Loi du 31 mai
« Je recherche avec plaisir les occasions qui me mettent en contact avec ce grand et généreux peuple qui m'a élu ; car, voyez-vous, mes amis les plus sincères, les plus dévoués, ne sont pas dans les palais, ils sont sous le chaume ; ils ne sont pas sous les lambris dorés, ils sont dans les ateliers, dans les campagnes. Je sens que ma fibre répond à la vôtre, et que nous avons les mêmes intérêts, les mêmes instincts. » Et, pour donner par ses actes une sanction à ses paroles, le prince, au grand scandale de son ancien ministre, M. Odiîon Barrot, faisait sortir de la foule un simple valet de. ferme qui avait quelque temps auparavant accompli un acte de courage, et attachait lui-même à sa blouse la croix de la Légion d'honneur1.
Cet élan du prince président vers le peuple, après la longue réserve que lui avait imposée le souci de conserver l'accord avec l'Assemblée, plut beaucoup à l'empereur Nicolas; car, lui aussi, il aimait le peuple. Il avait pour principe qu'un autocrate doit se trouver en communication directe avec ses sujets, s'inspirer de leurs sentiments, contenter, autant que possible, leurs désirs, sympathiser avec les mouvements de leur âme. Or, parmi ses sujets, ceux que l'empereur préférait étaient les humbles, les moujiks; certes, il savait que dans la noblesse et dans l'armée il pouvait compter sur de nombreux dévouements; mais il se rendait bien compte que ceux-ci étaient, au moins pour une part, encouragés par l'intérêt, tandis que dans les izbas, chez les paysans encore serfs, ou parmi les petits artisans des villes, les dévouements à sa personne n'étaient inspirés par aucun calcul. Les paroles du prince répondaient donc pleinement aux sentiments de l'empereur Nicolas, et celui-ci, dès qu'une occasion se présenta, s'empressa de le dire au général de Castelbajac.