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Le marquis de La Valette à M. Barocbe, 25 octobre

propre à témoigner hautement de la volonté du gou* vernement de la République d'assurer l'autorité des traités1 ». — « Nous ne saurions nous le dissimuler, écrivait-il au ministre des affaires étrangères, notre position, notre influence, notre dignité, recevraient, si nous devions subir en silence les exigences qu'on nous oppose, une atteinte tellement grave qu'il serait difficile pour la France de reconquérir la place qui lui appartient en Orient. Notre protectorat, que nous exerçons depuis plusieurs siècles, que nous avons imposé à la Turquie et à la chrétienté, qu'on nous envie parce qu'il nous plaçait très haut dans l'esprit des populations chrétiennes, deviendrait désormais illusoire; le saint-siège ainsi que les autres gouvernements catholiques nous accusaient jusqu'à présent de mauvais vouloir, ils pourraient à l'avenir, et malheureusement avec raison, nous accuser de faiblesse et d'impuissance. »

Portée à ce degré de violence*, la lutte engagée entre les représentants français et russe à Constantinople aurait vite amené leurs deux pays à un conflit déclaré, si à Paris, en raison de la situation intérieure de la France, il n'avait pas régné alors une humeur très pacifique. Le 18 novembre, le nouveau ministre, le marquis Turgot, tout en invitant M. de La Valette à ne pas abandonner la question afin de ne pas se donner l'air d'avoir éprouvé une défaite, lui prescrivait en somme de battre doucement en retraite : « Quel que puisse être le résultat définitif de nos démarches, écrivait le marquis Turgot, je ne pense pas que nous ayons lieu de les regretter.

1. Le marquis de La Valette à M. Baroche, 4 novembre 1851. À cette date M. Baroche n'était plus ministre des affaires étrangères; il avait été remplacé le 26 octobre par le marquis Turgot.

2. D'après l'ambassade d'Angleterre (le colonel Rose à Lord Malmesbury, 20 novembre 1852), le marquis de La Valette aurait alors menacé le gouvernement ottoman du blocus des Dardanelles par une flotte française.

Elles auront eu, au moins, pour effet de constater notre bon droit, auquel on n'est pas parvenu à opposer l'apparence d'un argument, d'interrompre la prescription par quelque chose de plus qu'une protestation, de rendre plus difficiles, sinon impossibles, de nouveaux et prochains empiétements des Grecs. Je n'entends nullement, d'ailleurs, que vous deviez dès à présent abandonner la négociation. Tout au contraire, je vous invite à la poursuivre aussi longtemps qu'il sera possible de le faire sans compromettre la dignité de la France; et s'il vient un moment où vous croirez nécessaire de cesser vos instances, vous devrez déclarer très nettement à la Porte que nous ne renonçons aucunement à notre droit, que nous nous réservons de le réclamer en temps et lieu, et que, tant qu'il n'aura pas été satisfait à nos réclamations, le gouvernement de la République se considérera comme ayant contre elle un sérieux grief1. »

La manière dont étaient accueillis à Paris les emportements de M. de La Valette fut vite connue de la légation de Russie dans cette ville, par conséquent de l'empereur Nicolas2; il fut sans doute flatté de l'effet qu'avait produit à Paris son intervention à Gons tantinople, et c'est ainsi que peut s'expliquer l'attitude presque amicale que, dans le début de l'année 1852, malgré les bruits persistants qui annonçaient comme très prochain le rétablissement de l'Empire en France, il témoigna au prince président. S'il avait pu entrevoir que, par l'action de la France-, un recul quelconque de l'Église grecque dût se produire en

1. Le 28 novembre, une seconde dépêche du marquis Turgot accentuait la recommandation faite à M. de La Valette de baisser le ton de son langage.

2. Le marquis de La Valette au marquis Turgot, 24 décembre 1851 : « Je savais que la Porte avait été rassurée sur les intentions du gouvernement de la République par la correspondance du prince Callimachi (ministre de Turquie à Paris) et par celle de M. de Kisselef avec M. de Titof. »

Palestine, après surtout qu'il avait élevé la voix en faveur de celle-ci, lui qui ne supportait pas qu'en Russie le clocher d'une église dissidente pût s'élever plus haut que les coupoles généralement assez basses des églises russes, il n'aurait eu pour le prince président que rigueur et animosité.

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