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CHAPITRE XI

Rome et l'État pontifical, de la mort de Frédéric II à l'intervention de Manfred.

Evincé de la Haute Italie et de la Toscane, le Saint-Siège se trouvait-il au moins maître chez lui ? C'eût été là une grande nouveauté et une sérieuse compensation. Il n'y avait, en 1251, rien de chimérique à l'espérer. Les provinces que la mort de Henri VI avait fourni à l'Eglise l'occasion de revendiquer, la mort de Frédéric II semblait lui en promettre la possession défmitive et certaine, à condition qu'elle sût les organiser. Innocent IV comprit l'urgence de cette tâche, et quand il se dégageait si promptement des affaires lombardes et toscanes, il songeait sans doute à la Sicile, qu'il se flattait d'arracher aux Hohenstaufen, mais aussi à l'Etat pontifical, qu'il était pressé de reprendre en main. Dans quelle mesure lui-même et son successeur y réussirent-ils (i) ?

A coup sûr, il ne se faisait pas illusion en escomptant la chute immédiate de ce qui subsistait encore de l'administration et de l'autorité impériales. A.u moment où disparaissait Frédéric, les hasards de la guerre avaient abouti à compliquer singulièrement la carte politique (hi pays. Mais en dépit de récents retours de fortune, dont il s'exagérait lui-même ou grossissait pour les autres l'importance (2), l'empereur, cela n'est guère douteux, avait, dans l'ensemble, perdu beaucoup du terrain naguère gagné. Ifne tenait plus que quelques villes, qui n'étaient pas groupées dans une même région, mais bizarrement jetées, comme des îlots, au milieu de celles qui reconnaissaient le pape. Dans le Patrimoine, Viterbe, depuis que son parti y avait repris le dessus en 1247; dans le Duché,

(1) Voir Tenckhoff, der Kampi der Hohenstaufen um die Mark Ancona und das Herzogtum Spoleto.

(2) BFW. 3823, lettre à Vatacès, de septembre 1250, dans laquelle il se dit redevenu maître de toute la Marche d'Ancône et du Duché.

Foligno seulement et Gubbio; peut-être Terni d). Dans la Marche, Osimo et Gingoli, au nord; Matelica et Fabriano dans le diocèse de Gamerino, puis Fermo avec ses petites voisines Sant' Elpidio et Macerata,, enfin Ascoli à l'extrême-sud. La liste n'est pas longue. Il faut ajouter que nulle part sa domination n'était bien solide. Non qu'il se fût fait détester, en combattant les ambitions, en rognant les franchises des villes ; au contraire, toutes celles qui s'étaient ralliées à lui, à un moment quelconque, y avaient gagné quelque chose. Mais ceux même qui avaient bénéficié de ses faveurs ne demandaient, suivant l'usage, qu'à se les faire confirmer par son adversaire. Ils n'estimaient un résultat définitivement acquis, et mis à l'abri de toute éventualité, que lorsqu'il avait été enregistré par les deux compétiteurs qui semblaient destinés à se disputer perpétuellement l'Italie centrale. Il ne fallait pas attendre d'eux une fidélité reconnaissante. D'autre part, la défiance systématique de l'empereur portait les mêmes fruits qu'en Toscane. Ses agents, tous étrangers au pays, et fréquemment changés, n'avaient pu prendre racine. Lui mort, ils n'essayèrent même pas un commencement de résistance. Le Saint-Siège ne trouva donc en face de lui aucune opposition systématique et organisée ; et comme il n'avait d'ailleurs aucune idée de vengeance, les soumissions se firent attendre là seulement où les intérêts des amis de l'Eglise et ceux des rebelles étaient tellement opposés, qu'il n'y avait pas moyen de récompenser les uns sans punir les autres, ou de pardonner à ceux-ci sans paraître sacrifier ceux-là.

C'est ainsi que les impérialistes Viterbais mirent un véritable empressement à reconnaître le pape; les statuts compilés en novembre 1251 (2), alors qu'ils étaient encore les maîtres, sont faits (( en l'honneur du seigneur Innocent, pape, et de ses frères les cardinaux »; un article prescrit au podestat de saisir pour le compte

(1) La date de la réconciliation de Terni avec le Saint-Siège est difficile à fixer. Elle n'avait pas eu lieu en avril 1249 (BFW. 8239). Il y est fait allusion dans une lettre d'Innocent IV du 23 juillet 1252 (R. III, 128) comme à un fait déjà un peu ancien (dudum!. D'après la même lettre, elle doit être antérieure à la fin de la légation du cardinal de Saint-Georges en Vélabre. Celui-ci avait été créé légat pour l'Italie centrale et la Sicile en avril 1249 (Rodenberg, Innocenz IV ynd da^ Konigreich Sizilien, 69); le pape lui enleva ses pouvoirs en octobre 1250 (ibid., 87) et les lui rendit en janvier 1251 {ibid. 95). Il les garda jusque vers novembre 1251 (ibid. 111). Il me paraît probable que la soumission de Terni au pape date de la première de ces deux périodes; il ne semble pas que dans la seconde le cardinal ait exercé en fait sa légation en dehors de la Marche et des Abriizze^s. Toutefois ce ne peut pas être une certitude.

(2) Ciampi, Cronache e statuti délia città di Viterbo, p. 449 (collection des Documenti di storia italiana, tome V).

de la commune toutes les propriétés acquises au nom de Frédéric II (1). Mais en même temps les intérêts privés se défendent. Un autre article dispense du sindacato, ou vérification de leur gestion, ceux qui ont occupé des charges du temps de la domination impériale. D'autres proclament valides et interdisent de contester les actes rédigés durant la discorde entre le pape et l'empereur par des notaires excommuniés à raison de leur attitude politique. Mais surtout il est déclaré qu' « en vue de maintenir la paix et la tranquillité dans la ville », on ne permettra pas d'y rentrer « à ceux qui avaient été bannis ou s'étaient volontairement éloignés au moment où Viterbe s'était donnée à l'Empire, à moins qu'ils n'eussent renoncé au préalable à tous les privilèges, concessions ou grâces obtenus du pape ou de ses légats, contrairement aux lois de la commune, et à tous droits ou actions en dommagesintérêts qui pourraient leur appartenir, tant contre la commune que contre des partir-uliers » (2). Difficile abnégation que le pape dut imposer à ses partisans, en même temps qu'il accordait luimême aux anciens rebelles une amnistie complète, par sa lettre du 17 avril 1252. Et malgré tout la réconciliation des partis ne se fit qu'aux mois de mai et de juin 1253 par les soins de maître Ubaldo, chapelain pontifical, accrédité à cet effet (3). — Dans le Duché, Terni se soumit avant la fm de l'année 1251, si même ehe ne l'avait fait déjà du vivant de Frédéric II; le pape lui fit abandon, moyennant dix mille livres dont cinq mille seulement furent payées, de tous les revenus de l'Eglise qu'elle avait indûment perçus durant sa longue rébellion (^). — A Spolète, les impérialistes exilés firent leur paix, le 28 novembre 1251, avec leurs concitoyens de l'intérieur, promettant obéissance à l'Eglise (5). — Nous ne sommes pas renseignés, par contre, sur la date de la soumission de Gubbio et de Foligno; mais elle fut assurément tardive, et l'on en voit facilement les raisons. Ces deux villes avaient des ennemies, dis-

(1) Ciampi, p. 522 (3« section, art. 97).

(2) Ibid., pp. 535-537 (3' seclion, art. 159, 160, 161, 163, 164. L'art. 166 interdit particulièrement aux églises de réclamer des indemnités pour leurs revenus usurpés).

(3) Cf. les documents publiés par Pinzi, Storia di Viterho, II, 9 et suiv.

(4) R. III, 128; 23 juillet 1252. Il résulte de ce qui est dit à la page précédente, que cette soumission est au plus tard de la fm de 1251. De plus, le 26 juillet 1252, le pape prenait Terni sous la protection de l'Eglise et promettait de la conserver toujours dans son domaine direct (Angeloni, Sioria di Terni, 612; ce privilège n'était d'ailleurs que le renouvellement d'un privilège semblable de Grégoire IX du 12 mai 1232; ibid., 607).

(5) Sansi, Documenti in sussidio délie memorie Umbre, 202.

posées à venger contre elles les injures de l'Eglise (D, et qui tenaient à cette vengeance plus que le pape lui-même, mais que le pape était bien obligé de suivre. C'est ainsi qu'Innocent IV ordonna à son légat dans l'Etat pontifical, le cardinal de Saint-Georges en Vélabre, de faire détruire le bourg de Gastiglione Aldovrandi, bâti par Gubbio contrairement à ses engagements envers Pérou se (2) ; et confirma le privilège par lequel il avait accordé à Gagli les domaines que Gubbio possédait dans son propre comté, à l'est de l'Apennin (3). n défendit aussi au cardinal de faire sans l'avis des Pérugins aucun arrangement avec Poligno (^), qu'il priva des services et des redevances que lui devait Trevi ^^\ et refusa d'absoudre avant qu'elle eût indemnisé Trevi (6) et Spello C^) des dégâts qu'elle leur avait causés; en sorte que sa rentrée en grâce dépendait de ses voisines beaucoup plus que du Saint-Siège. C'est dire qu'elle ne fut pas aisée (s). — Rien de pareil dans la Marche, où les choses allèrent toutes seules. Dès le 19 mars 1251, Fabriano (9) et Matelica contractaient une ligue « en l'honneur de l'Eglise romaine et du seigneur cardinal » do), recteur de la province. Les privilèges que Fabriano reçut le 18 octobre 1251 dD, le 13 mars 1252 (12) et le

(1) Le 28 février 1251, Pérouse, Orvieto, Nami, Spolèle et Assise contractent une ligue dans laquelle elles se déclarent disposées à admettre Gubbio, si celle-ci revient à l'obéissance de l'Eglise (BFW. 13795). — Le 13, « Peronus Ranerii Guelfi de Podio » avait juré fidélité à Pérouse, s'engageant notamment à tenir pour ennemis les gens de Foligno «Dei et Ecclesie et comunis Perusii proditores » (Ansidei et Giannantoni, / codici di som.missioni al comune di Perugia, dans Bollettino délia Società Umhra di storîa patria, II, 141).

(2) 9 fév. 1251 (R. III, 41; BFW. 8307).

(3) 1" avril 1251 fBricchi, Annali di Cagli^ 109: ibid., 103, le privilège du cardinal du 2 mai 1250).

(4) 13 février 1251 (R. III, 44).

(5) 17 nov. 1251 (R. III, 101).

(6) 13 nov. 1251 (ibid., 101 n.).

(7) 6 juillet 1252 (ibid. 126).

(8) M. Briganti vient de publier dans le Bollettino délia Società Umbra, etc., X, 483, un procès-verbal du 14 juin 1254 constatant la soumission humiliante faîfe ce jour-là par Foligno à Pérouse. Foligno s'excuse de ses attaques en alléguant qu'elle les a faites « invito animo et coacto, mandato imperatorifi ». Il est à remarquer que le Saint-Siège lui tint rigueur. Elle avait été privée de son évêché. Elle ne le recouvra que sous Clément IV (Reg. Clém. IV, 20).

(9) Fabriano venait de conclure (le 9 mars) une ligue avec Gubbio (Zonghi, Carte (Jlplomatiche Fnbrianesi, tome II de la Collezione Marchigiana de Ciavarini, p. 193), ne contenant d'ailleurs aucune clause politique, mais seulement garantie réciproque de leurs territoires.

(10) Ihid., 198.

(11) Ibid., 205 (BFW. 13856).

(12) Ibid., 196, avec la date erronée de 1251.

l^"" mai 1252 (D du cardinal de Saint-Georges en Vélabre et de son successeur l'archidiacre de Luni le montrent en fort bons termes avec eux. A Gingoli, Innocent IV, le 21 décembre 1251, confirma tous ses privilèges (2). n en fit autant le 4 février 1252 pour Sant'- Elpidio (3)^ et bientôt pour Macerata (^). Quant à Fermo et Ascoli, elles ne furent pas seulement pardonnées, mais favorisées; c'est que leur position géographique en faisait une base d'opérations excellente pour cette conquête de la Sicile qui fut, durant l'année 1251, la grande affaire du pape (5). Le 17 juillet 1251, la première obtenait confirmation de tous les privilèges à elle concédés par le Saint-Siège ou ses légats (6). Dès le 13 mars 1251, d'autre part, le cardinal de Saint-Georges en Vélabre, chargé de la conduite de la guerre, avait disposé d'avance des résultats de la victoire en concédant à Ascoli toute la partie du royaume comprise entre le fleuve Tronto, limite de la Marche d'Ancône, et le fleuve Pescara (7). S'il dérogea presque tout de suite à ce privilège en faveur d'Atri (»), et s'il le révoqua, sur l'ordre du pape, en punition des violences et des excès dont les gens d'Ascoli s'étaient rendus coupables (9), il le renouvela, au moins en partie, vers la fln de l'année 1251, à un moment où le Saint-Siège renonçait momentanément à l'espoir de conserver pour lui-même les régions qu'il avait occupées un instant do), et la bonne intelligence entre Ascoli et l'administration pontiflcale fut rétablie complètement (n).

(1) Zonghi, 20fi (BFW. 15122). — Cette dernière pièce montre d'ailleurs que Fabriano avait été cependant condamnée à une amende.

(2) Mazzatinti, Gli Archivi dltalia, III, 202.

(3) Ibid., 221.

(4) Sur l'attitude, assez difficile à suivre, de celte ville, cf. F'oglietti, Conierenze sulla storia medioevale delV attuale territorio Maceratese, pp. 194496. Un conflit assez épineux surgit à propos de Lornano, localité que les gens de Macerata avaient détruite, et dont les seigneurs furent défendus et soutenus par le Saint- Siège. Mais dans deux lettres des 22 mars et 30 août 1252, on voit Innocent IV ordonner au recteur de la Marche de faire rendre justice à Macerata et de respecter ses privilèges; la réconciliation était donc complète à cette date.

(5) Cf. sur ce projet, ainsi que sur la politique du pape dans la Marche, Rodenberg, Innocenz IV und das Kônigreich Sizilien, pp. 90 et suiv.

(6) P. 14355; cf. P. 14367, 14420, 14452-3.

(7) BFW. 13797.

(8) BFW. 13802 (1" avril; le cardinal érige Atri en évêché, lui accorde la libre élection du podestat, la juridiction sur le comté, et tous les autres droits possédés par Pérouse, et promet qu'elle restera toujours dans le domaine de l'Eglise). — Cf. 13811 un privilège pour Chieti.

(9) Ils avaient contraint Teramo à leur prêter fidélité, et détruit les remparts de cette ville. L'ordre du pape est du 5 juillet, la révocation prononcée par le cardinal du 22 sept. (BFW. 8404. 13849; Rodenberg, op. cit., 105).

(10) Rodenberg, op. cit., p. 110 et notes 3 et 4.

(11) 28 fév. 1252 (P. 14519), remise à Ascoli des peines encourues.

Ainsi, quelques mois après son retour dans ses Etats (D, Innocent IV avait eu la satisfaction de faire une fois de plus la preuve qu'il n'y existait ni dévouement sentimental à un autre maître que l'Eglise, ni hostilité de principe contre la souveraineté pontificale. Mais cela ne veut pas dire que tous ses droits fussent respectés, et tous ses ordres obéis. Les années qui s'écoulent entre la mort de Frédéric II et l'offensive prise par Manfred, quoique la lutte entre les Hohenstaufen et l'Eglise se prolonge en dehors de l'Etat pontifical et ne le trouble plus directement, ne sont pas pour le Saint-Siège, comme on aurait pu s'y attendre, une période de jouissance tranquille et de restauration effective de ses droits, analogue au règne pacifique d'Honorius III, ou aux débuts du règne de Grégoire IX. Il se débat, au contraire, contre une espèce particulière d'anarchie qui n'est pas la révolte ouverte, mais l'ébranlé et l'épuisé autant que le ferait la révolte.

C'est que, simultanément, toutes les pratiques de gouvernement qu'il avait suivies, toutes les forces sur lesquelles il s'était appuyé, se révèlent insuffisantes ou même dangereuses. Depuis cinquante ans, il dominait à Rome, sauf intermittences, avec le concours de l'aristocratie. Voici que lui-même et l'aristocratie vont être en même temps menacés par la plus violente des révolutions populaires, conduite par un homme supérieur. Depuis cinquante ans les papes avaient tiré très bon parti du népotisme; mais avec Alexandre IV, au népotisme qui fortifie et étaie le trône succède celui qui l'exploite et l'affaiblit. Depuis cinquante ans, depuis dix ans surtout, la curie avait gouverné par des concessions, ne connaissant guère d'autre moyen que la surenchère pour ramener ou retenir les sujets que lui disputait l'Empire. Les villes ont pris goût au système, et non contentes de consolider les résultats acquis, elles entendent bien faire rendre à la paix autant que leur a rapporté la guerre. Leur histoire, à presque toutes, n'est qu'une série d'empiétements sur l'autorité du Saint-Siège et sur le domaine pontifical.

(1) Nous manquons de renseignements sur la date exacte de la réconciliation entre Osimo et l'Eglise. Une lettre d'Innocent IV du 28 mars 1254 (Cecconi, Carte dipiomatiche Osimane, 6] fait allusion à un procès que soutenait contre la commune Georges Capocci, frère du cardinal de Saint-Georges en Vélabre, au sujet de salaire à lui dû pour la podestatie qu'il avait exercée. Mais le choix même d'un pareil podestat prouve qu'Osimo ne devait pas être rebelle à l'administration pontificale. La bulle d'Alexandre IV du 10 avril 1255 (Req. Alex. IV, 362\ confirninnf In translation, prononcée par Grégoire IX ot Innocent IV, de l'évêché d'Osimo à Recanati, n'étant qu'une confirmation, ne prouve pas forcément qu'il fût mécontent de la ville, et la teneur ne l'implique pas. En tous cas, le 2 sept. 1256 (Cecconi, op. cit., 7), le pape vantait la fidélité d'Osimo.

On ne sait rien des agitations qui durent se produire à Rome peu après la mort de Frédéric IL Sans doute elles ne furent qu'un effet particulier du sentiment général qui, vers ce milieu du siècle, portait partout les classes inférieures à réclamer plus de part au gouvernement. Ce qui est sûr, c'est qu'en août 1252 les Romains, dérogeant à leurs traditions, jusqu'alors constantes, de choisir leurs sénateurs dans leur propre sein, demandèrent à Bologne de leur désigner pour cette charge un de ses citoyens. Brancaleone des Andalô, comte de Gasalecchio (D, proposé par les Bolonais, n'accepta qu'après avoir posé des conditions qui donnaient d'avance à son gouvernement un caractère plus exceptionnel et plus révolutionnaire encore. Il voulut qu'on lui conférât ses pouvoirs pour trois ans, et en homme bien résolu à se faire des ennemis, qu'on lui donnât des otages pris dans chacune des grandes familles, qu'il ferait garder à Bologne, et qui répondraient de sa sécurité (2). Ces exigences acceptées, il vint à Rome vers l'automne de 1252. A la sénatorerie, il unit dès le début, ou du moins assez vite, la capitainerie du peuple ^^\ charge nouvelle à Rome, créée en son honneur à l'imitation de ce qui s'était fait dans d'autres villes.

Pas plus que sur les origines immédiates de cette révolution constitutionnelle qui fondait à Rome une véritable seigneurie, nous ne sommes sûrement renseignés sur les antécédents de l'homme remarquable (^) qui, également éloigné dans le temps d'Arnauld de Brescia et de Rienzi, moins furieusement anticlérical que le pre-

(1) Sur ce personnage, cf. l'étude de Rovere, Brancaleone degli Andald, senatore di Roma.

(2) Mathieu Paris, V, 358.

(3) Le premier document où se rencontre ce tilre est une lettre de Brancaleone lui-même, du 10 mai 1254 (BFW. 13930 a.). Rien ne prouve que l'institution ne fût pas antérieure. Rovere, p. 39, affirme que Brancaleone n'était pas encore capitaine en mai 1253, Innocent IV à celle date ne lui en donnant pas le titre (P. 14964). Mais Alexandre IV ne le lui donne pas non plus le 7 juillet 1255, c'està-dire à une époque où il l'avait sûrement (R. III, 361). Cela prouve seulement que le Saint-Siège ne se souciait pas de reconnaître officiellement la nouvelle charge.

(4) On remarquera qu'en général les jugements portés sur lui par les contemporains sont assez favorables. Mathieu Paris, V, 368, le qualifie de iustum. et rigidum jurisque peritum. Le même, V, 573, dit de lui : de que hona lama pnlhiJare non def^mit, qui pro executione iustitie multam a magnatibus Rome pen^ecuHonem toleraverat. Et Guillaume de Nangis (HF., XX, 390) : pacis et iustitie cultor precipuus.

mier, moins rêveur, moins entliousiaste, moins archéologue que le second, avant tout — c'est là sa note propre — justicier implacable contre une noblesse de brigands de rue, représente conuTie eux une vigoureuse protestation contre le pouvoir temporel et la domination du pape sur Rome. Il devait être encore jeune, n'ayant guère marqué, jusqu'alors, dans les événements de Lombardie. Nicolas de Garbio, le biographe d'Innocent IV, qui lui est très hostile, fait de lui un ancien partisan de Frédéric II, un ami de Pallavicini et d'Ezzehn (i). L'accusation ne semble pas fondée. Sa famille, où d'ailleurs ne manquait pas le zèle religieux (2)^ inclinait il est vrai, au moins en partie, vers les impérialistes (3); son oncle Gastellano, qui devait lui succéder comme sénateur, était, en 1251, podestat des exilés de Rimini (^). Mais lui-même, dans la seule circonstance où il eût jusqu'alors joué un rôle, apparaît dans les rangs du parti de l'Eglise. Il est podestat de Verceil au commencement de 1248 ^^\ à un moment où ce parti y domine. Cette même année, la ville change de camp; elle rappelle ses bannis impérialistes, qui la livrent à l'empereur. Mais de cette révolution Brancaleone est la première victime; elle l'oblige à quitter ses fonctions avanl le terme normal (6). n serait d'ailleurs bien difficile de croire, comme le voudrait Nicolas de Garbio, qu'il ait été élu sénateur à raison même de ses attaches avec les ennemis de l'Eglise. Gomment donc Bologne l'eût-elle désigné, elle qui avait toujours tenu pour le Saint- Siège ? Gomment le pape n'aurait-il pas protesté ? Gomment luimême, ayant à se choisir un juge pour l'assister, aurait-il pris précisément Frédéric des Pascipoveri, un jurisconsulte célèbre, mais

(1) Ch. 34.

(2) Un de ses parents, Loderingo des Andalô, fut l'un des fondateurs de l'ordi-e militaire de la Glorieuse Vierge Marie; cf. plus loin, livre II, ch. iv. Sur la bienheureuse Diane des Andalô, religieuse dominicaine, voir Acta Sanctorum, juin, II, 363.

(3) Cf. dans Rovere, 15 n. 4, et dans Hanauer, Der Berufspodestat im dreizehnten Jahrhundert (MUtheiliingen... fur Œsterreichische Geschichts^orchung, 1902, 422), la liste des podestaties exercées par des ancêtres ou parents de Brancaleone.

(4) Tonini, Storia di Rimini, III, 537.

fo) Hisioriie Patrie Monumenia. Leges Municipales^ II, 2" partie, 1371 (statut augmentant pour lui, de la somme de 200 livres, le traitement ordinaire).

(6) Il est dit tune potestas communis Vercellarum dans un document de la fin de juin 1248 lop. cit.. 1374), rédigé tempore potestarie sive consulatus dominorum Nicolai Alzati, Ardicionîs de Ivaeho, Nieolai Carrarie, Andrée de Guitacho et Antonii Pasardi potestatum et rectorum sive consulum civitatis Vercellarum. Ce sont ces podestats provisoires qui annulent les sentences prononcées contre Pierre Bicchieri, le chef des exilés (30 juin 1248, Colombo, Documenti delV Archivio Comunale di Vercelli relativi ad Ivrea, 202). Le 4 juillet il y avait un nouveau podestat en la personne de Resonato de Pozzobonello (HPM., loc. cit., 1375).

qui venait d'être le bras droit du cardinal des Ubaldini (i) ? En réalité, faite au moment où, dans ia Haute Italie, le pape travaillait lui-même à dissoudre et à confondre les anciens partis, et ne demandait qu'à oublier le passé des impérialistes, son élection n'était pas par elle-même un acte d'hostilité contre le Saint-Siège. Elle parut l'être, après coup, lorsque chargé de constituer un gouvernement de combat qui mît les nobles à la raison (un de ses premiers soins fut de faire pendre haut et court quelques meurtriers aux fenêtres de leurs palais) (2)^ [\ fut entré en conflit avec les familles qui formaient la vieille clientèle des papes; — lorsqu'il eut affirmé l'indépendance de Rome, u tête du monde », en frappant ces monnaies nouvelles, véritables manifestes, où il avait substitué orgueilleusement aux effigies' vénérables de Pierre, « prince des Romains », « sénateur de Rome », l'image de la Ville triomphante, et placé au revers son propre nom et ses armes (3) ; — et surtout lorsqu'il réveilla l'inévitable question, si désagréable au Saint-Siège, de la suprématie de Rome sur les villes voisines.

Dès le printemps de 1253, il invitait Terracinc à reconnaître la suzeraineté romaine, et sur son refus la menaçait d'hostilités (^). A peu près en même temps, des sommations analogues furent adressées à Viterbe ^-'K Ce n'était qu'un commencement, toute la banlieue romaine allait y passer. Innocent ne s'y méprit pas; il intervint énergiquement, à la demande même des intéressés ; il s'efforça notamment d'organiser en faveur de Terracine une véritable coalition des villes et barons de la Gampanie et de la Maritime. Nous ne savons comment l'affaire se termina pour le moment. Dans les mois qui suivent, les relations entre le pape et le sénateur sont singulières et difficiles à définir, en présence des contradictions des textes. Mathieu Paris (6) rapporte que Brancaleone aurait présenté à Innocent IV, en termes d'ailleurs comminatoires et insolents, l'invitation de revenir à Rome. Le pape y aurait obéi, bien à contre-cœur, et pressé par les habitants d'Assise eux-mêmes, que les Romains menaçaient de s'en prendre à eux s'ils persistaient à donner asile à la curie. A peine de retour, il se serait vu, suivant

(1) Savioli, Annali Bolognesi^ IIP, 296; et Levi, R&gistri, etc., 163, chaude lettre du cardinal au pape en faveur de ce Pascipoveri. Il avait assisté au renouvellement de la ligue lombarde, le 8 mars 1252; cf. plus haut, p. 19.

(2) Mathieu Paris, V, 358.

(3) Rovere, 37.

(4) Cf. une série de lettres pontificales des 5-7 mai et 9 juin 1253 (P. 14958-60, 14964, 15005, 15011-12).

(5) Pinzi, Storia di Viterbo, II, 42 (lettre d'Innocent IV du 31 juillet 1253).

l'usage, en butte à la quémandeuse a^idité des Romains, et presque assiégé par l'émeute, contre laquelle, sur sa demande, l'aurait protégé le sénateur. D'après Nicolas de Carbio d), au contraire, le retour du pape fut un acte tout à l'ait volontaire, et un triomphe, auquel, contre son gré intime, s'associa Brancaleone, qui, acheté par Conrad, avait travaillé secrètement à l'empêcher. Quoi qu'il en soit. Innocent IV rentra à Rome au commencement d'octobre et y séjourna plusieurs mois; à ce moment la ville n'était donc pas officiellement en révolte, en dépit de la défiance avec laquelle devaient s'observer les deux pouvoirs rivaux qui y résidaient. L'hiver fut consacré par Innocent IV à d'activés négociations avec Conrad; dans l'entourage pontifical, on trouva très mauvais que le sénateur entrât de son côté en relations avec le roi de Sicile, qui répandait beaucoup d'argent parmi les Romains pour se les attacher contre l'Eglise. Mais Nicolas de Carbio, qui rapporte ce fait, est d'ailleurs obligé de reconnaître que le roi y perdit ses peines et son argent ^2). Quand Innocent repartit pour Assise, vers la fin d'avril 1254, ce fut, d'après son biographe, u parce que la coutume du pontife romain est de sortir de la ville en été » (3), peut-être, en réalité, à raison de froissements pénibles, en tous cas volontairement, et sans être chassé par l'émeute, comme tant de papes avant lui. Et quand, sur la nouvelle de la mort de Conrad, il se décida à accourir à Anagni, pour être plus près du Royaume, il put passer par Rome, y prêcher, et y recommander aux Romains le succès de ses entreprises.

Cette crise fut même l'occasion, d'abord d'une querelle plus aiguë, puis d'un véritable rapprochement entre le sénateur et lui. Brancaleone avait commencé par prendre une attitude très hostile; barrant les routes pour empêcher les approvisionnements nécessaires à la curie d'arriver à Anagni; interdisant aux Romains de prêter de l'argent au pape, ou d'aller servir dans l'armée pontificale (^). Il est peu croyable, surtout Conrad mort, qu'il eût un intérêt quelconque dans les destinées du royaume de Sicile ou de la famille des Hohenstaufen. Peut-être voulait-il, dans l'intérêt des Romains, toujours mécontents quand la curie s'éloignait trop longtemps, obliger le pape à revenir; peut-être simplement, comme la suite parut le prouver, songeait-il à lui extorquer des avantages. Le pape, en tous cas, sentit la nécessité de faire quelque chose

(1) Ch. 34.

(2) Ch. 35.

(3) Ch. 37.

(A) Ch. 40.

pour se le concilier. Depuis le printemps, les Romains assiégeaient Tivoli (1), Tobjet de leurs vieilles ambitions, et dont la conquête était une partie du plan d'ensemble conçu par Brancaleone. Ils commençaient à être las d'une guerre qui se prolongeait inutilement. Sur leur demande, le pape intervint, et ménagea une paix honorable pour eux, impliquant la soumission de Tivoli (2). C'était un abandon de sa politique antérieure; sans doute espérait-il par là satisfaire les Romains et les tenir tranquilles, tandis qu'il s'occuperait de la Sicile.

Sur ces entrefaites mourut Innocent IV. Chose curieuse, son successeur, d'ordinaire si faible et si pacifique, se montra, vis-à-vis de Brancaleone, beaucoup moins conciliant; c'est sous son règne que se consonnna la rupture. Ce noble Romain, issu des Conti, apparenté aux Annibaldi, se sentait personnellement atteint par les mesures que le sénateur prenait contre l'aristocratie (3). n faut peut-être attribuer à ses excitations l'audace croissante des nobles, un instant matés et qui maintenant relèvent la tête; notamment la révolte d'Odon Colonna, le chef de cette puissante maison, brouillée avec la papauté, sous Grégoire IX, déjà réconciliée avec Innocent IV, mais aujourd'hui intimement rapprochée d'Alexandre IV par une commune inimitié (^). Brancaleone s'en inquiéta au point de se faire conférer, par un Parlement solennel réuni au Campidoglio, les pouvoirs les plus dictatoriaux (5). Cependant arrivait le terme de son mandat. Soit que, car on ne voit pas clairement les faits, soit que les nobles aient voulu s'opposer par la force à sa réélection i^\ soit, au contraire, que cette réélection ait donné le signal de l'émeute (7), il fut assiégé dans le Capitole, et bientôt obligé de se rendre (s). Cela se passait vers le commencement de

(1) Ch. 37.

(2) Carbio, 40 (il ne fait pas connaître le détail des conditions); Mathieu Paris, V, 363, parle de la destruction de Tivoli et la place par erreur en 1253.

(3) Letlre du 7 juillet 1255 (R. III, 361) interdisant à Brancaleone d'astreindre au service d'ost les membres de la iamigiia du pape.

(4) Les bonnes relations du pape avec la famille Colonna sont attestées entre autres par la nomination de Jean Colonna à l'archevêché de Messine (Eubel, Hierarchia catholica medii œvi^ 352).

(5) Rovere, 46, résume un document publié par Lazzari, Dissertazione sulla priglonin di Brancaleone degli Andalô; le conseil confère au sénateur le droit de procéder comme bon lui semblera contre tous les fauteurs des Colonna, et lui accorde, par anticipation, indemnité de toutes les irrégularités qu'il pourrait commettre.

(6) C'est l'opinion de Gregorovius, V, 300.

(7) C'est l'avis de Rovere, 54 et suiv.

(8j Mathieu Paris, V, 547. Nangis, HF., XX, 390.

novembre, au plus tardai/. Des cardinaux, disent Paris et Guil laume de Nangis, avaient trempé dans la révolution. Il s'agit sans doute des cardinaux Romains, Jean Orsini, Pieire Cai)oc('J ^■^^ presque sûrement Richard Annibaldi, dont la famille, durant le second sénat de Brancaleone, sera l'objet de rigueurs qui ont bien l'air de vengeances. Alexandre IV y eut-il aussi la main ? Un est tenté de le croire en le voyant accourir à Rome ^3), aussitôt le coup fait, comme si seule la crainte de Brancaleone l'en eût jusque-là tenu écarté; et surtout réclamer aussitôt de Bologne, en la menaçant de l'exconmiunication, la mise en liberté des otages Romains que Brancaleone y avait envoyés (^), tandis que les paients du sénateur, alléguant que ces otages étaient la seule garantie de sa sécurité personnelle, s'empressaient de s'en faii'e reinetti'e la garde ^^K \a\ résistance de Bologne sauva Brancaleone; jusqu'au jour où enlin on se décida, pour ravoir les otages, à le relâcher, moyennant une renonciation à tous les droits qu'il pouvait prétendre ^^K

A peine renversé, on lui avait donné un successeur en la personne du Brescian Emanuele des iMaggi ('). On ne renonçait donc pas au système du sénateur étranger. De même on maintint la capitainerie du peuple (^\ mais connue fonction distmcte du Sénat. Par ailleurs, le nouveau régime prit le contiepied de l'ancien. 11 suffit, pour indiquer les garanties qu'il offrait au pape, de rappeler qu'Emanuele des Maggi avait été podestat de Gênes en 1243, au plus fort de la lutte contre Frédéric II (9). Mais le pouvoir ainsi

(1) Mathieu Paris, loc. cit., parle de 1256.

(2) La famille Capocci avait à se plaindre de Brancaleone; un de ses membres, Arnione di messer Giacomo di Giovanni, était exilé à Sienne en l^2:^5 (Duc. du 23 mars, dans Siena-Roma, 15j.

(3) Il y est le 21 nov. 1255.

(4) Mathieu Paris, V, 547. Il attribue ces dispositions du pape aux instances de cardinaux, de ipsa lirhe oriundi et de nobUibus diwentes oiiginem, ibid. et \\ 5l)l-.

(5) Savioli, Annali Bolognesi, III2, 321.

(G) Rovere, 74, a republié d'après Lazzari, op. cit., une protestation faite par Brancaleone à Florence, en présence du podestat Alemanno délia Torre, dans laquelle il déclarait nulles ses renonciations, comme contraintes et forcées.

(7) On avait d'abord songé à Marlino délia Torre qui, élu en même lejups podestat du peuple de Milan, refusa le sénat (Galvagno Fiannna, BIS. XI, 685).

(8) Dans BFW. 14000 (cf. plus loin) il est question du palatium Campitolii, in quo erant senator et capitaneus.

(9) Ann. Jan. 209. Cf. cependant le jugement de Mathieu Paris, V, 612, sur Emanuele : qui in executione iusliiie pvedeces<ions sui satis laudabiliier exequebatur vestigia, et officia potenter consummabat. Il s'agit de son énergie do jusiicier, non de sa liime politique. Car Paris dit lui-même, V. 662 : senator M. videlicet Brixiensis civis, a tramite fustitie jam exorbitans, Romanwn popuUnn variis iniuriis opprimebat et solis nobilibus, maxime Ilanebalensibus. sluduit complacere. Cf. la note suivante.

changé de parti, Rome connut des jours encore plus troublés. Le 23 avril entre autres, un furieux combat s'engagea entre la noblesse presque entière, les Annibaldi, les Gonti de la branche de Poli, les Malabranca, et le peuple qui se plaignait de la partialité des magistrats (1). Le peuple eut d'abord l'avantage; le sénateur et le capitaine se virent assiégés dans leur palais du Gapitole comme leur prédécesseur l'avait été. Pour cette fois ils parvinrent à reprendre le dessus; mais dans une autre bagarre, au printemps de 1257, Emanuele des Maggi fut massacré, et par un revirement nouveau, le peuple rappela Brancaleone, qui accepta (2).

Désormais le Saint-Siège était trop compromis pour pouvoir reprendre avec le terrible sénateur des rapports simplement tolérables, analogues à ceux qui avaient existé, dans la forme, sous Innocent IV. Le pape avait vainement tenté d'empêcher la réélection du Bolonais; il l'excommunia aussitôt, puis ne se sentant pas le plus fort, s'enfuit à Viterbe (3). Brancaleone gouvei'na avec une énergie accrue encore par le désir de la vengeance ; il y eut de tj'ès nombreuses exécutions; parmi les victimes tigui'èrent plusieuis parents du pape ou de certains cardinaux, entre autres deux Annibaldi ('*). Sans doute est-ce aussi à ce moment que le sénateui' confisqua au profit de Rome les biens de l'église d'Ostie (s); tiacasserie qui visait tout particulièrement Alexandre IV, lequel avait conservé l'administration de son ancieîi évêché cardinalice. Puis il se mit en rapports avec Manfred, dont il passa bientôt, du moins aux yeux de ceux qui voyaient les choses de loin, et peut-être à tort,

(1) Cela résulte d'une lettre des marcliands Siennois résidant à Rome à Rulino de Mandello, podestat de Sienne, publiée par Milanesi dans le Giornale Storico degli archivi Toscani, II, 291 (BFW. 14000) et plus correctement et complèlement dans Siena-Roma; omagglo al V7° congresso storico ilaliano; xxi settemhre MDCCCXCV, p. 16. Elle soulève d'ailleurs une difficulté chronologique. Elle est datée .simplement die lune iiltima aprilis. Le 30 avril tombe un dimanche en 1256, un lundi en 1257. C'e.st donc à cette dernière année qu'on devrait songer. Mais d'autre part c'est en 1256 que Rufino de Mandello est podestat de Sienne. Il faut sans doute .supposer quelque lapsus dans la date. La lettre rapporte que la sédition eut lieu die lune proxime preterito. — Les signataires de la lettre, très favorables au peuple dont ils vantent la modération (il se serait abstenu de tout pillage), se font l'écho de .ses griefs contre le sénateur et le capitaine, qui stabant in CampitolUo pro nobilibus tantum et non popido Romano, et de popularihvs faricl>ant vindictas, magnâtes vero ullo modo non tangebant.

(2) Mathieu Paris, V, 662, dont le récit est d'ailleurs confus (il semble admettre que Brancaleone était encore prisonnier et ne fut délivré qu'à ce moment): Galvagno Fiamma, RIS, XI, 686.

(3) Il avait résidé à Rome, sauf la villégiature d'été de 1256, depuis la chute de Brancaleone.

(4) Mathieu Paris, V, 662.

(5) Reg. Clem. IV, 862.

pour être le bras droit (D. Il rasa également la plupart des tours de la noblesse qui hérissaient Rome en si grand nombre (2). Surtout il reprit, par les armes ou la diplomatie, ses entreprises contre les villes de la banlieue. Il attaqua Anagni, la patrie du pape, qui, à la prière de ses concitoyens, s'humilia devant lui (3). n rendit, à la demande des parties, une sentence d'arbitrage entre Narni et Terni, et se fit élire capitaine du peuple de cette dernière ville (^*). Il se tourna ensuite contre Gorneto, et était en train de l'assiéger lorsqu'il mourut (5), sans doute vers la fin de l'été de 1258. Les lionneurs extraordinaires et bizarres qu'on lui rendit attestent l'impression profonde qu'il avait laissée; Mathieu PàJis (6) lappurte qu'on embauma sa tête et qu'on la plaça dans un vase précieux surmontant une colonne de marbre.

Son influence parut d'abord devoir ipersister après sa mort; les Romains, au mépris des ordres du pape, qui leur défendait de choisir un sénateur sans son assentiment, « et alléguait que même au simple titre de citoyen Romain, il amait dû être appelé à prendre part à l'élection » ^"^^ lui donnèrent pour successeur son oncle Castellano des Andalô, qui acheva sa dernière entreprise, en obhgeant Gorneto à jurer fidélité à Rome ^^), et gouverna tout à fail dans son esprit, contre les mêmes adversaires. Mais il ne put se maintenir que bien peu de mois; et sa chute, survenue au plus

(1) Mathieu Paris, V, 665 : Spopondit igitur princeps M. eidem senaiurl B. ad omnia necessaria fiiihventurum. Cf. 699, où il représente Brancaleime comme adversaire de Richard de Cornouailles. La lettre des Florentins au Sacré Collège contre le cardinal des Ubaldini (BFW. 14062) montre aussi que les guelfes toscans tout au moins croyaient à une étroite alliance ' entre Maiifred et le sénateur. Nous pensons toutefois que ces témoignages — peu nombreux — ne doivent être accueillis qu'avec critique. Le second est tendancieux; le premier émane d'un homme éloigné de l'Italie et enclin, sans bien distinguer, à réunir en un même parti tous les adversaires .du Saint-Siège. Un fait est certain, Brancaleone traita en ennemies des familles, comme les Annibaldi, qui avaient jadis adhéré à Frédéric H et qu'on retrouvera amies de Manfred (cf. plus loin, p. 246, n. 6). Même en admettant le récit de Mathieu Paris, il résulterait d'ailleurs i\\w l'initiative des relations entre Brancaleone et Manfred partit de ce dernier.

(2) Mathieu Paris, V, 699 et 709.

(4) Cf. sa sentence d'arbitrage entre Narni et Terni du 18 avril 1258 (Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter, V, 309, et surtout Pardi, Due pari Ira Terni e Narni, dans Bollettino délia Società Umbra di, Storia patria, I, 1895.

(5) Guillaume de Nangis, MF., XX. Il vivait encore vers le milieu de 1258, comme le prouve BFW. 14062 (cf. plus haut, p. 186); le sénateur dont il y est queslii.u ne peut être (vu la mention de son oncle Loderingo) que Brancaleone.

(7) Mathieu Paris, V, 723.

J8) Pflugk-Harttung, Iter Italicum, 550 et 558.

tard vers novembre 1258 ^^\ fut un reconniiencenient, presque dans le détail, de celle de son prédécesseur. Lui aussi se vit assailli pai' l'émeute, contraint de capituler après une belle défense, jeté en prison, sauvé seulement par la considération des otages qu'il avait pris la précaution de se faire donner (2). Et pour que rien ne manquât à la ressemblance, cette question des otages souleva comme la première fois un conflit entre le pape et Bologne. Remis en liberté (3), Gastellano, par représailles, et pour obtenir rindeirmité qu'il réclamait, se mit à les maltraiter. Alexandre, prié par les Romains de s'interposer, somma Bologne de les enlever des mains de l'ex-sénateur, pour les garder en lieu sûr jusqu'à l'arrangement à intervenir (^). Et les Bolonais ayant refusé, s'attirèrent de nouveau l'excomnmnication (^K

Le besoin que les nobles Romains avaient du pape dans cette affaire, faisait d'ailleurs de lui l'arbitre de la situation. Bien plus encore qu'après la première chute de Brancaleone, il put se flatter de ressaisir l'influence. On en revint aux anciens usages, au système de deux sénateurs annuels choisis dans l'aristocratie romaine; et les noms des élus furent à eux seuls un programme : pour 1259 (6), Pierre, flls de Richard Annibaldi, et Napoléon, flls de ce Matteo Rosso Orsini dont la fldélité au Saint-Siège avait jadis assuré celle de RomeC^); pour 1260, Jean Savelli et Annibaldo Annibaldi, le propre neveu du pape (s). Ce n'est pas à diie qu'Alexandre IV n'ait pas eu de difficultés avec eux (9'. Il lui fallut encore défendre Terracine contre les convoitises persistantes de Rome, dont tous les sénateurs, quelles que fussent les vicissitudes des partis, étaient à peu près obligés de se faire l'organe (^*)). Toutefois le signe cei'tain

(1) Dans la lettre des ambassadeurs florentins à leur gouvernement, dalée du 3 décembre 1258 (BFW. 14072; sur cette lettre, cf. plus haut, p. 191), il est question des sénateurs. La révolution qui substitua deux sénateurs h Gastellano était donc déjà accomplie.

(2) Mathieu Paris, V, 743.

(3) Gregorovius, V, 315, dit d'après la Chronique de Bologne (RIS. XVIII, 271), qu'il le fut en 1260 seulement. En réalité il l'avait été bien plus tôt, d'après la lettre pontificale citée à la note suivante.

(4) BFW. 9195.

(5) Gregorovius, V, 312.

(6) Comme il est dit ci-dessus, ils étaient déjà en fonctions le 3 décembre 1258.

(9) Le 15 mai 1260, il écrit aux Viterbais de ravager les terres de l'hérétique Capello de Chia, nonobstant les ordres contraires des sénateurs (P. 17853).

(10) Pietro di Riccardo Annibaldi et Napoleone Orsini avaient prétendu obliger Terracine, par application d'un traité qu'elle avait jadis conclu avec les Frangipani, à choisir un podestat parmi les membres de celte famille. Le pape, par lettre

des meilleures relations qu'il entretenait avec les autorités municipales romaines, c'est le long et pacifique séjour qu'il put faire dans la ville, du 10 novembre 1260 au l^"" mai 1261 (i).

Mais le sénat de Brancaleone avait eu le fâcheux résultat de laisser derrière lui un certain goût pour les dominations étrangères. On s'en aperçut dès que les troubles reprirent, ce qui naturellement ne tarda pas; chaque parti n'eut d'autre idée que d'aller chercher un protecteur au dehors. Au printemps de 1261 eut lieu une double élection sensationnelle; les uns choisirent Manfred, et les autres Richard de Gornouailles (2). ici encore — la fatalité voulant qu'entre toutes les villes italiennes il y en ait peu dont l'histoire intérieure soit aussi mal connue que celle de Rome — on n'entrevoit que peu de chose des intrigues opposées. Que Manfred visât à s'assurer de Rome, rien de plus naturel; c'était une maille dans le réseau dont il cherchait à enlacer la papauté; et dans les années qui suivirent, on peut dire qu'il ne perdit jamais longtemps de. vue cet objet. A l'occasion, il savait ne pas hésiter à flatter les prétentions romaines les plus invétérées à la fois et les m.oins justifiées par les précédents. On le vit, quelques années plus tard, par la lettre où posant auprès des Romains sa candidature à l'Empire, il leur reconnut expressément le droit de conférer la couronne (3). On ne risque donc guère de se tromper en supposant qu'en 1261 c'était l'ancien parti de Brancaleone qui l'avait élu. Quant à la candidature de Richard de Gornouailles, elle n'avait pas dû être proposée par le pape ^^\ Pour être moins immédiatement redoutable que celle du roi de Sicile, l'élection d'un des deux rois des Romains désignés pouvait devenir très dangereuse à raison même des chances qu'il avait d'arriver à l'Empire par les préférences du

du 18 mai 1259 (P. 17579), ordonne à la ville de garder le podestat qu'elle avait déjà choisi et l'autorise pour l'avenir à le prendre partout où elle voudra. — Le 3 avril 1260, il proteste contre la prétention des sénateurs d'assujettir à la juridiction de Rome la ville de Terracine et ses habitants, qui ne relèvent que de la juridiction apostolique fP. 17826). — Cf. aussi l'acte de soumission de Tivoli à Rome (Vitale, Storia diplomatica dei senaton di Borna, II, 586), en date du 7 août 1259.

(2) BFW. 4730 a. Le seul texte qui nous renseigne sur cette élection, avec les lettres citées plus loin, est la Vita Metrica l.'rhmn IV, de Thierri de Vaucouleurs (RIS. III, 2* partie, 408).

(3) BFW. 4760.

(4) Nous avons déjà signalé plus haut, p. 148, 11. 1, les rapports que Richard avait cherché à nouer avec Rome dès le lendemain de son élection.

Saint-Siège (D. Puis Richard avait été noinnié à vie (2). Le reconnaître, c'était donc de la part d'Alexandre rendre à peu près illusoire ce droit d'intervenir dans les élections sénatoriales qu'il venait naguère de réclamer, conformément à toutes les traditions du Saint-Siège. Il avait donc les meilleures raisons du monde de se sentir plus embarrassé que satisfait. Nous savons au contraire (et cela seul suffirait à montrer à quel point il était peu maître de son entourage), que deux cardinaux furent parmi les agents électoraux les plus actifs du prince anglais; avant tous, le cardinal de Saint- Laurent in Lucina(3); à côté de lui, le caidiiial de Saint-Adrien, Ottobono Pieschi (^). Ainsi les hommes qui au sein du Sacré-Collège représentaient le mieux, l'un l'alliance anglaise, l'autre l'antagonisme iriéductible contre les Hohenstaufen f^), enihi les deux parties de l'héritage d'Innocent IV, mécontents tous les deux d'Alexandre, de ses hésitations entre les prétendants à l'Empire, de sa mollesse vis-à-vis de Manfred, s'unissaient pour le servir à leur manière, en lui forçant la main. Si, comme il y a quelque raison de le soupçonner (6), un autre au moins de leurs collègues se joignit à eux, Richard AnnibaldL cardinal de Saint- Ange, chef de l'une des familles qui avaient eu le plus à souffrir des sévérités de Rrancaleone et avaient figuré au premier rang dans la lutte entre nobles et peuple, cela achèverait de donner à l'élection son vrai caractère. Ce serait le parti aristocratique romain qui se sentant menacé d'être de nouveau débordé, et instruit à ne pas compter sur la fermeté du pape, aurait voulu s'assurer le bénéfice du prestige de l'empereur et de l'argent de l'Angleterre.

(1) Les partisans de l'élection de Richard songeaient à lui pour l'Empire en même temps que pour le sénat. Cf. n. 6.

(2) P. 18ri21 (lettre d'Urbain IV du 11 août 1263, Martène, Thésaurus Anecdotorum, II, 26).

(3) Sur le rôle de ce cardinal, auquel nous avons déjà fait allusion plus haut (pp. 148-149), cf. BFW. 14160.

(4) Cf. la lettre de lui qu'a publiée Hampe. Neues Archiv, XXII, 359.

^ ,/5) Sur les idées et la conduite politiqu-es du cardinal de Saint-Adrien, cf. les docin.. "nents publiés par Hampe, ibid.

1^) Il "^^'xiste dans le formulaire de Richard de Pofi (Btbt.. Nat., fonds latin. no 14706, \6^^A. 166 vo; Hampe, NA, XXX, 675) une lettre (collective émanée de plusieurs cardiiiinaux, cf. Hampe, loc. cil.) annonçant à Richard qu'il a été élu sénateur à la p^s"esque unanimité, et l'invitant à apporter à Rome les insignes impériaux pour se' faire couronner par le pape. Comme le même formulaire contient la preuve de re^ iations étroites entre Richard de Pofi et le cardinal Annibaldi, que celui-ci. d'autre pti.jrt. était favorable aux projets anglais (BFW. 14003), il serait naturel de supposer ', lu'il était l'un des auteurs. Le rôle que nous lui attribuons Ici n'est pas ^^^i^' -^ analogie avec celui qu'il joua plus tard, sous Urbain IV, en procurant, de son 1^ nitiative privée, la sénatorerie à Charles d'Anjou. Il se séparait ainsi de sa fa-* mille (cf. la note suivante), mais cela n'était pas pour l'arrêter (cf. Saba Malas^pina, 807).

Il faut ajouter toutefois que ce parti n'était plus unanime. Un instant rallié autour du Saint-Siège, par horreur du régime de Brancaleone, les dissensions qui l'avaient déchiré au temps de Frédéric II se manifestaient de nouveau. Déjà, en effet, avaient commencé les intrigues par lesquelles Manfred réussit à attacher à sa cause un certain nombre de membres de Taristocratie, à la diviser contre elle-même, à gagner des adhérents jusque parmi les Annibaldi. Ainsi c'était un parent des Annibaldi que ce Raullo Sordo qui assaillit, en 1260, les ambassadeurs de Gonradin à leur retour de la cour pontihcale, et passa aux yeux de tous pour l'avoir fait à l'instigation du roi de Sicile ^D. Cependant ces manèges n'eurent tout leur effet que sous le pontificat d'Urbain IV, et par une conséquence de la politique de ce pape.

De toute manière, Alexandre IV faisait à Rome triste figure. Fut-ce la raison qui le détermina à s'en éloigner ? Ou s'agit-il seulement de la villégiature annuelle de la curie ? Le fait est qu'au commencement de mai il partit pour Viterbe, oii il mourut le 25, n'ayant rien fait pour remédier à une situation qu'il léguait tout entière à son successeur et qui peut se résumer d'un mot : l'autorité pontificale n'existait plus à Rome.

Dans le reste de l'Etat pontifical, Innocent IV, malgré son énergie, et Alexandre IV ne furent guère plus heureux.

Ils ne surent pas, en premier lieu, défendre contre les usurpations des nobles, et contre leur propre générosité, ces patrimoines dont la constitution et la conservation étaient un des soucis traditionnels du Saint-Siège. En ce qui regarde Innocent IV, cela s'explique, pour une bonne part, par les nécessités de la crise qu'il traversa. Encore essaya-t-il de réagir, au moins dans une certaine mesure, dès que, et là où, il crut le pouvoir sans danger. Ainsi le 2 juillet 1253, il prescrivait à Jordan, recteur de Campanie et Maritime, de révoquer toutes les concessions autres que perpétuelles faites à qui que ce soit dans la Campanie et la Maritime, et spécialement à Trevi, Anticoli, Guarcino, Vico, Collepardo, Ferentino et Veroli (2). Alexandre IV n'eut pas de ces énergies. Sans prétendre dresser une liste complète des inféodations, contraires aux intérêts

(1) Cf. plus haut, p. 222. Sur les relations des Annibaldi avec Manfred, voir Saba, loc. cit.

(2) BFW. 8625 (R. III, 186).

du kSaiul-Siège (D, qu'il se laissa allei' à consentir, nous signalerons deux points seulement. D'abord, dans le Patrimoine, il laissa le prélet Pierre de Vico, sous prétexte de s'indemniser des pertes qu avait entraînées pour lui, du temps de Frédéric II, sa fidélité à lEglise, s'emparer du bourg pontifical de Marta, sur les bords du lac de Bolsène ^'2); il se prêta môme à colorer cet acte de brigandage par une fiction légale, en lui abandonnant Marta comme gage d'une detle qu'il reconnut (^). Le prélet pouvait à peu près tout se permetti'e, sùi' qu'il était malgré tout de la bienveillance du pape (^), surtout quand il eut épousé une nièce de l'influent cardinal des Ubaldini (■^). En Campanie, Alexandre coulera à son neveu Rinaldo de Jenne les fiefs de Trevi, Filettino et Valle Pietra (6) (c'étaient d'anciens biens de l'église d'Anagni que le Saint-Siège avait dû j'écemment acquérir) (7). Mais il rendit aussi à celle église le bourg dWruLu t«'. Il cuniirma à Thomas d'Anagni le lie! de Fuiiimone, dont il l'avait investi en 1245, comme cardinal évêque d'Ostie, vicaire du Saint-Siège en Campanie^^). H donna à Gratiano Belmonte une partie des revenus du bourg de Guarcino, au diocèse d'Alatri (10). En un mot, aux dynasties de hobereaux qu'Innocent IV et Grégoire IX avaient déjà protégées et enrichies dans cette province, les Supino, les Montelungo, les Conti (qu'il se garde bien d'ailleurs d'inquiéter, leur étant lui-même apparenté) (ii), il ajoute une clientèle nouvelle, composée de ses parents plus proches et de ses compatriotes d'Anagni. Quelle gêne cette petite féodalité turbulente

(I) Signalons cependaiiL la coiifirmalion à Gilles de Carbio, frère du biographe d'Innocent IV, de biens à Olricoli, à lui donnés par Innocent IV (P. 15644); — une concession de biens à Acquapuzza aux neveux de Jordan Pironti, ancien recteur de Canipanie (30 nov. 1255; Reg. Alex. IV, 897; R. III, 322); — la concession à Guillaume « Pietosus » des droits de l'Eglise à Stimigllano (P. 17274, 15 mai 1258).

i2'i II venait de l'occuper le 2 fév. 1255 (à cette date, il jure, tant qu'il l'aura, de ne pas molester les Viterbais; Pinzi, Storia di Viterbo, II, 60).

(3) Thierri de Vaucouleurs, RIS. IIP, 416.

(4) En 1260, le pape l'appelle encore fidelis noster (P. 17825).

(5) BFW. 14062.

(6) P. 17081 (21 nov. 1257) ne parle que de Trevi; mais Thierri de Vaucouleurs, 409, mentionne les deux aulres. Ce ne fut pas la seule faveur faite à ce Rinaldo. En 1259, Alexandre lui concédait tous Les revenus du Saint-Siège à l'erni (Angeloni, Storia di Terni, 614-619).

(7) Honorius III les confirmait encore à l'église d'Anagni en 1217 (Pressutti, n" 669a, tome II, p. 491).

(9) R. III, 331; Reg. Alex. IV, 766 (28 janv. 1255).

(10) Cf. R. III, 490 iReg. Urb. IV, n» 111).

(II) On le voit pourtant protéger les clercs d'Anagni contre la commune et contre Matteo d'Anagni, neveu de Grégoire IX (P. 16331).

pouvait causer au Sainl-Siège, le pontificat d'Urbain IV nous l'apprendra. Ce pape aura à revenir sur bon nombre d'actes de son prédécesseur, et en particulier il n'en est aucun, parmi ceux que nous venons de rappeler, qui n'ait été pour lui la cause de très épineuses difficultés.

Le Saint-Siège se montra aussi tout à fait incapable de contenir l'esprit d'indépendance et d'ambition des grandes communes. Les unes le bravent presque ouvertement ; aux autres il passe tout ; presque toutes échappent plus ou moins à son autorité.

C'est d'abord l'institution nouvelle de la capitainerie du peuple, qui se répandant de proche en proche, à partir de la Lombardie, et à travers la Toscane, gagne dans l'état pontifical, et particulièrement dans le Patrimoine et le Duché, oii n'avaient pas manqué, à l'époque précédente, les conflits entre peuple et nobles. On la constate à Orvieto, peut-être dès 1251, en tous cas à partir de 1256 d); à Pérouse (2), à Viterbe (3), à Spolète (^), à Terni ^^\ au plus tard en 1258; à Gubbio et Città di Gastello (^^ au plus tard en 1259; enfin à

(1) Pardi, Série dei supremi magistrati e rettori d'Orvieto, dans le Bolleitino délia Socieià Umhra di Storia patria, I (1895), p. 372, d'après Fumi, p. 185. Toutefois Rufîno de Mandello, en 1251, est dit capitaine de la commune. Peut-être était-il seulement un chef militaire, et la vraie série des capitaines du peuple commencet-elle en 1256 avec Florus Girardi de Milan (Fumi, 208).

(2) Le capitaine du peuple est mentionné dans l'acte de concession du comté de Gubbio à Pérouse (2 janv. 1258; Theiner, Codex diplomaticus dominii temporalis sanctœ Sedis, I, 137), et depuis dans un grand nombre de documents des Codici délie sommissioni (analysés dans le Bollettino délia Società Umbra, III, 191 et suiv., par Ansidei et Giannantoni). Il ne l'est pas encore dans les documents antérieurs des mêmes Codici, ni dans une lettre d'Alexandre IV aux Pérugins, du 10 décembre 1257 (Bollettino délia Società Umhra, etc., III, 192 n.). Toutefois, d'après Bonaini (Archivio storico italiano, XVI, i, 43) il existait déjà en 1250.

(3) Le capitaine du peuple apparaît entre le 19 août 1258 (lettre d'Alexandre IV dans Pinzi, II, 64) et le 15 décembre libid., 71). Sur la construction de son palais, cf. ibid., 143.

(4) Le capitaine du peuple (ou du moins un magistrat fort analogue, sous les noms de^ prior communis, prior popiili, prior artinm., prior novarum societaium qui semblent synonymes) apparaît dans les documents spolétains à partir de 1258 (Sansi, Storia del comune di Spoleto dal secolo XII al XVII, I, 136).

(5) Le premier est Brancaleone, le célèbre sénateur de Rome, mentionné avec le titre de capitaneus Interampne le 21 avril 1258 (Pardi, Due paci ira Terni e Narni, dans Bollettino délia Società Umhra, I, 1895, 572. Toutefois il est question à la date ,du 1" mai, ihid., 573, d'un certain Lupicinus capitaneus et rector civitaiis predicte. Je ne sais comment expliquer ce fait).

(6) Cf. dans les Codici délie sommissioni al comune di Perugia {Bollettino délia Società Umhra, etc., III, 200) les actes par lesquels Pérouse et Gubbio s'en remettent de leurs différends à l'arbitrage de Città di Castello.

Todi (1), et peut-être à Corneto (2), au plus tard en 1260. A cette liste, on est tenté de joindre Narni (3), Rieti (^) et Assise ^^\ qui eurent sûrement des capitaines sous Urbain IV, qui en avaient peut-être déjà sous son prédécesseur. Dans la Marche, je ne connais qu'Iesi où rinstitution ait pénétré, au plus tard en 1256 (6). En elle-même, semble-t-il, elle n'avait rien dont ne pût s'accommoder le Saint- Siège, généralement conservateur, par politique, généralement favorable à la noblesse, mais, les choses faites, médiocrement enclin à intervenir dans le régime intérieur des villes, quand il n'y avait pas d'intérêt direct. Seulement la révolution se compliqua d'une tentative d'empiétement sur la juridiction du pape et de ses agents. Jusqu'alors ceux-ci avaient eu, en appel, la connaissance des causes importantes tranchées en première instance par les podestats ou consuls locaux. Désormais on vit les villes promulguer à l'envi des statuts pour ordonner de déférer les appels, obligatoirement et exclusivement, et sous des peines sévères, soit à ces magistrats nouveaux, soit à un fonctionnaire spécial, Vexcjravalor c^). Cette dernière charge, là où elle exista, paraît s'être confondue assez vite avec la capitainerie. Alexandre vit bien le danger; il chercha à y parer par une constitution qui interdisait partout l'élection de capitaines (»); seulement, avec sa faiblesse ordinaire, il négligea de la faire exécuter; toutes les villes que l'on vient de citer avaient encore de ces magistrats au temps d'Urbain IV. Passons maintenant en revue, tour à tour, les principales com-

(1) Ceci, Potestà, capitani e guidici di Todi nel secolo XIII, dans Bollettino délia Società Umbra, III, 1807, mentionne, sans citer ses sources, Bonifacio Castellani de Bologne pour J255. Offreduccio di Gerardo pour 1258 et 1259, Filippo di Barattano pour 1259. Mais Wustenfeld, Veber eine ghibelUnische Révolution in Todi zur Zeit Konradins, dans Pflugk-Harttung, Iter Italicum, 672, n. 1, montre que la capitainerie du peuple n'existait sûrement pas en 1257. D'après lui le premier document qui la mentionne avec certitude est une lettre d'Alexandre IV, du 23 mars 1260.

(2) Cf. Wiistenfeld, Regesten der wichtigeren Urkunden zur Geschichte von Corneto vom X bis XIV Jahrh., dans Pflugk-Harttung, op. cit., 550. II est question, le 18 avril 1260, d'un capitaine de Cr)rneto; le 2 décembre 1262, d'un capitaine comunis et populi; en 1267, d'un podestat et d'un consul de Corneto fMarlène, Thésaurus Anecdotorum , II. 515): en 1268 d'un recteur et d'un consul [ibid., 632). Il y avait un certain flotfemeni dans les titres.

(3) Lettre d'Urbain IV, du 6 mars 1262 (P. 18239. R. III, 479).

f5) Lettre d'Urbain IV, du 9 juin 1263 (P. 18560).

(6) Traité entre Sinigaglia et lesi (Baldassini, Memorie etc. di lesi. Appendice, XXXVI).

(7) P. 18645, lettre du JO sept. 1263.

(8) Il y est fait allusion dans une lettre d'Urbain IV conservée dans le formulaire de Richard de Pofi (Bibl. Nat., fonds latin, n° 14766, fol. 217).

munes; partout elles donnent le même spectacle, mettant la main sur les domaines pontificaux qui sont à leur convenance, sous les yeux du pape qui permet ou ne peut empêcher.

Depuis le jour de sa réconciliation avec le Saint-Siège, sous Innocent IV, Viterbe n'avait cessé d'entretenir avec lui les meilleurs rapports. Une chose les rapprochait, les prétentions de Rome que Viterbe ne voulait pas reconnaître. Pour les combattre avec succès, elle avait besoin de l'appui du pape. Elle ne pouvait, d'ailleurs, rien faire qui lui fût plus agréable que de maintenir jalousement son indépendance. Entre elle et la curie c'est donc un échange de bons procédés. Innocent IV flatte l'amour-propre religieux des Viterbais en entamant, sur leur demande, le procès de canonisation d'une de leurs compatriotes, sainte Rose d). En relour, en 1256, ils aident activement le recteur du Patrimoine à réprimer une révolte de JVlonteliascone '2). Alexandre IV fait parmi eux un long séjour, du 23 mai 1257 au 10 octobre 1258; tandis que dans la première moitié du siècle, c'étaient les villes de Campanie ou du Duché qui avaient le plus ordinairement donné asile à la curie, ce pape se trouva, en dépit de ses préférences pour Anagni. inaugurer la tradition qui fera de Viterbe, sous les pontificats suivants, une des résidences les plus ordinaires de la papauté. Tout de suite, la ville retire, sous forme de privilèges, les bénéfices de la situation (3). Elle s'acquitte en prêtant main-forte à l'Inquisition, notamment contre un hobereau hérétique de son voisinage, Gapello de Ghia (^). A tout cela, le Saint-Siège n'aurait fait que gagner, s'il n'avait dû fermer les yeux sur de véritables usurpations. Innocent IV toléra que Pandolfo Capocci, auquel il avait donné en gage Valentano, sur les bords du lac de Bolsène, le soumît à Viterbe ^^^ Il toléra aussi que Viterbe fît reconnaître sa suzeraineté à l'Isola Martana, située dans le même lac (6). C'étaient deux possessions de l'Eglise

(1) Le 25 nny. 1252 (P. 14782) il prescrif une enquête sur ses verlus et miracles. Elle fut d'ailleurs canonisée seulement sous Calixte III. C'est la légende qui a fait d'elle une sainte « politique » et une adversaire de Frédéric II (Pinzi, Storia di Viterbo, II, 24).

(2) Cf. les deux lettres pontificales des 22 mars et 23 août 1256 (Pinzi. op. cit., 61-62 n.).

(3) Sur l'importance qu'eut pour elle ce séjour de la papauté, cf. Pinzi, II, 57-.59. Ibîd., 64, les privilèges d'ordre spirituel ou temporel accordés par Alexandre IV (entre autres des franchises commerciales à Montefiascone et à Corneto). Ibid., 69 n., mention du curieux usage en vertu duquel les baux devaient être doublés lorsque la cour pontificale s'installait dans la ville.

(4) P. 17822 et 17853 (29 mars et 15 mai 1260).

(5) Thierri de Vaucouleurs, dans Muratori, RIS. IIP, 411. et Pinzi. II. '(5 ii. Vilerbe avait depuis 1193 au moins des prétentions sur Valentano.

(6) Pinzi, II, 60, n. 3.

romaine qui lui échappaient. Non seulement Alexandre ne fit rien pour les recouvrer, mais il aida, au moins indirectement, Viterbe à les défendre quand elles lui furent disputées par Orvieto.

Cette puissante commune témoignait alors, dans toutes les directions, de la plus grande activité. En 1251, elle avait réussi à réaliser une de ses plus vieilles ambitions en s'assujettissant Acquapendente d), cet ancien domaine de l'Eglise qui avait marqué longtemps la limite traditionnelle du Patrimoine et de la Toscane. Innocent IV, tout à la reconnaissance qu'il lui devait pour sa conduite dans les dernières crises, parut d'abord ne pas s'en apercevoir (2); vers la fm de son pontificat, il se décida cependant à lancer une sentence d'excomniunication (3). Alexandre IV cassa les engagements pris par Acquapendenle (^), en même temps qu'il réclamait encore aux Orviétans le Val di Lago, indûment détenu par eux^^). Son intervention n'eut d'abord aucun résultat. Les Orviétans poussèrent même leur pointe davantage encore. A ce moment, la région du lac de Bolsène était fort troublée, d'une part, par la révolte de Monte fiascone contre le recteur pontifical; d'autre part, par la querelle entre Pierre de Vico et les seigneurs de Bisenzio; ces derniers irrités que leur voisin eût acquis Marta^^). Orvieto prit parti pour les Bisenzio et Montefiascone, contre le Saint-Siège, le préfet et Viterbe. Ce fut avec un certain succès, puisqu'elle se fit reconnaître comme suzeraine du bourg de Gapodimonte, qui appartenait aux Bisenzio <"''), et du bourg de Valentano, celui-là même qui peu auparavant s'était donné à Viterbe ('*^l Elle dominait ainsi presque toutes les rives du lac. Du côté de l'est, où elle avait l'alliance de

(1' Fuini, Codice diploinatico d'Orrieto. 192 (Acquapendenle promet notanrimenf, de prendre ses podestats à Orvieto et de ne pas sô fortifier sans son aveu).

(2) Le l" août 1252. il ordonnait au recteur du Patrimoine de ne rien entreprendre contre Orvieto à raison des biens qu'elle possédait pacifiquement avant leur occupation par Frédéric ou ses adtiérents (BP'W. 8502; Fumi, 56, avec une date fausse et un texte évidemment altéré que je crois devoir restituer comme ci-dessus). Acquapendenle n'est pas visée, mais les termes de la letlre excluent foute idée de conflit entre Orvieto et le Saint-Siège.

(3) Mentionnée dans une lettre d'Alexandre IV du 20 septembre 1257 (Fumi, 217).

(4) Letlre du 21 mai 1255 (P. 15873). Acquapendenle supportait avec peine sa sujélion; elle avait en 1251 demandé secours à Sienne contre Orvieto (Arch. de Sienne, Consiglio générale^ IIL 81). Elle avait été obligée de prêter à nouveau serment en 1255 (Fumi, 206).

(5) Reg. Alex. IV, 557 (1" juin 1255). Les Orviétans l'occupaient depuis le temps de Grégoire IX.

(6) Pinzi, II, 60-61.

(7) Fumi, 214 (12 juin 1257).

(8) Fumi, 216 (13 juin 1257).

Pérouse <i), elle ne se montrait pas moins entreprenante. Une guerre acharnée mit aux prises, d'abord Orvieto et Todi contre Narni, puis Orvieto et Narni contre Todi ; le pape, incapable de rétablir la paix, ne put que prodiguer les menaces et les sentences contre les belligérants (2). En 1257, une détente se produisit; Orvieto se réconcilia, par l'entremise de Pérouse, avec Todi qui lui céda le bourg contesté de Montemarte (3) ; elle promit de renoncer à Acquapendente, et à ce double prix obtint la levée de l'interdit qui pesait sur elle (^). L'année suivante, elle se réconciliait avec Viterbe (s). Mais elle soulevait bientôt un nouveau sujet de querelle en se faisant céder par les seigneurs de Bisenzio la suzeraineté de l'Isola Martana (6) que Viterbe aussi prétendait ^^\ en attendant que le Saint-Siège la revendiquât. Et elle ne paraît pas avoir exécuté ses engagements en ce qui concei'nait Acquapendente (^).

On vient de voir que le pape n'avait guère à se louer de l'obéissance de Todi et de Narni. Il faut ajouter, quant à la première de ces deux villes, toute la série de griefs que nous fait connaître une bulle du 13 avril 1257 (•^' : spoliation du monastère de Montesanto; ravages exercés sur le territoire d'Amelia ; violences contre un parent du pape, Pandolphe Annibaldi; outrages à l'évoque de Todi; et quant à la seconde, son entêtement à poursuivre, malgré le Saint-Siège, sa querelle de frontières avec Terni do). Le pape, qui protégeait Ternit"', eut l'humilialion de voir la paix se conclure,

(1) Fumi, p. 208 (ligue du 27 août 1256).

(2) Cf. Fumi, 213, lettre du 8 mai 1256 (el non 1255 comme paraît le dire Fumi, puisqu'elle est datée de Rome), ordonnant à l'évêque d'Assise de menacer d'excommunication Todi, qui, d'accord avec Orvieto, avait saccagé le territoire de Narni. — Ibid., une lettre du 14 mai 1257, menaçant d'excommunication Orvieto et Narni si elles ne cessent d'attaquer Todi.

(3) Fumi, 213 (4 juin); ce litige durait depuis le XIP siècle.

(4) Fumi, 217 (bulle du 29 sept. 1257).

(5) Pinzi, II, 68 n.

(6) Fumi, 224 (24 mars el 7 avril 1259;.

(7) Cf. plus haut. — Le 24 mars 1262 (Pinzi, II, 92 n.), il est fait mention d'un tribut payé par ITsola Martana à Viterbe. Puis le 31 mai 1262 (Fumi, 233-4) les Bisenzio reconnaissent de nouveau la suzeraineté d'Orvieto.

f8) Du moins Urbain IV aura à y revenir.

(10) Pardi, Due paci fra Terni e Narni, dans Bolleltino deJla Società Umbra, I, 1895, 557, a retracé ces démêlés.

(11) Cela résulte de deux lettres par lesquelles il ordonne au recteur du duché (l'empêcher Narni de molester Terni, et interdit à Narni de construire un bourg à Perticara. La première est mentionnée par Mazzatinti, Gli Archivi dltalia, III, 350, à l'année 1254, avec la date Anagnie, XVI Kal. funii (qui ne pourrait conveniî' qu'à 1259 ou 1260) et par Pardi, loc. cit., à la da le du 17 juillet 1254. Elle ne peut être, naturellement, de 1254; elle est probablement de juin ou juillet 1255. La seconde est mentionnée par Mazzatinti à l'année 1255, avec la date Laterani V kal. marin {ç\u\ ne convient qu'aux années 1256. 1257 et 1261), et par Pardi à la date du 18 mars 1256, qui est probablement la véritable.

non sous ses auspices, mais sous ceux de Brancaleone, et plutôt à l'avantage de Narni (D. Il est possible aussi que les tentatives de Narni contre San-Gemini, qui devaient, dès le début du pontificat d'Urbain IV, lui créer tant d'embarras, aient commencé pendant le règne d'Alexandre IV.

De Spolète, rien à dire, sinon que satisfaite dans toutes ses ambitions par l'ample privilège que lui avaient accordé le cardinal Renier Gapocci(2) et Innocent IV (3), et que confirma Alexandre IV (^), cette ville se borna à peu près à prendre possession effective de ce qui lui était reconnu (5)^ et notamment de la Terra Arnolla et de Gastelritaldi, Ferentillo, GoUestatte, enfui du territoire de l'abbaye de Ferentillo. Elle imposa en outre sa suzeraineté aux seigneurs d'Arrone '6), sans que le Saint-Siège y fît, semble-t-il, la moindre opposition.

Pérouse n'était guère moins comblée c^). Elle avait bénéficié, lorsqu'on réorganisa l'état ecclésiastique après 1250, de ce fait que ses voisines Gubbio et Foligno avaient adhéré jusqu'au bout à Frédéric II; elle fut favorisée à leurs dépens (s). Le pape la laissa aussi étendre librement son influence autour d'elle, ou mieux la rétablir, car bon nombre des actes qu'elle signe, durant les années cinquante, ne sont que le renouvellement de traités conclus autrefois dans la période troublée du commencement du siècle. G'est ainsi qu'elle obtient la soumission de Gualdo (9) et de Nocera do), en 1251, et impose son patronage à Gagli, en 1259 (iD. Dans le Duché, on la voit, vers la fln du pontificat d'Alexandre IV, exercer une espèce

(1) Cf. plus haut, p. 243.

(2) 13 novembre 1247; Sansi, Documenti... in sussidio... délie memorie Umbre, I, 288 (BFW. 13631).

(3) 20 mai 1248, Sansi, op. cit., I, 291, confirmation par le pape du privilège du cardinal.

(4) Le 9 février 1255 (Sansi, op. cit., I, 299). Ibid., une défense au recteur du Duché, du 4 août 1255. d'inquiéter Spolète dans ses possessions.

(5) Sansi. Storia del comune di Spoleto, T. 85. Cf. dans les Documenti... in sussidio. etc.. 295. la soumission de Castelrilaldi (9 mars 1254).

(6) Ibid., 30.

(7) Déjà les droits et franchises dont elle jouissait de longue date étaient le type auquel la papauté se référait quand elle tenait à satisfaire une ville; cf. plus haut, p. 234, n. 8.

(8) Cf. plus haut, p. 233. Il faut tenir compte aussi des faveurs que le pape obtient pour Pérouse en terre d'Empire. Par deux diplômes datés de Lyon. 17 avi il 1251 (BFW. 5035 et 5036), Guillaume de Hollande Lui confirmait les droits qu'elle avait acquis à Città delta Pieve et à Montone, et lui conférait Castiglione Chiusino.

(9) Ansidei et Giannantoni, / codici délie sommissioni al comune di Perugia, dans Boll. délia Socielà Umbra, III, 140.

(10) Ibid.. 143 (ce n'est guère qu'un renouvellement d'un traité de 1202).

(11) Ibid., 198 (renouvellement d'un traité de 1219).

de protectorat sur Assise, Poligno, Spello, qui lui empruntent volontiers leurs podestats 'D et ne pi-ennent aucune décision grave sans la consulter ^2). Bien plus, le pape, non content de lui laisser ses coudées franches, s'emploie lui-même à la grandir. Le 23 décembre 1257, il lui conférait pour cinq ans, moyennant un cens, la juridiction sur le comté de Gubbio, jusqu'alors domaine de l'Eglise, avec tous les droits et revenus y attachés; cassant pour cela une concession antérieurement faite à Gubbio, sans son aveu, par le recteur du Duclié, Jean « Compater » (3). De tout cela résultait pour Pérouse une situation qui l'égalait aux plus puissantes communes lombardes ou toscanes. Malgré tant d'avantages, ou à cause d'eux, elle ne se distinguait pas par sa docilité vis-à-vis du Saint-Siège, faisant des statuts contraires aux libertés ecclésiastiques (^), contrecarrant le recteur du Duché et prenant contre lui la défense de rebelles ^^\ faisant la soui'de oreille quand il s'agissait de payer le cens du pour le conUé de Gubbio (6), et par-dessus tout fomentant les troubles de la Marche C').

Cette dernière province était sans contredit la plus troublée des Etats de l'Eglise. Non contente de s'y montrer faible, connne partout, l'adnnnistration pontificale y fut tracassière et injuste ; Urbain IV lui-même en fera plus tai'd l'aveu, qui n'est pas suspect, venant d\\n liouime si peu enclin à rester en deçà de son droit ('^).

(1) En 1261, Spello et Foligno demandenl leurs podestats à Pérouse (Arcli. de Pérouse, Atti del Consiglio maggiore, 120, 133 v°).

(2) Cf. plus loin, ch. xn.

(3) P. 17i43 (avec une dale fausse); BFW. 9137. Cf. le procès-verbal d'exécuttoii dans Theinei-, Codex diploinaticiis doin'mii tein))()iaUs^ I, 137-139.

(4) P. 17047 (27 oct. 1257). Mais cette lettre même atteste encore les ménagements du pape pour Pérouse. puisqu'il interdit à ses délégués, le prieur des Prêcheurs et le gardien des Mineurs, de l'excommunier sans nouvel ordre. Cf. sur la même affaire P. 17063 (8 nov.).

(6) P. 17651 (2 août 1259). Il est vrai qu'à ce moment Pérouse avail déjà fait avec Gubbio l'accord dont il sera question plus loin. En 1260, elle discutait encore à ce sujet avec le représentant du pape. Manfred, élu de Vérone (Arch. de Pérouse, Atti del Consiglio Maggiore, 139 v").

(7) Cf. plus loin.

(8) Cf. sa lellrc à Osimo. dans Mailorelli, Metnorie Instoriclie... d'Osimo, 122 (12 nov. 1261) : « .. Marckie Anconitane populos, quos a iidelltate ac devotione Romane iiiatris Ecciesïe ijuednm quasi levitas inenlium' aliquoruni forsitan duro regimine provocata et exaspéra ta subduxit... Verum quia regiminis asperitas, qua vos forte aliqui, quibus erat tune Marchia eadeni a dicta Sede comniissa. injuste vos vexabant occasionibus, et indebitis exactionibus molestabant, causaux vobis rebellionis hufusmodi dicitur vobis prebuisse... » Déjà Innocent IV. le 22 nov. 1253. devait écrire au recteur de la Marche de ne pas aller contre les privilèges de Cagli (Bricchi, Annali di Cagli, 115).

Dans le nord, c'était lesi qui organisait toutes les intrigues. Il s'agissait poui' cette ville de sauvegarder les avantages considérables qu'elle s'était fait accorder successivement par Enzio et par le cardinal Gapocci (D, et dont le plus important était la jouissance de son comté. Innocent IV avait d'abord esquivé, par une réponse dilatoire, l'obligation de conlirmer l'acte du cardinal ^2). En 1252, il prescrivait en termes vagues au recteur de la Marche de respecter les droits d'Iesi (^). Entendait-il par là lui reconnaître son comté .' Le recteur Gérard Gossadoca (^) ne le pensa pas et s'en empara, prenant comme prétexte, à ce qu'il semble, un conflit entre la commune et un de ses anciens podestats, dans lequel il crut devoir se mêler avec une certaine passion. Du coup, lesi, n'hésitant pas à recourir aux résolutions les plus graves, fit appel à Gonrad (5). Mais celui-ci mourut avant d'avoir rien pu faire, et force fut à la ville, après un inutile essai de résistance ouverte, de s'humilier (6). Elle n'en continua pas moins de réclamer auprès du pape contre le recteur ('). Le changement de pontilicat la servit à souhait; au moment où elle venait encore d'interjeter à la curie appel d'une décision de Gossadoca, Alexandre IV donnait à la Marche, le 18 janvier, un nouveau recteur en la personne de son chapelain

(1) Privilège d'Enzio, d'oct. 1239 (BFW. 13300); du cardinal Capocci, 13 février 1248 (BFW. 13645). Il est bon de noter qu'Iesi cherche en même temps à les accroître: en janv. et fév. 1251, on la voit recevoir la soumission de diverses localités (Staff olo, Storaco, Montalboddo, Montenuovo) qui plus tard lui seront reconnues par Manfred (Gianandrea, Carte diplomatiche lésine, 125, 131, 136, 139). Elle met à profit la chute de l'administration frédéricienne, de la même, manière que le font au même instant les villes toscanes.

(2) Lettre du 22 nov. 1248 (Gianandrea, op. cit., 117).

(3) 16 nov. 1252 (P. 14773; Baldassini. Memorie istoriche... di lesi, App. XXVII, avec la date fausse de 1253).

(4) Tenckhoff, 68.

(5) Il est prouvé par un diplôme de Manfred (BFV/. 4683; Baldassini, op. cit., App. XIJ), que lesi avait eu vis-à-vis de Conrad puram fidem et devotionem sinceram. Aucun autre témoignage ne nous reste de ces relations, qu'il semble naturel de placer après l'affaire du comté et vers la fin du règne de Conrad, à un moment où il était moins absorbé par les affaires du Royaume. Elles semblent être restées très secrètes, n'ayant abouti à rien par suile de la mort du roi; du moins on ne voit pas dans la suite le pape les reprocher à lesi. Mais on voit qu'il faut rectifier ce que dit BFW. 4631; Conrad avait cherché à prendre pied dans l'Etat pontifical.

(6) BFW. 15125 (1'^ juillet 1254); Gianandrea, 152.

(7) Un nouveau sujet de querelle surgit à propos de démêlés entre Manfred de Sassolo, ancien podestat d'Iesi, et la commune. Le recteur prit parti pour le podeslal. Cf. mie ietlre du pape lui prescrivant de faire justice (24 oct. 1254; BFW. 14889; Gianandrea, 153), et dans Gianandrea, 155-6 et 161-2, les arrangements intervenus et les paiements effectués par lesi.

maître Roland (D, dont le premier soin tiiL de surseoir à rexéculion des sentences poilées pai' s(jn prédécesseur f'-^). A (juel point la situation restait cependant tendue, c'est ce que pjouve le traité conclu par lesi avec Fano le 2 août 1255; les deux \ilies s'y garantissaient mutuellement leurs territoires et comtés ainsi que tous les privilèges qu'elles tenaient « de n'importe quel seigneur, recteur, ou représentant de quelque cour que ce fût » ^^K s'obligeanl à les défendre même par la force et même contre le recteur présent ou futur de la province. Maître Ptoland n'osa pas provoquer le soulèvement que ce traité lui promettait : il fit rendre son comté à lesi (^), et coniposa avec la ville pour une somme tiès inférieure aux amendes qu'elle avait encourues (s). Elle n'en continua pas moins à négocier, autour d'elle, d'autres alliances. Le 24 novembre 1255, elle en jurait une avec Gubbio et Fabriano f^) ; les termes avaient beau en être moins agressifs (on y trouvait la formule de style (( en l'honneur de l'Eglise »), ce n'élail jamais d'un bon œil que l'administration pontificale voyait les ligues. Beaucoup plus culieuse et vraiment singulière fut la convention par laquelle lesi et Sinigaglia décidèrent de ne plus former désormais qu'une seule commune avec un seul podestat et un seul capitaine ('='); les clauses les plus minutieuses assuraient entre elles une parfaite égalité. Cette fois le recteur de la Marche conçut quelque ombrage ; tout au moins savons-nous que des condamnations furent portées, probablement à ce sujet, contre ces deux villes ; mais dès le 6 août 1256 (8), Annibal Transmundi, qui dans l'intervalle avait remplacé maître Roland dans le rectorat, consentait à les révoquer et confirmait une fois de plus à lesi le fameux privilège du cardinal Renier, lesi en fut assez rassurée pour prendre patience pendant deux ans. Elle voulut bien attendre, pour se soulever, d'avoir la bonne occa-

fl) L'appel d'Iesi du 17 janv. 1255 (Gianandrea, 162; BFW. 15126), la nominalion de maître Roland, du 18 janv. (Gianandrea. 163; BFW. 8919).

(2) BF\A^ 15127; Gianan*rea, 165. Ihid., 167470, lesi constitue des mandataires pour négocier avec Roland.

(3) « Vel aliquo domino vel redore vel aliquo nuncio cujuslibet curie... » fBFW. 15131; Baldassini, App. XXVII; Gianandrea, 175).

(4) Sentence des juges délégués par lui, du 5 oct. 1255 (Gianandrea, 181).

(5) 21 sept. 1255 (BFW. 15133; Gianandrea, 180).

(6) BFW. 13979; Zonghi, Carte diplomatiche Fabrianesi, 219).

(7) 10 avril 1256 (Baldassini, App. XXXVI; Gianandrea, 184). Cette convenlion fut quelque peu modifiée le 4 juill. 1258 (Gianandrea, 206).

(8) BFW. 15135-6 (Gianandrea, 191-2). — Annibal promettait aussi de faire confirmer par le pape le privilège du cardinal Renier et s'engageait, après la prise de San Séverine, dont ce document nous apprend la rébellion, à soumettre cette localité à un capitaine choisi à lesi

sion que lui offrit l'intervention de Manfred. Mais elle fut une des premières villes de la Marche à se donner à lui, tant elle ressentait malgré tout de défiance vis-à-vis du Saint-Siège.

Par ailleurs, il est vrai, abstraction faite d'une tentative de Fano pour s'assujettir de nouveau Possombrone, la partie septentrionale de la Marche était à peu près tranquille; aucune autre ville n'ayant de raison de provoquer de graves désordres d). Il n'en était pas de même dans le sud, et surtout dans les vastes diocèses de Fermo et de Gamerino. Là le Saint-Siège avait l'occasion d'éprouver certaines conséquences fâcheuses de ce morcellement, par ailleurs si avantageux, qu'il s'était donné pour règle de faire durer. En multipliant les petites communes autonomes, on multipliait aussi les occasions de querelles; chaque intervention du recteur, entre deux voisins ennemis, faisait par la force des choses un mécontent ; tout litige provoquait une révolte, et les villes se soutenant les unes les autres, la cause la plus insignifiante mettait de proche en proche toute la province en feu. Les deux premiers recteurs d'Alexandre IV en fii'ent successivement l'expérience. LIne des premières mesures de maître Roland fut d'interdire, dans un parlement tenu à Tolentino le 7 mars 1255, de créer, sans l'autorisation du Saint-Siège, des communes ou des bourgs nouveaux; toutes les forteresses récemment construites devaient être démolies (2). Gela visait spécialemeni Camerino, qui avait fondé à Santa Maria dei Galli un bourg dont se plaignaient ses voisines, et dont Gérai'd Gossadoca avait déjà réclamé la destruction ^3). Gamerino se souleva (^), entraînant avec elle Maceràta, Givitanova, San Ginesio, Morrovalle, sans compter bon nombre de hobereaux. C'est alors, et à raison sans doute de son insuccès, qu'Alexandre TV rappela maître Roland et le remplaça par son pi'opre neveu, Annibal Transmiindi (s). Gelui-ci par-

il) Privilèges pour Fossombrone des 19 et 25 octobre 1255 (P. 16068 et 16074; R. III. 374). — Fano, en punition de son attaque sur Fossombrone, dut payei- 3.000 livres d'amende (P. 16392, BFW. 9058). »

(2; Inventaire des archives de Matelica, dans Mazzatinti, Gli Archivi cFItalia, II, 165. Ibid. bulle confirmalive d'Alexandre IV (17 avril) concernant Santa Maria dei Galli.

(3) RFW. 15123; Acquacolta, Memorie di Matelica, II, 85. Ihid., 86, une lettre d'Innocent IV, du 15 mai 1254, confirmant l'ordre de destruction, ain.si que la lettre ci-dessus citée d'Alexandre IV.

(4) BFW. 13985 (6 janv. 1256); Roland autorise Fabriano et Matelica à faire la guerre à Gamerino.

(5) Tenckhoff, 71. Sa nomination est du commencement de mai : XI (sic !) nonas maii d'après Raldassini, App. XXXV; 2 mai, d'après Glanandrea, 171; 6 mai d'après BFW. 9056. Mais il ne put. on ne sait pour quelle cause, se rendre tout de suite dans sa province; la bulle de nomination annonce qu'il sera remplacé quelque temps par son cousin Oddecinus de Rome. Il était à Gingoli, dans la Marche, le 6 août (BFW. 15135).

vint d'abord à désarmer les rebelles auxquels il accorda, le 16 septembre 1256, une amnistie complète (D. Mais dans les années suivantes le désordre recommença : ce sont des coalitions toujours renaissantes, et dont les membres, d'ailleurs, changent sans cesse. Il serait long et fastidieux de suivre toutes ces bourgades dans le détail de leurs variations, très souvent inexplicables, et dont la loi échappe complètement (2). Le centre de la résistance avait d'abord été Gamerino. Dans la suite, au contraire, sans doute par le simple fait que son adversaire ordinaire iXlatelicu s'était brouillée avec le j'ecteur, elle se réconcilia avec ce dernier ^^\ et elle de\ait se signaler, contre Manfred, par sa fidélité à l'Eglise (^). Elle fut remplacée à la tête des ennemis du Saint-Siège par Fermo. Cette ville était alors dans une phase de grande activité. Non contente du privilège à elle accordé par le cardinal Renier en 1248, qu'elle eut soin de se faire confirmer par Innocent I\' (5) et Alexandre l\ ^^\ on la voit s'accroître constamment aux dépens des petits seigneurs de son voisinage ; aux dépens de son église épiscopale (mais d'accord, semble-t-il, avec son évêque, qui paraît avoir été très bien disposé pour elle et médiocrement soucieux de conserver ce qui lui restait (le droits temporels ^^^ ; aux dépens enfin de l'abbaye de Pai'fa, richement possessionnée, on le sait, dans la Marche d'Ancône; et ici, chose curieuse, avec la connivence du pape lui-même. Innocent IV fit enlever à Farfa, pour les remettre à Fermo, les bourgs

(1) Cronache délia città di Fermo, 548. Il était stipulé que dans toutes les loca lités amnistiées le Saint-Siège ne placerait de procurateurs ou de baillis que secundum consuetudinem observatam iempore domini Sinibaldi, olim dicte Marcliie rectoris (c'était ce SinibaJdo Fieschi qui était devenu Innocent TV).

(2) Le travail a été fait par Tenckhoff, 71-75.

(3) Les revirements de Matelica sont déconcertants. En 1257, elle avait refusé d'aider le recteur contre Macerata, de nouveau rebelle. Le 14 nov. 1257, elle se réconciliait avec lui (Acquacotta, Meiuorie di Matelica, II, 97). Le 26 juillet 1258, elle traitait avec Sanseverino, alors brouillée avec l'administration pontificale \lbid., 102). Le 5 oct. (Tenckhoff, 74 n. 1, d'après le Lihro Rosso de Camevino), le recteur cassa ce traité.

(4) Cf. le chapitre suivant.

(5) P. 14355 (17 juin. 1251).

(6) 21 juin 1255 [Cronache délia città, di Fermo, 412).

(7) Voici les principales acquisitions de Fermo durant cette période : en 1250. Monsanpieiro (Cronache, 388; en 1257 i'évêque donne à la ville le droit d'y nommeile podestat, ihid., 417); en 1251, Monte San Giovanni {Cronache, 38D et 395); la même année San Flaviono (ihid. 394]; en 1252 Monturano {idid. 400, renouvellemenl en 1255, ibid., 413), et les seigneurs de Massa et de Mogliano (ibid. 404^; on 1251 Marano (ibid., 411); en 1255 Monterubbiano 'ibid., 414); en 1257 Roccabianca [îbuL, 4171 En 1255 {ibid.. 414). Fermo avait aussi conclu une alliance étroite avec Ripa transone. — Monsanpietro, Monturano et Monterubbiano étaient d'anciens biens épiscopaux. L'évêque, en très bons termes avec sa ville épiscopale, en esl podestat en 1251 {Cronache, 389). Plus tard, il sera l'am? de Manfred.

de Montefalcone et de Montecretaccio, dont l'abbaye avait été spoliée par les agents de Frédéric II d). Si longtemps étroitement resserrée par de vastes domaines d'Eglise, appartenant les uns au Saint- Siège, les autres à la mense épiscopale, ou à la puissante abbaye Sabine, Fermo avait obtenu les premiers; elle entamait rapidement les seconds. Innocent IV encore chercha au moins des compensations. Pour reconstituer à l'Eglise romaine un patrimoine aux heu et place de celui qu'elle avait dû céder à Fermo, il obligea la ville à lui remettre Penna San Giovanni (2) qu'elle détenait depuis 1228; il s'en ht ensuite céder la propriété par les habitants (3), et en garda la forteresse dans son domaine direct (^). On le voit aussi prendre contre la commune de Fermo la défense des habitants de son comté (5). Alexandre, au contraire, semble avoir vu avec indifférence, en eux-mêmes, les progrès de la ville. Il fallut une circonstance accidentelle pour la brouiller avec l'administration pontiflcale. En 1256, on ne sait pourquoi, ses citoyens attaquèrent traîtreusement les milices d'Ascoli et d'Ofhda qui se rendaient à une convocation du recteur, contre Gamerino (c). Dès ce moment ils s'obstinèrent à peu près sans interruption dans la révolte, soutenus, par internnttence, pai' les petites localités voisines de San Ginesio, de Givitanova, de Santa Vittoria ^^K Pour qui connaît l'histoire de l'Etat pontihcal au Moyen-Age et

(1) Sur cette spoliation, cf. plus haut l'introduction. Montefalcone avait fait retour au parti du pape dès le 8 nov. 1246 fCronache, 384). Sans doute peu de temps après, peut-être vers 1250 ou 1251, l'Eglise donna ce bourg en fief à Fermo fou peut-être les tiabitants eux-mêmes en firent-ils ïacomandigia à prix d'argent; on pourrait le supposer d'après Cronaclie, 413). En 1251 (ibid., 394), Fermo lui donne le droit de bourgeoisie. Mais le bourg fut peu après (on ne voit pas dans quelles circonstances), occupé par des nobles de Fermo qui le remirent à l'abbé de Farfa, Nicolas. Le pape ordonne à Gérard Gossadoca de le rendre à Fermo (P. 15540, Cvonache, 409', ce que Gérard exécuta, contraignant l'abbé à céder. En 1255, Montefalcone reconnaissait à nouveau la seigneurie de Fermo (ibid., 413), qui le fortifia et le garda une vingtaine d'années. En 1279, il était tenu par le marquis d'Ancône, pour le compte de l'Eglise (cf. Trascrizione d'un rotolo membranaceo contenente un esame testimoniale circa i dintti delV abbadia di Farfa su Montefalcone, dans VArchmio délia Società Rornana di Storia patria, XI (1888), p. 305 et suiv.). On remarquera qu'Urbain IV étant brouillé avec F'ermo, Montefalcone figure dans la liste des biens qu'il confirme au monastère de Farfa le 23 fév. 1262 (Guiraud, La badia di Farfa alla fine del secolo XIII, ibid., XV, 1892). — Montecretaccio fut rendu par le pape à Fermo le 24 nov. 1251 (P. 14420).

(2) P. 14453 (Cronache, 394^

(3) Cronache, 352. L'histoire de cette localité est d'ailleurs obscure. (41 BFW. 13878 (Mural ori, Antiquitates, I, 705).

(5) P. 14564 et 14678 (21 avril et 1" août 1252).

(6) P. 16306 et 16711. Sur la date de P. 16306, sûrement erronée, cf. Tenckhoff, 72, n. 1, qui montre que l'agression de Fermo doit se placer en août ou septembre.

(7) Tenckhoff, 72-74.

sait qu'elle se résout tout entière en une suite d'obscurs et monotones conflits, qui se prolongent sans autre péripétie que les attaques du dehors, ou ralternance, de la part de la papauté, d'accès de faiblesse et de réveils d'énergie, le tableau que nous venons de retracer n'a rien qui surprenne; il serait aisé, en se plaçant à d'autres époques, d'en présenter un plus lamentable encore. Mais si l'on songe à ce qu'étaient pour le Saint-Siège ses temporalités, et aux mille raisons de principe, de tradition, de sentiment, d'intérêt, qui lui commandaient d'y veiller, il n'y a pas de preuve plus péremptoire de l'incapacité d'Alexandre IV que de les avoir laissé presque échapper de ses mains, sans pouvoir invoquer pour sa décharge, ni, comme Innocent III, la nouveauté et l'incertitude de ses titres, ni, comme Grégoire IX et Innocent IV, la diversion forcée d'une guerre à vie et à mort avec l'Empire, à soutenir sur son propre territoire; ni, comme les papes d'Avignon, l'absence et l'éloignement; ni, comme les papes romains du temps du grand schisme, une crise où ses droits à la tiare elle-même auraient été contestés.

D'ailleurs, attirée par le désordre, l'intervention étrangère allait se produire, et n'ayant pas été une excuse, devenir un châtiment. Alexandre IV avait préparé les voies à Manfred.

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