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Peuple russe, tremblant et morne tu chemines

Serf à Saint-Pétersbourg, ou forçat dans les mines.

Le pôle est pour ton maître un cachot vaste et noir.

Russie et Sibérie, ô tsar, tyran, vampire.

Ce sont les deux moitiés de ton funèbre empire;

L'une est l'oppression, l'autre est le désespoir.

(Châtiments. — Carte d'Europe,)

Pour que la révision pût avoir lieu, il fallait, d'après les termes mêmes de la Constitution, que le principe en fût admis par l'Assemblée à une majorité des trois quarts des votants. Cette majorité ne put être obtenue ; 543 voix étaient nécessaires, 446 seulement se prononcèrent pour la révision.

Ce résultat déplut fort à l'empereur Nicolas ; sans doute la Constitution permettait au prince président de tenter une seconde épreuve au bout de trois mois, c'est-à-dire au mois d'octobre, quand l'Assemblée reprendrait ses séances, mais quelle apparence y avait-il que les adversaires de la révision se déjugeraient? L'empereur, en tout cas, ne faisait pas fond sur cette éventualité; il jugeait que la situation tendue où se trouvait la France ne pouvait plus être dénouée sans recours à la force : il fallait, d'après lui, ou que le président chassât l'Assemblée, ou que l'Assemblée chassât le prince. En dehors de ces deux solutions, il ne restait à prévoir que la continuation de cette lutte indécise dont la France souffrait depuis de longs mois, et qui, si elle se prolongeait jusqu'au mois de mai 1852, date de la double élection présidentielle et législative, aboutirait presque infailliblement à un cataclysme social capable de bouleverser toute l'Europe.

Malgré ses inquiétudes, l'empereur eut la discrétion de ne pas questionner le général de Castelbajac sur les événements de France. Aussi bien, qu'aurait répondu celui-ci? Rien assurément qui pût faire envisager l'avenir sous des couleurs moins sombres. Les entretiens du souverain russe et du général, quand, au mois d'août, ils se virent au camp de Krasnoé, portèrent donc exclusivement sur des questions militaires; puis, après la levée du camp, l'empereur, pendant deux mois, n'eut plus l'occasion de revoir le général. Sa Majesté partit en effet de Pétersbourg le 31 août pour inaugurer le nouveau chemin de fer

de Moscou, appelé de son nom encore aujourd'hui chemin de fer Nicolas. A Moscou, elle resta jusqu'au 18 septembre, et y célébra, au milieu du plus grand enthousiasme de son armée et de son peuple, le vingt- cinquième anniversaire de son couronnement1; de là, elle se rendit en Podolie pour se livrer à une inspection militaire; bref, elle ne fut de retour dans sa capitale qu'au commencement de novembre.

- Pendant ce temps, à Pétersbourg, le général de Castelbajac suivait avec anxiété les événements de France; comme l'empereur, il s'attendait à toute heure à recevoir la nouvelle d'un bouleversement général. C'était le moment où l'archevêque de Paris écrivait, dans un mandement rendu célèbre : « La sagesse humaine est à bout ; la société tout entière chancelle comme un homme ivre au bord de l'abîme ; le vieil ordre social s'affaisse. » Accablé par cette ce atmosphère de plomb2 » qui précède les grands orages, le général laissait languir sa correspondance avec les nombreux ministres que le caprice de l'As- «emblée renvoyait les uns après les autres de l'hôtel du boulevard des Capucines3; et quand il se décidait à reprendre la plume, le général n'envoyait guère à Paris que l'expression de sombres pressentiments. Le 17 septembre, il manifestait à M. Baroche la

1. Durant son séjour, l'empereur cassa de leurs grades et remit dans les rangs comme simples soldats un général et un colonel, le premier pour concussion, le second pour sévices envers des subordonnés : « Par son amour de la justice, écrivait à ce propos le général de Castelbajac, par sa fermeté contre les abus que malheureusement il est loin de pouvoir tous détruire, l'empereur est adoré du peuple et des soldats. » (Le général de Castelbajac à M. Baroche, 17 septembre 1851.)

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