‹ Les origines de la guerre de CrimeeChapitre 8 sur 112 · Le général Le Flô à M. Bastide, 20 octobre · texte numérisé non relu

Le général Le Flô à M. Bastide, 20 octobre

3. Au début de septembre, les troupes napolitaines avaient repris Messine en se livrant à de cruelles représailles. Pour faire cesser celles-ci, l'amiral Baudin imposa aux Napolitains un armistice, pendant lequel la France et l'Angleterre tentèrent une médiation ayant pour but l'indépendance au moins administrative de la Sicile. Directement sollicité par le roi Ferdinand II, l'empereur Nicolas, tout en conseillant de faire des concessions à la population sicilienne, se déclara pour le rattachement de l'île au royaume de Naples.

4. Au mois de mai, quand l'empereur Ferdinand se trouvait chassé de Vienne par l'émeute et que le roi de Sardaigne victorieux avait poussé ses troupes jusqu'en Vénétie, l'Autriche avait proposé d'abandonner la Lombardie et de donner à la Vénétie, sous la viceroyauté d'un archiduc, une constitution propre. Cette transaction avait été repoussée parle roi Charles-Albert. Après que celui-ci eut été rejeté en Piémont et que Vienne eut été reprise par les Impériaux, l'Autriche ne voulut plus de cession territoriale et ne consentit que moyennant cette condition à la médiation que la Franee et l'Angleterre la pressaient d'accepter en vue de faire à la Lombardie et à la Vénétie une situation relativement libre. La Rusjsie soutenait la résistance de l'Autriche, en disant que celle-ci,

et des principautés danubiennes1, les vues des deux gouvernements prenaient alors des directions plus nettement opposées, le chancelier cherchait manifestement, dans ses conversations avec le général, à atténuer l'importance de cette opposition.

Il semblait donc qu'aussitôt après le vote de la constitution par l'Assemblée nationale, la reconnaissance de la République par l'empereur Nicolas aurait lieu sans difficulté, ainsi qu'il l'avait promis au général dans son premier entretien avec lui. Il n'en fut rien pourtant.

Le 11 novembre, quand le vote définitif de la constitution française fut connu à Pétersbourg, le général se rendit auprès du chancelier et, selon son expression, le « mit en demeure » de demander à l'empereur « de faire succéder tout de suite les faits aux promesses » et de reconnaître officiellement la République2. Malheureusement, la situation n'était plus la même qu'au moment de l'arrivée du général à Pétersbourg : l'empereur, quand il s'était engagé vis-à-vis de celui-ci, ne doutait point que le général Cavaignac resterait le chef du pouvoir exécutif en France en étant nommé président de la République; or, les chances de ce dernier s'étaient évanouies le jour où l'Assemblée nationale avait décidé que l'élection du président ne serait pas faite par elle, mais serait laissée au suffrage universel directement consulté; et il devenait chaque jour de plus en plus

étant de par les traités légitime possesseur de la Lombardie et de la Vénétie, avait le droit d'administrer à sa guise ces pays. La Russie admettait pourtant l'attribution à la Sardaigne des duchés de Parme et de Plaisance, qui appartenaient alors à un prince de la maison de Bourbon.

1. A la suite de l'Angleterre, la France déclarait que l'occupation des principautés danubiennes par des troupes turques et russes était une violation de l'autonomie accordée à ces provinces par divers traités, et elle demandait le rétablissement dans celles-ci d'un ordre de choses plus régulier.

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