‹ Les origines de la diatribe romaineChapitre 72 sur 88 · ROAD · texte numérisé non relu

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rable à Alexandre, et d’un autre écrit, de tendance absolument hostile au conquérant !.

Outre ces œuvres grecques, Quinte-Curce a souvent imité Tite-Live ? et a subi profondément l'influence de la rhétorique de son temps ; de là vient l'importance extréme qu'il accorde aux développements où Alexandre est représenté comme le favori de la Fortune ; c'est donc par l'introduction d'éléments romains qu'il convient d'expliquer les divergences de Trogus et de Quinte- Curce ?. Il n'y a pas lieu de supposer ! que ce dernier se soit servi de deux sources grecques hostiles à Alexandre, tandis que Trogus n'en connaissait qu’une; c'est la rhétorique romaine « diatribique » qui inspira à Quinte-Curce la grande sévérité avec laquelle il jugea le héros macédonien. Il faut distinguer de cela certains traits stoiciens qui apparaissent dans la littérature, dès le moment où le Portique prend à Rome une importance morale de premier plan, grâce à l'activité d'Attalus, dé Cornutus, de Rubellius Plautus, de Traséa Paetus et de tant d'autres. Quand donc Quinte-Curce affirme son fatalisme”, il montre qu'il a entendu les lecons de ses contemporains.

La faveur de la fortune est un triste privilége, dit-il, car elle trahit et corrompt tous ceux qu'elle touche: Proinde fortunam tuam pressis manibus tene : lubrica est nec invita teneri potest 5. — Res secundae valent commutare naturam '*.

D'une maniére analogue à celle des Cyniques opposant φύσις

ἃ δόξχ (ou νόμος) 8, Quinte Curce souligne l'antithése /ortura-

natura: Homines, cum se permisere fortunae, etiam naturam

-dediscere?; il applique à l'étude d'Alexandre l'alternative τύχη

']| est inutile de chercher à préciser le. nom de l'auteur qu'utilisa Quinte-Curce. KAERST (Forschungen zur Gesch. Alexanders, Stuttgart 1886, p. 102) a proposé Timagéne en se basant sur une citation trés vague (IX 5, 21).

? Cf. VI 6, 10 et TITE-LIVE IX 18, 3.

? Cf. SCHWARTZ, Pauly-W. 1885.

* Cf. RUEGG, op. cit.

* [II 6, 18; IV 6, 17; V Il, 10; X 1, 30. Cf. DOSSON, £tudes sur Quinte- Curce, p. 263.

5 VII 8, 24 ; surl'inconstance de la fortune, cf. III 8, 20; III 11, 23; IV 14, 19; VIII 14, 43.

TX I, 40; cf. ΠῚ 2, 17: isi etiam naturam plerumque fortuna corrumperet.

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ἢ ἀρετή sur laquelle Plutarque rédigea toute une diatribe!, puis il conclut: cum plurimum virtuti debuerit, plus debuisse fortunc *. * :

À la suite de sa source clitarquienne, il vante la belle simplicité du héros ?, son énergie ascétique ὁ et son courage devant la mort^; mais la fortuna le transforme en un tyran esclave de toutes ses passions: /7íc vero palam cupiditates suas solvit continentiamque et moderationem, in altissima quaque fortuna eminentia bona, in superbiam ac lasciviam vertit 9.

Qu'il célèbre le glorieux monarque ou qu'il l'accable, Quinte- Curce en profite toujours pour ciseler une serzfentia à effet sur un des thémes de la philosophie populaire. |

Le discours des députés scythes à Alexandre (Livre VII 8, 10-30) est un passage où l'historien romain suit exactement sa source anticlitarquienne ; il est tellement farci de sentences qu'au moment de transposer cette diatribe (qui nous donne comme le complément du tableau des mœurs scythes adapté par Trogus *), l'auteur éprouve le besoin de s'excuser d'avoir dépassé la mesure observée dans les écoles romaines de rhétorique: Sic, quae locutos esse apud regem memoriae proditum est, abhorrent forsitan moribus hominibusque et tempora et ingenia cultiora sortitis. Sed, ut possit oratio eorum sperni, tamen fides nostra non debet ; quae, utcumque sunt tradita, incorrupta proferemus 8.

L'avidité infinie d'Alexandre est condamnée au moyen d'une comparaison avec la petitesse du corps humain: S; di habitum corporis tui aviditati animi parem esse voluissent, orbis te non caperet. On reconnait ici une transposition du théme utilisé par Horace, lorsqu'il condamne l'avidité humaine en se fondant sur la capacité d'un estomac?. Les antithéses et les comparaisons bionesques se succèdent: Quid tibi divitiis opus est, quee esurire

! Μερὶ τῆς " -AAezávógov τὺχηςἢ ἀρετῆς.

? X 5, 35; cf. IV 16, 27 ; ΝΗ] 10, 18; X 5, 26 et SCHWARTZ P.-W. 1889. 51} 5, 2; cf. Wiener apophtheg. Samrml. Wachsmuth, 1882, No 107.

4 VII 5, 12; VIII 4, 28; X 5,27 et 32.

9 VI 6, 1; cf. IH 12, 18 sq.; VHI 10, 18.

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