Manifeste du
8 mai
LÀ FfcANCE Et LÀ RUSSIE 51
sonnes dans ces deux pays favorisaient de leurs vœux l'insurrection magyare. Or, il était grave de braver à la fois l'opinion de ces deux puissances, surtout à un moment où la Prusse était, elle aussi, défavorable. Cette dernière, malgré de nombreuses incohérences de conduite, poursuivait activement depuis un an le plan d'éliminer l'Autriche de l'Allemagne et d'y prendre la première place. Pour la réussite de ce plan, l'insurrection de Hongrie, qui dérivait les forces de l'Autriche, était un bien utile auxiliaire; il ne pouvait donc plaire à la Prusse que la Russie entreprît de dompter cette insurrection, et rendît ainsi à l'Autriche la liberté de défendre sa prépondérance en Allemagne.
Pour calmer, au moins en France, c'est-à-dire chez l'adversaire qui, militairement, lui paraissait le plus redoutable1, le mouvement de réprobation qu'allait susciter son intervention en faveur de l'Autriche, l'empereur Nicolas se décida à vaincre ses dernières répugnances : il reconnut la République. Le 8 mai, le jour même où il signait son manifeste guerrier, il donnait à son chancelier l'ordre de dépêcher à Paris à M. Kisselef un courrier porteur de la reconnaissance officielle; celle-ci fut consignée dans une lettre adressée par M. de Nesselrode à M. Drouyn de Lhuys et accréditant M. Kisselef auprès de ce ministre en qualité de chargé d'affaires.
Il va de soi qu'en annonçant cette nouvelle au marquis de Ferrière, le comte de Nesselrode ne lui trahit point le véritable motif de la détermination impériale : « L'empereur, assura-t-il, a été décidé par la netteté et le courage avec lesquels le président et le gouvernement de la République ont défini et soutenu leur politique en France et en Europe2. »
1. Rien n'était plus facile alors pour la France que d'attaquer l'Autriche en Italie.