omas: IEOoet'Iosith: 51 δὲ urn Ac hi Perder) CSHas AS: thi51 a. vore ud $ Coritrov. VII, 2,6, 7. et 10; 6; 17; X 2. 5 ; Suas. Vl 2,:sg.
VIL; 246 1: Controv. 1l 5, 2: th. 91 a.
Corntrov: AH 6. 15.47.
2 Controv. MI 9, 2 : th. 40 a. T | I3 Cortrov- X 0,443 th: 2 ἢ i Phe ia ut qp a TOP SN 14 Controv. 1 1,26: th. 20. uec d
? Controv. 1 8, 6; VII 1, 9; Suas. VI 6; citations de poétes : Controv.
ΝΣ WES c L «
populaire apparaissent comme la matière de phrases à effet et de périodes pathétiques '. Leur sens est voilé sous les oripeaux de la rhétorique; les scories des pédants récouvrent le noble métal forgé par Sextius. |
L'école sextienne a triomphé à cause de la sincérité de son créateur et de ses disciples, mais les alliés qu'elle a conquis l'ont fait disparaitre derriére une cohue de déclamateurs médiocres et de copistes maladroits. La secte mourut donc, mais son influence fut immense dans la législation, la littérature et la philosophie.
Gráce aux Sextiens, la diatribe conquit en Italie son droit de cité et devint l'un des éléments essentiels de l'évolution intellectuelle et morale de Rome.
! Cf. Controv. VII pr. 1.