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M. de La Valette à M. Thouvenel, 15 février

à l'empereur Nicolas une réponse à la lettre que lui avait apportée au mois d'octobre le prince Gagarin, consentit à écrire à ce souverain, sur les indications de M. Titof, que, sauf la permission donnée aux Latins d'exercer leur rite au tombeau de la Vierge, les Grecs conserveraient intactes leurs possessions actuelles; et M. de La Valette, qui ne disposait pas à Constantinople de moyens d'information aussi sûrs et aussi étendus que M. Titof, resta dans l'ignorance du dernier succès remporté par son collègue.

Enfin, le 8 février 1852, le firman qui réglait la question des lieux saints fut officiellement communiqué à la légation de France. Cherchant à ménager, dans un acte qui devait avoir un grand retentissement, les prétentions et les susceptibilités des deux parties rivales, la Porte, dans sa communication, commençait par dire, à l'adresse de la France et des Latins, que le gouvernement ottoman « avait à cœur de maintenir intacts les traités conclus avec les puissances amies », mais elle ajoutait aussitôt, à l'adresse de la Russie et des Grecs, « que ce gouvernement cherchait naturellement aussi à conserver dans leur intégrité les droits et faveurs gracieusement accordés à ses sujets par les sultans précédents » ; et, cela étant, elle déclarait que la revendication par les Latins de la possession exclusive des sanctuaires énumérés par le général Aupick n'était pas justifiée et qu'il ne lui avait pas paru qu'il « y eût lieu à discussion » sur un changement à apporter à la jouissance en commun de ces sanctuaires par les diverses communions chrétiennes. En ce qui concernait l'église de Bethléem, « comme il était établi de tout temps que les religieux latins auraient, comme les différentes communautés chrétiennes, la clef de la porte de la grande église ainsi qu'une clef des portes du nord et du sud-est de la grotte de la Nativité », il était décidé que, « comme par le passé,

les religieux latins recevraient une clef de chacune de ces trois portes ». Quant au tombeau de la Vierge, « comme la Sublime Porte ne croyait pas devoir priver les catholiques, parmi lesquels elle compte un grand nombre de sujets, de la faculté d'exercer leur culte dans un lieu de pèlerinage réputé aussi vénérable et aussi saint par tous les chrétiens en général, elle jugeait à propos de décider que les religieux latins ainsi que les sujets ottomans qui professent le catholicisme pourraient exercer leur culte dans le tombeau précité à des heures déterminées, à l'instar des communautés grecque, arménienne, syrienne et copte, à condition toutefois que rien ne fût changé dans l'administration et l'état actuel de ce sanctuaire1 ».

Deux jours après, le 10 février, la Porte, en se cachant du marquis de La Valette, remettait à la légation de Russie la lettre que le sultan devait à l'empereur Nicolas : « Le résultat satisfaisant des investigations exécutées sur l'affaire des lieux saints — telle était la conclusion de cette lettre — est le maintien et la confirmation du statu quo pour les lieux contestés. Il vient seulement d'être renouvelé, sous quelques conditions de précaution, la permission anciennement accordée aux catholiques d'exercer leur rite au tombeau de la Vierge Marie à Gethsémani, où des chrétiens de rites différents vont en pèlerinage, et d'y célébrer leur messe aujourd'hui comme par le passé. En revanche, continuait la lettre, comme les Grecs étaient jusqu'à présent privés de la faculté d'exercer leur rite dans l'église de l'Ascension, située au sommet du mont des Oliviers, il a été décidé qu'on ne s'opposera pas à l'avenir à ce qu'ils officient dans ladite église aux jours fixés à cet effet. Ainsi les droits anciennement

1. Note de la Sublime Porte au ministre de France, 8 février 1852 (17 rebiul akhir 1268).

accordés par notre gouvernement impérial à nos sujets grecs sont augmentés et pleinement maintenus et consolidés1. »

Il est probable qu'en remettant à la légation de Russie cette lettre, la Porte raccompagna d'un commentaire verbal suivant lequel la concession faite deux jours avant aux Latins, d'un droit de jouissance sur la grande église de Bethléem, resterait lettre morte. Ainsi, aux yeux des Russes, la légation de France, après plus de vingt mois d'efforts, n'avait obtenu pour ses clients que l'accès au tombeau de la Vierge, et cet avantage était compensé par un avantage équivalent accordé aux Grecs dans l'église de l'Ascension. Malgré cela, M. Titof « criait à la trahison »; il aurait voulu, disait- il en alléguant des promesses d'Ali-Pacha, que la note communiquée par la Porte à M. de La Valette ne parlât pas de l'église de Bethléem*.

De son côté, bien qu'il fût très fier du résultat de sa négociation et se fit couvrir d'éloges par la presse française8, M. de La Valette simulait à Constanti-

1. Lettre du sultan Abdul Medjid à l'empereur Nicolas, 10 février 1852 (19 rebiul akhir 1268).

2. Le marquis de La Valette à M. Thouvenel, 15 février 1852 : « Ali Pacha avait communiqué fort étourdiment à M. de Titof la note, contenant les dispositions dufirman, qu'il devait me remettre. Titof avait exigé des changements qui la dénaturaient complètement;... mais l'énergie extrême que j'ai mise à ramener le cabinet ottoman à ses engagements, le terme du 9 février que j'avais fixé pour tout délai, ont contraint le cabinet à me remettre la note. »

3. Le marquis Turgot lui écrivait à ce sujet le 18 février : « La question des lieux saints est d'une nature trop délicate et elle excite trop de susceptibilités pour que je n'aie pas vu avec peiné quelques organes de la presse parisienne, et notamment le Journal des Débats, la traiter, sur la foi d'une correspondance datée de Constantinople, dans des termes et avec des détails qui pourraient faire croire à une communication de la part soit du ministère des affaires étrangères, soit de la légation que vous dirigez. Je n'ai pas besoin de vous signaler les graves inconvénients qui résultent de la divulgation prématurée de nouvelles ayant un caractère essentiellement conûdentiel et diplomatique, et- je vous prie de rappeler

nople le mécontentement et se plaignait « que l'action russe eût empêché le gouvernement ottoman de rendre à la France pleine et entière justice1 ». Pour jouer jusqu'au bout son personnage, il adressa, le 19 mars, à la Porte une protestation contre la méconnaissance par celle-ci des droits des religieux latins; il était entendu avec la Porte que cette protestation était de pure forme, mais, en raison de l'effet qu'elle devait produire sur le public non initié à cette entente, il aurait peut-être été plus sage d'employer des termes moins péremptoires. « Il est du devoir du soussigné, écrivait M. de La Valette, de protester, conformément aux instructions de son gouvernement, contre tout ce qui, dans les résolutions prises par le cabinet ottoman, pourrait infirmer d'une manière quelconque les droits des religieux latins à la jouissance des sanctuaires dotat ils ont été exclus; il déclare, en outre, que la France entend se réserver la faculté pleine et entière de revendiquer pour les Pères de terre sainte la possession exclusive des lieux de Visitation qui leur appartenaient en 1740. » Après avoir envoyé cette protestation, M. de La Valette partit pour Paris, « la tête un peu montée de son succès2 »; M. Titof, de son côté, quittait Constantinople le même jour, se rendant en Italie auprès de sa femme souffrante.

A Paris, on se flattait de l'espoir que la question des lieux saints était terminée ; on recommandait au chargé d'affaires de France à Constantinople de ne plus « y rentrer sans absolue nécessité » , et l'on chargeait le ministre de France à Pétersbourg de faire savoir au gouvernement russe que « la protes-

à toutes les personnes placées sous vos ordres que la discrétion est le premier de leurs devoirs. »

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