‹ Les origines de la guerre de CrimeeChapitre 97 sur 112 · Ce mariage fut célébré à Bruxelles le 23 août · texte numérisé non relu

Ce mariage fut célébré à Bruxelles le 23 août

nouvelle tentative de rapprochement avec la France* Ainsi le voyage d'Olmiïtz, entrepris pour regagner la sympathie de l'Autriche et de la Prusse, pourrait servir aussi à une autre fin. Mal renseigné par son ministre à Paris sur le véritable état d'esprit de l'empereur Napoléon, l'empereur Nicolas ne se rendait pas compte que celui-ci, dans la politique extérieure, poursuivait alors, comme premier et presque unique objet, l'accord avec l'Angleterre, et que, si pacifique qu'il fût, il n'hésiterait pas, pour maintenir cet accord, à aller, s'il le fallait, jusqu'à la guerre avec la Russie. Or l'empereur Nicolas, sentant que, malgré l'action modératrice de Lord Aberdeen, l'Angleterre lui devenait violemment hostile, rêvait de séparer les deux puissances occidentales et, malgré l'opposition de tous ses conseillers, de s'attacher la France en s'entendant avec elle pour le règlement de la question d'Orient. Ce plan eût peut-être été réalisable quelques mois plus tôt; aujourd'hui le moment favorable était passé1, l'action de la France était indissolublement liée à celle de l'Angleterre; mais l'esprit enthousiaste de l'empereur Nicolas s'abandonnait facilement à des illusions.

Dans l'après-midi du 26 septembre, alors qu'avait lieu devant les deux souverains l'attaque simulée d'un fort, l'empereur Nicolas, quittant l'empereur François-Joseph, vint se placer à côté du général de Goyon et, pour entrer en matière, demanda à celui-ci de lui présenter les officiers composant la mission française. « J'aime les Français, dit-il; je ne les vois pas assez, ils ne viennent pas chez moi, et je le regrette. » Puis, quand les présentations eurent été faites, l'empereur reprit : « J'ai à Varsovie un corps d'armée que je vais dans quelques jours montrer à

1. a Pourquoi n'a-t-oa pas mieux accueilli nos franches explications sur les lieux saints ? Peut-être aujourd'hui serions-nous alliés?» (M. ïhouvenel au général de Gastelbajac, 1er octobre 4853.)

l'empereur François-Joseph; je serais fort aise de vous le montrer aussi, et vous invite, messieurs, à venir. Général, j'espère que vos instructions ne font pas obstacle à ce voyage et que votre empereur ne trouvera pas mauvais que vous acceptiez mon invitation ; je me fais donc un plaisir de compter sur vous. » Le général de Goyon, que touchaient surtout les considérations d'ordre militaire, ne réfléchit pas que derrière la gracieuseté de l'empereur se cachait peut-être une intention diplomatique; il aurait pu pourtant observer que Sa Majesté, tandis qu'elle distinguait particulièrement les officiers français, négligeait ostensiblement le ministre d'Angleterre Lord Westmorland, qui, étant revêtu d'un grade militaire, avait été convié comme tel à Olmiitz par l'empereur d'Autriche. Sans penser à mal, le général de Goyon répondit que la mission qu'il dirigeait avait la pleine liberté de ses mouvements, et il accepta l'invitation du tsar. « Alors donc, au revoir à Varsovie, messieurs, dit l'empereur, je serai heureux de vous y recevoir. »

Dans la soirée, l'empereur revit le général de Goyon, et, fort du succès de sa première invitation, il se risqua à en formuler une autre tout à fait inattendue. « Je désirerais, confia-t-il au général, recevoir en Russie l'empereur des Français, pour prouver au monde combien je l'apprécie, combien je rends hommage à ses qualités et à son caractère. » Et, comme s'il voulait effacer le souvenir désagréable de l'incident des lettres de créance, il ajouta : « Je serais heureux de le recevoir en frère. Votre empereur a, je le crains, quelques préventions contre moi; elles sont mal fondées; je vous ai dit mes sentiments pour lui; je les ai dits aussi et répétés au général de Castelbajac ; mais répétez encore tout cela à votre empereur, et qu'il me croie, car je suis sincère1. »

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