‹ Les origines de la diatribe romaineChapitre 6 sur 88 · L'ÉVOLUTION DE LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

L'ÉVOLUTION DE LA DOCTRINE

Nous avons vu que la diatribe ne s'était fixée d'une maniére caractéristique qu'avec Bion; d'autre part nous avons étudié, à propos des textes, les principales manifestations de la philo- sophie populaire après l'ére chrétienne. C'est au sujet de la période qui s'étend de Bion à Philon qu'il importe surtout maintenant d'acquérir des notions précises sur le mouvement des idées.

Les écrits de l'époque précédente, d'Antisthéne à Bion, sont le trésor oü puise sans cesse le diatribiste; mais il suffira de rappeler en quelques pages ce qu'il nous faut surtout retenir de l'histoire du cynisme pau

. "fintisthéno τ n ἜΝΙ qu’ un précurseur de la gtatribe, avons- US

rique T a a emprunté à son He un FAP RP TERRE

1 Cf. GEFFCKEN, Xynika und Verwandtes, Heidelb., 1909, p. 18, sq.; ASMUS, Gregorius v. Naz. und Sein Verhältniss zum Kynismus, Theolog. Stud., 1897.

fondamental. La raison seule, pour lui, peut offrir une base

immuable dans tous les temps et valable pour tous les individus. La morale, qui est la partie essentielle de la philosophie,

doit être fondée sur la raison !; la vertu, c'est-à-dire la connais-

sance du. bien, peut-être. un ἌΡΤΩΙ d'enseignement. Le bien se

confond avec l'intérêt; le bonheur est donc le but de l’action. Ἢ

morale ?.

De ces principes généraux découlent certaines applications où l'accord subsiste entre Antisthéne et Socrate: pour connaître son intérêt bien entendu, il faut se connaître soi-même, et l'étude du visage peut servir à celle de l'àme. Pour juger exactement de l'intérét de tous et bien gouverner l'Etat, il faut être un sage; la démocratie athénienne refuse de tenir compte de cette vérité ; elle est donc condamnable *.

Antisthéne ne s'est pas interdit toute incursion dans le domaine de la métaphysique *. Comme Socrate, cependant, il reconnait que ce terrain reste hors de la portée de l'entendement humain ; e: catégorique méme que son maitre, il cherche à cela d'une argumentation sceptique qu il emprunte en partie aux sophistes: on ne peut déterminer un corps simple que par lui-

méme; on dit cé qui est, ou bien l'on ne dit rien "^ Ore

est donc impossible 5^. La défense de définir un objet par ses . qualités empêche naturellement la généralisation et l'abstraction. :

Ce nominalisme extréme n'aboutit pas cependant à un scepticisme absolu. Il n'est qu'une arme en faveur du pragmatisme, base logique du cynisme. Les systémes philosophiques. savants sont vains et contradictoires ; nous mourrons avant qu'ils ne nous livrent la vérité dont nous avons besoin pour . vivre aujourd'hui. Notre guide sera notre raison déterminant

chacune de nos actions; à cóté d'elle, Antisthéne admet qu'on

'-DIOG. E, VL, 13: τεῖχος ἀσφαλέστατον φρόνησιν.

? XÉNOPH., Conv. 2. |

* Diog. L. VI 11; ARISTOTE, Polit. Ill 13, 2, p. 1284 a, 14-17.

* Dioc. L. VI 17, parle d'œuvres d'Antisthéne sur la mort.

? C'est par une critique des copules logiques qu'Antisthéne raisonnait ainsi. Cf. ARISTOTE, Métaphys. IV. 29, 1024 b 33 et VII 3, 1043 b 23; PLATON, Théaet. 201 E et Soph. 251 B.

* Deux personnes qui se contredisent ne parlent pas du méme objet ;. cf. PLATON, Euthydème, 283, E - 286 E.

recoure à l'autorité d'un maitre; il conseille d'utiliser l'étymologie ! et l'interprétation des poètes ?.

Platon avait alors déjà fondé son système réaliste et idéaliste: la polémique ? des deux disciples de Socrate nous intéresse, car elle fut prolongée par les Cyniques^ bien après la mort d'Antisthéne et l'on en trouve des échos dans la tradition diatribique.

Ce n'est pas dans ses arguties sophistiques que réside le mérite du maitre de Diogène : son rôle fut surtout de transformer la morale rationaliste de Socrate en une éthique basée sur la volonté ; il vivait dans la misère et sut tirer, de l'exemple d'énergie que lui donnait Socrate, la meilleure lecon qu'il eüt jamais recue. En Socrate, c'est la force morale qu'il admire surtout. En voyant |

vivre un sage sans besoins, sans désirs, il s'est convaincu que |

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la vertu ne pouvait se perdre et que la liberté, l'autarkie, dépen- |

dait de-l'ascétisme: «Αὐτάρχη δὲ τὴν ἀρετὴν πρὸς εὐδὲχιλονίαν, -ὑνηδενὸς pem pili e —

EEE LR ROSEO RON EP POTOECILEVNY OT D “ὠὐχρχτιχὴς ἰσχύος 7.»

C'est de ce principe que découlent presque tous les thèmes -

de la diatribe. Antisthéne en tira le premier une application qui modifie profondément la morale socratique: les priviléges de la fortune que les hommes considérent comme des biens, ce sont en réalité des maux, car ils mettent en danger la liberté du sage ; le plaisir est un mal f.

Les premiers Cyniques ont développé la doctrine ascétique de leur précurseur; mais ils ont abandonné sa dialectique sophis-

1 EPICTÈTE, Diss. 1 17, 12, citant Antisthéne : '4oy παιδεύσεως ἡ τῶν ὀνομάτων ἐπίσχεψις. :

? Cf. sur le Sathon et l'Héraclès d'Antisthéne, contre Platon, DioG. L. III, 35 et VI, 3; les ripostes de Platon se lisent dans le Cratyle (436 C-437 E), le Théaetèté (156 A; 174 A), la République (VIH 568 ; X 596 A-607 A), l'Euthydème (301 A)et le net (251 B; 258 E-259 E). JOEL et DüMMLER ont vu des attaques dans d'autres dialogues, mais ils ont, à mon avis, échoué dans leurs démonstrations.

* Cf. Dioc. L. VI 25-26; 40-41 ; 58.

? Dioc. L. VI 11. C'est dans /'/7érac/és qu'il montrait surtout que l'exercice moral peut libérer (Dioa. L. VI, 16 et 18).

$ Cf. XÉNOPH. Memorab. III, 9, 34 et DIOG. L. VI, 3: μανείην μᾶλλον ἢ ἡσθείην. Certains traits ont été ajoutés à la figure d'Antisthéne par les Cyniques postérieurs pour la rapprocher de celle de Diogéne (DI0G. L. VI 4, 6, 13 et 21; Luc. Dial mort. 4, etc.). La réhabilitation des étrangers que PLUTARQUE (De exilio) lui attribue semble par contre conforme à son róle historique.

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tique !. Cette élimination créait en fait la philosophie populaire. -

Diogéne poussa à l'extrême l'austérité de la morale antisthénienne: peut- -étre, en préchant le renoncement absolu, prévoyait- il le prochain bouleversement du monde grec pendant la conquéte d'Alexandre. Pour ne pas souffrir, il faut réformer tous les jugements de l'opinion, mépriser ce qu'on adorait, rechercher ce qu'on, dédaignait ?. Diogéne veut briser les cadres des conventions sociales, pour que la vie humaine puisse se développer en conformité de la nature.

Cet individualisme ascétique n'a rien de mystique; il se base sur une critique exclusivement rationaliste; ses déductions sapent l'organisation politique et familiale? aussi bien que les convenances extérieures; aucune considération ne peut entraver la hardiesse du raisonnement destructeur ni la franchise de son expression. |

Diogène reprend la plupart des idées morales d'Antisthéne, l'hostilité à l'égard de toute science (Diog. L. VI, 27) et la défense des barbares; mais il reproche à son maitre de n'avoir pas mis avec assez de persévérance ses actes d'accord avec ses paroles“, et pousse plus loin que lui l'attaque contre les cultes et les doctrines religieuses. Il emploie pourtant, comme Antisthène, l'explication mythique et transmettra ce procédé à ses successeurs‘.

Cratés,) le principal d'entre eux, employait surtout la poésie | dans son apostolat. Il est moins violent que son maîtres, plus

1 La logique d'Antisthéne fut cependant défendue par Stilpon, le Mégarien Syrie (Diog. L. II 119).

? C'est de cette doctrine révolutionnaire qu'est sortie la légende représentant Diogéne comme un faussaire. « Refrapper les monnaies» signifie bouleverser les jugements traditionnels (JUL. or. VII, 211 B).

8. Cf. DüMMLER, Antisthenica, appendix, sur les fragments de Philodéme à ce sujet.

* Cf. PLUT., Quaest. conviv. II, 1, 7; DION, or. 8, 1.

5 Ce sont les mystères, les fêtes religieuses et les préjugés sur la sépul-

ture que condamna surtout Diogéne; il tourna en ridicule le panthéisme,

comme on le voit dans une anecdote mal comprise par Diogéne-Laérte qui la rapporte (DIOG. L. VI, 37).

6 Le dialogue de PLUTARQUE, Bruta animalia ratione uti, a comme interlocuteurs des personnages mythologiques et traite un théme cher à Diogéne.

Peut-être nous donne-t-il comme une image de ces écrits pleins d'humour

dont l'influence sur le genre du σπουδογέλοιον fut sans doute considérable. * Parmi les élèves de Diogène, il faut citer Ménandre, le θαυμαστὴς ‘Ouoov. 5 DigLS, Poetarum philosophorum fragmenta, p. 216, sq. GERHARD, Phoinix, p. 170, n. 2, exagére un peu l'adoucissement apporté par Cratés à la : doctrine.

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insinuant et c’est grâce à lui que le cynisme se répand dans gi toutes les classes de la société grecque. Satirique fécond, penseur vigoureux, il systématise les principes moraux de Diogene; il est surtout le missionnaire de la secte, celui qui a charge d'âme, 1᾿ἐπίσχοπος des vertus et des vices, le colporteur de sagesse pratique qui at se faire ouvrir toutes les portes! et va partout distribuer un peu de sa joie intérieure.

Sa doctrine précise la pensée cynique sur les faux biens et les maux illusoires: la renonciation volontaire de l'homme doit porter sur tout ce dont la destinée pourrait le priver contre son gré: l'exil n'est point un mal? à qui s'y condamne librement; il vaut donc mieux être sans patrie et sans famille.

C'est toute une grappe d’âmes que l'apótre entraina vers le cynisme: il fut imité par des poétes comme Monime, le sceptique. comme Phoinix^, l'apologéte des philosophes mendiants, comme Kerkidas?^, plus tard, un grave homme d'Etat; il attira à lui la féministe Hipparchie, une logicienne enthousiaste, qui heurta de front toutes les coutumes pour vivre en philosophe; il eut enfin pour disciple le frére d'Hipparchie, Métroclés, qui lui-méme fut suivi de Théombrote, de Démétrius et de Cléoméne, maitre de Timarque. Echéclés, un autre propagandiste, attira au cynisme l'énigmatique Ménédème 7.

Toute cette descendance du grand propagandiste ne resta pas fidèle à l’orthodoxie cynique; certains furent enclins à accepter des adoucissements que Bion proposait alors avec éclat dans ses diatribes; ils continuent sans doute la polémique? . entreprise par Cratés contre les Eudémonistes; mais ils semblent ss'étre laissés séduire par quelques théories de leurs adversaires. Leurs ancêtres spirituels voulaient que l'ascétisme préparát à lacceptation sereine de tous les coups du sort; interprété par

1 [Il est le θυρεπανοίχτης (PLUT. Quaest. conv. Il; APULÉE, For. 22, etc.).

? PLUT. De adulat. et amic., 28.

3 PLUT., De exil. 5; DIOG. L. VI, 88.

4 GERHARD, op. cit.

* HUNT, Oxyrynch. Papyr. VIII p. 20.

5 Dioc. L. VI, 97.

7 Sur les confusions entre Ménippe et Ménédéme dans Dioa. L. VI, 102, Cf. CRÔNERT, Xolotes und Menedemos.

* [I y eut une longue querelle entre Ménédéme et son ancien maître Kolotès (cf. CRÔNERT, op. cit.).

eux, ce dogme est devenu: «adaptez-vous à toutes les situations; sachez profiter de tout, méme de la richesse». C'est ainsi qu'une thése hédoniste s'est glissée dans le systéme de Métroclés: «Τὸν. πλοῦτον. βαχβερὸν εἰ un τις ἀξίως χὐτῷ χρῷτο».

Avant d’ étudier Bion, le représentant le plus important de la tendance nouvelle, disons quelques mots de Zénon, le premier Stoicien, qui lui aussi fut un élève de Cratés. ———^

Pendant la période cynique de sa carriére, Zénon écrivit sa. πολιτείχ 5, ouvrage violent s'il en fut, qui attaquait la patrie, l'armée, la famille, les cultes et les programmes d'instruction; plus tard, malgré l'abandon de quelques doctrines négatives, le Stoicien resta fidéle à l'ascétisme, au principe de l'absolue perfection du sage, et à l'antipolythéisme ; il conserva le rationalisme moral et garda la vertu comme la seule condition de l'indépendance et du bonheur humain. Pour lui, comme pour ses disciples, l'idéal du sage, c'est le Cynique*. De Zénon et de Cléanthe, on peut dire que presque seule la doctrine des προηγμένχ les sépare de Cratés*. C'est Chrysippe qui, malgré tant de traits qu'il posséde en commun avec les premiers diatribistes, coupa le pont entre les pragmatistes intransigeants et les érudits dialecticiens du Portique.

Nous l'avons vu: la descendance philosophique de Cratès s'écartait du cynisme rigoriste des premiers maîtres. On sent que, dés le début du llIme siècle, la secte subit une influence puissante qui altere ses caractères originaux; c'est celle de 570m, le plus grand des diatribistes.

Il avait été le disciple des Académiciens et, après avoir suivi les leçons de Cratés?, qui furent décisives, il écouta celles de Théodoros, l'hédoniste, et aussi celles de Théophraste; il utilisait également dans son enseignement les doctrines d'Antisthéne, de Stilpon, de Xénophon et de Métroclés. Il serait cependant erroné de faire de Bion un éclectique 5; il convient plutót de discerner dans sa vie des périodes fort distinctes que de chercher à con-

MDIOG:- E. Vb 95:

? Dio. L. VII, 4, où il est question aussi des ἀπομνημονεύματα Κράτητος rédigés | par Zénon.

?DroG. τ 1215 cf. EPICTETE, HI) 22.

* STOB. Il, chap. VII 7 g, p. 84, 21 (Wachsmuth); CICÉRON, Acad. poster. I, 37 et De fin. I 90.

*HDIOG: L. 1V.;.51: sq.

5 v. ARNIM VO p. 39-42) commet cette erreur.

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cilier, en un portrait composite, les renseignements que nous possédons sur lui.

Nous avons parlé plus haut de son rôle important dans l'histoire littéraire de la diatribe; celui qu'il joua dans l'évolution philosophique n'est pas moins grand. Pendant l'époque propre- . ment cynique de sa vie, il avait déployé une activité intense de propagandiste en s'adressant méme aux couches les plus basses de la population 1. A l'exemple de Cratès, il préchait l'ascétisme? et montrait le plus grand mépris pour quiconque manquait d'énergie?.

l| ne put exercer longtemps cette activité contraire à son tempérament. On lui reprochait déjà de ne point accorder suffisamment ses mœurs avec ses principes*. Il se rapprocha alors de Théodoros et pendant prés de trente ans il écrivit des diatribes oü il accommodait ses anciens postulats cyniques au goüt de son coacto cosi M QU τὺ ΟΡ τὴν

Fidèle au rationalisme d’Antisthènef, il considère la raison comme le bien le plus indispensable; elle nous apprend à nous montrer supérieurs aux circonstances, en nous adaptant à elles pour profiter de celles qui sont favorables et pour ne jamais désirer ce que nous n'avons pas, ni regretter ce que nous avons perdu *.

De là découle une morale pratique faite d'expériences quotidiennes et d'observations inspirées par le plus simple bon sens: il faut modifier ses prétentions suivant les difficultés du moment; l'avare a surtout tort de ne pas savoir user de ce qu'il a; mieux

! C'est ainsi qu'il faut, à mon avis, expliquer l'anecdote perfide des marins déguisés par Bion en étudiants (DIOG. L. IV, 53).

? DioG. L. IV, 48: μέγα xaxdv τὸ μὴ δύνασθαι φέρειν xaxóv.

* Dioc. L. IV, 47; c'est à ce moment qu'il écrivit son περὶ δούλείας (STOB. III, 2, 38, p. 187, Hense).

* Il répondait avec esprit (Gnomol. vatic. 157): Οὐδὲ γὰρ xal πυξίδες, αἱ τὰ χρηστότατα óáouaxa ἔχουσαι, ἀπ’ αὐτῶν ὠφελοῦνται.

* Cf. HIRZEL, Der Dialog, p. 60, et HENSE, 7e/. re/., p. LXXVI. C'est par Théodoros que Bion connait Aristippe qu'il cite assez souvent. Le fondateur de l'hédonisme avait la méme hostilité que les Cyniques pour les sciences.

5 Gnomol. vat. 162: Tv φρόνησιν παντοπώλιον τῶν ἀγαθῶν.

7 TÉLES, 6, 4 et 38, 10; PLUT., De tranq. an. 3. C'est ainsi que Bion, adver- Saire de la pédérastie (PLuT., Arator. 24), blàma Socrate de n'avoir pas profité des faveurs d'Alcibiade (DioG. L. IV, 49); on voit la déformation du principe de Diogéne: πρὸς πᾶσαν τύχην παρεσχευάσθαι (DIOG. L. VI, 63). Quand Bion cite Diogéne (STOB. II, p. 214, 16, Hense) et Cratès, (TÉLES, 38, 5), il leur préte des propos hédonistes.

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vaut ne pas changer d'amis,! etc. Cette méme expérience nous :

montre que les vraies joies sont rares; celles que nous offrent les circonstances extérieures de la vie sont décevantes: tout le cynisme pessimiste dont nous parlerons plus loin nait ainsi de l'hédonisme de Bion.

Par son attitude sceptique, Bion dépend aussi de Théodoros; il était déjà hostile à toute systématisation philosophique; il a pris.

désormais parti avec violence contre la religion. Il ne se désinté-

resse pas pour autant des problémes posés à l'homme par l'attente de la mort; mais, par de rassurantes comparaisons, il s'attache à ἀξ ΑΝ ἢ εἰ que la mort n’est pas à craindre: elle est analogue au sommeil et au néant qui précéda notre naissance 3. Bion condamne toute préoccupation concernant l'enterrement? et toutes les manifestations de deuil“; il généralise ses attaques et ridiculise la croyance aux oracles; il se moque des théories stoiciennes sur les prédictions? et sur la justice divine frappant les descendants des criminels 5.

Le plus ancien des innombrables imitateurs de Bion fut aussi

le plus important; l'influence d'Arzston de Chios dépassa même celle de son maitre à certaines époques, en particulier au cours.

du développement de la diatribe romaine.

Eléve de Zénon, puis de l'Académicien Polémon, Ariston fut séduit par le pragmatisme cynique’; il adopta presque intégralemerit les idées de Bion et contribua beaucoup à leur extension. Le style du créateur de la diatribe a passé également au disciple. Comme son maitre, il est en polémique avec les Stoïciens, dont il rejette les arguties dialectiques*; il déclare que la physique est un domaine où nous ne pouvons avoir accés?. En morale aussi, il

τα EVE ? TÉLES, 61, 2; Gnomol. vatic. 160.

? TÉLÉS, 31, 1. Diogéne et Théodoros ont précédé Bion sur ce point (Cic. Tuscul. S 102 et 104 du livre I).

*:DroG. L. IV, 48.

? PLUT.4UDe- Pyth: orac., τῶ;

5 PLuT. De sera numin. vindic. 19.

* Dioc. L. VII, 160.

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