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Histoire de la révolution de 1848, livre XI

des 23, 24, 25 et 26 juin. L'empereur Nicolas, qui, avant tout, était un soldat, fut flatté de ce que l'anarchie avait été vaincue par l'armée, et la société sauvée par un général. A l'instant il se prit de sympathie pour le général Gavaignac, qui venait de triompher de l'émeute, et il tint à le féliciter.

Par son ordre, le chancelier écrivit une lettre des plus élogieuses, que M. Kisselef fut chargé de remettre en mains propres au général. Il est vrai, cette lettre pouvait jusqu'à un certain degré être considérée comme une réponse aux bruits mensongers qui avaient circulé en Europe et qu'en France un ancien préfet de police n'avait pas craint de porter à la tribune de l'Assemblée nationale, bruits d'après lesquels la Russie aurait semé l'or à pleines mains parmi les ouvriers parisiens pour les inciter à la révolte contre le gouvernement de la République1. Mais, à la suite de cette lettre, il se produisait un autre fait dont aucune explication ne pouvait amoindrir la portée et qui montrait clairement l'existence chez l'empereur Nicolas, à l'égard de la France, de dispositions de plus en plus conciliantes. Pour manifester celles-ci, l'empereur se servit de son ministre à Naples, le comte Chreptovitch, qui était le gendre du comte de Nesselrode, chancelier de l'empire, et dont les déclarations, du fait de cette parenté, avaient, au point de vue extérieur, une importance incontestée.

Le 21 juillet, le comte Chreptovich se rendit à la légation de France, pour y faire visite, disait-il, à son collègue, M. Sain de Boislecomte2; mais il avait

1. Le 21 juin, M. Caussidière prétendit que « l'or cosaque ameutait les cent mille ouvriers sans travail qui chaque soir faisaient sur les boulevards le club du désespoir ».

2. M. Levraud avait donné sa démission, trouvant que le gouvernement français ne protestait pas assez vigoureusement contre la politique réactionnaire de Ferdinand II; il avait été remplacé par le comte de Ray ne val, mais comme celui-ci ne pouvait rejoindre

calculé sa démarche de manière à ne pas rencontrer ce dernier, ancien chef de cabinet de M. de Lamartine, qui ne paraissait pas animé d'un sentiment favorable à la Russie et aurait, par conséquent, reçu avec scepticisme une avance de celle-ci. Mais à la légation de France il y avait un attaché, ou, comme Ton disait alors, un aspirant diplomatique, le comte Edgard de Ségur, qui, étant fils d'une Russe, était censé plus accessible à des idées de bonne entente entre la France et la Russie1. Ce fut à lui que le comte Chreptovitch s'adressa pour exposer, selon ses instructions, d'abord sur les affaires de Naples, puis sur le mécontentement que causait à l'empereur Nicolas la politique extérieure anglaise dirigée par lord Palmerston, enfin sur l'intérêt d'un rapprochement entre la France et la Russie, les vues toutes nouvelles auxquelles, après réflexion, venait de s'arrêter le gouvernement russe et qu'il serait heureux de voir adopter par le gouvernement français. Voici, telle que M. de Ségur la mit aussitôt après par écrit, la communication du comte Chreptovitch :

« Nous avons été d'avis, du jour où le roi Ferdinand a donné et juré la constitution, qu'il devait observer religieusement sa promesse; notre langage depuis lors a été celui de la puissance la plus constitutionnelle. La confiance du pays dans son souverain est aujourd'hui d'un intérêt suprême; car ils ont tousdeux à lutter contre une influence terrible, que votre intérêt et votre devoir, aussi bien que les nôtres, sont de combattre; je veux parler de l'influence/ anglaise, qui vient de se signaler par un fait si marquant en Sicile. L'Angleterre a bouleversé l'Italie pour se substituer à la France et à toute autre

immédiatement son poste, le ministre de France à Turin, M. Sain de Boislecomte, avait été dépêché à Naples pour remplir l'intérim. 1. La mère du comte de Ségur était fille du comte Rostopchine, qui était gouverneur de Moscou lors de la campagne de 1812.

influence; les événements qui ont révolutionné l'Europe, la France en particulier, ont singulièrement favorisé ses vues envahissantes. Sans parler du reste de l'Italie, elle est parvenue dans le royaume de Naples à semer la discorde, la guerre civile ; elle a séparé la Sicile de la métropole ; elle a peut-être été dépassée dans ses premiers desseins; mais aujourd'hui qu'elle croit la séparation de cette lie accomplie sans retour, elle veut s'en emparer moralement et commercialement; elle marche à grands pas vers ce but. La France et la Russie ne peuvent laisser s'effectuer cette conquête sans danger et rester inactives. Nous devons faire une alliance sincère et forte; nos intérêts sont identiques, ils sont identiques à ceux du roi de Naples; nous devons le soutenir; tout ce qu'il acquerra de force en arrêtant les envahissements de l'Angleterre sera à notre profit. Que la France, qui par sa position géographique a un intérêt plus immédiat encore que nous, agisse énergiquement, la Russie ne parlera pas avec moins d'énergie ni moins ouvertement. Et à ce propos je dois vous dire que j'ai reçu dernièrement une note circulaire de mon gouvernement laquelle déclare que la politique de la Russie sera une neutralité absolue, quoi qu'il puisse arriver en Europe, pourvu qu'on ne l'attaque pas chez elle1. Cette déclaration, claire par elle-même, m'est encore expliquée plus clairement par les lettres qui l'accompagnent et qui ne font, du reste, que confirmer ce que je savais déjà de bonne source. Elle est principalement à l'adresse de la France et lui dit que, quelque parti qu'elle prenne, la paix ou la guerre, la Russie restera neutre, ne se mêlera dans aucune lutte et la laissera agir en toute liberté, si elle renonce à la reconstitution de l'indépendance polonaise,

1. Cette circulaire était le développement du manifeste impérial du 14/26 mars, reproduit plus haut.

18 LES ORIGINES DE LÀ GttEïtRTE DE CRIMEE

projet chimérique et impraticable ; or la France n'a rien à craindre de PAllemagne privée de l'appui de la Russie ; de plus, PAllemagne se détruit, s'épuise elle-même et marche à la dissolution1. Nous pourrions en profiter bientôt en occupant la moitié de la Prusse, mais nos frontières sont déjà trop étendues, nous n'avons ni besoin ni envie de conquêtes nouvelles ; mais que la France fasse ce que bon lui semblera, qu'elle prenne le Rhin pour frontière, nous ne sortirons pas de la neutralité; loin de là, nous applaudirons, parce que la force de la France est l'intérêt même de la Russie. Notre alliance est une nécessité pour conserver l'une et l'autre notre part d'influence en Europe et empêcher l'Angleterre ou toute autre puissance de dominer; nous devons donc travailler à nous fortifier mutuellement. Voilà quelles sont les intentions de l'empereur. Sa haine personnelle contre Louis-Philippe l'a empêché pendant dix-huit ans de suivre cette politique et de s'unir à la France. Cet obstacle est tombé. Ne croyez pas que la république soit une forme de gouvernement qui effraye l'empereur; il la trouvera très bonne si vous la régularisez, si vous la constituez fortement, si vos gouvernants suivent avec énergie la marche nouvelle qu'ils adoptent2. Je vous tiens ce langage net et clair; et loin de vouloir enlever à mes paroles leur signification, je vous prie de les faire parvenir à votre chef et à votre gouvernement. Il faut que celui-ci soit bien persuadé des intentions de l'empereur à son égard, et ma position personnelle donne à mes paroles une valeur qu'il comprendra3. »

1. Le gouvernement russe voyait alors d'un œil très hostile le mouvement unitaire allemand et en souhaitait l'échec.

2. L'Assemblée nationale s'occupait alors de la confection de la constitution républicaine.

3. M. de Boislecomte, en transmettant le 22 juillet ce compte rendu à M. Bastide, ministre des affaires étrangères, ajoutait les remarques suivantes : « C'est à vous, monsieur le ministre, d'ap-

LA FRANCE Et LA RUSSIE 19

Le général Cavaignac, devenu, à la suite des journées de juin, chef du pouvoir exécutif en France, fut agréablement surpris quand il eut connaissance de ce langage; et il envisagea dès ce moment la reprise des relations diplomatiques avec la Russie. Mais il fallait tenir compte de l'opinion publique française; or celle-ci, toujours enflammée pour la cause polonaise, restait, dans son ensemble, hostile à la Russie, et l'on pouvait craindre qu'une avance faite à cette puissance sur des ouvertures aussi indirectes que celles du comte Ghreptovitch, n'attirât au gouvernement de la République quelque manifestation désagréable de la part de l'Assemblée nationale. Heureusement une nouvelle démarche russe, faite cette fois directement auprès du chef de l'État français, vint bientôt faciliter le rapprochement; il s'agissait d'informer le gouvernement français d'une importante détermination prise par la Russie.

Les désordres survenus dans les principautés danubiennes à la suite de la révolution du 24 février avaient eu pour conséquence le renversement du régime politique établi dans ces pays par la Russie et la Turquie en 1829, au traité d'Andrinople, et ils avaient abouti à un grand mouvement unitaire roumain qui paraissait à la veille de s'étendre sur le territoire russe à la Bessarabie. L'empereur Nicolas

précier la partie de cet entretien qui concerne la politique générale de l'Europe. Quant à ce qui se rapporte à Naples, j'appreVids avec d'autant plus de plaisir que les intentions de la Russie sont conformes aux nôtres, que je croyais le contraire.. On croit, en effet, généralement ici que le roi obéit aux conseils d'une sorte de comité dans lequel entrent M. de Chreptovitch et M. de Lebzeltern, ancien ministre d'Autriche qui n'a aucun caractère officiel, mais qui a l'autorité d'un homme d'Etat investi de toute la confiance du prince de Metternich et de la reine, qui est Autrichienne. On croit que ce comité, composé des hommes de l'ancien régime qui ont au plus haut degré la confiance du roi, cherche constamment à le pousser à la résistance. On allait même jusqu'à dire que l'empereur de Russie promettait au roi l'appui d'une flotte pour reconquérir la Sicile. »

jugea que ces aspirations roumaines menaçaient cette inviolabilité de ses frontières que, par son manifeste du 14/26 mars précédent, il s'était solennellement engagé à défendre, et il fit entrer un corps d'armée dans les Principautés ; mais, affirmait-il, cette intervention toute locale ne portait pas atteinte au principe de neutralité proclamé par lui vis-à-vis de l'Europe. M. de Nesselrode exposa la pensée impériale dans une grande circulaire datée du 19/31 juillet : « Ce n'est pas sans un vif regret, disait ce document, et sans mûre considération que l'empereur s'est déterminé à prendre cette mesure importante. Dans la situation actuelle de l'Europe et dans la disposition des esprits, Sa Majesté eût de beaucoup préféré ne point être forcée de sortir de son attitude immobile. Nous avons constamment désavoué tout projet d'intervention, toute ingérence dans les affaires d'autrui, toute idée d'agression quelconque. Nous avons déclaré ne pas vouloir nous immiscer dans les diverses transformations que les Etats voisins de nous voudraient faire subir à leur constitution intérieure1; mais il est bien évident qu'un pareil engagement ne pouvait s'appliquer qu'aux États européens qui traitent avec nous de puissance à puissance, aux États indépendants dont l'organisation intérieure est sans relation quelconque avec les traités politiques qui ont réglé leur circonscription. Sur ceux-là nous ne nous reconnaissons pas le droit, pas plus que nous n'avons la prétention, d'exercer aucune sorte de protectorat ou d'influence. » La circulaire expliquait alors que tout autre était la situation des Principautés placées par le traité d'Andrinople sous le protec-

1. Quinze jours avant, le 6/18 juillet, le chancelier avait chargé tous les agents russes en Allemagne de remettre aux divers gouvernements près desquels ils exerçaient leurs fonctions, une circulaire affirmant la ferme volonté de l'empereur de ne pas s'ingérer dans les affaires intérieures de ces gouvernements.

torat de la Russie1 ; puis le chancelier terminait par une nouvelle affirmation de la politique de désintéressement adoptée par l'empereur : « Vis-à-vis des Etats indépendants, notre principe de stricte neutralité reste invariablement le même ; et quels que soient les changements que chacun d'eux veuille apporter dans ses lois sociales ou politiques, tant qu'ils ne nous attaqueront pas dans notre sécurité ou dans nos droits, nous continuerons à assister l'arme au bras, comme nous l'avons fait jusqu'ici, au spectacle de leurs révolutions intérieures. »

Tous les chefs de missions russes reçurent cette circulaire, avec l'ordre de la faire officiellement connaître aux gouvernements près desquels ils étaient accrédités ; cet ordre ne pouvait être donné à M. Nicolas Kisselef, puisque vis-à-vis du gouvernement français il n'était qu'un simple particulier; mais il eut l'instruction de communiquer la circulaire au public9 et, en même temps, de solliciter du général Cavaignac une entrevue pour insister sur les intentions pacifiques de l'empereur, exprimées dans ce document.

Cette entrevue, immédiatement accordée, eut lieu vers le milieu d'août; elle fournit au chef du pouvoir exécutif l'occasion de contrôler les renseignements fournis par M. de Boislecomte sur les dispositions de l'empereur Nicolas. M. Kisselef confirma tout ce qu'avait dit le comte Chreptovitch : « Aux yeux de l'empereur, il n'existait pas de cause sérieuse de

1. Traité d'Àndrinople du 2/14 septembre 1829, art. V : « Les principautés de Moldavie et de Valachie, s'étant, par suite d'une capitulation, placées sous la suzeraineté delà Sublime Porte, et la Russie ayant garanti leur prospérité, il est entendu qu'elles conserveront tous les privilèges et immunités qui leur ont été accordés soit par leur capitulation, soit par les traités conclus entre les deux empires, ou par les hatti-cherifs émanés en divers temps. »

2. En fait, M. Kisselef communiqua cette circulaire à M. Bastide le 12 août.

répulsion entre les deux pays, quelle que fût la forme de leurs gouvernements; au contraire, plusieurs éléments d'entente rapprochaient la France et la Russie. Sa Majesté serait donc heureuse de voir arriver à Pétersbourg un agent officieux chargé de préparer les voies au rétablissement des relations diplomatiques régulières entre les deux gouvernements. »

Fort de cette assurance du diplomate russe, le général Cavaignac n'hésita plus sur la conduite à tenir; et il décida d'envoyer à Pétersbourg un de ses amis. Son choix tomba sur le général Le Flô, comme lui représentant du peuple à l'Assemblée nationale, et comme lui ayant servi de longues années dans l'armée d'Afrique. Dès le 22 août, le ministre des affaires étrangères invitait le fonctionnaire consulaire, alors seul représentant de la France à Pétersbourg, à annoncer au chancelier la mission confiée au général Le Flô et à lui exprimer l'espoir que cet envoyé français obtiendrait de l'empereur un accueil bienveillant. Gomme il ne s'agissait pas d'une mission officielle, l'agrément préalable de Sa Majesté n'avait pas à être demandé. M. de Nesselrode, déjà prévenu par M. Kisselef, répondit que le général Le Flô serait accueilli par l'empereur avec la plus grande bienveillance; et il ajouta, ce qui était évidemment une amabilité cherchée, que Sa Majesté, informée des noms du secrétaire d'ambassade et de l'officier d'ordonnance adjoints au général, le marquis deFerrière le Vayer et le vicomte d'Hédouville, appréciait très particulièrement leur choix1.

1. L'empereur Nicolas n'avait jamais vu ni M. de Ferrière ni M. d'Hédouville, probablement même n'avait jamais entendu parler d'eux avant le mois d'août 1848. S'il se déclara si satisfait de leur envoi à Pétersbourg, c'est qu'il voyait en eux des représentants de l'ancienne France royaliste acceptant de servir la République. Le chancelier de Nesselrode écrivait à son gendre le comte Chreptovitch, 2 sept. 1848 : « Il n'estpas impossible que la République française soit reconnue par nous plus tôt que la jeune Allemagne. Elle

En désignant son ami pour la mission de renouer les rapports diplomatiques entre les deux pays, le général Gavaignac avait eu une inspiration des plus heureuses. Le général Le Flô était fait pour plaire d'emblée à l'empereur Nicolas et gagner sa confiance ; très droit, très loyal, ayant à un haut degré le sentiment de la dignité de la France, il était un type accompli du soldat vieilli sur les champs de bataille; sans doute, il se permettait des brusqueries de langage et de manières qui quelquefois effarouchèrent les vieux courtisans et les douairières renchéries, mais comme il était au fond un homme de bonne éducation, il ne fut jamais choquant, et d'ailleurs ses hardiesses n'étaient pas pour déplaire à l'empereur Nicolas, qui ne redoutait pas, lui non plus, d'employer à l'ocasion le mot cru et de s'affranchir de la rigidité de l'étiquette. Bref, le général Le Flô remplit son devoir de diplomate comme il avait rempli celui de soldat, simplement et rondement, et par cette attitude il se rendit très agréable à l'empereur Nicolas, de même que vingt-cinq ans plus tard, renvoyé en Russie comme ambassadeur de la troisième république, il devait encore se concilier la faveur de l'empereur Alexandre III.

Le 19 septembre, le général Le Flô, venu par mer, débarqua à Pétersbourg. Il y avait été précédé par une lettre directement adressée à l'empereur par le général Gavaignac, et dans laquelle ce dernier,, après avoir remercié Sa Majesté de la lettre de félicitations écrite par le chancelier au lendemain des journées de juin, ainsi que des récents témoignages de

bienveillance donnés par la Russie à la France,

nous envoie, en attendant, une brillante mission officieuse, le général Le Flô avec son aide de camp d'Hédouville et un secrétaire, le marquis de Ferrière, tous avec femme et enfants, ce qui fait pressentir une longue résidence. » (Lettres et Papiers du chancelier comte de Nesselrode, publiés par son petit-fils.)

annonçait la prochaine arrivée de l'envoyé chargé de traiter du rétablissement des relations diplomatiques. Deux jours après, le général Le Flô eut, au ministère des affaires étrangères, sa première entrevue avec le comte de Nesselrode. Naturellement réservé, le chancelier aurait voulu, au moins ce jour-là, n'aborder avec le général aucun sujet grave et se borner à l'échange des compliments d'usage; mais son interlocuteur n'était pas d'un caractère à perdre le temps en propos oiseux.. Sans se laisser imposer par les manières circonspectes du chancelier, il lui dit avec simplicité, mais précision (sous la plume du général ce dernier mot signifie vivacité), qu'il était envoyé pour assurer l'empereur des dispositions amicales de la France envers la Russie , pour préparer le rétablissement réciproque des missions officielles dans les deux pays, enfin pour hâter la reconnaissance de la République.

« J'ai fait observer, continue le général dans son rapport au ministre des affaires étrangères, que la Russie était le seul gouvernement d'Europe qui n'eût pas encore accompli cette formalité, et qu'il importait à la dignité de la France que cette exception cessât1. »

Le comte de Nesselrode, peu habitué à s'entendre parler avec une telle énergie, paraît avoir trouvé du plaisir à écouter le général; il le fit causer, lui posant des questions sur la situation parlementaire en France, sur la constitution que discutait l'Assemblée nationale, sur la prochaine élection du président de la République. Il termina l'entretien en disant que, devant voir l'empereur le surlendemain 23 septembre2, il prendrait les ordres de Sa Majesté au sujet de la réception du général et s'empresserait d'en donner avis à ce dernier.

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