ΓΙ Σ HT ON
slorification des mœurs barbares ! et des Spartiates ?. Certaines des COMPARAISONS bionesques les plus traditionnelles sont employées dans un sens nettement diatribique ; citons entre autres
celles de la navigation ? (th. 45 5) et des hydropiques * (th. 74 5b) où
le souvenir d'Horace fut décisif. A cóté des EXEMPLES tirés de
l'histoire romaine (Brennus”, Pompée, Marius 5, etc.), l'instabilité |
de la fortune est symbolisée par les destinées de Crésus et d'Irus *; le mythe de Prométhée* est longuement commenté. Plus souvent, les armes fourbies par les philosophes populaires sont utilisées pour des fins imprévues; ainsi, par une sorte de transposition, les thémes et les procédés d'expression créés dans un but moral, prennent une valeur érotique. Properce a parfois accepté cet enrichissement que lui offrait la tradition diatribique; Ovide en a abusé; le premier montre que les joies de l'amour lui permettent de dédaigner les richesses? et regrette les mœurs pures du temps où les amants connaissaient plus de sécurité !9. Ovide reprend, d'une facon analogue, les malédictions d'un amoureux craintif à l'adresse des flots et des navigateurs !!; mais il préfére adapter simplement une comparaison diatribique au domaine de l'amour : l'amant y joue le róle dévolu ordinairement au sage ; il est assimilé aux combattants ?, ou aux navigateurs !, et les animaux donnent des exemples profitables aux femmes sans honneur !#.
! Thème 14; cf. PROP. ΠῚ 13, 15-24, à propos de la coutume des Indous de sacrifier les veuves sur le bücher de leurs époux.
* Thème 51 δ᾽; cf. PROP. III 14; il vante les jeunes filles qui luttent nues en public avec des hommes : il faut comparer PLUT. Lyc. 14.
? TiB. 15, 75 sq. ; PROP. III 9, 29 sq. ; cf. HOR. Carr. II 10, 23.
* FASTI I 215 sq. ; voir page 145, note 5.
* OviDE, Pont. IV 3, 41-43.
7 Cf. la note du th. 78 c; PROP. HE 5, 17 ; OVIDE, Tristia, ΠῚ 7, 42; Port.
IV 3, 37 sq.
* PROP. ΠῚ 5, 8 sq.; cf. la note du th. 33.
? PROP. I 14, 9 et 23 sq.
'? PROP. II 16, 19 sq.; II 25, 35-38.
1 Ov. Amor. M 11; II 16, 15 sq.
? Amor. 19; Il 12; Ars amat. M 233-238 ; ΠῚ 565-566.
# Ars am. 11 9 sq. ; 237 sq.
^ Amor. 1 10, 25-29 (cf. LUCR. IV 1192 sq.) ; II 14, 35 sq.
e os m
SO ANLE. PR
Tels sont les éléments essentiels que les élégiaques latins ont empruntés aux poètes influencés par la diatribe, afin de pouvoir faire leur part dans le programme d'action. proposé par Auguste aux écrivains de son temps.
Il nous reste, pour compléter le tableau de cette époque, à examiner les ceuvres de quelques prosateurs, en particulier celle desrITLESPIVE, |
Orateur * et philosophe * avant tout, l'historien fameux apporta dans la composition de son ouvrage des préoccupations morales étrangères à la science, mais bien propres à le rapprocher de la famille intellectuelle qui nous intéresse; ces préoccupations sont les mêmes que celles qui inspirèrent les élégiaques, car ce sont celles qu'Auguste communiqua à tous les meilleurs de ses contemporains. Le rapprochement de Tite-Live et des élégiaques s'impose à nous par les faits; il justifie la phrase de Quintilien: Est emim (historia) proxima poetis (Inst. orat. mob 01)
Ce n'est pas seulement dans sa préface et dans les réflexions qu'il formule personnellement, que nous pouvons chercher la pensée de Tite-Live; c'est aussi dans presque tous les discours qu'il préte à ses héros; consacré par la tradition, c'était là un moyen commode d'exprimer des idées générales et d'échapper sans peine à la sécheresse des récits que fournissaient les Annalistes et Polybe. Tite-Live a bien soin de nous avertir qu'il n'écrit alors que du «roman historique ?».
Sans doute l'imagination de l'écrivain travaille-t-elle souvent sur des documents *, mais il considére que c'est pour lui un devoir de probité littéraire que de composer une œuvre en partie
! On se souvient de l'épigraphe de TAINE: /r historia orator qui résume tout l'Essai sur Tite-Live.
? SÉNÈQUE, ep. 100, 9.
? |l appelle ce genre de discours simulacrum (45, 25, 3); cf. 3, 67, 1 : ín hanc sententiam locutum accipio ; 9, 34, 26: haec taliaque cum dixisset; voir SOLTAU, Livius Geschichtswerk, Leipz. 1897, p. 15 et NISSEN, Kritische Untersuchungen. p. 25 sq.
4 C'est lorsqu'il commence à employer le style indirect que Tite-Live passe d'une simple transposition de ses sources à la pure invention. ll est parfois fidéle avec excés à ses documents; ceux qui datent du début du [er siècle av. J.-C. l'ont entraîné presque malgré lui à une sorte de polémique contre les tribuns (3, 67 et 68); il emprunte, sans s'en douter, à Polybe sa chronologie (32, 21, 10) etc.
uM Y
originale ; il amplifie, transpose ou invente de toutes pièces; il ne
citera jamais un discours que ses lecteurs pourraient trouver
ailleurs !. Il est donc inutile de dénombrer tous les anachronismes ?, les prévisions ex eventu* et les invraisemblances ^ dont fourmillent ces belles suasorize; on se demande souvent où, en dehors des discours, s'arréte la fiction dans laquelle l'auteur s'engage; la prudence conseille de considérer comme sans valeur historique tout ce qui chez Tite-Live forme l'introduction ou indique les
conséquences d'une harangue ?. C'est spécialement dans ce do- ΄
maine non historique que nous avons à chercher les documents « moraux » qu'il nous faut.
Le but ied se proposait Tite-Live est de servir l'idéal dont lui paraissait s'inspirer la politique d'Auguste; l'amitié qui l'unissait au princeps, les traditions austéres de sa famille et de sa ville natale”, ses opinions, tout poussait l'historien à lutter pour la réaction morale dont le signal avait été donné. Dans les discours qu'il imagine, on trouve donc les échos des luttes de son temps. Le résultat à atteindre est clairement défini : c'ést la concorde dans la paix civile$. Les moyens proposés sont justifiés jusque dans les détails : subordination des autorités militaires ?, interdiction des assemblées secrètes 19, retour au culte national t!;
! On se rend compte, par exemple, qu'il utilise des discours de Caton (cf. AULU-GELLE, VI 3, 36 et TITE-LIVE 45, 24, 3 sq), mais il se refuse à les citer textuellement : 45, 25, 2.
“ C. 4,4,1:1es mots 7n novo populo se rapportent aux Romains du 4π| siècle aprés la fondation de Rome; cf. 34, 5, 8, la citation faite par Valérius des Origines de Caton à un moment où celui-ci ne les avait pas encore composées.
? Cf. 4, 4, 4: Urbe in aeternum condita ; ci. 1, 9, 3; 36, 17, 13-16; etc.
* Cf. par ex. la lettre des Carthaginois à Annibal : 26, 12, 11, sqq.
? Cf. entre autres 21, 11; 1:
? TAC. Ann. IV 34. On sait, d’après TITE-LIVE IV 20, 7, qu'Acguste s'intéressa aux débuts de l'historien, avant méme qu'il eût publié les premiers livres de son œuvre ; CICHORIUS (Rômische Studien, Berlin 1922, p. 261 sq.) a montré, par l'interprétation du passage de SUIDAS sur Cornutus (Hercher fr. 83) que l'empereur assista à des lectures publiques par lesquelles le jeune Tite-Live cherchait à attirer l'attention du public sur son ouvrage encore inédit.
* PLINE, ep. 1 14, 6.
* Cf. 2, 32, 7 : Nullam... nisi in concordia civium spem reliquam.
' 39, 15, 2 sq. et 16, 6-11.
restauration des privilèges patriciens!, restrictions mises pour | ordre sénatorial à la liberté du mariage", etc.
On peut trouver, on le voit, dans cette ceüvre une apologie de toute la législation d'Auguste; cette défense était d'autant plus habile qu'elle était indirectement présentée. Et cependant Tite-Live avait la conviction que le gouvernement s'imposait là un effort inutile: les meilleures lois ne sont-elles pas tournées? La pensée de l'historien se reporte avec regret à l'époque oü nondum heec quee nunc tenet seeculum neglegentia deum venerat, nec interpretando sibi quisque... leges aptas laciebat?. Dans sa préface il gémit sur les temps où il vit; les lois Juliennes y paraissent intolérables au grand nombre, bien que tous reconnaissent que les excès commis les rendent nécessaires : Mec vitia nostra nec remedia pati possumus!.
Lorsque donc il donne de beaux exemples nationaux des vertus, c'est toujours à ses contemporains qu'il pense; c'est sur eux qu'il veut agir: ad 7//a mihi... pro se quisque acriter intendat animum, quee vita, qui mores fuerint... Inde tibi tuaeque reipublicæ quod imitere capias, inde laedum inceptu, faedum exitu, quod vites». Son œuvre sera toujours une comparaison, exprimée ou sous-entendue, entre un grandiose passé et un présent désespérant* : Nuper divitiae avaritiam et abundantes voluptates desiderium per luxum atque libidinem pereundi perdendique omnia invexere *.
C'est de sa grandeur que Rome est maintenant la victime 5, une grandeur qui ne lui permettrait méme plus, en cas de danger, de faire les efforts qui l'ont sauvée autrefois : Adeo in qua
19, 46, 10: (Appius Claudius) senatum primus libertinorum filiis lectis inquinaverat.
"^ 4, 2, -6: le mariage des patriciens avec des plébéiennes est qualifié ainsi: comluvionem gentium, perturbationem auspiciorum... ne quid Sinceri, ne quid incontaminati sit...; connubia promiscua habere... ut ferarum prope ritu vulgentur concubitus plebis patrumque. La réponse de Canuleius ne détruit pas l'impression que fait cette véhémence.
? [bid. 9-10.
* Cf. 8, 11, 1: Haec, etsi omnis divini moris memoria abolevit nova peregrinaque omnia priscis ac patriis praeferendo, haud ab re duxi... referre.
1 "Praef. 12.
* Praef. 4: ut iam magnitudine laboret sta.
laboramus sola crevimus, divitias luxurramque!. Pour les besoins de sa cause, Tite-Live imagine donc souvent un personnage d'autrefois, ardent à condamner les vices de ses contemporains; mais il sous-entend toujours qu'il ne s'agissait alors que des premiers symptômes d'une maladie qui exerce actuellement tous ses ravages : Vix tamen illa, quae tum conspiciebantur, semina erant futurae luxuriae ?.
S'il gémit tant sur la /uxuria de son époque, c'est moins dans une inquiétude de moraliste que de patriote; il redoute pour Rome l'excés de la prospérité. L'idée que tous les biens de la fortune sont fragiles et que celui qui s'y. confie peut être précipité du faite de sa grandeur dans l'abime est une des pensées qui sont à la base de toute la diatribe (th. 12 et corollaires); elle revient constamment dans les œuvres de Tite-Live. Où l'a-t-il prise ? Trés probablement dans Varron; il avait dû la développer longuement dans ses d/alog; de philosophie populaire par lesquels il avait commencé sa carriére littéraire ?.
L'influence de Varron sur Tite-Live est évidente: elle s'explique aisément par une parenté intellectuelle et sentimentale, et par l'identité des aspirations morales et nationalistes. Elle est d'ailleurs prouvée par l'un des textes que nous avons à commenter. On se rappelle le sermon que Paul-Emile prononce sur la situation lamentable de Persée : Exemplum insigne cernitis, inquit, mutationis rerum humanarum. Vobis hoc praecipue dico, iuvenes. Ideo in secundis rebus nihil in quemquam superbe ac violenter consulere decet nec praesenti credere fortunæ, cum, QUID VESPER FERAT INCERTUM sit (livre 45, 8, 6).
Nescis quid vesper serus vehat était le titre d'une des Satires ménippées de Varron, oü il était sans doute question de la
luxuria de mauvais goût des gloutons romains. Les textes de.
Tite-Live sur les vicissitudes de la fortune sont trés nombreux *;
? Sénéque s'exprime ainsi: Scripsit ET dialogos, quos non magis philosophiae adnumerare possis quam historiae, ET ex professo philosophiam continentes libros (ep. 100, 9). L'opposition marquée par Sénéque entre les deux sortes d'écrits montre clairement qu'il s'agissait de philosophie populaire dans les premiers et de philosophie scientifique dans les seconds. Les dialogi étaient, en somme, des diatribes illustrées par de nombreux exemples pris dans l'histoire romaine. Je n'insiste pas sur ce fait qui est acquis depuis longtemps ; cf. HIRZEL, Der Dialog, lI (1895), p. 22.
4 Cf. par exemple 30, 30, 16-18; 42, 62, 4.
vr ΨΩ σον PERO MUI OR PEN
iri alea dc oa dd n τινὰ TT
ils se rapportent souvent à l'ensemble de la cité et non à des individus ; l'historien se plait à préter à un Carthaginois un discours célébrant la sagesse qu'ont montrée autrefois les habitants de Rome : Populum Romanum eo invictum esse quod in secundis rebus sapere et consulere meminerit'. Des propos semblables sont attribués ailleurs (livre 27, 45, 12) à Scipion l'Africain.
On n'arrive à cette victoire sur soi-méme que gráce aux vertus recommandées par Scipion à Massinissa : la temperantia et la continentia libidinum?. Mais ce n'est que dans le passé de Rome qu'on peut les trouver agissantes ; pour les faire revivre et pour préserver la patrie des dangers qui la menacent, il faut donc rappeler leur action bienfaisante ; il faut célébrer la gloire des premiers Romains ; pour étre progressiste, il faut étre réactionnaire et avoir toujours à la pensée l'exemple donné par les ancêtres : Ceterum aut me amor negotii suscepti fallit, aut nulla unquam respublica nec maior nec sanctior nec bonis exemplis ditior luit (Praef. 11). C'est dans ces souvenirs que Tite-Live trouve la force de supporter son temps : £go ...hoc quoque labois praemium petam, ut me a conspectu malorum, quae nostra tot per annos vidit aetas, tantisper certe, dum prisca tota illa mente repeto, avertam (Praef. 5).
Dans cette communion il se sent devenir peu à peu meilleur c'est-à-dire « antique » : Mrhi vetustas res scribenti nescio quo pacto antiquus fit animus?. ll ne faut rien abandonner des traditions religieuses, car elles sont solidaires des traditions nationales '; le maintien du passé est bon en soi : Mhil motum ex antiquo probabile est^; et le plus grand éloge qu'on puisse faire d'un personnage est de dire qu'il est antiqui moris 5.
Les caractéristiques essentielles des mœurs antiques sont l'absence de richesses et le fait qu'on n'en désire pas? (th. 20 et
! 30, 42, 16; cf. 42, 62, 11: /ta mos erat in adversis vultum secundae fortunae gerere, moderari animo in securndis.
"39, 11, 5; cf. (22, 60, 5 sq.) un long exposé sur la rigidité des mœurs
antiques.
* || n'y eut jamais, dit Tite-Live dans sa préface (S 11) un autre pays /r quam civitatem tam serae avaritia luxuriaque immigraverint, neque ubi tantus ac tam diu paupertati ac parsimoniae honos fuerit.-
ig
corollaires); les héros de Tite-Live sont présentés avec une mise en