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des titres incontestés, ni par dé plus grandes chances, ni par plus de bienveillance spontanée, — tous, des causes différentes produisant les mêmes effets, se trouvent échapper encore jusqu'à un certain point à la loi du classement en partis organisés, qui règle le développement historique de l'Italie. Ces partis existent bien, et à chaque instant on peut en déterminer les éléments. Mais en les comparant à des époques différentes, on voit qu'ils ne sont que des groupements d'occasion, toujours en voie de devenir, où tout le monde passe et oii personne ne reste.
Une dernière question se pose, dont à vrai dire nous avons déjà préjugé la solution, par cela seul que nous avons pu en ajourner ainsi l'examen, mais qu'il importe cependant d'aborder de front. Le sentiment religieux, dont nous n'avons encore nulle part constaté l'influence, n'a-t-il donc été pour rien dans cette grande crise oii le chef ofticiel de l'un des partis est un excommunié, peutêtre un incrédule, en tout cas un mauvais chrétien, d'allures inquiétantes, de propos sceptiques, de mœurs orientales; où de l'autre côté des papes, différents par l'origine et le caractère, sont cependant tous d'accord sur la nécessité d'une lutte à outrance ?
Il serait injuste de soutenir que les motifs d'ordre religieux mis en avant par le Saint-Siège aient été de purs prétextes. En 1227, Frédéric avait manqué à la lettre de son vœu de croisade; et s'il a eu peut-être de bonnes excuses, le Saint-Siège, si souvent trompé par lui, était excusable aussi de ne plus le croire. Il n'est pas douteux non plus que l'empereur ne prît avec les privilèges ecclésiastiques, surtout en Sicile, des libertés peu conformes au droit public d'alors et à ses promesses personnelles. Seulement bien d'autres princes du Moyen-Age en ont fait autant sans que le Saint-Siège poussât les choses à l'extrême. Contre Frédéric, les papes avaient des raisons autres et plus fortes que celles qu'ils avouaient, et ces raisons étaient d'ordre politique.
Quant à l'empereur, si étrangement que sonnent quelques-unes de ses paroles, c'est assurément forcer les choses que de lui prêter, comme on l'a fait, le rêve de changer la constitution de l'Eglise
et de créer une espèce de papauté laïque. Quelles que fussent ses convictions intimes, il a toujours affecté de pratiquer une politique orthodoxe; et alors même qu'il attaquait le plus vivement les prêtres, il les distinguait soigneusement de la religion, pour laquelle il se déclarait plein de respect, et qu'il leur reprochait justement de servir mal. Vis-à-vis du clergé, il était même autoritaire et sans gêne plutôt qu'hostile. Au plus fort de sa lutte contre l'Eglise, il lui est encore arrivé d'accorder des privilèges à des monastères. 11 ne voulait pas être gêné dans son absolutisme; mais la papauté lui aurait reconnu sur l'Eglise Sicilienne — un des principaux sujets de plainte du pape — seulement les droits dont avaient joui ses prédécesseurs les rois normands, qu'il se serait tenu pour très satisfait.
Les deux adversaires ont fait de part et d'autre les plus grands efforts pour élargir le débat, dans Tespoir d'y intéresser l'opinion publique, non seulement italienne, mais européenne. Frédéric s'est posé en représentant des droits de l'Etat laïque en général, menacés ou violés en sa personne. Le pape a invoqué les droits de Dieu, et jamais encore le domaine éminent de l'Eglise sur toutes les couronnes et notamment sur la couronne impériale n'avait été proclamé avec autant de force. Ce fut entre eux une belle guerre de plume, et leurs encycliques, leurs manifestes, forment un intéressant chapitre de l'histoire des théories politiques au Moyen- Age. Mais ils ne sont pas arrivés à faire la preuve qu'ils fussent séparés par une de ces questions de principe où toute transaction est impossible.
Les contemporains, môme les plus dévoués à l'Eglise, jugèrent ainsi. Même au sein du Sacré Collège, tout le monde n'approuvait pas le pape; il y avait des cardinaux auxquels Frédéric II croyait pouvoir se plaindre. On a coutume d'autre part de vanter les services que les Ordres mendiants rendirent au Saint-Siège et leur obéissance toujours prête. Dans l'ensemble on a raison; mais Frédéric, même excommunié, conserva parmi les Dominicains des partisans auxquels les chefs de l'Ordre durent imposer silence. L'Ordre Teutonique paraît lui être resté fidèle après sa seconde comme après sa première excommunication. Saint Louis, dans sa conduite envers Innocent IV, a associé avec beaucoup de tact un blâme discret au dévouement le plus sincère, résolu à faire res-
pecter l'asile que la papauté s'était choisi, à la frontière et sous la protection de la France, mais tenant pour non avenue la sentence de déposition lancée contre Frédéric IL
C'est que l'on distinguait alors autrement qu'aujourd'hui entre le temporel et le spirituel. L'opinion, prise dans son ensemble, se scandalisait moins qu'elle ne le ferait de nos jours de voir les papes poursuivre certaines Ans toutes politiques. En revanche, les fidèles les plus orthodoxes ne se croyaient pas autant obligés à leur obéir en toutes choses.
On admettait bien que l'Etat, que les princes, avaient pour premier devoir de servir l'intérêt religieux. Mais que paraissait réclamer cet intérêt religieux, dans l'ordre politique? Trois choses surtout, parmi lesquelles ne figurait pas la destruction des Hohenstaufen et l'écrasement de leur « race de vipères ». C'étaient l'extirpation de l'hérésie, par les moyens que presque tout le monde alors jugeait légitimes et nécessaires, la reconquête de la Terre- Sainte, enfin le rétablissement de la paix entre chrétiens. Justement sur ces trois points les partisans de l'empereur et l'empereur lui-même pouvaient soutenir, sinon avec vérité, du moins avec quelque apparence, qu'il n'encourait aucun reproche, et même le faire valoir aux dépens du Saint-Siège, et opposer son zèle à la tiédeur du pape.
Frédéric n'avait jamais marchandé à l'orthodoxie l'appui de son bras. 11 avait presque toujours exécuté et parfois devancé les désirs de l'Eglise. Ses constitutions de 1220, de 1224, de 1232, de 1238- 1239, lui assurent la gloire, si c'en est une, d'avoir été un des législateurs de l'Inquisition. Sans doute Grégoire IX l'a accusé de se faire de l'hérésie un prétexte pour atteindre ses ennemis; il s'est plaint qu'en Sicile des fidèles d'une orthodoxie irréprochable eussent expié sur le bûcher une opposition toute politique et le seul crime d'avoir déplu au souverain. Mais l'empereur a pu rétorquer que Grégoire IX, pour ne pas mécontenter les villes de la Ligue lombarde, y fermait les yeux sur l'hérésie, et qu'à condition d'être en révolte contre l'Empire, les dissidents étaient toujours en règle avec l'Eglise.
Frédéric, d'autre part, avait jadis pris la croix; et bien que le Saint-Siège l'eût durement traité pour ses tergiversations, bien que, une fois parti, Grégoire IX eût dénoncé son expédition et la ma-
nière dont il la conduisait comme un scandale de plus, tout le monde, parmi ceux qui s'intéressaient à la Terre-Sainte, n'avait pas souscrit à ces anathèmes, et beaucoup au contraire blâmèrent le pape de consacrer à une guerre contre des chrétiens des ressources qui auraient pu être si utiles contre les ennemis de la foi. Et depuis 123U Grégoire IX avait dû reconnaître implicitement, par ses actes, qu'il était entré du parti pris dans sa manière d apprécier la sixième croisade et ses résultats.
Enfm la paix, où le parti de la croisade voyait la condition nécessaire de toute entreprise sérieuse, et que souhaitaient pour ellemême toutes les iïmes religieuses, c'était la paix conforme au droit, la paix fondée, non sur l'humiliation de l'Empire par l'Eglise, mais sur un équitable partage d'iiiriuence entre les deux pouvoirs dont le plus profane môme semblait encore revêtu d'une espèce de consécration divine, et dont l'harmonie était considérée par les penseurs comme un des fondements de l'ordre public chrétien. Et le pape n'ayant pas réussi à créer l'impression que l'empereur fût seul responsable de la guerre, le désir de la paix se retournait contre lui autant que contre son adversaire.
Telles sont les causes de la réserve gardée par l'opinion catholique, réserve qui fut plus marquée encore dans le pays qui nous occupe spécialement, en Italie. Cela tient aux traditions d'anticléricalisme des communes italiennes et au caractère particulier que prend le sentiment religieux dans la péninsule.
Les villes passaient leur temps à être en conflit avec l'Eglise. (Test sur leurs évêques, comtes d'Empire, qu'elles avaient dû souvent conquérir leurs libertés municipales. Elles usaient de ces libertés pour molester le clergé. Elles traitaient les domaines des évêques, des chapitres, des abbayes, comme ceux des hobereaux laïques, c'est-à-dire qu'elles usurpaient et empiétaient le plus possible. Elles violaient sans cesse les immunités ecclésiastiques en matière de juridiction et d'impôt. Naturellement le pape devait d'ordinaire prendre fait et cause pour le clergé local; l'anticléricalisme des bourgeois remontait jusqu'à lui. De plus, à partir de la fm du XIP siècle, le Saint-Siège mit la plus grande ardeur à organiser partout la répression de l'hérésie. Il réclamait à cet effet le concours des magistrats municipaux, prétendait faire insérer dans les statuts les constitutions impériales édictées sur la matière,.
intervenait sons ce prétexte dans la constitution et la vie intérieure des villes, atteignait dans leurs intérêts une foule de citoyens. Mais les Italiens flottaient sur cette question d'un extrême à Tautre. Ils étaient susceptibles d'accès de fanatisme. Mais souvent aussi on voyait les autorités municipales refuser l'insertion demandée, le peuple se soulever contre les inquisiteurs et arracher de leurs mains les hérétiques. Point de ville qui, pour une cause ou pour une autre, n'ait connu les rigueurs de l'interdit; quelques-unes se firent une véritable habitude de les supporter. Dans la vie des podestats de carrière, l'excommunication devient un accident fréquent, qui fait partie des risques du métier, qui ne les empêche pas d'accomplir ce qu'ils considèrent comme leur devoir d'état, c'est-à-dire de prendre les intérêts de la ville qu'ils gouvernent, fût-ce contre l'Eglise; cela est vrai même de ceux qui se rattachent à ce qu'on est convenu d'appeler le parti de l'Eglise, et ont été les adversaires de Frédéric 11. Aussi les Italiens n'avaient qu'à faire un retour sur eux-mêmes pour trouver tout naturel que l'empereur eût des difficultés avec le Saint-Siège; les sentences qui le frappèrent ne le rendirent ni plus odieux aux uns, ni moins sympathique aux autres.
Mais ces bourgeois, jaloux de leur indépendance, ennemis des prêtres, gouailleurs, sceptiques et positifs, sont aussi des hommes du Midi et des hommes du Moyen-Age. Sensibles à l'éloquence, au geste, prompts à s'exalter, vivant d'une vie tout extérieure, ils forment d'incomparables auditoires de réunions publiques. Et d'autre part, imbus dans le tréfonds de leur âme de ces idées de pénitence et de péché qui sont à la base du christianisme, et de ce sentiment de pessimisme que développaient les misères du temps, ils sont capables d'apercevoir par éclairs l'horreur des luttes dans lesquelles d'ordinaire ils se complaisent et d'en chercher le remède dans la religion. Qu'un grand orateur populaire, qu'un entraîneur de foules rencontre des circonstances favorables, et l'on voit se produire un rcvivnl, une crise violente, mais courte, de ferveur et de repentir. De toutes celles que l'Italie a traversées, du XIIP siècle à Savonarole, il en est peu d'aussi curieuses que celle de 1233, l'année de V Alléluia. Elle fut déchaînée par les prédications concertées de quelques religieux mendiants, parmi lesquels le plus influent fut le Dominicain Jean de Vicence. Au pied de
leurs chaires, ou plutôt, car les églises devinrent vite trop étroites, au pied d'estrades colossales dressées en plein air, se pressaient des foules immenses; c'est la Lombardie orientale presque entière que Jean de Vicerice réunit à sa grande fête de la paix, du 28 août 1233. Les auditeurs s'exaltant les uns les autres par leur nombre même, à la parole ardente des prédicateurs répondent de toutes parts les marques les plus éclatantes de conversion. Les pécheurs publics font amende honorable, les usuriers restituent, des bûchers s'allument où brûlent les objets de luxe et de parure. Eglises et monastères surgissent de terre, à la construction desquels tout le monde contribue par des aumônes ou des corvées. Des types nouveaux de vie religieuse se répandent. Un peu partout on, rédige, on refond les statuts municipaux; l'objet de ce travail est d'en éliminer toutes les dispositions contraires aux libertés ecclésiastiques; pour plus de sûreté, on confie parfois ce soin au religieux même qui prêche la mission. On y introduit au contraire les constitutions rigoureuses contre l'hérésie, que le Saint-Siège vient d'adopter et commence à propager. Et on les applique; pour la première fois depuis des siècles, dans l'Italie du Nord, on brûle les hérétiques. Mais surtout le mot d'ordre est la paix : paix entre les familles, paix entre les factions, paix enfin entre les villes. Investis de pleins pouvoirs, ce sont encore les religieux qui dictent les conditions de ces réconciliations éphémères, mais auxquelles personne ne se dérobe. L'opinion réclame la concorde avec la même ardeur furieuse que l'on apporte d'ordinaire à souffler la guerre. L'agitation, au besoin rémeute, se chargent de contraindre ceux qui résisteraient à la grâce.
Voilà bien l'esprit religieux, avec ses hautes aspirations et son trop fréquent alliage d'humanité. Mais y avait-il là une force que la papauté pût capter et mettre au service de ses vues politiques ?
Observons d'abord qu'en lui-même le mouvement n'était dirigé ni contre l'empereur, ni pour le pape. Il éclata à un moment où tous les deux, quels que pussent être leurs sentiments intimes, faisaient profession d'être alliés. L'empereur, qui ne le combattit pas, s'en plaignit vivement par la suite. Cependant nous savons que l'un des principaux prédicateurs était fort impérialiste. Jean de Vicence, auquel on a coutume de prêter des sentiments tout contraires, a témoigné en somme envers l'Empire de plus de sans-
gêne que d'hostilité véritable. 11 est vrai que c'est à la Ligue surtout que rapaisement profitait. C'est que presque partout elle se trouvait en possession; en fait, et sans vouloir préjuger la question de droit, Frédéric était lagresseur; sa méthode consistait à exploiter les discordes; et la réconciliation générale, si elle eût duré, eût coupé court à son rêve de restauration impériale. Quant au seul point où la Ligue eût récemment perdu une position importante, à Vérone, livrée par Ezzelin à Frédéric, une crise de mysticisme pacifique pouvait tout réparer; si les partis s'embrassaient, si les exilés rentraient, Ezzelin se trouvait paralysé. Ainsi la Ligue a bien gagné à la crise, mais par la force des choses et par une suite nécessaire de la situation, plus que par un dessein arrêté des meneurs. Cela suffît d'ailleurs pour que le pape s'en félicitât; sa politique lombarde ne tendait alors qu'au maintien du statu quo. Et il ne pouvait faire autrement que de sympathiser avec les côtés religieux du mouvement. Mais il n'en a pas eu la première initiative; il n'en a pas toujours été maître; il n'a pas toujours rencontré de la part des véritables chefs une obéissance entière; il l'a béni, beaucoup plus que dirigé, et lorsqu'il a essayé de le prolonger et de le canaliser, pour ainsi dire, par la création des Frères de la Milice du Christ, association de laïques, placées sous la tutelle des Dominicains, et qui se proposaient spécialement pour objet de défendre, au besoin par les armes, les libertés ecclésiastiques et la foi orthodoxe, il n'a obtenu qu'un demi-succès; ces associations, ou se sont vite dissoutes, ou ont végété, ou ont vécu à l'état de simples confréries pieuses.
Un peu plus de ferveur peut-être dans la vie privée de quelquesuns, voilà quel fut le seul résultat de cette crise, comme de toutes les autres semblables qu'a traversées l'Italie. Il n'en sortit rien qui pût influer de façon durable sur la politique religieuse. Toutes ces belles ardeurs n'étaient pour cela ni assez persévérantes, ni assez disciplinées, ni assez prudentes et sages.
L'Italie d'autre part était l'origine d'un courant spécial de mysticisme qui entraînait beaucoup d'âmes pieuses et jusqu'à un certain point les détachait du Saint-Siège ou au moins de la politique du Saint-Siège.
On sait comment, à la fin du XIP siècle, le moine Calabrais Joachim de Flore,
Di spiJ'ito proletico dotato (D,
avait déduit, de théories particulières sur la Trinité, devenue pour lui un véritable trithéisme, toute une conception de l'histoire, et essayé de l'établir par le plus incroyable abus de la méthode allégorique dans l'interprétation de l'Ecriture (2). En jetant « un regard sur l'histoire de la religion, il constate sans peine que deux des personnes divines y ont exercé successivement une action caractéristique. La religion remonte au Père, créateur du monde et de l'homme et plus tard auteur de l'Ancien Testament. Elle a été l'œuvre du Fils qui... a substitué une loi plus parfaite à la loi antique et à son interprétation littérale... Mais il s'en faut de beaucoup que l'évolution religieuse de l'humanité soit arrivée à son terme. La lettre, qui régnait despotiquement sous l'Ancien Testament, pèse encore d'un poids trop lourd depuis la promulgation du Nouveau. L'œuvre divine ne peut s'achever qu'au prix d'un nouvel et défmitif affranchissement des âmes; c'est naturellement à l'Esprit-Saint, dont l'action ne s'est pas encore manifestée, qu'il appartiendra de réaliser ce dernier progrès, » par la révélation de l'Evangile éternel, doctrine toute spirituelle, âme de l'Evangile écrit. Ainsi a l'histoire est partagée en trois états : celui du Père, qui commence avec Adam et porte ses fruits depuis Abraham; celui du Fils, qui s'ouvre avec Ozias et se développe depuis l'Incarnation; enfm celui de l'Esprit, dont le germe est jeté depuis saint Benoît, et dont la végétation ne peut tarder ». Car ces trois états se ressemblent « au point que l'étude de l'un d'eux peut fournir l'explication des autres... Le premier est le symbole du second, et tous deux font connaître par avance le troisième ». Ainsi Joachim peut savoir avec certitude « la durée des âges successifs entre lesquels se partagent les siècles, et aussi le compte des générations qui correspondent à chaque état... Le monde lui semble parvenu au moment 011 doit être brisé le sixième des sept sceaux de l'Apocalypse; bientôt commencera le sixième des sept temps du Nouveau Testament ». Un bouleversement général et une persécution terrible éprouveront les élus, châtieront les prévaricateurs, jusqu'au
(1) Dante, Paradis, XII, 141,
(2) Nous ne croyons pouvoir mieux faire que d'emprunter notre exposé du joachimisme au mémoire de M. Fournier, Revite des Questions historiques, 1900, I, 457.
joui où s'ouvrira pour la chrétienté régénérée la période sabbatique, c'est-à-dire une époque de calme et de paix... où l'Esprit- Saint illuminera de sa lumière et réchauffera de sa flamme tout le peuple fidèle ».
Ces idées de Joachim de Flore étaient aussi obscures et, étranges que sa théologie était inquiétante et son exégèse arbitraire. Mais elles répondaient aux préoccupations apocalyptiques d'une époque qui aimait avec passion les oracles et y croyait volontiers. Elles bénéficièrent aussi d'une circonstance favorable. Fondés très peu d'années après la mort de Joachim, les Franciscains et les Dominicains se trouvèrent là à point nommé pour recueillir son héritage. Beaucoup d'entre eux se firent les apôtres du joachimisme avec d'autant plus de zèle qu'ils y jugeaient leur prestige intéressé. Avec un peu de bonne volonté, et c'était ce qui manquait le moins, on pouvait en effet appliquer aux ordres nouveaux les passages aussi nombreux que vagues dans lesquels Joachim avait prédit la venue d'un ou plusieurs ordres d'hommes spirituels, chargés de combattre la Bête et d'assurer le triomphe de l'Esprit; interprétation qui prouvait à la fois, et le caractère surnaturel de son inspiration, et le caractère providentiel de l'institution des Mendiants. D'autre part, pour le voyant Calabrais comme pour ses pareils, et en conformité avec les données fournies par l'Apocalypse, des catastrophes et des scandales devaient être le prélude nécessaire de la fin des temps. La lutte entre Frédéric II et la papauté ébranlait trop profondément la chrétienté et couvrait l'Italie de trop de ruines de misères, pour qu'on hésitât à y voir le plus évident des signes précurseurs de l'Antéchrist. Le Saint-Siège lui-même, dans ses encycliques, dénonçait dans l'empereur la Bête mystérieuse; les métaphores des bulles pontificales parurent à beaucoup d'esprits l'expression d'une sinistre réalité. Ainsi les prédictions joachimites eurent la double bonne fortune de recevoir des faits un semblant de confirmation qui les accrédita, et de rencontrer des propagateurs zélés, auxquels leur vocation même de missionnaires nomades donnait sans cesse l'occasion d'agir sur les âmes pieuses qui se pressaient autour de leurs chaires ou de leurs confessionnaux. De là leur influence profonde et durable. Rien ne manqua à Joachim de Flore de ce qui consacre d'ordinaire les réputations du genre de la sienne; ni les disciples indiscrets, empressés à canoniser ses écrits,
ni les faussaires, adroits à lui attribuer les leurs. En 1254, le Franciscain Gérard de Borgo San Donniiio, soit qu'il fût « un novateur solitaire, » soit qu'il exprimât a avec une précision compromettante la foi indécise qui troublait beaucoup d'âmes (D, » publia à Paris Vlntroduction à VEvangUe éternel. Ces derniers mots — et en cela il s'écartait sur un point essentiel de la doctrine qu'il prétendait exposer — désignaient pour lui, non pas l'intelligence mystique de l'Ecriture, mais une Ecriture nouvelle; c'étaient les œuvres mêmes de Joachim qui devenaient la Bible des temps nouveaux. On ne se borna pas, d'autre part, à signaler quelques coïncidences réelles ou apparentes; on mit sur le compte du maître d'autres prophéties dautant plus précises et d'autant mieux réalisées qu'elles avaient été rédigées à la lumière des événements. Toute une littérature pseudépigraphe surgit, qui se réclama de son nom, développa en les outrant ses idées, et les fit servir à un intérêt de parti, en suppléant les noms propres là où, pour de bonnes raisons, il était resté dans le vague.
Elle est surtout représentée pour nous par les deux Commentaires sur Jérémie et sur Isaïe^ deux écrits qui ont trompé longtemps la postérité, après avoir été unanimement acceptés comme authentiques par les contemporains. Le premier a été composé vers 1244, le second vers 1265; celui-ci par conséquent a pu conduire plus loin l'exposé soi-disant prophétique des faits, et rectifier en connaissance de cause les interprétations de celui-là. Mais d'ailleurs, d'inspiration très analogue, l'un et l'autre ne sont « qu'un long cri de haine contre les Hohenstaufen (2), » contre lesquels ils concentrent, pour ainsi dire, les prédictions imprécises de Joachim touchant l'Antéchrist, et les appréhensions qu'elles avaient excitées. Leurs auteurs doivent sans doute être cherchés au fond de quelque cellule de Franciscain, et dans le Royaume.
Ces pamphlets politico-religieux se présentent dans le même cadre étrange, comme des prophéties récentes, claires et à brève échéance, venues pour expliquer des prophéties anciennes et obscures; ce double miracle, accepté d'emblée et comme s'il portait avec lui-même sa propre preuve, appuie mieux que tout autre
(1) Gebhart, Vltalic mystique, 212.
(2) Fabre, Le Liber Censuum de VEglise romaine, p. 29, n.
argument les vues qu'ils veulent faire prévaloir. Car ils s'adressent à des esprits plus portés à accueillir une révélation nouvelle, que capables de raisonner en politiques sur les problèmes du temps; des exaltés, des illuminés, comme le Moyen-Age, comme l'Italie en avaient produit de tout temps; mais le mouvement franciscain, avec ses généreuses exagérations, venait de les susciter en plus grand nombre. Arrachés pour leur propre compte aux cadres ordinaires de la société, et partant prédisposés à croire prochaine la fni de toute société; enclnis d'ailleurs, par le naïf orgueil d'appartenir à la grande famille franciscaine, à se prendre pour les élus de la Providence et les dépositaires d'une vérité spéciale; avides de merveilleux, dépourvus de critique; à la fois naïfs et capables d'un certain charlatanisme, ils sont faits pour être les croyants de toutes les prophéties. Etrangers à la scolastique dans ce qu'elle a de meilleur, des méthodes intellectuelles du temps ils n'ont pris que la plus mauvaise : l'habitude de l'interprétation allégorique et symbolique, la manie de trouver partout des sens multiples et cachés, de ne croire qu'à l'autorité, au livre; mais dans ce livre de chercher autre chose que ce qui y est avec évidence. Ils voient « le jeu de ce monde » d'assez près pour s'y intéresser, sans avoir cependant l'occasion de tempérer leur mysticisme par la pratique des affaires; ils sont curieux de nouvelles, qu'ils commentent à leur manière, et qui alimentent leurs rêveries; entre initiés, au hasard des rencontres de leur vie errante, ils se communiquent leurs récits, leurs écrits mystérieux, leurs renseignements particuliers sur la dernière vision ou le prochain cataclysme; et comme l'autorité ecclésiastique ne voit pas toujours d'un bon œil le joachimisme, tout cela se murmure sous le capuchon et offre l'attrait de l'ésotérisme et la séduction du fruit défendu.
L'autorité ecclésiastique avait raison de se défier, car les joachimites ressemblent déjà beaucoup à ces spirituels qui lui causeront plus tard de si graves embarras. L'Eglise leur paraît corrompue; et ce qui à leurs yeux appelle réforme ou vengeance, c'est précisément ce qu'a encouragé la papauté. Ils détestent la scolastique et ces docteurs qu'ils accusent de substituer la théologie à la religion. Ils détestent le droit canonique, et ces professionnels de la chicane qui remplacent la morale par la jurisprudence. Ils redoutent l'influence corruptrice de la richesse et le développement de la
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propriété ecclésiastique; ils condamnent la chasse aux bénéfices, les habitudes de fiscalité et d'orgueil, les préoccupations politiques. Or la papauté, marchant au rebours de leurs rêves, favorise les universités, promulgue les décrétâtes, crée un système d'impôts, organise sa chancellerie, ses tribunaux, y traite et y évoque les affaires du monde entier, gouverne des provinces, négocie ou combat avec tous les souverains, et pour des intérêts temporels. Dans cette Eglise, qui devient de plus en plus une grande institution politique et administrative, ces idéalistes ne retrouvent plus la patrie de leurs âmes. Ils ne veulent pas voir ce qu'il y a dans ces transformations de nécessaire et de légitime; ils exagèrent ce qui s'y rencontre d'inutile et de fâcheux. Au fond, il y avait en eux un principe d'anarchie, destructeur de toute notion d'Eglise, et qui se manifeste de plus en plus. Joachim de Flore avait été déjà pour le Saint-Siège « un auxiliaire aussi dévoué que dangereux (D )). Ses disciples ne sont plus dévoués. Dans les Commentaires sur Jérémie et Isaïe, le langage, encore strictement orthodoxe, car la primauté du pape n'est pas niée, est d'une singulière amertume dans la critique, et va souvent jusqu'à l'injure; pour le premier l'Eglise romaine est déjà la grande prostituée de l'Apocalypse; il maudit la mémoire du pape Silvestre, pour lequel il vaudrait mieux n'être jamais né; le patrimoine de l'Eglise, reçu par lui, a été pour elle l'arbre de la science du bien et du mal. Ce sont déjà les idées et presque les expressions de Dante :
I)i voi, Pa,stor, s'accorse '1 Vangelista, Quando colei, che siede sovra Tacque, Puttaneggiar co' régi a lui fu vista;
Ahi, Costantin, di quanto mal fu matre, Non la tua conversion, ma quella dote, Clie da te prese il primo ricco pâtre ! (2)
De là la position très singulière des joachimites entre l'Empire et l'Eglise. L'Apocalypse est à deux fins. Dans l'Antéchrist, ses précurseurs et ses ministres, c'est-à-dire dans l'empereur et ses partisans, ils haïssaient les fauteurs de Satan, mais ils révéraient
(1) Fournier, loc. cit., 505.
(2) Enfer, XIX, 106-109 et 115-118.
avec une sorte d'horreur religieuse les exécuteurs des desseins providentiels, les agents des purifications et des châtiments nécessaires, les auteurs très coupables d'une révolution très juste, et des fléaux de Dieu enhn auxquels on ne pouvait s'opposer sans une espèce d'impiété.
Un document d'un incomparable intérêt, la chronique de Salimbene, nous rend le service de nous faire voir à quel point ces idées étaient répandues ; à chaque page y apparaît la flgure de quelque apôtre errant du joachimisme. Mais elle nous apprend autre chose encore. Salimbene est l'homme de plus d'une inconséquence. 11 est amusant, par exemple, de comparer le gré inhni qu'il se sait de professer la pauvreté absolue, avec l'idée tout à fait médiocre qu'il se fait de cette pauvreté. Il la considère surtout comme un titre aux faveurs temporelles de la Providence et une créance sur la richesse des autres; elle consiste à ne rien posséder, mais à recevoir beaucoup; et si le monde allait comme il le doit, les frères Mineurs vivraient « convenablement et décemment, avec tout le nécessaire en abondance ». Avec tous les menus défauts dont il n'a garde de se corriger : l'amour de ses aises, la gourmandise, la paresse, la curiosité, le goût des médisances et des propos salés, il offre l'ext^nple d'un homme resté très attaché aux petites choses de ce monde, après avoir, par état, renoncé aux plus grandes. Son joachimisme n'est pas moins singulier. A l'entendre, il a d'abord adhéré à la doctrine, puis l'a rejetée, en voyant que les prophéties ne s'accomplissaient pas. Mais peut-être précisait-il plus que de raison ses propres sentiments, en réalité plus incertains. 11 est douteux qu'il ait jamais été croyant sans réserves ou tout à fait sceptique. Toujours en tout cas les spéculations joachimites l'ont vivement préoccupé; seulement les perspectives qu'elles lui ouvraient amusaient son imagination, au lieu de la terrifier ou de l'assombrir; et il est la preuve qu'on peut attendre d'un jour à l'autre l'Antéchrist, sans cesser d'être un bon vivant. Restent ses opinions sur la politique religieuse. Il blâme Frédéric, son impiété, sa cruauté, sa perfidie, sa révolte contre le Saint- Siège. Mais les vues d'ensemble ne sont pas son fait, et un jugement raisonné et motivé sur le conflit du Sacerdoce et de l'Empire dépasserait la portée de son esprit. Surtout il est très peu homme de parti. Même contre l'empereur, il y a plus de métaphores
bibliques sous sa plume que de passion dans son esprit. Jamais il ne s'interdit une malice ou une naïveté compromettante pour quelque membre du parti de rEglise. Très libre dans ses jugements, il est très libre aussi dans ses relations; il fréquente, quête, dîne et bavarde dans tous les mondes; il porte partout beaucoup plus de curiosité que de passion. Tout cela a d'autant plus d'intérêt qu'on peut le considérer comme un personnage représentatif. L'impression que donne son œuvre, où abondent les anecdotes d'ordre privé, tend à corriger celle que pourraient faire naître d'autres chroniques toutes politiques. Elle montre qu'on n'a pas tout dit sur l'Italie du Moyen-Age, lorsqu'on a noté ce qui frappe le plus les yeux : les actes d'atroce vengeance et d'intolérance haineuse auxquels les factions se laissaient entraîner. Dans d'autres milieux, et chez le plus grand nombre peut-être, l'esprit de parti n'avait pas tout absorbé. On y pratiquait ces qualités que l'Italie moderne a conservées, et qui atténuent chez elle les conflits les plus fondamentaux : la facilité des rapports privés, la répugnance à pousser les choses à l'extrême, la faculté de se contenter du vague et du provisoire, et d'user par rajournement les questions irritantes, au lieu de s'acharner à en découvrir et à en imposer une solution.
Ainsi le sentiment religieux italien, du reste très vivant, ou bien s'exprimait par une Iloraison d'œuvres admirables, mais d'ordre privé; ou bien s'épanchait en manifestations tumultueuses et éphémères; ou bien s'égarait en rêveries mystiques; ou bien s'accommodait d'un certain septicisme pratique. En aucun cas, il ne pouvait devenir l'âme d'un parti catholique, dont le pape aurait gardé la direction; et ceux qui en étaient le plus pénétrés n'étaient pas pour autant les plus dévoués à la politique pontificale.
On se tromperait de même en supposant que les adversaires du catholicisme — il y en avait — aient toujours pris fait et cause pour Frédéric, dans la pensée que son triomphe servirait leurs idées. Les incrédules étaient déjà nombreux en Italie; mais ils ne cherchaient pas à imposer leur scepticisme; ils ne formaient pas une secte et ne se sentaient pas d'intérêts communs. Les hérétiques auraient pu être une force politique. Mais Frédéric à ses débuts les avait traités de manière à leur inspirer les plus naturelles rancunes. Alors môme qu'ayant renoncé à se concilier le
pape, il eut fait succéder à sa politique de persécution une politique de tolérance, à tel point que la Lombardie put devenir un lieu de refuge pour les Albigeois languedociens traqués par Tlnquisition, les hérétiques ne firent pas bloc en sa faveur. Autant que leurs concitoyens catholiques, ils se décidaient d'après les circonstances locales, qui sur plus d'un point les retinrent dans le parti dit de l'Eglise. La conduite du pape leur rendit possible cette situation paradoxale. Innocent IV n'eut garde, dans les dernières années du règne de Frédéric, de déployer une rigueur qui l'aurait brouillé, il le savait bien, avec bon nombre de ses partisans. Il ferma les yeux, se donnant pour excuse que c'était la faute de Frédéric si l'Inquisition sommeillait et si l'hérésie pullulait. C'est ainsi que plus d'un Milanais ou d'un Brescian, d'un Mantouan ou d'un Bolonais, catholique tiède ou même dissident, eut la surprise de se voir englobé dans la qualification de fils dévoué de l'Eglise romaine accordée à ses concitoyens.
Ce n'est donc pas par irréligion que tant d'Italiens ont combattu le Saint-Siège. L'inverse serait peut-être plus vrai; l'habitude de combattre le Saint-Siège a provoqué l'irréligion. Excommuniés, frappés d'interdit, privés en théorie, et malgré certains adoucissements, privés même en fait de toute vie spirituelle, les partisans de l'Empire s'accoutumèrent à se passer de ce qu'on leur refusait, puis à le dédaigner. Exclus de l'Eglise, ils lui devinrent étrangers, parfois hostiles, moins par conviction que par irritation. Tel attentat sacrilège, attribué par Salimbene à tel magnat lombard du parti impérialiste, a peut-être été surtout une bravade et une vengeance. Ainsi les luttes de partis ont eu des effets funestes pour la religion. Mais la religion avait été pour bien peu de chose dans la formation, des partis.
Nous sommes toujours ramenés à la même conclusion. Les grandes idées qui se rattachent aux noms de papauté et d'Empire n'ont guère profité aux hommes qui se trouvaient les représenter. Ceux-ci n'ont pas, si l'on fait abstraction de leurs clientèles personnelles, plus importantes que nombreuses, créé les partis aux-
quels ils ont donné leur nom. Ils les ont seulement adoptés, ou se sont laissés adopter par eux.
Mais par là même ils les ont puissamment servis. S'ils n'ont guère agi comme forces morales, ils ont agi beaucoup comme puissances matérielles. A leurs partisans, ils ont assuré des ressources, fourni. des chefs, mspiré des vues d'ensemble. L'empereur a prodigué pour des intérêts toscans ou lombards, mais réputés impériaux, et l'or, produit des monopoles siciliens, et le sang de ses chevaliers allemands ou de ses mercenaires sarrasins d'Apulie. Le pape a dépensé en Italie les quêtes faites et les décimes levés dans la chrétienté tout entière. Vicaires et podestats impériaux, légats pontificaux ou évêques, ont formé deux hiérarchies opposées d'administrateurs, de diplomates, d'hommes de guerre, capables de s'élever au-dessus des questions de détail, d'agir suivant un plan, et jusqu'à un certain point d'imposer une discipline, de contraindre l'obéissance, d'exiger des sacrifices que le seul esprit de parti n'aurait pas déterminé à faire ou du moins à prolonger. Livrées à elles-mêmes, les ligues italiennes n'auraient eu qu'une extension fort variable, mais à tout prendre médiocre, limitée par la force même des choses aux bornes étroites d'une région naturelle. C'est en se ralliant autour du pape et de l'empereur que les Italiens apprirent, dans la mesure où ils en étaient alors capables, à regarder au delà de leur province, à s'élever aux idées générales, et à la notion d'une solidarité d'intérêts qui les reliait d'un bout à l'autre de la péninsule. Aussi le vide laissé par la mort inopinée de l'empereur prit-il les proportions d'une catastrophe, qui semble, en apparence il est vrai plus qu'en réalité, aiguiller dans une direction nouvelle l'histoire d'Italie.
Ce sont ces conséquences, variables suivant les provinces, que nous avons à retracer.