‹ Les origines de la domination angevine en ItalieChapitre 9 sur 59 · R. II · texte numérisé non relu

R. II

(5) R. III, 90 (9 juin 1251). Le pape fait remarquer dans ce document qu'il avait attendu longtemps avant d'en venir aux mesures de rigueur.

(6) R. III, 92 (13 juin 1251).

(?) BFW. 8395-8396; Reg. Inn. IV, 5251-3; (corriger la date que donne P. 14159]. (8) BFW. 8394 (R. III, 93).

— Iode rexcommunication le 9 juinU); on ignore d'ailleurs la date exacte et les clauses de sa réconciliation avec l'Eglise. Quant à Thomas, il avait été compris dans les solennelles sentences promulguées, suivant l'usage, le Jeudi Saint, 13 avril (2); d'abord comme adhérent de Frédéric, puis conmie détenteur injuste de biens d'église; car sans parler de l'affaire de R-ivoli, dans laquelle il s'était trouvé complice d'AUiédée IV, une partie du groupe considérable de domaines qu'il avait reçus de Frédéric en 1248 et en 1250 était réclamée par l'église de Turin (3). Mais il ne tarda pas à évoluer. C'est que plusieurs des susdits domaines tentaient un troisième prétendant, qui était la commune d'Asti. Celle-ci se mit en campagne tout de suite (^). Tout impérialiste qu'elle se disait, la mort de l'empereur la dispensait de respecter les diplômes impériaux. Cela suffisait pour que Thomas songeât à se procurer des bulles pontificales. D'ailleurs il ne pouvait plus être du même parti que ceux qui voulaient le dépouiller. Tel fut probablement le premier motif de sa conversion. Elle fut achevée par l'un de ces procédés de séduction — ou de corruption, pour appeler les choses par leur nom — dans lesquels Innocent IV était passé maître. Le pape lui proposa en mariage une de ses nièces, Béatrice Fieschi, avec une grosse dot (s). Thomas se réconcilia avec l'élu de Turin, puis obtint son absolution (6).

La route du Nord était libre. Le pape quitta Gênes vers le 26 juin pour se rendre à Milan, où il arriva le 7 juillet, après avoir passé par Gavi, Alexandrie, le territoire du marquis de Montferrat et Pontestura C^). Il voyagea sous l'escorte des milices Novaraises et Milanaises; au reste, aucune tentative ne paraît avoir été faite pour l'arrêter ou l'inquiéter. A Milan, il tint comme un second petit congrès (s)^ consacré, après les affaires du Piémont, à celles de la

(2) Mathieu Paris, éd. Luard, V, 255.

(3) Rappelons que ces donations comprenaient : le Canavese, Moncalieri, Castelvecchio, Ivrée, Lanzo, la ville et le pont de Turin et Montossolo (BFW. 3733- 3741 et 3813). Cf. Merkel, Un quarto di secolo, etc., 47. L'élu de Turin réclamait : Castelvecchio, Moncalieri, Lanzo et Montossolo, en outre de Rivoli.

(4) Sur l'hostilité de Thomas de Savoie et d'Asti, cf. P. 14639, avec les observations de Merkel sur la date de cette pièce {ihid., 60 n.).

(5) Mathieu Paris, V, 255. Sur les paiements faits à Thomas de Savoie, cf. BFW. 8429-8431 {Reg. Inn. IV, 5495-5497).

(6) 3 juillet 1251 (BFW. 13830; Winkelmann, Acta Imperii Inedita, I, 579). Cf. la bulle du 22 juin prescrivant d'absoudre le comte quand il aurait fait sa paix avec l'élu (BFW. 8402, P. 14341).

(7) BFW. 8402 a-8403 c.

(8) Cf. BFW. 13829, 13831-13832 (correspondance entre Brescia et Mantoue au sujet des demandes à présenter au pape).

Lombardie centrale. Là aussi lès villes, suivant l'exemple de Gênes, s'efforcèrent de tirer tout le parti possible de sa présence. C'est alors que, d'après Mathieu Paris, les Milanais auraient cherché à se faire rembourser par lui toutes leurs dépenses de guerre d). Si une pareille demande lui fut réellement présentée, Innocent IV ne put que l'écarter. Mais de Milan, le 15 juillet (2), il confirmait à Novare toutes les conquêtes qu'elle avait pu faire, depuis le moment où elle avait quitté le parti de Frédéric. Il en faisait autant, le 21 août, pour toutes les acquisitions futures d'Alexandrie (3). Par contre il châtiait la défection ou les résistances. Le 15 juillet (^), il ordonnait à l'élu de Bobbio et à Tabbé de Mezano de priver de leurs bénéfices et dignités tous les clercs fauteurs de la rébellion de Plaisance. Oberto dell' Iniquilà et les habitants de la ville étaient sommés de venir à résipiscence dans un délai déterminé, à peine de l'excommunication et de l'interdit le plus rigoureux. Et le l^'* septembre (^\ le pape fulminait l'excommunication contre Verceil, sauf bien entendu le parti des amis de l'Eglise, les Avogadri, alors en exil.

Il fallait cependant sortir de Milan, où on était bloqué de tous côtés par des cités rebelles. La prise de Lodi ouvrit un chemin à Innocent IV. Cette ville, aux mains de la faction des nobles, les Overgnaghi, qui défendaient la cause de l'Empire « de toutes leurs forces, comme la leur propre (^\ » était commandée par un château très fort, construit par Pjédéric II, où résidait le podestat impérial Manfred Lancia, et où tenaient garnison des contingents de Crémone et des autres villes impérialistes. La trahison vint à bout de tant d'obstacles. A la suite d'un accord conclu le 8 août, un des Overgnaghi, Sozo Vistarino, aidé par les popolani, introduisit dans la ville les gens de Milan et de Crème, et les exilés Lodigians de la faction Sommariva, auxquels se joignirent bientôt les Brescians. Tous les amis de l'Empire s'émurent. Pallavicini accourut au secours de Lancia, avec les milices de Crémone, Pavie <'^) et Plai-

(1) V, 237. On remarquera la manière dont il présente les choses, avec exagération d'ailleurs, et avec cette joie mauvaise qu'il éprouve toujours à narrer les embarras du Saint-Siège : « ... papa, largus in datis et in dandis prodigus, civium severitatem, sciens quia in ore leonis manus ejus tenebatur, prudenter miiigavit. »

(2) BFW. 8406 (R. HI, 98). Innocent IV n'en avait par lui-même aucun droit. Aussi il demanda la ratification de Guillaume de Hollande (BFW. 8407; R. III, 99).

(3) BFW. 8418 (R. III, 101).

(4) BFW. 8405 (R. III, 97).

(5) BFW. 8422; cf. Tallone, Sulle relazioni tra Innocenzo IV e il comune di VercelU, dans Atti délia Accademia délie Scienze di Torino, XXXVII, 292.

(6) Ann. Januenses, 230.

(7) La présence des milices de Pavie donna lieu à un curieux incident caractéristique de la complication des relations et usages politiques. Après leur victoire,

sance. Mais après des semâmes de combat acharné dans les rues, les iiiipérialisLes curent le dessous. Lancia, renonçant personnellement à la lutte, vendit la citadelle qu'il occupait encore aux Pavesans et aux Grémonais, qui la ravitaillèrent de leur mieux et se retirèrent en dévastant la ville et en détruisant ses remparts. La capitulation de la citadelle n'était plus qu'une question de temps; elle se rendit aux Milanais au mois de novembie. Elle n'avait pu être sauvée par une diversion qu'Ezzeiin tenta sur Mantoue à la tête des forces de Vérone, Padoue, Vicence et Trente (i). Saut que la force et l'intervention étrangère y avaient joué un grand rôle (2), la révolution de Lodi ressemblait à celle de Plaisance. Un transfuge de la noblesse avait mis lin à sa domination, au profit des popolani. Mais ici, au rebours de l^lai sance, c'étaient les grands qui étaient pour l'Empire, et le peuple pour l'Eglise; dans ces deux villes, un changement d'alliances suivit la révolution, mais il se ht en sens opposés. Il va de soi que Lodi fut récompensée; Innocent IV lui rendit la dignité épiscopale, dont elle avait été privée par Grégoire IX (3).

Le pape n'avait pas attendu la capitulation du château pour se remettre en route. La hn de son voyage fut beaucoup plus rapide; parti de Milan en septembre, il arrivait le 5 novembre à Pérouse, après n'avoir fait que traverser Brescia, Mantoue, Ferrare, peutêtre Modène, puis Bologne, Gésène et Fano. De plus en plus ressaisi par l'impatience d'arriver, il se trouvait d'ailleurs, dans la Lombardie orientale, trop près d'Ezzelin et de Pallavicini. Il n'osa même pas visiter Parme, où tant de motifs personnels l'auraient appelé, mais que les Grémonais réduisaient aux abois, et où il ne se fût pas trouvé en sûreté (^). Puis ses relations avec ses alliés, en dépit des réceptions triomphales qu'on lui ménageait, n'étaient pas toujours bien faciles. A Bologne, par exemple, un très désales Milanais décapitèrent tous les défenseurs du château, sauf les Pavesans qu'ils renvoyèrent sains et saufs, sans doute à cause du traité qui les liait à eux (cf. plus haut). Cependant ce traité n'avait pas empêché les deux villes de porter chacune secours à ses alliés {Ann. Reg. 175; MG., SS. XXXI, 522).

(1) BFW. 13836-13845, et le traité du 4 oct., ménagé par Milan entre les factions de Lodi (Vignati, Codice diplomatico Laudense, II, 339).

^2) En cela encore qu'elle valut aux Vistarino une capitainerie du peuple à long terme, comme à Oberto dell' Iniquità; et que la réconciliation des partis ne dura pas; les Overgnaghi s'exilèrent (Ann. Plac. 534).

(3) R. III, 100 et n. Les Sommariva avaient promis de le demander au pape.

(4) BFW. 13853, lettre désespérée de Parme à Mantoue. La prise de Brescello par les Grémonais était pour cette ville un coup très grave (Ann. Reg. 175; Aim. Parm. 6T6). Elle redoutait celle de Colorno qui aurait achevé de l'isoler du PO. La ligne du Pô était toujours ce que se disputaient les villes riveraines.

gréable incident surgit à propos de Medicina, que les Bolonais demandaient à garder, et qu'il leur réclama sans parvenir à se le faire rendre d). Quelques semaines plus tard, Conrad se vantait que le passage d'Innocent IV en Lombardie, loin de tourner à l'avantage du Saint-Siège, l'avait plutôt desservi (2). Affirmation suspecte, assurément inexacte si on l'applique à l'ensemble du voyage ; vraie peut-être pour ces dernières semaines, où le pape ne peut enregistrer aucun résultat, le succès de Lodi, remporté presque sous ses yeux, n'ayant été suivi d'aucun autre; 011 il n'agit plus guère (3); où il semble n'avoir pas d'autre sentiment que la hâte de sortir d'un pays où il se voyait impuissant.

La tâche à laquelle il se dérobait, il confiait du moins à un légat le soin de la remplir; le 10 novembre 1251, à peine arrivé à Pérouse, il nommait de nouveau le cardinal Ottaviano des Ubaldini légat pour la Lombardie, la province d'Aquilée et la Romagne (^). Quelques semaines plus tard, il chargeait plus particulièrement de cette dernière province Philippe, élu de Ravenne (5). Quant à Grégoire de Montelungo, il était récompensé de ses services par le patriarcat d'Aquilée, dans lequel il se retira, délaissant pour le moment les affaires lombardes.

Le pape avait à peine (juitté la Haute Italie que Conrad y arrivait. Lui aussi venait encourager ses partisans et se concerter avec eux. Parvenu à Vérone \ers le commencement de novembre, il tint durant quinze jours, à Goito, sur le Mincio, un parlement auquel assistèrent, avec Ezzelin de Roniano, les délégués de Vérone, Padoue, Vicence, Pavie, Crémone, Plaisance (6). C'est la contrepartie du congrès de Gênes. Puis, après une pointe sur Crémone, le roi retourna par Vérone s'embarquer à Latisana sur le bas Tagliamento, et gagna la Pouille par mer, en évitant l'Italie centrale C').

(1) BFW. 8422 e ; Salimbene, 228.

(2) BFW. 4566.

(3) On remarquera le très petit nombre de bulles relatives aux affaires de la Haute Italie expédiées pendant cette période. Que le voyage du pape, .après Milan, n'eut rien de triomphal, c'est ce que confirme un chroniqueur, malveillant il est vrai et peu sûr, Mathieu Paris, V, 238 : « Papa... profectus versus Perusium, abhorruit intrare aliquam magnam civitatem (ceci est inexact) ne ut piscis in sagenam intraret irreditiirus . Et donec Perusium perveniret, equinis non parcens laterîbus iter maturavit. »

(4) P. Î1412 {Reg. Inn. IV, 5787).

(5) BFW. 8436 (5 décembre), et 8438 (10 décembre). Une bulle du 3 avril IZbZ prescrivit d'ailleurs à l'élu de ne pas user de ses pouvoirs de légat tant que le cardinal des Ubaldini serait en Lombardie (BFW. 8463).

(6) BFW. 4563 hc.

(7) Cf. son itinéraire dans BFW., p. 833-834.

Gomme le pape, il laissait derrière lui ses mandataires, se bornant d'ailleurs à continuer les agents jadis nommés par son père, sauf, bien entendu, Thomas de Savoie, auquel Manfred Lancia succéda sans doute comme vicaire général en amont du Lambro (D. Oberto Pallavicini gaida le vicariat en aval du Lambro (2). Ansedisio des Guidotti reste en fonctions dans la Marche de Trévise (3); à côté de lui, naturellement, Ezzelin conservait sa grande situation de fait. Ainsi la revue des forces de TEmpire avait succédé à la revue des forces de TEglise. Les représentants des deux pouvoirs qui se disputaient ritalie étaient venus en personne s'assurer de leurs adhérents; et les deux partis, ranimés et reformés, connue rajeunis, se retrouvaient en présence ainsi qu'à la mort de Frédéric IL Même composition, sauf quelques changements de détail comme il s'en était produit à toutes les époques, et qui se compensaient à peu près; mêmes chefs, mêmes mots d'ordre, et, en apparence du moins, même union, même ardeur au combat. Dès les premiers mois de 1252, et presque simultanément, chacun d'eux éprouvait le besoin, et de resserrer les liens entre ses propres membres, et d'affirmer son hostilité pour l'adversaire. Le 8 mars, à Brescia, le cardinal Ottaviano, muni des pleins pouvoirs du pape, faisait renouveler la ligue de Lombardie, Marche et Romagne par les plénipotentiaires de Milan, d'Alexandrie, de Brescia, de Mantoue, du marquis d'Esté et de la commune de Ferrare, de Bologne, de Modène, de Parme, des exilés de Plaisance et de Reggio, d'Albéric de Romano et de Trévise (^). Outre les milices de chaque conmmne, on décida de solder pour un an six cents chevaliers destinés à servir par moitié, au nord et au sud du Pô, sous les ordres du légat. Trois cents seraient à la charge de l'Eglise, et trois cents à la charge des communes de Milan, Alexandrie, Novare (^\ Brescia, Mantoue, Ferrare, Bologne et Modène, jugées seules capables de s'imposer des sacrihces. Quatorze mille livres impériales, payables aussi par moitié par le Saint-Siège et par les villes lombardes, devaient être consacrées à entretenir en état de défense, pendant un an à compter du 1" avril, les points les plus menacés et les plus importants, c'est-à-dire Parme, les châteaux occupés par les exilés de Reggio, de Plaisance, de Grémone et de Verceil, les trois forteresses du

(1) Cela paraît résulter de BFW. 4593.

(2) BFW. 4564. Il l'avait déjà sous Frédéric II (BFW. 4592).

(3) Ficker, Forschungen zur Reichs-und Rechtsgeschichte Italiens, II, 510.

(4) BFW. 13870 (Muratori, Antiquitates Italicœ Medii Mvi, IV, 487).

(5) On comptait donc que Novare ferait partie de la Ligue, bien qu'elle n'eût pas envoyé de délégués au congrès.

comte Louis de Vérone (i), Garda, Gazzo et Valeggio, et quelques autres. La répartition de ces diverses cliarges entre les communes contractantes était soigneusement déterminée (2). Enfin, en fait d'opérations militaires, le traité prévoyait deux expéditions offensives à entreprendre successivement. Tune contre les Grémonais, l'autre dans la Marche de Trévise au secours du marquis d'Esté, d'Albéric de Romano et du comte de Vérone, c'est-à-dire contre Ezzelin; et de plus éventuellement, en cas d'attaque de la part de Pavie, des secours à donner à Alexandrie. La réponse ne se fit pas attendre. Le 31 mars, Ezzelin de Piomano et Vérone d'une part, Pallavicini et Crémone de l'autre, s'engageaient à se soutenir réciproquement et à ne pas traiter à l'insu les uns des autres. Le 2 avril, Ansedisio des Guidotti et Padoue, le 5 avril, la commune de Vicence adhéraient à ces engagements (3). Tout annonçait donc la guerre générale et sans merci. Les perspectives de paix qu'avaient paru ouvrir, après la mort de l'empereur, la tendance du pape à se désintéresser des affaires lombardes, et l'épuisement de certaines villes, semblaient définitivement fermées; comme si l'habitude de se battre eût été plus forte que la volonté même des hommes.

(1) C'était le jeune fils du comte Richard de San Bonifazio ou de Vérone (cf. plus haut, p. 1), qui venait de mourir (BFW. 13869 a). Les alliés de sa famille prenaient des mesures pour lui conserver son héritage.

(2) Il peut n'être pas sans intérêt de donner ici ce tableau de répartition qui permet de se rendre compte de l'importance relative des villes lombardes : Milan, 92; Alexandrie, 12; Mantoue, 29; Novare, 29; Ferrare, 27; Bologne, 65; Modène, 26; Brescia, 25. Le total est d'ailleurs 305 et non 300

(3) BFW. 13871 (Bôhmer, Acta Imperii Selecta, 674-675).

Page 1