‹ Les origines de la guerre de CrimeeChapitre 21 sur 112 · M. Emile Keller, le Général de La Moricière · texte numérisé non relu

M. Emile Keller, le Général de La Moricière

décrit ainsi la visite : « Le jour baissait; le souterrain sépulcral était à peine éclairé par le cierge que le guide portait à la main; à l'oreille des visiteurs1 arrivait l'écho grave et monotone de l'office du soir, récité au-dessus de leurs têtes par les moines du couvent. Une profonde tristesse se peignait sur les traits du général, dont ces grandes infortunes ne pouvaient trouver le cœur insensible. C'était là tout ce qui restait de ce royaume généreux qui avait si longtemps défendu l'Europe contre l'islamisme. En reconnaissance de ses services, l'Europe l'avait dépecé, partagé avec les Barbares du Nord; et maintenant ses enfants, dispersés aux quatre coins du monde, égarés par le désespoir, unis aux révolutionnaires d'Italie, d'Allemagne ou de Hongrie, cherchaient vainement à se venger et n'appelaient sur eux et sur leur patrie que de nouvelles rigueurs. » Il faut en convenir, de la part de l'envoyé qui allait, au moment même de la campagne de Hongrie, représenter la République française auprès de l'empereur Nicolas, une pareille démonstration de sympathies polonaises était fort maladroite. Le général sentit bientôt lui-même combien sa conduite avait été déplacée; un froissement infligé "tr^son amourpropre quand, deux jours plus tard, le 8 août au matin, il arriva à Varsovie, lui ouvrit les yeux. Les deux ministres de Prusse et d'Autriche, le général de Rochow et le comte de Buol, avaient été invités par l'empereur à se rendre auprès de lui à Varsovie ; et, là, ils étaient hébergés et nourris aux frais de Sa Majesté et avaient à leur disposition des équipages de la cour. Le général de La Moricière s'attendait au même traitement : grand fut son désenchantement

1. Le général était accompagné de trois officiers d'ordonnance et d'un secrétaire particulier, M. de Riancourt; ce dernier appartenait au personnel de la légation de France à Vienne, mais en avait été temporairement détaché à la demande du général.

lorsqu'il vit que rien n'avait été préparé pour le recevoir et qu'il dut se procurer lui-même un logement en ville.

Or, il éprouva quelque peine à se loger dans Varsovie, tant la ville était encombrée de fonctionnaires militaires et civils venus de Pétersbourg à la suite de l'empereur. Ayant enfin réussi à s'installer, quoique assez sommairement, le général se fit conduire chez le chancelier, afin de s'entendre avec lui pour la remise de ses lettres de créance dans le plus court délai possible. Le comte de Nesselrode, personnage assez cérémonieux, fut assez surpris de l'extérieur et des allures tapageuses du général; voulant connaître quelle sorte d'homme était derrière ces apparences, il régla vite la question de la réception du général par l'empereur et se mit, afin de provoquer son visiteur à faire une profession de foi, à exposer la ligne de conduite que, d'après lui, devrait suivre dorénavant la politique française.

« Il me dit (nous reproduisons la narration du général à M. de Tocqueville1) que nos relations poli-1 tiques étaient sur le meilleur pied, que les intérêts des deux pays étaient les mêmes, que nous n'avions point de question en litige et que nous n'aurions qu'à maintenir cette bonne situation. A l'époque actuelle, ajouta-t-il, tous les gouvernements doivent s'unir; la lutte est partout entre la société et l'anarchie. Nous avons tous un but commun : maintenir l'ordre établi et conserver à la société les bases sur lesquelles elle repose. Vous y avez réussi chez vous; nous applaudissons à vos efforts et à vos succès, et nous espérons que vous parviendrez à vous maintenir dans cette voie. »

Un diplomate de carrière n'aurait pas laissé passer sans les relever les insinuations ainsi émises

1. Le général de La Moricière à M. de Tocqueville, 11 août 1849.

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par le chancelier. Il aurait répondu que les relations entre les deux pays ne se trouvaient pas encore sur le pied qu'il faudrait, que les intérêts de ceux-ci n'étaient pas aussi identiques que voulait bien le dire M. de Nesselrode, qu'enfin plusieurs questions pouvaient donner lieu, donnaient même présentement lieu à litige entre les deux gouvernements. Le général La Moricière ne fit rien de cela, mais, laissant un libre cours à sa vanité d'homme politique1, il fit à son interlocuteur un véritable cours de droit constitutionnel français.

« Il y avait dans la fin de phrase du chancelier, continue le général dans son rapport à M. de Tocqueville, un doute sur notre avenir que je ne voulais pas laisser subsister dans son esprit, ou que je ne voulais pas tout au moins avoir l'air de partager en aucune façon. Je dis donc assez vivement que nous pouvions plus que tout autre pays avoir confiance dans l'avenir; que nous avions fait une expérience hardie, périlleuse, l'expérience du suffrage universel ; que dans le principe le résultat de cette expérience était pour nous-mêmes incertain, mais qu'aujourd'hui qu'elle était faite, l'incertitude avait disparu ; que ce suffrage consulté trois fois nous avait donné l'Assemblée constituante avec le gouvernement du général Cavaignac, puis le président actuel, enfin l'Assemblée législative ; que si dans cette assemblée l'opposition radicale avait été bruyante et factieuse, il n'en était pas moins vrai que le parti de l'ordre et celui de l'anarchie étaient encore dans le rapport de cinq à deux; en outre, qu'il fallait attribuer une portion notable des nominations radicales à quelques maladresses faites au moment des élections par l'ancien ministre de l'intérieur, homme parfaitement honorable, mais d'un caractère cassant,

1. Le général avait été élu représentant du peuple dans le département de la Sarthe.

et inexpérimenté dans la pratique des affaires1. A l'appui de mon assertion, j'ai fait ressortir comme preuve irrécusable le résultat éminemment conservateur obtenu dans les réélections nombreuses qui viennent d'avoir lieu. »

Prenant alors complètement le ton didactique, le général poursuivit : « L'histoire nous montre que souvent les sociétés humaines ont été agitées, comme elles le sont aujourd'hui, par des utopies insensées, et le spectacle que nous avons sous les yeux n'est pas absolument nouveau; mais quand le suffrage universel consulté trois fois dans une nation de trente-six millions d'habitants répond qu'elle veut conserver les bases de ses institutions sociales ; quand ce suffrage a parlé à une majorité semblable à celle que nous avons vue se produire, la société dans cette nation n'est pas sérieusement menacée. Il y a là un gage de stabilité et de sécurité que la France a donné à la face de l'Europe, et dont l'Europe doit lui tenir compte. Aucun autre pays peutêtre, s'il eût fait la même expérience que nous, ne serait arrivé à un résultat aussi rassurant. Car il ne faut point perdre de vue que le concours des volontés est toujours et partout un des éléments principaux de la stabilité des pouvoirs. »

D'après le général, M. de Nesselrode fut frappé de la conclusion qui terminait cette longue tirade; nous croyons que le chancelier fut plutôt frappé de cette extraordinaire faconde, à laquelle il ne s'attendait pas de la part d'un homme de guerre. Il répondit d'une manière brève, qui contrastait avec celle du général : « C'est précisément parce que nous avons confiance dans la direction prise par l'opinion publi-

1. Il s'agit de M. Léon Faucher, qui, dans une circulaire aux préfets, avait accusé les représentants hostiles au ministère d'encourager les agitateurs à courir aux barricades et à renouveler les journées de Juin*

que en France et dans la sagesse du gouvernement qui en est issu, que nous avons le ferme espoir d'entretenir avec vous de bonnes relations. »

Le général reprit alors avec à-propos : « Le gouvernement de la République a fait pour rassurer l'Europe tout ce qu'il lui était possible de faire : il est même allé au delà de ce qu'on était en droit d'attendre de lui : dans plusieurs circonstances, il a froissé le sentiment national pour donner des gages de sécurité à ses voisins, et ce n'est pas sans étonnement et sans regret qu'il voit se reproduire fréquemment dans ses relations extérieures des symptômes, sinon d'hostilité, du moins de méfiance inquiète et de malveillance contre la France. »

C'était le moment de demander pourquoi, notamment, le gouvernement impérial retardait la nomination d'un ministre plénipotentiaire en France. Le général préféra parler du Piémont, bien que les instructions que lui avait remises M. de Tocqueville ne mentionnassent pas ce sujet. La France trouvait que les conditions de paix réclamées par l'Autriche étaient trop dures et s'efforçait de les faire adoucir. L'Autriche, de son côté, repoussait toute intervention de la France et, pour en finir, venait de fixer au gouvernement sarde un délai ferme pour l'acceptation de ces conditions1. Le général exprima le vœu que la Russie s'interposât et réclamât de l'Autriche une amnistie complète pour les insurgés lombards qui, à la suite de l'écrasement de l'insurrection, s'étaient réfugiés en Piémont.

1. M. de Tocqueville à M. de Ferrière, 14 juillet 1849. — « Des obstacles de diverse nature sont venus entraver de nouveau les négociations commencées depuis plusieurs mois entre l'Autriche et la Sardaigne pour le rétablissement de la paix dans le nord de l'Italie... Ces difficultés sont graves et délicates; elles ne nous paraissent pourtant pas à beaucoup près insurmontables, et nous travaillons activement à inspirer aux deux parties l'esprit de conciliation qui s'accorde si bien avec leurs vrais intérêts. »

Cette demande en faveur des Lombards n'était peut-être pas opportune au moment où la Russie prétait la main à l'Autriche pour réduire les Hongrois. Du moins, si le général, en parlant au chancelier du rôle possible de la Russie dans les affaires de Piémont, avait pris soin de le faire sur le ton qui convenait au représentant d'un grand pays, parfaitement en mesure d'envoyer, s'il le voulait, des troupes dans la vallée du Pô; hélas! il eut le tort d'employer devant cet homme d'Etat étranger, peu charitablement disposé pour la France, un langage larmoyant, bien surprenant en vérité dans la bouche d'un vieux soldat : « Nous avons été si malheureux, si froissés dans notre amour-propre national depuis trente-quatre ans, qu'on ne doit pas s'étonner de la susceptibilité de l'esprit public dans notre pays, et qu'on doit nous savoir gré des efforts que nous faisons pour conserver la paix1. »

Le chancelier répondit que, d'après ses renseignements, l'entente était en train de s'établir entre les gouvernements autrichien et sarde ; et, en effet, deux jours après arrivait à Varsovie la nouvelle de la conclusion de la paix.

Le général discourut ensuite sur la république romaine et sur l'expédition entreprise par la France pour rétablir, sous la forme d'un gouvernement libéral, le pouvoir temporel du pape2; il manifesta

1. M. de Tocqueville écrivait sur un autre ton au ministre de France à Turin : « Si le gouvernement autrichien persistait dans ses exigences... le Piémont pourrait être assuré que nous ne l'abandonnerions pas... La nature des exigences de l'Autriche et la violence de ses procédés nous donneraient lieu de croire qu'elle n'agit point seulement en vue de la paix, mais qu'elle menace l'intégrité du territoire piémontais, ou tout au moins l'indépendance du gouvernement sarde. Nous ne laisserons pas à nos portes accomplir de tels desseins. Si dans ces conditions le Piémont est attaqué, nous le défendrons. » (Dépêche du 25 juillet 1849.)

2. Dans ses instructions au général, M. de Tocqueville s'exprimait ainsi sur cette question : « La première et la plus pressante

l'espoir que l'Autriche, qui venait d'occuper dans les Etats de l'Eglise Ferrare et Bologne, appuierait à Gaëte auprès du saint-père les demandes de réformes présentées par la France, et il pria le chancelier d'agir à Vienne pour que cet appui fût sincèrement accordé.

M. de Nesselrode, anglican zélé, était assez indifférent à l'avenir du saint-siège; en outre, il ne voyait pas sans déplaisir le gouvernement français être mis dans l'embarras par la difficulté de donner à son expédition de Rome un dénouement digne de la France. 11 eut, dit le général, un sourire « qui, quoique un peu sarcastique, n'était pas désobligeant » ; puis, comme le prince de Schwarzenberg se trouvait pour quelques jours à Varsovie, où il avait voulu conférer avec l'empereur sur les opérations militaires en Hongrie et les affaires d'Allemagne, le chancelier renvoya le général à cet homme d'Etat pour qu'ils se missent d'accord sur les négociations à mener à

de nos affaires en ce moment, vous ne l'ignorez pas, est l'affaire de Rome. La principale difflculté vient de ceci : notre honneur est engagé à ce que les populations romaines obtiennent des réformes et des droits, et pour les obtenir nous avons besoin du concours d'un pouvoir religieux que nous ne pouvons contraindre par la force. Nous dépendons en quelque sorte de lui et nous ne pouvons agir sur lui que par la voie indirecte des influences. J'ai lieu de croire que l'empereur de Russie comprend les nécessités de notre situation, qu'il voit clairement que nous ne pouvons sortir de l'affaire de Rome qu'après avoir reçu les satisfactions légitimes que nous demandons, et que son esprit politique lui fait sentir tous les périls que pourrait faire courir à la paix générale un refus obstiné du saint-père à nos désirs. Il apprécie, d'ailleurs, autant que j'en puis juger par les rapports que nous ont déjà adressés nos agents diplomatiques, la nécessité de satisfaire dans une juste mesure aux vœux des populations romaines; je le crois donc bien disposé. Il s'agit seulement de le maintenir et de l'affermir dans ces bonnes dispositions, de lui faire comprendre de plus en plus ce qu'il y a de modéré et de légitime dans nos vœux, et surtout d'obtenir qu'il fasse usage de l'influence qu'il possède sur la cour de Vienne et même sur le saint-siège, pour hâter une conclusion si désirable. »

Gaète. « Quant à nous, déclara le chancelier, nous ne faisons pas d'objections1. »

Enfin, bien que son ministre M. de Tocqueville lui eût recommandé le silence sur elle8, il aborda la question brûlante de l'intervention russe en Hongrie. « Il y a un sujet sur lequel nous ne vous avons adressé aucune observation, mais qui, vous devez le penser, nous préoccupe vivement : je veux parler de vos opérations militaires en Hongrie. Notre gouvernement n'a fait aucune protestation, parce que la lettre des traités ne nous ouvrait pour cela aucune voie régulière; mais la conduite de l'Autriche vis-àvis de la Hongrie à l'origine de cette affaire a été si étrange, il y a chez les Hongrois une telle unanimité pour défendre leur nationalité, l'énergie qu'ils déploient est si grande, que l'opinion publique, chez nous, sympathise avec eux. On s'inquiète de voir deux cent mille Russes sur le Danube, et l'on se demande avec anxiété ce qui sortira de cette entre-

1. Le général de La Moricière à M. de Tocqueville, 11 septembre 1849. Dans une autre dépêche en date du même jour, par laquelle il rend compte à M. de Tocqueville de sa visite au prince de Schwarzenberg, le général donne du voyage à Varsovie de ce dernier le motif suivant : le prince de Schwarzenberg aurait eu le désir de faire sa connaissance et de voir comment il serait accueilli par l'empereur Nicolas.

2. Dans ses instructions au général, de Tocqueville s'exprime ainsi : « Je n'ai pas besoin de vous dire avec quel vif et douloureux intérêt nous suivons les événements de Hongrie. Malheureusement, dans cette question, notre rôle ne peut, quant à présent, qu'être passif. La lettre et l'esprit des traités ne nous ouvrent aucun droit d'intervention. D'ailleurs, l'éloignement où nous nous trouvons du théâtre de la guerre imposerait seul, dans l'état actuel de nos affaires et de celles de l'Europe, une certaine réserve. Ne pouvant parler et agir avec efficacité, il est de notre propre dignité de ne point montrer à l'égard de cette question une agitation stérile et un bon vouloir impuissant. Notre devoir quant aux événements de Hongrie doit donc se borner à bien observer ce qui se passe et à rechercher ce qui va avoir lieu. » Ce fragment des instructions données au général de La Moricière a été inséré par M. de Tocqueville dans ses Souvenirs.

prise ; elle ne parait pas, en tout cas, devoir se terminer aussi vite que vous l'aviez supposé. »

Le dernier trait n'était pas heureux ; il permettait au chancelier de ne pas s'expliquer sur une question politique embarrassante et de ne relever que l'appréciation stratégique du général. Il se hâta de répondre que, d'après les dernières nouvelles reçues à Varsovie du théâtre des opérations, on pouvait espérer que celles-ci touchaient à leur fin. A moins de répliquer qu'il désirait l'échec des Russes, le général n'avait qu'à s'associer à l'espoir exprimé par le chancelier; il s'y résigna, mais, pour réparer autant que possible son erreur, il accompagna son souhait d'une restriction importante : « Il est à désirer, dit-il, que cette affaire se termine le plus tôt possible et que, si vous réussissez militairement, vous proposiez aux Hongrois des conditions qu'ils puissent accepter. »

Le lendemain de cette longue entrevue, le général de La Moricière, escorté de ses trois officiers d'ordonnance, fut conduit, selon le cérémonial ordinaire, au palais de Lazienki, résidence de l'empereur Nicolas, afin de lui présenter ses lettres de créance. Introduit devant Sa Majesté, le général lut une allocution composée d'avance et faisant bien ressortir la haute portée qu'attachait alors le gouvernement français à l'entretien de bons rapports avec la Russie : « Le nouveau président de la République, disait entre autres choses cette allocution, est heureux de voir sous son gouvernement se rétablir d'une manière régulière les relations de bonne amitié entre la France et la Russie, surtout en raison de l'intérêt particulier qu'ont ces relations, non seulement pour ces deux pays, mais encore pour la paix de l'Europe et du monde. »

L'empereur répondit que l'année précédente, à l'époque de l'insurrection de juin, il avait conçu une

haute estime pour le caractère du général Cavaignac; puis il fit quelques compliments personnels au général de La Moricière pour la part qu'il avait prise à la répression de cette insurrection et au sujet des dangers qu'il y avait courus1. Sa Majesté continua en ces termes : « Lors de la nomination de votre président actuel, je dus observer et attendre pour juger la ligne de conduite qu'il suivrait. Depuis, la direction qu'il a donnée aux affaires, la fermeté de jugement et la résolution qu'il a montrées, la manière enfin dont il a su gouverner la France, m'ont donné une haute estime pour lui, et je n'ai pas tardé à la lui témoigner par la reconnaissance officielle de la République. Aujourd'hui nos relations sont bonnes, et j'espère qu'elles continueront d'être telles. » A ce souhait gracieux exprimé par l'empereur, un véritable diplomate aurait répondu par quelques mots de remerciement, et aurait sans aucun doute ajouté que le meilleur moyen pour entretenir ces bonnes relations était d'écarter, autant qu'il serait possible, les causes de conflit entre les deux gouvernements; l'entretien aurait pris ainsi un caractère pratique. Mais cette procédure si simple* ne fut pas suivie par le général ; il préféra refaire à l'empereur le cours que le chancelier avait déjà subi la veille-.

1. Le général avait eu deux chevaux tués sous lui à l'attaque du faubourg du Temple.

2. La lettre particulière écrite le jour même par le général de La Moricière à M. de Tocqueville (elle a été publiée dans ses Souvenirs) et le récit verbal que le général en fit, à son retour en France, au même M. de Tocqueville (Entretiens avec Nassau Senior, dimanche 18 août 1850), paraissent donner plus exactement que la dépêche officielle la physionomie de l'audience impériale. Voici le passage correspondant de la dépêche officielle : « Je repris alors les arguments que j'avais donnés à M. de Nesselrode pour lui inspirer plus de foi dans la stabilité de nos institutions sociales et politiques. L'empereur accepta les motifs que je faisais valoir pour lui démontrer le danger auquel nous exposerait la réalisation des espérances que rêvent sans doute en secret les partisans de nos anciennes monarchies; il sent très bien que la république issue du

« La République issue du suffrage universel régulièrement consulté est, exposa le général, le terrain neutre sur lequel tous les partis peuvent s'entendre et lutter avec avantage contre les démagogues anarchistes. Si les partisans d'une des diverses familles ayant régné sur la France voulaient sortir de ce terrain et réaliser leurs espérances, les deux autres partis monarchiques s'allieraient au parti avancé pour ruiner leurs concurrents, l'ère des révolutions serait rouverte, et la société courrait de grands dangers.

— Vous croyez, général, interrompit l'empereur, que vos partis dynastiques seraient capables de s'unir aux radicaux pour renverser, une dynastie qui leur déplairait; et moi, j'en suis sûr. Votre parti légitimiste surtout n'y manquerait pas. Il y a longtemps que je pense que ce sont les légitimistes qui rendent la branche aînée de Bourbon impossible1. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai reconnu la République, et aussi parce que je trouve qu'il y a dans votre nation un certain bon sens qui manque aux Allemands. »

Le général aurait dû se contenter de cette appréciation assez significative et aborder un autre sujet; mais il insista, « voulant inspirer à l'empereur plus de foi dans la stabilité des institutions politiques et sociales de la France ». Alors Sa Majesté, un peu

suffrage universel régulièrement consulté est le terrain neutre sur lequel tous les partis peuvent se rencontrer, s'entendre et lutter avec avantage contre les démagogues anarchistes ; il comprend le péril qui menacerait la société si nous entrions de nouveau dans la voie des révolutions. »

1. Aussitôt après la révolution de Février, le comte de Chambord, se jugeant « appelé, par suite des grands événements qui venaient de se passer en France, à remplir de graves devoirs », avait pensé à demander à l'empereur Nicolas « son aide et son appui ». Dans ce but il avait, le 8 mars 1848, écrit de Venise une lettre que le Correspondant a publiée (numéro du 5 décembre 1910). Mais cette lettre ne fut pas envoyée, probablement parce que le comte de Chambord fut averti à temps qu'elle n'obtiendrait pas une réponse favorable.

impatientée, lui coupa la parole : « Mon bon ami, il n'y a pas besoin de me dire tout cela ; je n'ai pas la moindre envie d'intervenir dans vos affaires. Que vous ayez une république, un dictateur ou un roi1, je m'en soucie comme d'un rouble. »

Là-dessus le général porta l'entretien sur les événements d'Allemagne2. Sur ce sujet, l'empereur laissa libre cours à la volubilité du général, et lui répondit avec une grande bienveillance, sans rien dissimuler de ses vues et de ses intentions. « Le roi de Prusse, mon beau-frère, avec lequel j'étais étroitement lié d'amitié, n'a tenu aucun compte de mes conseils. Nos relations politiques s'en sont singulièrement refroidies, à ce point qu'elles ont réagi même sur nos relations de famille. Voyez quelle a été sa conduite :

1. Dans le récit de M. de Tocqueville, au lieu du mot roi se trouve le mot empereur. Il est tout à fait invraisemblable que Nicolas Ier se soit alors déclaré indifférent à un rétablissement de l'empire en France : nous verrons plus loin qu'il ne souscrivit qu'avec peine au titre d'empereur pris en 1852 par le prince Louis- Napoléon.

2. Voici ce que disaient sur ce sujet les instructions écrites par M. de Tocqueville lui-même dans son très mauvais style, et remises par lui au général : « Vous n'ignorez pas qu'il s'est passé récemment et qu'il se passe encore en ce moment en Allemagne des événements qui peuvent donner un tour tout nouveau ù la politique de l'Europe, amener peut-être un remaniement des territoires... Il ne serait pas impossible que la Russie ne voulût et ne pût ramener l'accord entre le nord et le midi de l'Allemagne, rapprocher l'Autriche de la Russie, et que tout ce grand mouvement n'aboutit encore qu'à une nouvelle alliance de principe entre ces trois monarchies, aux dépens des gouvernements secondaires et de la liberté des citoyens. Considérez la situation dans ce point de vue et étudiez-la. Les traités mêmes de 1815 nous ouvrent un droit d'intervention dans les affaires intérieures de l'Allemagne. La confédération germanique a reçu notre garantie, on ne saurait la modifier profondément ou la détruire sans nous. Le gouvernement de la République ne renonce pas à se mêler des affaires allemandes, mais il ne croit pas que le moment de le faire soit arrivé; il suit la marche des événements, il se prépare à agir suivant que la justice et l'intérêt de la France le lui commanderont; mais il évite dans son langage tout ce qui pourrait, quant à présent, lui faire prendre parti. Vous devez imiter avec soin cette réserve. »

ne s'est-il pas mis un moment à la tête de ces fous qui rêvent l'unité de l'Allemagne ! A présent qu'il a rompu avec le parlement de Francfort1, ne vient-il pas de s'engager à combattre, au besoin lui-même, les troupes des duchés de Schleswig-Holstein qui s'étaient organisées sous son patronage ! Est-il possible d'imaginer rien de plus honteux1? Et maintenant, qui sait où il va avec ses projets de constitution? Si l'unité de l'Allemagne, que vous n? désirez sans doute pas plus que moi, venait à se faire, il faudrait encore pour la manier un homme capable de ce que Napoléon lui-même n'a pu exécuter; et si cet homme se rencontrait, si cette masse en armes devenait menaçante, ce serait notre affaire à vous et à moi. »

Cette fois, ce n'était plus l'envoyé français qui ouvrait aux yeux de l'empereur la perspective d'une alliance entre la France et la Russie : l'empereur, de lui-même, abordait ce sujet et indiquait comme le but à poursuivre en commun une lutte contre l'unité de l'Allemagne. Mais le général de La Moricière n'avait pas les mêmes enthousiasmes que le général Le Flô ; il savait, d'ailleurs, que beaucoup d'hommes politiques français, et en particulier son ami le ministre des affaires étrangères, étaient favorables à l'unité allemande et hostiles à la Russie3; il se hâta

1. Le 3 avril précédent, le roi Frédéric-Guillaume IV avait refusé la couronne impériale que lui offrait le parlement de Francfort.

2. Au commencement du printemps de 1849, l'empereur Nicolas avait fait savoir à son beau-frère qu'il ne permettrait pas un changement dans la situation politique des duchés de l'Elbe, et il avait envoyé en vue de Kiel plusieurs navires de guerre. Les troupes prussiennes avaient aussitôt évacué le Jutland et le Schleswig.

3. Voici ce que M. de Tocqueville a écrit à cet égard en 1851, dans ses Souvenirs : « Quant à moi qui pense que notre Occident est menacé de tomber tôt ou tard sous l'influence directe et irrésistible des tsars, je juge que notre premier intérêt est de favoriser l'union de toutes les races germaniques, afin de l'opposer à ceux-ci. L'état du monde est nouveau : il nous faut changer nos vieilles

donc de détourner la conversation et la porta sur la question romaine, qu'il chercha à exposer avec grands détails à l'empereur. Mais celui-ci ne prenait guère intérêt à la question.

« Nous autres Russes, dit-il, nous ne concevons rien à ces fonctions temporelles remplies à Rome par des ecclésiastiques; peu nous importe la manière dont ces calotins s'arrangent, pourvu qu'on fasse là quelque chose qui tienne et que vous y constituiez le pouvoir de manière qu'il puisse se maintenir. » Et comme le général insistait : « C'est bon, c'est bon. Arrangez-vous directement avec l'Autriche1. »

Le nom de cette puissance amenait enfin la conversation sur l'intervention russe en Hongrie. Le général répéta la maladresse qu'il avait commise la veille auprès du chancelier, en négligeant le côté politique, pour ne s'attacher qu'aux opérations militaires. « Elles sont, fit-il observer, bien difficiles et bien incertaines quant à leur résultat dans un pays où toute la population se lève comme un seul homme pour la défense de sa nationalité. L'Autriche — ajouta-t-il avec plus d'à-propos — a agi bien inconsidérément en retirant à un peuple, si connu par son dévouement à la maison de Lorraine, les institutions qu'elle-même lui avait naguère concédées.

— Ne croyez pas, repartit l'empereur, que je veuille défendre la conduite de l'Autriche dans cette

maximes et ne pas craindre de foitifier nos voisins pour qu'ils soient en état de repousser un jour, avec nous, l'ennemi commun, » c'est-à-dire la Russie.

1. Voici le passage correspondant de la dépêche officielle : « Sur les affaires de Rome, l'empereur me paraît décidé à ne pas gêner nos négociations avec l'Autriche. C'est une question que nous aurons à traiter exclusivement avec cette puissance. Le gouvernement impérial se borne à désirer que nous fondions à Rome un gouvernement stable qui ne soit plus exposé à des perturbations toujours dangereuses pour le maintien de la paix. »

affaire. Elle a accumulé les unes sur les autres les fautes les plus graves. Mais, en fin de compte, elle avait laissé envahir la Hongrie par les doctrines les plus subversives. Le gouvernement y était tombé aux mains des hommes de désordre, et ceux-ci avaient appelé les Polonais à leur aide. C'était l'insurrection à mes portes, un refuge assuré pour ceux qui veulent la fomenter chez moi. 11 fallait l'étouffer ou être incessamment menacé par elle. L'Autriche était à bout de forces : je lui ai prêté mon appui. D'après les nouvelles que je reçois, la question militaire sera, je l'espère, prochainement réglée. Viendront ensuite les difficultés bien plus grandes de l'organisation et de l'administration du pays. »

Trouvant alors qu'il en avait assez dit, l'empereur se fit présenter les trois officiers d'ordonnance du général ; il leur adressa quelques questions gracieuses, s'informa de la spécialité de leurs armes, et les engagea à tirer profit de leur séjour en Russie en y visitant tout ce qui pouvait les intéresser. L'audience était finie, elle avait duré plus d'une heure.

Les nouvelles qui se succédèrent les jours suivants, venant du théâtre de la guerre, justifièrent pleinement l'attente de l'empereur et de son chancelier. D'abord on apprit une victoire importante remportée sur Bem par le général russe Lûders à Maros-Vasarhely, au centre de la Transylvanie ; puis on reçut l'annonce d'un combat heureux livré aux environs de Debreczin par le maréchal Paskiévitch à l'arrière-garde de l'armée du dictateur hongrois Gôrgey ; en même temps, le général autrichien Haynau enlevait Szegedin et se préparait à opérer sa jonction avec le maréchal Paskiévitch pour attaquer ensemble Gôrgey qui se repliait avec toutes ses forces sur Grosswardein et Arad ; enfin Grosswardein lui-même était pris par les Russes dans leur marche vers le sud.

LA FRANGE Et LÀ RUSSIE 81

Mais tout cela n'était rien en comparaison des nouvelles qui parvinrent à Varsovie le 15 août. Dans la matinée de ce jour-là, l'empereur reçut presque en même temps deux courriers, envoyés l'un par le maréchal Paskiévitch, l'autre par le général Lùders. Voici ce qui s'était passé :

Le dictateur Gôrgey, se voyant en grand danger d'être cerné par les deux armées réunies du maréchal Paskiévitch et du général Haynau, s'était adressé au maréchal, avec lequel, d'ailleurs, il s'était mis depuis quelques jours déjà en communication dans le but de tenter une cessation de la guerre; le 12 août, il lui avait écrit de Vilagos, auprès d'Arad, qu'il était prêt à se rendre à merci avec toutes ses troupes à l'armée russe, mais à la condition expresse que les Autrichiens n'interviendraient en aucune façon dans cette reddition, et que l'empereur Nicolas assumerait le soin de régler lui-même le sort futur des Hongrois. Le dictateur ajoutait que, si ses propositions n'étaient pas immédiatement acceptées dans leur intégrité, il allait se jeter sur les troupes de Haynau et que ses Hongrois se feraient plutôt tous tuer jusqu'au dernier que d'entrer en composition avec les Autrichiens. N'ayant pas le temps de porter cette proposition à la connaissance de l'empereur, le maréchal avait pris sur lui de l'accepter; aussitôt il avait fait passer une division russe sur les derrières de l'armée hongroise et en avait enveloppé les flancs avec de la cavalerie. Tous les Hongrois avaient déposé leurs armes, et Gôrgey lui-même avait rendu au maréchal le sabre historique de Georges Ragoczy1.

Les nouvelles reçues du général Lùders n'étaient pas moins brillantes. Il avait infligé à Bem, auprès de

1. Ce sabre, conservé depuis 1849 à l'Hermitage de Pétersbourg, a été rendu à la Hongrie au printemps de 1896 par l'empereur Nicolas II, à l'occasion du millénaire du royaume de Saint-Etienne.

Hermanstadt, une défaite sanglante : mille à douze cents hommes tués, quatorze pièces d'artillerie conquises et un grand nombre de prisonniers, tel était le bulletin de cette journée. Quant à Bem, forcé de s'enfuir, il s'était réfugié sur le territoire turc. Dans toute la Hongrie, il n'y avait plus que les villes fortes de Peterwardein et Gomorn qui fissent encore résistance1; le maréchal Paskiévitch pouvait donc, dans sa dépêche à l'empereur, écrire avec justesse la phrase fameuse : « Sire, la Hongrie est aux pieds de Votre Majesté. »

Pour fêter le triomphe de ses armes, l'empereur, dans l'après-midi du 14 août, fit célébrer en plein air, au camp de Powonsk, un service d'actions de grâces, à la suite duquel toutes les troupes réunies à Varsovie défilèrent la parade devant lui. Par ironie, l'empereur avait fait inviter à cette cérémonie le consul anglais, M. Deplat, dont les sympathies pour la cause hongroise s'étaient fort bruyamment manifestées; venant à lui, Sa Majesté lui dit : « Je suis certain que votre gouvernement se réjouit ainsi que moi des résultats obtenus par la Russie en Hongrie. » Puis, sans attendre la réponse, l'empereur se tourna vers le général de La Moricière qui se trouvait également présent* : « Général, la cause pour laquelle nous venons de combattre est celle pour laquelle vous vous êtes battus au mois de juin de l'année dernière; c'est contre l'anarchie et la démagogie que nous avons lutté. Je suis sûr que la France le comprend, et tant que nous marcherons

1. Peterwardein se rendit quelques jours après; Comorn tint jusqu'au 27 septembre.

2. Il fut frappé du recueillement avec lequel l'empereur et les soldats suivirent le service religieux, recueillement qui contrastait violemment avec l'indifférence et l'inattention de l'état-major. Le général aimait plus tard à témoigner de l'impression qu'avait produite sur lui ce spectacle. (Entretiens de M. de Tocqueville, 19 février 1851.)

LA FRANCE Et LA RUSSIE 83

d'accord, la paix et la tranquillité de l'Europe seront assurées1. »

Sur le champ de manœuvres de Powonsk, le moment n'était pas favorable pour formuler un vœu à Sa Majesté; mais le soir, invité à dîner au palais de Lazienki avec ses collègues de Prusse et d'Autriche, le général aurait dû chercher l'occasion de dire à l'empereur que la France avait foi en sa générosité et qu'elle espérait le voir, selon la promesse donnée en son nom par le maréchal Paskiévitch, prendre la défense des Hongrois contre les rigueurs de l'Autriche. Peut-être le général aurait-il obtenu une parole impériale qui, rappelée à propos par le ministre de France à Vienne, eût pu servir, quelques semaines après, à conjurer des événements sanglants. Cette occasion fut malheureusement négligée.

Il faut dire, pour la justification du général, que le soir même le grand-duc héritier était parti pour Vienne ; et l'on pouvait supposer que le but de son voyage était de réclamer de l'empereur François- Joseph et de ses ministres une amnistie complète pour les Hongrois. La mission du grand-duc n'était pas aussi étendue; il devait seulement implorer d'une manière générale la clémence des Autrichiens; or, après les répressions qu'ils avaient opérées depuis un an à Prague, à Vienne, à Brescia, à Milan, on savait ce qu'on pouvait attendre de cette clémence abandonnée à elle-même.

De fait, quand, quelques jours plus tard, Son Altesse Impériale revint de Vienne, elle rapportait seulement les conditions suivantes : tous les insurgés qui n'avaient jamais servi sous les drapeaux autrichiens étaient absous; ceux qui avaient servi, depuis les simples soldats jusqu'aux lieutenants

1. Le général de La Moricière à M. de Tocqueville, 11 septembre 1849. Le comte Benedetti, dans ses Essais diplomatiques, a donné un extrait de cette dépêche.

inclusivement, rentraient dans Tannée avec leurs anciens grades. Les capitaines, les officiers supérieurs et les généraux devaient tous passer en jugement. Le grand-duc avait réclamé une exception en faveur de Gôrgey ; il fut convenu qu'il serait amnistié, mais seulement après avoir été jugé au même titre que ses compagnons d'armes. Peut-être si cet arrangement lui avait été soumis en un moment de calme, l'empereur ne l'aurait-il pas ratifié et aurait-il exigé des conditions plus douces. Mais, quand il connut les dispositions ainsi arrêtées, il était sous le coup d'un malheur de famille qui l'affligea profondément et qui altéra même gravement sa santé. Le 24 août, pendant une revue au camp de Powonsk, son frère, le grand-duc Michel, qu'il affectionnait particulièrement, fut frappé d'apoplexie, et depuis ce jour jusqu'à la mort du grand-duc, le 9 septembre, l'empereur ne quitta, pour ainsi dire, pas la chambre du moribond1. Le 9 septembre il assista aux premières prières des morts (panikhides), puis il partit précir pitamment de Varsovie pour Tsarskoé-Célo, où pendant trois semaines il se renferma sans voir personne çn dehors de son cercle intime, et où il fut en proie à de violentes crises de foie.

Mais, outre cet éloignement momentané des affaires publiques, une autre cause empêcha l'empereur d'intervenir plus activement en faveur des Hongrois. En luttant contre eux, c'étaient les Polonais qu'il avait poursuivis, et la victoire n'avait pas calmé son ressentiment contre ces derniers; il était même bien résolu à punir impitoyablement ceux d'entre eux qui avaient pris part à l'insurrection magyare. Orr comment intercéder efficacement pour les Hongrois, alors qu'on poursuivait le châtiment de leurs alliés?

1. Le grand-duc Michel mourut au Belvédère, petit pavillon situé dans le parc de Lazienki. Sa chambre mortuaire a été transformée en chapelle.

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