‹ Les origines de la guerre de CrimeeChapitre 92 sur 112 · Voir le texte à l'appendice, n · texte numérisé non relu

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bation du gouvernement russe. Mais avant d'envoyer ce projet à Pétersbourg, l'empereur demanda pour son texte l'assentiment du gouvernement anglais, sans le concours duquel il ne voulait faire aucun acte important dans la question orientale. Lord Clarendon donna tout de suite son adhésion; toutefois il stipula que le gouvernement autrichien devait être informé du projet rédigé en France, et il conseilla même de se servir de l'intermédiaire de ce gouvernement pour obtenir L'approbation russe, L'empereur Nicolas, disait Lord Glarendon, acceptera beaucoup plus facilement le projet s'il lui est proposé par l'Autriche, son ancienne alliée, que par la France, avec laquelle il est en rivalité.

L'empereur Napoléon consentit à informer M. de Buol, mais il se refusa à suivre le conseil de Lord Glarendon sur l'opportunité de recourir à l'entremise de l'Autriche ; à la différence de son ministre des affaires étrangères, M. Drouyn de Lhuys, il n'avait pour cette puissance aucune sympathie, et d'aili leurs, ayant été sollicité par l'empereur Nicolas de correspondre directement avec lui, il tenait à éviter les intermédiaires.

Le général de Castelbajac fut donc chargé de remettre à l'empereur Nicolas en mains propres le projet de l'empereur Napoléon. Comme on était arrivé à l'époque des manœuvres de Krasnoé-Célo, le général eut bien vite l'occasion de rencontrer le tsar au camp; le 8 juillet il lui remit le projet, en même temps qu'un mémorandum explicatif, très habilement rédigé pour vaincre les répugnances de l'empereur à souscrire à une transaction. « Toutes les garanties que la Russie réclame, était-il dit dans le mémorandum, se trouvent danâ le projet. Il y est fait mention du soin avec lequel lç sultan luimême a tenu compte des démarches du prince Men-? chikof, et on y annonce officiellement la publication

des nouveaux firmans de Sa Hautesse1. N'est-ce pas établir entre ces deux faits (la mission du prince Menchikof et la promulgation des firmans) une corrélation qui créerait en faveur du gouvernement russe un titre pour intervenir si les dispositions du Divan à l'égard des chrétiens venaient jamais à se modifier? Le mot d'engagement n'est pas prononcé, il est vrai, mais la Porte déclare à la Russie qu'il est de son honneur de préserver de toute atteinte les privilèges de l'Église grecque, et il en résulte une obligation morale d'une solennité et d'une force telles qu'elles ne permettraient pas de l'enfreindre. » Enfin, au sujet de la modération dont le rédacteur de la note avait à dessein fait preuve dans le choix des termes, le mémorandum disait : « Les nuances de rédaction ne seront saisies par les masses ni en Russie ni en Turquie. A leurs yeux, la démarche de la Porte conservera toute la signification que le gouvernement russe tient à lui donner, et Sa Majesté l'empereur Nicolas leur apparaîtra toujours comme le protecteur puissant et respecté de leur foi religieuse*. »

Le général de Castelbajac, en remettant à l'empereur Nicolas le message dont il était chargé, fit remarquer que celui-ci était parti de Paris avant que Ton y eût reçu le texte de la circulaire de la chancellerie russe sur l'occupation des principautés danubiennes; et peut-être cette circulaire, dont le général avait personnellement été choqué, pouvait-elle avoir modifié les dispositions si bienveillantes que dénotaient les instructions envoyées par l'empereur Napoléon3.

1. Firmans adressés aux chefs des communautés non musulmanes (Recueil d'actes internationaux de l'empire ottoman publié par Gabriel Effendi Noradounghian).

2. Mémorandum joint à la dépêche de M. Drouyn de Lhuys au général de Castelbajac, en date du 1er juillet 1853.

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