‹ Les origines de la guerre de CrimeeChapitre 55 sur 112 · Le général de Castelbajac à M. Thouvenel, 31 mars · texte numérisé non relu

Le général de Castelbajac à M. Thouvenel, 31 mars

4. Le comte de Nesselrode au comte Chreptovitch, 27 mars 1852.

5. Le général de Castelbajac au marquis Turgot, 1er avril 1852*

qui, en fervent anglican, « n'attachait pas grand intérêt à la question des lieux saints », ne lui avait plus reparlé de celle-ci, le général de Castelbajac, confiant dans les sentiments de bienveillance que l'empereur Nicolas ne cessait alors de lui exprimer à l'égard du président, ne prévoyait plus, au sujet des lieux saints, de complications entre la France et la Russie; et même il se laissait aller de nouveau, dans sa correspondance avec le ministère français des affaires étrangères, à son rêve d'une alliance entre les deux puissances. «' Je ne crois pas, écrivait-il, aux convoitises de la Russie sur la Turquie. L'empereur Nicolas ne consentira jamais à ce qu'on lui ferme les portes du Bosphore et qu'une grande puissance s'empare de Constantinôple , mais il n'a aucune envie de s'en emparer lui-même, persuadé que la possession de Constantinôple entraînerait la dissolution de l'unité de l'empire moscovite et serait le signal d'une guerre générale1. Tenez pour certain ce que je vous dis, et croyez qu'avant tout la Russie veut la paix, l'assimilation pacifique de la Pologne et la liberté de son action intérieure. Ces dispositions doivent finir par en faire l'alliée intéressée de la France contre les éventualités qui peuvent s'élever du côté de l'Angleterre, et c'est une alliance utile à laquelle il faut tendre*. »

Le 30 avril, l'empereur quitta Pétersbourg pour gagner Varsovie et de là Vienne. L'avant-veille il avait passé la grande revue de la garde, qui était de règle chaque année au retour de la belle saison, et

1. L'empereur, quelques mois plus tard, reproduisit cette même théorie dans ses conversations célèbres avec le ministre d'Angleterre.

2. Le général de Castelbajac à M. Thouvenel, 15 avril 1852. Il n'y avait pas, au printemps de 1852, d'affaires graves entre l'Angleterre et la Russie, pas plus qu'entre l'Angleterre et la France. Mais le général de Castelbajac, ancien soldat de Napoléon Ier, conservait contre l'Angleterre un sentiment de méûance.

pendant tout le temps du défilé il avait voulu avoir immédiatement à son côté le général de Castelbajac, lui donnant ainsi le pas sur le grand-duc héritier lui-même. Évidemment les qualités personnelles du général et ses sentiments russophiles, bien connus de tous à Pétersbourg, lui avaient valu cette attention rare de Sa Majesté ; l'empereur pourtant n'était pas assez maître de ses sentiments intimes pour dis* tinguer aussi publiquement le représentant d'un gouvernement étranger, lui fût-il personnellement très agréable, s'il avait éprouvé alors contre ce gouvernement quelque méfiance ou quelque ressentiment. Nous croyons donc que, malgré l'impression pénible laissée chez l'empereur par la querelle des lieux saints, le général n'était pas le jouet d'un mirage, et qu'il dépeignait avec exactitude la situation quand, à cette époque, il écrivait en ces termes à Paris au directeur politique au ministère des affaires étrangères, M. Thouvenel : « L'empereur admire le prince Louis-Napoléon; il le considère comme le sauveur de la France; mais il croit, lui, souverain absolu, que la république est encore pour longtemps la plus forte digue à opposer au flot démagogique. Il paraîtra étrange aux hommes qui ne le connaissent pas, et même à ceux qui le connaissent, qu'il nous conseille la continuation de la république. Mais quand il dit : Restez dans la république forte et conservatrice et gardez- vous de l'empire, c'est loyalement le conseil d'un ami qui signale le danger et tend à vous en éloigner1. »

1. Le général de Castelbajac à M. Thouvenel; lettre publiée par M. Rothan (l'Europe et l'Avènement du second Empire).

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