CHAPITRE XV
ENTREVUES D'OLMUTZ ET DE VARSOVIE. — LA TURQUIE OUVRE LES HOSTILITÉS CONTRE LA RUSSIE. — NOUVEAUX POURPARLERS A VIENNE ET A CONSTANTINOPLE. — COMBAT NAVAL DE SINOPE.
L'empereur Nicolas, cependant, ne voyait pas sans déplaisir et inquiétude la mauvaise impression que causaient dans tout le reste de l'Europe les derniers actes de la politique russe dans la question d'Orient. Il souffrait notamment de voir l'Autriche et la Prusse, qu'il avait crues tout acquises à la cause russe, témoigner ostensiblement leur désapprobation en se concertant à Vienne avec les deux puissances occidentales pour tenir en échec les prétentions élevées par lui contre la Turquie. Une occasion favorable parut s'offrir à l'empereur pour rompre ce concert et ramener à lui les deux puissances centrales dont l'amitié fléchissait; l'empereur François-Joseph devait, dans la seconde quinzaine de septembre, présider à Olmùtz des grandes manœuvres militaires; l'empereur Nicolas décida de se rendre à ces manœuvres, sous le prétexte de porter lui-même ses félicitations au jeune empereur, qui venait, le 19 août, de se fiancer à sa cousine germaine la duchesse Elisabeth en Bavière1; mais en réalité il voulait, en ravivant les sentiments d'affection reconnaissante dont il savait l'empereur François-Joseph animé envers lui, essayer de changer le courant qui portait l'Autriche du côté de la France et de l'Angleterre.
1. Leurs deux mères, l'archiduchesse Sophie et la duchesse Max en Bavière, étaient sœurs.
L'empereur Nicolas engageait, en même temps, son beau-frère le roi de Prusse à venir aussi à Olmùtz, en lui affirmant que dans cette réunion il ne serait agité aucune grave question de politique. Mais le premier ministre prussien, le baron de Manteuffel, était défiant; il pesa de toute son influence sur le roi afin de l'empêcher de se rendre à Olmùtz ; et finalement ce fut le prince Guillaume, beaucoup moins accessible aux séductions de leur impérial beaufrère, qui alla assister aux manœuvres d'Olmiïtz.
Arrivé dans cette ville le samedi 24 septembre dans la soirée, l'empereur Nicolas y avait été précédé par une mission militaire française que l'empereur Napoléon avait envoyée pour répondre à l'envoi au camp de Satory, par l'empereur François-Joseph, d'une mission militaire autrichienne. Cet échange de courtoisies avait été provoqué par ce dernier souverain dans l'intention, de mettre un peu de cordialité dans les relations entre les cours de Vienne et des Tuileries, relations qu'avait fort aigries le mariage de l'archiduchesse Marie- Henriette, cousine germaine de l'empereur d'Autriche, avec le duc de Brabant, fils aîné du roi des Belges1; l'empereur Napoléon, en effet, avait vu dans cette alliance un encouragement donné par la cour de Vienne à la malveillance dont ne cessait de faire preuve envers lui le roi Léopold. Aussi l'empereur François-Joseph, dans son désir de dissiper tout à fait le dépit ressenti par l'empereur Napoléon, comblait-il à Olmùtz d'amabilités et de prévenances les officiers que lui avait adressés ce dernier, en particulier son aide de camp le général comte de Goyon, chef dé la mission.
L'empereur Nicolas, quand il vit l'attitude de l'empereur François-Joseph à l'égard de cette mission, se dit que lui-même avait une occasion de faire une