Le comte de Nepselrode au baron de Brunnow, 7 avril
avait été réglée par le comte de Linange, et, malgré le désir qu'en avait la Russie, elle ne pouvait être rouverte, à moins d'un conflit avec l'Autriche. Quant à la question des lieux saints, nous savons que, pour y mettre fin, l'empereur Napoléon avait demandé au gouvernement russe d'avoir avec son représentant à Pétersbourg une explication amicale et confiante; cette demande était, il est vrai, arrivée trop tard ; le gouvernement russe avait déjà chargé le prince Menchikof de faire valoir ses réclamations à Constantinople * ; mais il consentit volontiers à renvoyer au prince un supplément d'instructions, l'invitant à ne rien conclure avec la Porte au sujet de la « part » des Grecs à Jérusalem, sans « une entente franche et cordiale avec le représentant de la France' ».
Du reste, le prince Menchikof était parti de Pétersbourg en n'ayant sur l'affaire des lieux saints que des notions fort sommaires; il considérait que, parmi les objets de sa mission, elle était « d'ordre secondaire », et à Gonstantinople il ne faisait pas mystère de son sentiment. « Je ne puis supposer un instant, disait-il au chargé d'affaires de France, M. Benedetti,
1. Le comte de Nesselrode à M. Kisselef, 8 février 1853 : « Une commune et préalable entente, soit à Saint-Pétersbourg, soit entre nos représentants respectifs en Turquie, eût prévenu sans doute les embarras dans lesquels le gouvernement ottoman se trouve placé aujourd'hui et les regrets que nous éprouvons nous-mêmes de devoir tenir à la Porte un langage en opposition à celui que le gouvernement français lui adressa. »
2. Parlant de la mission du prince Menchikof, M. de Nesselrode disait, le 31 mars, au général de Castelbajac : « Sa mission, je ne vous le cache pas, avait pour but le redressement des torts qu'on nous avait faits : les réparations étaient donc une satisfaction relativement à Fuad Effendi, homme de mauvaise foi qui a trompé à la fois la Russie et la France, la reprise plutôt apparente que réelle de la position que nous avions perdue par notre négligence, posi* tion politique et religieuse qui nous est indispensable, et enfin une meilleure part dans la situation des Grecs à Jérusalem, mais toujours avec une entente franche et cordiale avec le représentant de la France. »
qu'il puisse en surgir des causes sérieuses de mésintelligence entre nos deux gouvernements1. » Et quelques jours plus tard, interrogé sur ce même sujet par l'ambassadeur qui venait d'arriver, le prince assurait que le gouvernement français n'avait pas sujet de prendre ombrage de ses négociations touchant les lieux saints : « Je n'ai pas pour instructions, disaitil à M. de La Cour, de faire retirer aucun des avantages concédés aux chrétiens du rite latin, mais d'empêcher que les droits et les prérogatives des chrétiens du rite oriental en reçoivent quelque atteinte2. »
Le prince Menchikof tentait, néanmoins, de faire délimiter à l'avantage des Grecs les concessions reconnues aux Latins par les firmans de l'année précédente; mais il cherchait surtout à obtenir pour les premiers une compensation sous la forme d'un droit qui serait accordé au patriarche grec de Jérusalem de surveiller et de diriger seul, à l'exclusion de toute autre autorité religieuse, la reconstruction par le gouvernement ottoman de la grande coupole de la basilique du Saint-Sépulcre3. Or, si à Paris certaines personnes influentes, parmi lesquelles, semble-t-il, M. Drouyn de Lhuys doit être compté4, tenaient à conserver dans toute leur intégrité les avantages remportés par M. de La Valette, et conséquemment
1. M. Benedetti à M. Drouyn de Lhuys, 14 mars 1853. Voir aussi : comte Benedetti, Essais diplomatiques : un ambassadeur en Orient.