‹ Les origines de la guerre de CrimeeChapitre 76 sur 112 · Souvenirs du comte de Hùbner, 31 janvier · texte numérisé non relu

Souvenirs du comte de Hùbner, 31 janvier

2. Le marquis de La Valette à M. Thouvenel, 15 février 1853 : « L'orage a passé, non sans que les Turcs laissassent quelquesunes de leurs plumes aux buissons. Je leur ai donné tout l'appui moral qui m'a paru compatible avec mon vif désir de conserver la paix. »

3. Sir Hamilton Seymour à Lord John Russell, 22 février 1853 : « His Impérial Majesty spoke of France : God forbid, he said, that I should accuse any one wrongfully, but there are circumstances at Constantinople and Monténégro which are extremely suspicious ; it looks very much as if the French were endeavouring to embroil us ail in the East, hoping in this way the better to arrive at their own objecta, one of which no doubt is the possession of Tunis. »

il venait de se décider à envoyer un ambassadeur extraordinaire à Constantinople, où le ministre régulièrement accrédité, M. Titof, ne se souciait pas de retourner, il enjoignit à cet ambassadeur, qui était le prince Menchikof, ministre de la marine, de soutenir les démarches de l'Autriche1, qu'il faisait appuyer, en attendant, par le chargé d'affaires russe à Constantinople; puis, quelques jours après, comme l'empereur François-Joseph venait d'échapper, avec une légère blessure à la nuque, à une tentative d'assassinat2, l'empereur Nicolas, en lui envoyant par un de ses aides de camp une lettre de félicitations, profita de l'occasion pour assurer au jeune souverain, au moyen d'une dépêche officielle, que si la guerre devait éclater, « il prendrait fait et cause pour l'Autriche contre la Turquie3 ».

Mais ce n'était pas seulement dans la question monténégrine que le gouvernement russe voulait marcher d'accord avec l'Autriche; il entendait que cet accord s'étendît à toutes les autres questions dont s'occupait alors la Russie dans l'empire ottoman, notamment à la question des lieux saints. Dans les instructions générales remises le 5 février par le chancelier de Nesselrode au prince Menchikof, on lisait : « Dans la dispute qui s'est élevée au sujet des

1. Le général de Castelbajac à M. Drouyn de Lhuys, 7 février 1853 : « Le prince Menchikof, ministre de la marine, va partir pour Constantinople. Sa mission, d'une nature généralement conciliante, a pour but particulièrement la pacification du Monténégro, que la Russie ne veut pas soutenir, mais qu'elle ne voudrait pas laisser écraser. »

2. Le 18 février 1853, l'empereur François-Joseph, se promenant à Vienne sur les bastions de l'ancien Ring, fut blessé à la tête d'un coup de couteau par un jeune Hongrois ; il ne dut son salut qu'à la mauvaise qualité de l'arme.

3. M. Balabine au comte Dmitry de Nesselrode, 11/23 février 1853 : « Lieven va à Vienne et y porte, outre une lettre autographe, une dépêche salée à l'adresse des Turcs, pour prévenir l'Autriche que, s'il en résultait une guerre, nous prendrions fait et cause pour elle. » (Lettres et Papiers du chancelier comte de Nesselrode.)

lieux saints, l'Autriche, puissance catholique, ne peut pas soutenir ouvertement le droit de la confession gréco-russe contre les Latins. Mais le cabinet de Vienne, grâce à la sagacité qui lui est propre, a pu facilement s'apercevoir que dans cette question il ne s'agit pas tant pour la France d'un scrupule religieux que de la poursuite d'un but politique; et nous devons inférer de là que l'Autriche ne reconnaîtra jamais le protectorat exclusif que la France cherche à s'arroger dans l'empire ottoman sur tousles chrétiens pratiquant le même culte qu'elle. C'est pourquoi nous avons donné à l'Autriche sur nos intentions les mêmes éclaircissements qu'à l'Angleterre, et nous l'avons priée d'agir de la même manière que celle-ci à Gonstantinople et à Paris. Nous devons rendre cette justice au gouvernement autrichien, qu'il avait prévenu nos désirs1. Les déclarations spontanées que nous avons reçues de lui, il y a quelques jours, nous persuadent que le cabinet de Vienne a parfaitement compris les vues secrètes du gouvernement français. Nous avons donc le droit d'espérer que Votre Altesse trouvera chez le plénipotentiaire de cette cour2, qui nous est si proche et si unie, une parfaite réciprocité de concours, puisque nous tendons au même but et désirons les mêmes résultats 3. »

L'empereur, quelques jours après le 21 février, affirmait de son côté, devant le ministre d'Angleterre, son dessein de ne rien faire dans la question

1. L'Autriche, depuis le rappel de M. de Stùrmer en 1849, n'entretenait plus d'internonce à Constantinople ; mais son chargé d'affaires avait rappelé à la Porte les droits de protectorat catholique que l'Autriche tenait, en face de ceux de la France, des traités de Carlowitz, Passarowitz, Belgrade et Sistova.

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