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M. Drouyn de Lhuys au marquis de Ferrière, 26 mars

remarque, — que le gouvernement du président, avant d'entrer en communication avec nous sur un sujet fort grave, ne nous avait pas même préalablement notifié son existence, — se réfère, pour explication, aux précédents de l'ancienne République française et à l'exemple des chefs de plusieurs autres gouvernements républicains. Je n'examinerai point ici, monsieur, jusqu'à quel point ces précédents et ces exemples sont concluants ou applicables à la circonstance présente. Comme pure affaire d'étiquette, nous n'attachons pas à cette question plus d'importance et de valeur qu'elle n'en a. Nous n'aurions même jamais songé à la soulever, si les communications du nouveau gouvernement, les toutes premières qu?il nous ait adressées, nous avaient semblé de nature à ouvrir nos relations avec lui d'une manière plus amicale. Nous n'en parlerons donc plus, notre intention n'étant nullement de faire dépendre d'un incident aussi minime l'établissement définitif de nos rapports officiels avec le cabinet français. La chose essentielle pour nous est toujours de les entamer sur une base solide et durable, c'est-à-dire sur la conviction de ses intentions pacifiques dans toutes les affaires européennes, et notamment dans celles d'Italie, circonstance qui n'a rien de nouveau, rien de personnel au gouvernement actuel, puisque la question avait déjà été posée dans les mêmes termes sous l'administration du général Gavaignac. J'éprouve, du reste, une vraie satisfaction à vous dire que l'attitude du gouvernement français semble tendre à nous donner cette salutaire conviction. Nous nous empressons de reconnaître qu'il a fait preuve de conciliation dans les derniers arrangements convenus avec le roi des Deux-Siciles1, et le langage qu'il a récem-

1. Les gouvernements français et anglais, après avoir favorisé l'indépendance de la Sicile, avaient dû, après la prise de Messine par les Napolitains, se restreindre à demander l'autonomie de l'île. Ils

ment tenu au chargé d'affaires d'Autriche est conçu dans le même esprit1. La lutte qui vient de nouveau malheureusement de s'engager en Lombardie* achèvera bientôt de nous éclairer sur sa politique ultérieure; et pour peu qu'il veuille persister dans ses dispositions pacifiques, nous espérons pouvoir prochainement régler avec lui des relations dont nous n'aurons différé quelque temps l'inauguration officielle que par le sincère désir d'y entrer d'emblée sur un pied aussi cordial, aussi permanent que possible3. »

avaient réclamé pour elle une armée distincte de l'armée napolitaine ; le roi Ferdinand, soutenu par la Russie, avait refusé cette concession; le gouvernement français avait alors proposé une transaction abandonnant l'idée d'une armée sicilienne, mais limitant à quelques forteresses l'occupation de l'île par les troupes napolitaines.

1. Il s'agissait de la médiation de la France et de l'Angleterre pour assurer le rétablissement de la paix entre l'Autriche et la Sardaigne; et il avait été convenu que les pourparlers nécessités par cette médiation se tiendraient à Bruxelles. L'Autriche avait stipulé qu'elle ne consentirait aucune cession territoriale, et M. Drouyn de Lhuys avait fini par accepter cette condition. — M. Drouyn de Lhuys à M. de la Cour, 12 mars 1849 : « Le cabinet de Vienne a fait connaître au gouvernement français sa résolution de ne consentir dans la conférence de Bruxelles à aucune cession de territoire en Italie. Malgré ces réserves et ces déclarations, le gouvernement français insiste auprès de la cour d'Autriche pour qu'elle envoie un plénipotentiaire à Bruxelles. Il s'ensuit par voie de conséquence que la France ne considère pas le consentement que donnerait le cabinet autrichien à l'ouverture de la conférence comme impliquant de la part de ce cabinet l'abandon de ses réserves contre toute cession de territoire, et que le gouvernement français ne verrait pas dans le seul maintien de ce refus des cessions territoriales un motif suffisant pour rompre la conférence. »

2. Le 20 mars, l'armée piémontaise avait franchi le Tessin et recommencé la guerre contre l'Autriche. Elle fut complètement défaite à Novare le 23 mars.

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