‹ Les origines de la domination angevine en ItalieChapitre 8 sur 59 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

La Lombardie après la mort de Frédéric II.

Ce n'est pas en vaincu qu'était mort Frédéric II ; et même dans la Haute Italie, où son prestige avait été gravement atteint par sa défaite devant Parme, en 1248, et par la capture de son fils Enzio, en 1249, il conservait encore une situation très forte. Si la Romagne lui avait à peu près entièrement échappé ; si pour les Génois le patriotisme se confondait alors avec le dévouement à un pape leur concitoyen; si Milan, Bologne, et maintenant Parme, étaient irréconciliables, il était recoium par Verceil, Turin, Asti, Alexandrie et Tortone(i), ainsi que par les comtes Amédée et Thomas de Savoie, et les marquis de iVlontferrat, del Garretto, Lancia di Busca(2), c'està-dire que le Piémont tenait pour lui ; son gendre, -Ezzelin de Pvomano, dominait en maître absolu dans Vérone, Vicence et Padoue, c'est-à-dire dans les villes principales de la Marche de Vérone- Trévise, et luttait avec avantage contre son frère Albéric et contre les vieux ennemis de sa maison, le marquis Azzo d'Esté et le comte Richard de San Bonifazio ou de Vérone, dont l'influence prévalait à Mantoue et à Ferrare; — il avait amené Venise, un instant enrôlée parmi ses adversaires, à rentrer dans sa coutumière et profitable neutralité; — et dans la Lombardie centrale, outre l'adhésion de Reggio, Lodi et Bergaine, il pouvait compter sur la fidéhté éprouvée

(1) Cela résulte de R. III, 40 (cf. Reg. Inn. IV, 5282).

(2) Nous donnons la situation telle qu'elle était à la mort de Frédéric II; dans les années précédentes plusieurs de ces seigneurs, et notamment les comtes de Savoie et le marquis de Montferrat, avaient suivi une politique singulièrement vacillante,

et presque fanatique de Crémone et de Pavie. En somme, les forces des partis se balançaient; et aux prises depuis si longtemps, aucun succès décisif, remporté par Tun d'eux, ne permettait encore de prévoir pour qui la victoire se prononcerait.

La mort de l'empereur ne changea pas grand'chose. Sans doute elle fut un coup pour ses partisans ; mais elle ne les affaiblit pas, il s'en faut, au poirit de leur rendre la lutte impossible, et ne leur parut pas davantage enlever à la lutte sa raison d'être. Elle compromettait peut-être le triomphe du principe impérial ; mais ils étaient, y compris les plus dévoués, animés de tout autre sentiment qu'une foi désintéressée dans ce principe. Bien plus que le loyalisme envers le prince, inconnu en Italie, qui en devenait le représentant et l'héritier, les intérêts particuliers, locaux et permanents pour lesquels ils avaient combattu si longtemps, ainsi que les rancunes accumulées et les haines devenues instinctives à force d'être traditionnelles, les empêchèrent de croij^e tout fmi par la catastrophe du 13 décembre 1250. Matériellement, ils n'y perdaient guère ; durant les dernières années, c'est à la conquête et à l'occupation de l'Etat pontifical qu'avaient été de préférence consacrées les ressources personnelles de Frédéric, celles de son royaume de Sicile; en Lombardie, il soutenait la guerre avec les contingents que lui fournissaient ses alliés; il s'appuyait sur eux plus encore qu'il ne les servait. Enfm il existait des hommes que le souci de leur situation devait porter à maintenir la cohésion du parti. Car Frédéric, à la fm, par une dérogation sans doute très calculée à toutes ses habitudes, avait confié à des hommes du pays toute l'administration de la Haute Italie <i). A la tête du vicariat général (( en amont du Lambro » se trouvait placé le comte Thomas de Savoie. Il avait sous lui, comme capitaine ou vicaire <( en amont d'Asti, » le marquis Jacopo del Garretto, chef d'une importante dynastie féodale de la Rivière de Gênes, et gendre de l'empereur; et comme capitaine « du Lambro à Asti, » Manfred Lancia (2) des marquis de Busca, le frère ou l'oncle de cette Bianca Lancia, maîtresse de Frédéric, qui lui avait donné, en la personne d'un autre Manfred, son fils préféré et son plus habile continuateur. Le vicariat (( en aval du Lambro » était gouverné par le marquis Oberto Pallavicini, issu d'une vieille famille des environs de Parme. Enfin, Ansedisio des Guidotti, le neveu, l'afiTidé, et presque l'homme de paille d'Ezzelin de Romano, était titulaire du vicariat de la Marche de Vérone-

(1) Sauf la Romagne, nominalement rattachée alors à la Marche d'Ancône.

(2) Voir sur lui le livre de Merkel, Manfredi I e Manfredi II Lancia.

Trévise (D. Ces personnages actifs, énergiques, capables — (luelques-uns vont se tailler un rôle de premier ordre dans les années qui suivent — n'étaient pas de simples créatures de rempereur, appelées à s'effondrer dès que son crédit ne les porterait plus. Ils possédaient des domaines, des fonctions municipales, des relations, des n)ercenaires à leur solde, en un mot une influence locale et tout ce qu'il fallait pour devenir des chefs. C'est ainsi que plein encore d'ardeur et de ressources, organisé et commandé, le pai'ti impérialiste put survivre à l'empereur.

Le pape et ses représentants s'y trompèrent. Tout entiers à la joie que leur fit éprouver la disparition soudaine et prématurée de leur grand adversaire, et qu'ils eurent le tort d'exprimer d'une façon indécente (2), ils crurent que les armes allaient tomber des mains des impérialistes consternés. D'ailleurs, tandis que Grégoire de Montelungo, l'un des deux légats pontificaux en Lombardie, adressait aux Milanais une lettre triomphante ^^\ pour les engager à saisir l'occasion aux cheveux, et à écraser leurs ennemis; c'est en vue de l'apaisement qu'Innocent IV voulut profiter de la lassitude et du désarroi qu'il prévoyait. Dès le 7 février 1251 (^), par une circulaire qui décrivait avec éloquence l'état lamentable où tant de

(1) Sur toute celte organisation, cf. Ficker, Forschungen zur Reichs-und Rechtsgeschichte Italiens, II, 500-510. Il y a quelques difficultés en ce qui concerne le vicariat général a Lambro siiperius (elles viennent de l'anomalie que présente ce vicariat d'être subdivisé en deux vicariats ou capitaineries), et Merisel, op. cit., 119-121, suivi par Carutti, Regesta comitum Sabaudiœ, n" 828, a contesté la liste donnée par Ficker et soutenu que, dès avant la mort de Frédéric, Thomas de Savoie aurait é!é remplacé dans les fonctions de vicaire général en amont du Lambro par Manfred Lancia. Il se fonde sur un passage des Annales Placentini GibelUni (MG., SS. XVIII, 499) qui donne en effet à ce dernier, à la date d'avril 1250, le titre de « potestas Laudis et dominus et vicarius pro imperatore a Lambro superius. » Mais en sens contraire Thomas de Savoie, le 7 août 1250, s'intitule encore vicaire général de l'Empire (Grassi, Memorie istoriche delta cfiiesa vescovile di Monteregale in Piemonte, cité par Ficker, op. cit., 503), ce que Merkel est réduit à expliquer par une usurpation peu vraisemblable. Il est également qualifié de vicaire impérial dans le registre du podestat de Savone pour l'année 1250, analysé par Caro, NA. XXlil, 228. Surtout d'après Robolini, Notizie appartenenti alla storia di Pâma, ÎV, 143, un acte du 3 février 1251 ne donne à Lancia que le titre de capitaine de Pavie à Asti; ce document, cité par Merkel lui-même, est décisif. Il est clair que c'est l'indication des Annales Placentini qu'il faut corriger, et on doit se représenter Lancia comme un subordonné de Thomas de Savoie, exerçant ses fonctions d'Asti à Pavie, tant que le vicariat général s'arrête à Pavie, puis d'Asti au Lambro, quand cette nouvelle délimitation fut introduite par un diplôme de Frédéric II, de juin 1249 (BFW. 3782). En fait, d'ailleurs, la différence des deuxcirconscriptions est peu de chose. Notre conclusion est celle de Hellmann, Die Grafen von Savoy en umd das Reich, 183-186.

(2) Cf. P. 14163, et la lettre de Grégoire de Montelungo citée ci-dessous.

(3) BFW. 13783. Voir sur ce personnage Frankfurth, Gregorius von Montelongo.

(4) R. III, 40 (cf. Reg. Inn. IV, 5282).

guerres civiles avaient réduit le nord de l'Italie, il invitait Crémone, Pavie, Tortone, Alexandrie, Asti, lleggio, Tui'in, Verceil, Bergarne, Padoue U), à se réconcilier à la lois avec le Saint-Siège et avec leurs voisines. Quelques semaines plus tard, le 15 mars (2), quand son retour en Italie fut décidé, il convoqua tous les évêques et des délégués de toutes les villes de Lombardie à un congrès qui devait s'ouvrir à Gênes le jour de l'Ascension (25 mai), pour traiter de la pacification générale. Il faisait espérer l'indulgence pour des fautes et des erreurs qu'il déclarait n'avoir pas été pleinement volontaires; la crainte seule avait amené et retenu dans l'obéissance de l'empereur une partie des conununes loiubardes; et rendues à leur propre volonté, qui les empêcherait de se jeter dans les bras ouverts de l'Eglise ?

Que le langage du pape fût sincère et ses illusions réelles, sa conduite le prouvait. On le voit en même temps escompter la soumission de ses adversaii'cs, et cesser de ménager ses adhérents. C'est ainsi qu'il choisit ce moment pour présenter à de vieux alliés, Modène et Bologne, des réclamations qui ne pouvaient manquer d'être fort mal accueillies. Il s'agissait de domaines mathildiques; l'héritage de la célèbre comtesse n'avait été un instant abandonné par l'Empire à l'Eglise, au commencement du règne de Frédéric (3), que pour être presque aussitôt usurpé par les villes, qui sans distinction de parti s'étaient jetées sur ce qui se trouvait à leur convenance. Suivant sa coutume, le Saint-Siège, qui fermait depuis longtemps les yeux (^), piofitait de la première conjoncture favorable pour faire valoir des droits qu'il estimait imprescriptibles. Innocent IV redenianda donc Carpi, qu'occupait Modène; Medicina et Argelata, que détenait Bologne (5). En même temps, il s'engageait avec Milan dans une longue contestation au sujet des biens des Humiliés auxquels la commune prétendait imposer des emprunts forcés (6). Plus d'indulgence, maintenant, pour ces violations des libertés ecclésiastiques, si souvent commises par les défenseurs même de l'Eglise, et tolérées si longtemps! Enfin, comme s'il eût

(1) Probablement aussi Vérone, Vicence et Locli, qui tenaient pour le parti Impérialiste.

(2) R. III, 74 [Reg. Inn. IV, 5328).

(3) Sur cette question des biens Mathildiques, cf. Overmann, Gratin Mathilde von Tuscien, ihre BesiUzungen; Geschichte îhres Gules von 1115-1230 und ihre Regesten.

(4) Depuis sa deuxième et définitive rupture avec Frédéric II on ne voit pas qu'il ait renouvelé les réclamations qu'il avait fait entendre auparavant.

(5) Le 7 février 1251 (R. III, 38; Reg. Inn. IV, 5281).

(6) BFW. 8311. Cf. P. 14181, 14373, 14405, 14689.

déjà cru la guerre finie, il pailait de suspendre ses subventions à Parme (D, et renonçait à réclamer dans leur intégrité certains subsides qu'il avait injposés à des prélats « pour les nécessités de TEglise (2). » — En sens contraire, il transféra à Bergame, ville du parti de l'Empire, 1 evêque de Rimini, Algisio de Rosciate, et lui ordonna de se rendre à son église, sans paraître supposer que cette prise de possession par un prélat depuis longtemps résidant à la cour pontificale, et dévoué au Saint-Siège, pût rencontrer la moindre dilïiculté (3). Surtout, pour témoigner sa gratitude à la Pj'ovidence qui l'avait débarrassé de Frédéric (^), il crut ne pouvoir mieux faire que de travailler à extirper l'hérésie. Un de ses premiers soins fut de réorganiser l'Inquisition (5). Par là, en fait, il devait dans l'avenir se créer à lui-même, et à ses successeurs, presque autant de difficultés avec les amis qu'avec les ennemis du Saint-Siège. Mais en 1251, il proclamait que le « perfide tyran », protecteur des hérétiques et hérétique lui-même, avait été le seul obstacle au fonctionnement du redoutable tribunal ecclésiastique ; le rétablir ainsi d'un coup, pour toute la Lombardie, était encore une preuve qu'il se croyait assuré d'avoir désormais ses coudées franches.

La correspondance du pape, dans les premiers mois de 1251, respire donc la confiance et la joie. Le contraste est marqué si l'on se reporte à ces Annales des diverses villes lombardes dans lesquelles revivent pour nous les sentiments et les impressions du temps. Celle de Gênes W sont les seules à parler d'un grand effet moral qu'aurait produit la mort de l'empereur. Encore l'annaliste remarque-t-il expressément que son langage s'applique surtout à la région génoise. I>à, en effet, les petites communes et les hobereaux ([ui depuis si longtemps bravaient Gênes, soutenues qu'elles étaient par Frédéric, firent à l'envi leur soumission ; ainsi le marquis Jacopo del Garretto ('^), Albenga («), Savone (9), Vintimille d^), enfin

(1) Winkelmann, Acta Imperii Inedita, I, 572 (BFW. 13791 et 13792, dont j'adopte la date de préférence à celle, un peu antérieure, que suggère Winkelmann].

(2) R. III, 87 (7 mai 1251), lettre à l'évêque de Mantoue relative à l'évêque de Castello.

(3) R. III, 43 [Reg. Inn. IV, 5104).

(4) Cette idée est longuement développée dans la bulle du 8 juin 1251 (R. III, 87; Reg. Inn. IV, 5345).

(5) Cf. plus loin, chap. v.

(G) MG., SS. XVIII, 228. Cf. BFW. 13794.

(7) Liber Jurium Reipublicas Januensis, I, 1054.

(8) Ibid., 1039.

(9) Ibid., 1044.

(10) Ibid., 1078.

toute la rivière du Ponant jusqu'à Monaco. Puis Pise elle-même offrit un instant la paix. Enlin on eut les réceptions brillantes et les fêtes qui marquèrent le séjour dinnocent IV (i). A posséder de nouveau dans leurs murs leur grand compatriote, qu'ils avaient vu passer, quelques années auparavant, malade et fugitif, à le retrouver plein d'espérance et d'énergie; à recevoir sous forme de nombreux privilèges, dont quelques-uns, il est vrai, ne disposaient que de l'avenir, des marques éclatantes de sa reconnaissance ; à voir leur ville devenue pour quelques semaines le centre des grandes affaires et le rendez-vous des amis de l'Eglise, les Génois se crurent naturellement à l'heure du triomphe. Les Aiuiales des autres villes, au contraire, njentionnent la mort de Frédéric, mais sans lui attribuer une grande importance sur la marche des événements. C'est (|u'en réalité elle n'en eut guère. Au rebours même de ce qu'on aurait pu attendre, divers faits montrent que le parti impérial, dans l'ensemble, était si loin de reculer qu'il gagnait au contraire du terrain.

C'est d'abord le brusque développement de la puissance d'Asti, la citadelle de ce parti dans le Piémont (2). Depuis l'année précédente, elle était étroitement unie à Alba. De janvier à avril 1251, elle conclut avec Cuneo, Mondovi, Fossano, Savigliano 0), et le marquis Jacopo del Carretto (^), toute une série de traités avantageux qui étendaient sa domination ou son influence sur tout le pays situé entre le Pô, l'Apennin et le Montferrat. Cela compensait les succès de Gênes sur la Ptivière; l'équilibre des partis, dans la région, ne se trouvait pas rompu.

Il l'était au contraire dans la Lombardie centrale, mais au détriment du parti de l'Eglise, par suite d'une révolution intérieure à Plaisance. Nous la connaissons en grand détail, grâce aux Annales Placentini GiheUini (5), et il convient de s'y arrêter quelque peu,

(1) En voir le délail dans Nicolas de Carbio, ch. xxx.

(2) Sur la politique d'Asti à ce moment, cf. Merkel, Un quarto di secolo di vita comunale e le origini délia dominazione Angioina in Piemonte, pp. 55 et suiv.

(3) 24 janvier 1251 {Codex Astensis, III, 1160). Cuneo traitait avec Asti et Alba, en son nom et au nom des trois autres villes ci-dessus nommées. Les gens de Cuneo devaient être citoyens d'Asti et Alba, faire la guerre à leur volonté, y pi-endre chaque année leur podestat. Le traité était fait salvo domino Imperatore. On ne se tenait donc pas encore pour certain de sa morl. Il fallut d'ailleurs quelque temps pour que les villes pour lesquelles Cuneo avait stipulé fissent honneur à cet engagement. Savigliano, la dernière, ne traita directement avec Asti, promettant d'y prendre son podestat, que le 19 août 1252 {Cod. Astensis, III, 760, Merkel, 64).

(4) Ibid., II, 304.

(5) MG., SS. XVIII, 499 et suiv.

tant elle est caractéristique. Elle est coriinie un ressouvenir du temps où les factions de FEmpire et de l'Eglise s'étaient constituées par l'effet et comme au hasard des circonstances et des raisons locales; elle montre combien, chez beaucoup d'hommes, malgré des habitudes vieilles de vingt-cinq ans, il subsistait d'indifférence véritable pour les deux pouvoirs entre lesquels on faisait profession de se partager. Depuis 1236, les nobles dominaient dans la ville; ils s'étaient fait détester. Les membres de la famille Anditô se trouvaient en exil, et avec eux les autres principaux chefs de la faction populaire, laquelle se confondait alors avec le parti impérial. Le mouvement conmiença, si l'on regarde à son origine première, encore du vivant de Frédéric, le 5 juillet 1250, par une manifestation dirigée contre le podestat Matteo de Gorreggio qu'on accusait, pour ravitailler Parme sa patrie, de tolérer ou de favoriser l'accaparement des blés du district de Plaisance. Le meneur primitif, un certain Antolino Saviagata, s'était jadis signalé par son acharnement contre les bannis impérialistes (D. Arrêté par le podestat, il se réclama précisément de quelques hommes qui avaient été « traîtres » à GugUelmo d'Anditô (2). Parmi les nombreux nobles qui offrirent de se porter caution pour lui figuraient Filippo Visdomini et Oberto deir Iniquità. Le premier, un des hommes les plus en vue de Plaisance, avait combattu les Anditô de tout son pouvoir 0). C'était un papalin avéré, et auquel le hasard avait fourni des occasions éclatantes de se montrer. Podestat de Gênes en 1244, il avait rendu à Innocent IV l'important service de lui fournir les vaisseaux sur lesquels le pape s'était embarqué à Civitavecchia pour se dérober aux entreprises de Frédéric II (^). Podestat de Parme en 1248, c'est lui qui avait battu l'empereur à Vittoria (5). En 1252, il devait prendre part, comme fondé de pouvoirs des exilés Plaisantins, au renouvellement de la Ligue lombarde (6), Oberto dell' Iniquità passait au contraire pour nourrir des sentiments « très impérialistes », mais dissimulés, sans doute, puisqu'il pouvait résider à Plaisance ; et de fraîche date, puisqu'en 1238, comme podestat de Brescia, il avait défendu cette ville contre Frédéric C^). Rien donc ne fut plus étranger aux débuts du mouvement que le désir de modifier la ligne

(1) « Quorum expulsor et persecutor extiterat. » {Ibid., 501.)

(2) « Omnes isti extiterant proditores Guillelmi quondam de Anditd. » (Ibid.)

(4) Ibid., 488, et surtout Ann. Januenses (Ibid,, 212-213; très curieux récit).

(5) Ann. Parmenses Majores, dans MG., SS. XVIII, 674.

(6) Savioli, Annali Bolognesi, III, 2' partie, p. 281 (BFW. 13870).

(7) Ann. Placentini Gibellini, 480.

politique de Plaisance. Mais Saviagaia, à peine relâché sous la pression d'une émeute, soit pour se venger, soit pour profiter de la popularité momentanée qu'il venait d'acquérir, en tous cas, sans prévoir ni vouloir ce qui devait arriver, car dans la suite il déplora son œuvre et essaya de la défaire; Saviagata ameute le peuple, lui trace un tableau lamentable des maux qu'il a soufferts sous la tyrannie des nobles, lance enfin l'idée de constituer un popolo. On nomma aussitôt, pour en préparer la réalisation, douze consuls du peuple, deux par porte ou quartier; mais en protestant encore qu'on ne voulait rien faire de préjudiciable à l'honneur du podestat U), ou de contraire à l'Eglise et à la ligue qui unissait Plaisance à Milan. Quand il s'agit d'éhre au nouveau popolo un recteur ou podestat, parmi les candidats on vit plusieurs nobles (2), membres dévoués du parti papalin aristocratique qui voulait sans doute faire avorter la révolution. Mais le nom d'Oberto dell' Iniquità, lancé par un affidé, est couvert d'acclamations; malgré une forte minorité, la majorité peut-être de l'assemblée, malgré tous les anciens adversaires du peuple et des Anditô, Oberto fut élu. L'annaliste explique, par les tendances politiques qu'on lui prêtait, la terreur que ce choix souleva chez beaucoup. Il est pourtant visible qu'il ne chercha que son intérêt personnel, nullement le triomphe d'une cause dont il aurait été le représentant. Son premier soin (il n'avait été nommé que pour un an), fut de se faire confirmer dans sa charge pour cinq années. Dévoué au parti de l'empei'eur, il aurait dû, semble-t-il, rappeler aussitôt les exilés, dont les parents et les amis demandaient bruyamment le retour; mais il distingue entre eux. Ceux qui appartenaient au peuple purent rentrer, en octobre 1250, et, qu'on le remarque, à la condition de prêter serment d'obéissance au cardinal Ottaviano, légat du pape, et à l'Eglise romaine. Il en fui autrement des Andito, d'Albert Fontana et de ses frèreè, c'est-à-dire des quelques grands que l'ambition avait portés à faire cause comnmne avec le parti populaire. Ceux-là étaient des rivaux possibles, Oberto les maintint en exil; en même temps que sous le prétexte de mauvais propos qu'il aurait tenus contre le peuple, il se débarrassait, par le bannissement, de Filippo Visdomini, dont le vrai ci'ime avait été, sans doute, non de mal parler du peuple, mais d'aspirer à en être le podestat. On voit maintenant quelle est la politique d'Oberto. Il ne vise qu'à fonder son propre pouvoir, en

(1) Et il est certain que le podestat ne s'opposa à rien; on l'en récompensa plus tard.

(2) Entre autres Filippo Visdomini et Frédéric Fontana, qu'on retrouvera bientôt parmi les papallns bannis.

se servant des aspirations populaires. Il est hostile aux nobles sans se préoccuper de savoir s'ils tiennent pour Innocent IV ou pour Frédéric, question désormais secondaire à ses yeux. Sans doute, inclinant vers TEglise en raison de son passé, ce qu'il eût préféré, c'était de changer l'orientation des partis, d'amener les popolani à regarder vers la Ligue lombarde et non plus vers l'empereur. Il l'essaya. Mais d'ailleurs, ambitieux avant tout, il n'était pas homme à s'y obstiner. C'était aux circonstances de décider s'il demanderait au pape ou à l'empereur les moyens de se maintenir.

Il fut amené à pencher du côté impérial, et cela, à ce qu'il semble, par ses démêlés avec le nouveau podestat, élu à la fm de 1250 pour succéder à Matteo de Correggio. On avait choisi Nata des Grimaldi, un Génois, et d'une des familles génoises les plus dévouées à Innocent IV (i); il n'était donc pas encore question de changer d'alliance. Mais Nata, qui avait pourtant juré secrètement de gouverner Plaisance « à la volonté du peuple et de ses recteurs (2), » gouverna, au contraire, dans l'intérêt des nobles; il se mit « à faii'e tout le> mal possible au parti populaire (3). » Oberto, ainsi combattu par ses anciens amis, ceux qui, avec lui, avaient jusqu'alors maintenu Plaisance dans la clientèle de l'EgUse, était d'autre part pressé, par ses nouveaux adhérents les popolani, de complète]' son œuvre, de rappeler les Anditô et les bannis qui restaient. Gela, il ne pouvait l'ignorer, c'était introduire dans la place des impérialistes convaincus; mais il fallait bien en passer par l(à, sous peine de perdre tout point d'appui. Les nobles ne lui pardonnant pas d'être allé au peuple, le peuple ne voulant ni lui sacrifier ses anciens chefs, ni se rapprocher du Saint-Siège; c'était à lui à faire une concession aux uns ou aux autres, et il le fit au peuple. Lui-même mit aux voix la mesure contre laquelle il avait d'abord lutté, le retour des Anditô. Elle passa d'emblée. Les représentants du parti de l'Eglise comprirent ce que cela signifiait ; et leur conduite souligne la gravité des faits accomplis. Le cardinal légat Ottaviano des Ubaldini, qui jusqu'alors avait résidé à Plaisance, Nata des Grimaldi qui avait vainement tenté de provoquer un soulèvement contre les Anditô, enfin la plupart des nobles quittèrent la ville le 24 mars 1251 (4), et se mirent immédiatement à

(1) Sur l'attitude politique des Grimaldi, cf. Caro, Genua und die Màchte am Mittelmeer, I, 95.

(2) « Ad statum et voluntatem popuU et rectorum efus. » (Ann. Plac. Gib., 501.)

(3) « Omne rnalum. cepît facere contra partem populi. » (Ibid.)

(4) « In vigilia béate Marie de mense Mardi » (Ibid., 502.)

guerroyer contre ie parti du peuple et à s'emparer des bourgs de la banlieue. Oberto dell' Iniquità lut élu podestat de la commune, en remplacement de Nata. Si le nouveau maître de Plaisance avait quelque répugnance ù s'allier au parti impérial lombard, la nécessité d'une guerre à soutenir contre un ennemi commun l'y engagea bien vite. Dès le 30 avril, Oberto Pallavicini, podestat de Crémone, les forces crémonaises et les nobles exilés de Parme d'une part, de l'autre les popoiani Plaisantins, s'emparaient ensemble de Rivergara, où les exilés s'étaient installés, et ce fait d'armes scellait entre eux Falliance d). Plaisance détruisit son pont sur le Pô pour se mettre à l'abri d'une entreprise de Milan; c'est de la part de la Ligue lon;barde qu'elle j'edoutait maintenant des attaques. Peu après, elle jura fidélité à Conrad (2).

Ainsi, sans volonté préconçue, par l'effet d'une espèce de force des choses, elle avait glissé peu à peu dans le parti impérialiste. Sa défection rendait plus difficile encore la situation de Parme, qui après avoir eu la gloire de faire pâlir l'étoile de Frédéric II, payait maintenant bien cher sa fidélité à l'Eglise. Centre des hostilités, durant les dernières années de l'empereur, la guerre continuait de faire rage autour d'elle, et les effets du grand désastre qu'elle avait subi le 18 août 1250 (3) se montraient de plus en plus. Serrée de près, réduite, son territoire étant ravagé, à se ravitailler aux dépens de Plaisance et de Milan (-i), et menacée encore d'être abandonnée par le pape, elle lui adressa un appel suppliant (5). Innocent y répondit, d'une part en invitant Venise à mettre sa flotte à la disposition de Parme à toute réquisition du podestat de la ville ou du cardinal Ottaviano <6); d'autre part, en envoyant à toutes les communes de la Ligue lombarde une circulaire où il leur demandait d'aider leur alliée, sur le point de succomber, et de déjouer les efforts tentés par « les ennemis de la liberté italienne C^). »

Ces exhortations étaient d'autant plus nécessaires que les Lombards commençaient à se lasser. Dès septembre 1250, les Bolonais se plaignaient au cardinal des Ubaldini des sacrifices d'hommes

(1) Ann. Plac. Gib., 505. La conclusion formelle de l'alliance entre le popolo de Plaisance, Crémone et Pallavicini est placée en mai par les Annales Regienses, éd. Dove, p. 17i. (MO., SS. XXXI, 522) et par Salimbene, Chronica, p. 226.

(2) «... Quondam Ccnrado nato ejus {scil. Friderici) pdelitatis prestantes homaginm )^ dit Alexandre IV (P. 17351).

(3) BFW. 13771 a.

(4) Ann. Parmenses (loc. cit., pp. 675-676) et Placentini (loc. cit., p. 499). (.5) BFW. 13791 .

(6) 21 mars 1251 {Reg. Inn. IV. 5330-5331; R. III, 77).

(7) BFW. 8366. Winkelmann {Acta hnperii Inedita, I, 573).

et d'argent qu'ils avaient dû faire pour la défense de Parme (D. Ils priaient le légat de les décharger à l'avenir (2). En 1251, c'est encore pis. Vainement les légats pontificaux se multiplient, suggèrent les opérations à tenter, ou accueillent avec empressement les plans qu'on leur propose ; vainement ils gourmandent les hésitations et cherchent à réveiller les enthousiasmes; ils n'obtiennent rien, ni une entreprise sur Guastalla, qui eût donné de l'air à Parme, ni un effort sérieux pour sauver Rivergara et arrêter les progrès de Pallavicini (3). Tous les prétextes étaient bons. Milan ne s'excusait-elle pas de ne rien faire en alléguant que le pape lui avait prescrit d'envoyer des ambassadeurs à la curie pour traiter de la paix (^). Il est trop clair que ce n'est pas ainsi qu'Innocent IV l'avait entendu. Il aurait assurément désiré de la part des siens moins de docilité et plus d'énergie. Il songeait à une paix qu'on accorderait aux adversaires, et qu'il n'y avait pas d'inconvénient à leur faire désirer davantage en les pressant plus vivement encore. Il n'avait pas prévu que ce seraient ses partisans qui en auraient le plus besoin, et se montreraient le plus impatients de la conclure. Déjà, de divers côtés, on entendait parler de paix particulières. En mars. Milan traita avec Pavie (5), et les deux villes invitaient les autres communes lombardes à accéder à leur union. Que le mou vement se généralisât , et le pape était menacé de voir se désagréger en détail le parti de l'Eglise, avant d'avoir pu faire ses conditions à ses adversaires.

Si du moins les choses s'étaient passées partout comme à Bergame et à Brescia ! Entre ces deux villes, c'est sous les auspices de Grégoire de Montelungo lui-même qu'avait été négociée une réconciliation tout à fait conforme au programme posé par l'encyclique du 7 février. Le bourg de Volpino, enjeu, depuis longtemps, de leurs querelles, devait être évacué par les Bergamasques et démantelé; voilà pour la politique locale. Bergame, d'autre part, tout en proclamant son loyalisme à l'égard de l'Empire, reconnaissait qu'il n'y avait point alors d'empereur, et qu'il ne pouvait en être fait un que par l'élection des princes allemands et l'approbation du

fl) Cf. aussi le récit des Ann. Parm. 675; des Bolonais, escortant du blé à destination de Parme, à travers les territoires de Modène et de Reggio, et rencontrant une troupe de Parmesans chargés de recevoir le convoi ; les deux armées s'abordent au cri de « Pax ! pax ! »

(2) BFW. 13772 (Savioli, Annali Bolognesi, III, 2' partie, p. 273).

(3) BFW. 13803-4, 13807-8.

(4) BFW. 13805 (Muralori, Antiquitates Italicœ Medii Mvi, IV, 516, lettre du podestat de Milan à celui de Mantoue).

(5) BFW. 13798 a (Ann. Placentîni Gibellini, 504).

pape ; c'est-à-dire qu'elle abandonnait Conrad et adhérait à la thèse de droit public que soutenait le Saint-Siège (D. Mais que valait ce succès partiel en regard de tous les échecs que subissait par ailleurs la politique pontificale ? Il n'euipêchait pas la situation d'être très différente de ce qu'avait espéré Innocent IV.

Celui-ci dut en avoir le sentiment, quand, arrivé à Gênes, le 18 mai, il vit venir à lui, avec les deux légats et quelques évêques (2), les délégués, non pas de toutes les cités lombardes, mais de celles seulement qui tenaient pour l'Eglise. Les autres s'abstinrent ; la fortune les favorisait, ce n'était pas le moment de s'humilier. Par là même, le congrès pi'enait un caractère tout différent. Malheureusement, le détail des conversations tenues nous échappe. Une chose du moins est claire ; la première intention d'Innocent IV avait été de gagner directement Rome (3). n avait hâte de se retrouver dans l'Etat pontifical et surtout de se rapprocher du Royaume pour y surveiller les événements. La révolte de la Terre de Labour et de la Fouille, en l'absence de Conrad et vu la jeunesse de Manfred, était une excellente occasion à ne pas négliger (^). Même revenu de l'espérance d'une paix générale et glorieuse, il aurait bien voulu continuer à croire que ses fidèles pouvaient désormais se passer de lui. On ne le lui permit pas. Les villes de la Ligue lombarde ne lui cachèrent pas qu'elles croyaient avoir des droits sur lui. A force de s'entendre dire qu'elles défendaient la Uberté de l'Eglise, elles se l'étaient persuadé. Elles aimaient à oublier qu'au fond elles n' avaient pas pris les armes pour le Saint-Siège, que le Saint-Siège, au contraire, en leur faveur s'était brouillé civec l'Empire. Sous des formes diverses, et de façon plus ou moins explicite, elles allaient

(1) Liber potheris communis civitatis Brixiae, pp. 677 et suiv.

(2) Ann. Januenses, p. 229. On peut citer les évêques de Mantoue et Modène (BFW. 8393), l'élu d'Asti (R. III, 92) et celui de Parme (Affô, Storia di Parma, III, 232).

(3) Cf. Nicolas de Carbio, ch. xxx : « Ipse vero carpens itinera versus Romam, vi ad sedem propriam fam redire t. » Le pape lui-même exprime cette intention dans P. 14162.

(4) Le pape, en arrivant à Gênes, connaissait certainement la révolte de la Terre de Labour, qui eut lieu fm mars, probablement la révolte de la Pouille (avril). En revanche il pouvait ignorer la rapide soumission de cette dernière province, et c'est tout au plus si les opérations de Manfred dnns la Terre de Labour avaient commencé.

réclamer le salaire de leurs peines et une juste indemnité pour leurs sacrifices (i). A bien plus forte raison firent-elles comprendre au pape que l'honneur lui défendait d'abandonner à un adversaire de pfus en plus actif et entreprenant, ceux qui, après tout, s'appelaient le parti de l'Eglise. Sur les instances des légats, sur les supplications des ambassadeurs lombards. Innocent IV se décida donc à faire un détour et à traverser toute la Haute Italie, pour (( consoler » et encourager ses alliés.

Dès l'instant où il prenait cette résolution, son voyage ne pouvait avoir qu'un caractère. Chacune des étapes devait en être marquée par de nouvelles faveurs aux amis de l'Eglise, et par de nouvelles rigueurs contre les amis de l'Empire, — à moins que ce ne fussent des primes promises ou accordées à leur défection ; et l'effet le plus clair serait de ranimer partout la guerre et d'exaspérer les antagonismes. Innocent IV le sentit, et comme il n'était pas homme à rien faire à demi, on le vit aussitôt, ainsi qu'au temps de Frédéric II, abandonnant ses idées de conciliation, remettre pour un temps au service d'une politique de parti toute l'énergie de sa nature et toutes les ressources du Saint-Siège.

Cela se marque déjà dans les privilèges qu'il accorde à Gênes. Sans doute, il était naturel qu'il s'intéressât à sa patrie et récompensât une ville qui lui avait rendu tant de services; quelques parchemins étaient le paiement obligé de l'hospitalité qu'en ce moment même il recevait. Des avantages commerciaux et des immunités fiscales dans les Etats de l'Eglise et dans leur dépendance future, le Royaume (2); la confirmation de tous les privilèges dont jouissait antérieui-ement la ville, en Orient ou en Sicile (3); des reconnnandations aux autorités locales, ecclésiastiques ou laïques, des bons offices interposés auprès du roi des Romains (^), des concessions particulières à certains citoyens ^^\ ces faveurs-là ne lésaient ou n'inquiétaient personne. La confirmation des traités conclus entre Gênes et les villes et les seigneurs de la Rivière

(1) Déjà à Gênes f^oderengo d'Andalô, podesiat, et les ambassadeurs de Modène, « cum... négocia comunis Mutine et servicia que cornune Mutine fecit in servicin Rcciesie Parme summo pontiiici recitassent, » demandent que le pape enjoigne aux gens du Frignano d'obéir à Modène. Sur cette région du Frignano, jadis mathildique, au moins en grande partie, cf. Overmann, op. cit. Elle avait été vivement disputée entre Bologne et Modène, mais en 1251 les Bolonais déclarèrent n'y point prétendre (Tiraboschi, Memorie storiche Modenesi^ V, 2, 42-43, et Savioii, Annali Bolognesi, III, 2, 277).

(5) BFW. 8401; Reg. Inn. IV, 5247, 5249, 5261, 5427, 5428, 5430, 5431-5.

n'était que la reconnaissance d'un lait accompli W. Mais réclamer au nom et au profit de Gênes, à Alexandrie la restitution de Gapriata, à Tortone la restitution d'Arquate et des autres localités enlevées au cours de la guerre (2), promettre aux Génois de ne jamais recevoir les Pisans dans les bonnes grâces de l'Eglise, avant qu'ils ne leur eussent donné pleine indenmité pour les dommages qu'ils leur avaient causés, et surtout pour l'occupation de Lerici, ce Lerici auquel les Pisans prétendaient tenir plus qu'à un quartier de leur propre cité (3), c'était faire siens les intérêts d'une seule ville au point de rendre la pacification générale inipossible. D'autres acies vinrent montrer qu'il n'entendait plus garder de ménagements. Il avait depuis longtemps à se plaindre du comte Amédée IV de Savoie qui avait jadis empêché le passage en Italie d'une armée pontificale recrutée en France (^), et qui s'était emparé du bourg de Rivoli, au détriment de la mense épiscopale de Turin. Il l'avait pourtant épargné jusqu'alors. Maintenant il le fit sommer par l'archevêque de Vienne et l'évêque de Grenoble de donner satisfaction dans le délai de deux mois, sous peine d'excommunication et d'interdit (5). De même il confirma et menaça d'aggraver les sentences portées contre Mondovi, qui depuis dix ans, sous prétexte de servir la cause impériale, guerroyait contre l'église d'Asti (s); et il donna aux Astigians, qui soutenaient Mondovi, deux mois pour se soumettre à l'Eglise et se réconcilier avec leur évêque ('^). Enfin une citation fut lancée contre Ezzelin de Romano. L'évêque de Trévise et le prieur des Dominicains de Mantoue recevaient mandat de la signifier. Ezzelin devrait comparaître devant le pape avant le i^" août, faute de quoi une croisade serait prêchée contre lui et tous ses adhérents (s).

Toutes ces mesures furent prises pendant le séjour d'Innocent IV à Gênes. Deux événements vinrent lui rendre possible son voyage vers le Nord, la soumission d'Alexandrie et celle du comte Thomas de Savoie, le frère d'Amédée IV, et le propre représentant de l'administration impériale dans la région. Alexandrie était déjà relevée

(1) Confirmation des traités avec Albenga, Savone et Jacopo del Carrelto (P. 14330; cf. BFW. 8382, 8389-90).

(2) P. 14325-8; BFW. 8387.

(3) P. 14331; BFW. 8391.

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