C'est le régent actuel du royaume de Bavière
seulement à faire baptiser selon ce rite les enfants qu'il pourrait avoir de son mariage encore à conclure. La France et l'Angleterre, désireuses de conserver dans la maison de Wittelsbach l'hérédité à la couronne de Grèce, estimaient que cette promesse du prince Adalbert était suffisante; mais la Russie n'entendait pas que de pareilles facilités fussent données à un prince catholique, et elle voulait qu'il embrassât immédiatement la confession orthodoxe ou renonçât à ses droits au royaume de Grèce. Il va de soi que cette seconde solution était vivement souhaitée par bien des Russes qui voyaient déjà le grand-duc Constantin ou un jeune fils du duc de Leuchtenberg1 acquérir la couronne du roi Othon. L'empereur Nicolas désapprouvait ces visées; il avait interdit à son fils Constantin de se rendre en Grèce, et il s'en tenait loyalement aux stipulations arrêtées à Londres en 1829, d'après lesquelles le souverain de la Grèce ne pouvait appartenir à une des familles qui régnaient dans les trois États garants, c'est-à-dire en Russie, en France et en Angleterre2; dans la pensée de l'empereur, si la famille de Bavière venait à faire défaut, la couronne délaissée devait être offerte à quelque autre famille allemande dont les princes n'auraient pas la même répugnance à embrasser la foi orthodoxe ; mais pour le moment il fallait, en tout état de cause, maintenir sur son trône le roi Othon, encore jeune8, et qui par conséquent pouvait régner pendant de longues années. Bien que ces sentiments de l'empereur Nicolas fussent connus, M. Persiani commença en Grèce une campagne active contre la maison de Wittelsbach; il encourageait les troubles qui désolaient le pays, principalement dans le Magne, au sud dé la Morée,
1. Le duc de Leuchtenberg lui-même était catholique. 1 2. Conférence de Londres, protocole du 22 mars 1829. 3* Il venait d'avoir trente -sept ans le 1er juin 1852.
et il écrivait à Pétersbourg rapport sur rapport, accusant les ministres de France et d'Angleterre d'être la cause de ces troubles parleurs efforts incessants pour ruiner en Grèce la religion orthodoxe, au profit du catholicisme ou du philosophisme. Contre l'Angleterre, dont la politique subordonne toujours les questions religieuses aux intérêts matériels, l'imputation était tellement ridicule qu'à Pétersbourg les personnes les plus prévenues elles-mêmes ne purent qu'en rire; et l'on s'étonne qu'un diplomate, si passionné qu'il fût, l'ait formulée sérieusement. Mais contre la France, l'imputation portait1, et le gérant du ministère impérial des affaires étrangères, M. Séniavine2, s'en fit l'écho auprès du général de Castelbajac : « Ce sont, lui dit-il, les écrits publiés contre l'Église grecque et le philosophisme de certains députés qui ont alarmé les hommes attachés à leur foi, c'est-à-dire la majorité du peuple grec, et qui ont excité le fanatisme etl'animositédes partis9 ». Certes, le gouvernement français aurait eu beau jeu s'il avait voulu répondre ; il aurait pu raconter que M. Persiani venait d'envoyer le brick russe Jason sur le littoral du Magne pour dire aux insurgés que, dans leur lutte contre leur roi hérétique, ils avaient toutes les sympathies de la Russie; il aurait aussi pu produire une circulaire de M. Persiani aux agents consulaires russes, dans laquelle, pour jeter le dis-
1. Dans ses Mémoires (chapitre sur Y Origine de la guerre de Crimée), M. de Persigny s'exprime ainsi : « Notre politique extérieure se trouvait alors fréquemment troublée par une coterie cléricale qui, comme un ver rongeur, était parvenue à se glisser, à s'établir dans les réduits secrets du ministère des affaires étrangères. Le 2 décembre n'avait pas réussi à l'en déloger. Bien loin de là, elle n'en paraissait que plus audacieuse ; car, profitant clés préoccupations intérieures du gouvernement, elle avait réussi à jeter notre diplomatie dans les petites complications de ce qu'on appelait la question des lieux saints. »