C'est la dépêche reproduite ci-dessus
3. Tel est le titre que prenait officiellement le prince Louis- Napoléon depuis le coup d'Etat; précédemment ce titre s'était peu à peu introduit dans l'usage, mais n'était pas régulier.
donnée par la Russie aurait vite été connue du public, et les adversaires du prince auraient eu tout lieu de supposer que son coup d'Etat avait été concerté avec un gouvernement absolutiste; c'était là un soupçon qu'il importait d'écarter. Pareille défaite dans la bouche du principal ministre de l'empereur Nicolas est curieuse à relever; aussi bien il est certain que le maître n'en eut pas connaissance, car ses actes, empreints d'une franchise résolue, contrastaient vigoureusement avec la réserve cauteleuse de son chancelier.
Le 21 et le 28 décembre, aux parades de la garde montante, Sa Majesté vit le général de Castelbajac; et, tout en se déclarant ennemi d'une restauration impériale en France, elle donna « son approbation la plus décidée » au prince Louis-Napoléon et manifesta l'espoir que le vote des 20 et 21 décembre consacrerait d'une manière éclatante le coup de force exécuté par celui-ci. Puis l'empereur fit l'éloge de l'armée, la félicitant d'avoir consommé la dissolution de l'Assemblée et d'avoir réprimé les troubles dans les rues de Paris. « Gomme militaire, alla jusqu'à dire l'empereur, je suis personnellement fier de sa conduite1. »
Le plébiscite, par une écrasante majorité, ratifia le coup d'Etat et reconnut le prince Louis-Napoléon comme président de la République française pour une durée de dix années. Le succès immense remporté par le prince était-il le prélude de cette restauration impériale qu'appréhendait, nous le savons, l'empereur Nicolas? Et si cette restauration se faisait, serait-elle pacifique? Telles étaient les questions qu'à l'étranger, bien plus encore qu'en France, on se posait avec une certaine anxiété ; l'alarme et le mécontentement étaient vifs en Belgique, en Alle-
1. Le général de Castelbajac au marquis Turgot, lcp janvier 1852.
magne, surtout en Angleterre, où Lord Palmerston^ pou* avoir dit à l'ambassadeur de France qu'il approuvait pleinement le coup d'État, fut obligé de quitter le Foreign Office1. En présence de l'émotion qui se manifestait ainsi chez les puissances voisines, le ministre des affaires étrangères, d'accord avec le prince président, trouva nécessaire d'adresser aux représentants français à l'étranger une circulaire les invitant à donner sur les intentions pacifiques du prince les assurances les plus tranquillisantes. « Quelques esprits peu éclairés, disait le ministre, ont supposé, en voyant la vigueur du coup porté à l'anarchie et le déploiement soudain des forces que la France contient dans son sein, que le gouvernement français subirait des entraînements irrésistibles; vous pouvez donner l'assurance que, maître de la aituation, le président conservera au dehors comme au dedans une politique à laquelle la modération n'ôtera rien de son autorité et de sa puissance. Rétablir le calme dans les esprits en rectifiant les vices d'institutions condamnées par l'opinion générale, encourager une prospérité favorable à nos relations internationales, fortifier enfin le pays en augmentant ses ressources, telles sont les intentions du président et des ministres qu'il a appelés à prendre part à ses conseils2. » Cette circulaire fut, comme de raison, communiquée au gouvernement russe; mais chez celui-ci la première impression, contrairement à celle qu'avaient ressentie la plupart des autres gouvernements d'Europe, n'avait pas été la crainte d'empiétements de la France sur les pays voisins, et l'empereur avait si peu pensé que du coup d'État pourrait résulter une guerre en Belgique ou sur le Rhin, qu'il
1. Le 23 décembre, le premier ministre Lord John Russell avertit officiellement le comte Walewski, ambassadeur de France, du renvoi de Lord Palmerston.